Le jour d'après
Un nouvel âge glaciaire est-il vraiment prévisible d’ici moins de 50 ans ?
Sommes-nous à l’aube d’un nouvel âge de glace ? C’est la question qui hante le climatologue Jack Hall. Ses recherches indiquent que le réchauffement de la planète pourrait bientôt entraîner des bouleversements climatiques catastrophiques.
Tel est le synopsis du film de R.Emmerich sorti le 26 mai 2004 sur nos écrans. Ce film a créé l’évènement auprès du grand public. Pourtant, les climatologues tirent la sonnette d’alarme depuis déjà longtemps.
Ce film présente-t-il un portrait réaliste de ce qui risque d’arriver dans les prochaines années ?
Le jour d'après : un film engagé
Les films de Roland Emmerich riment avec des blockbusters grand public. Jusqu’à présent, il nous avait offert des films synonymes de patriotisme américain surgonflé au fond moral douteux.
Rappelez vous de Godzilla qui montrait du doigt les méchants Français et leur créature préhistorique issue d’essais nucléaires ou d’Independance Day ou l’Amérique se positionne en sauveur du monde.
À la fin de la séance, le public était presque contraint de se mettre au garde-à-vous, la bannière étoilée sur l’épaule et d’entamer l’hymne national américain.
Et bien, contre toute attente, le jour d'après donne
l’occasion à R.Emmerich d’opérer
un virage à 180°. Pas de patriotisme exacerbé,
bien au contraire. Le Président des Etats-Unis passe
pour un parfait imbécile à la solde des gros
consortiums.
Encore plus étonnant, étant donné les
derniers évènements en Irak mais les pays Arabes
se transforment en gentils écologistes inquiets du
devenir de la planète.
L’autre cible de R.Emmerich est très nettement les médias. Trop occupés à faire grimper l’audimat, ils donnent dans la totale désinformation au profit du sensationnel douteux. Je ne sais pas vous mais moi ce comportement me rappelle quelque chose.
Ce film, très engagé politiquement, est-il réaliste du point de vue scientifique ?
Les catastrophes décrites dans Le Jour d'après
Tout d’abord une immense barrière de glace se disloque en Antarctique. Une averse de grêle meurtrière s’abat sur Tokyo.
Des ouragans d’une violence sans précédent
ravagent Hawaï.
La neige tombe pour la première fois sur New Delhi.
Enfin, des tornades dévastent Los Angeles.
Tous ces phénomènes sont présentés comme les symptômes d’une mutation climatique annonçant une nouvelle ère glaciaire.
Cette catastrophe d’ici la fin du film va d’ailleurs frapper la planète tout entière, sans épargner aucun des cinq continents, au cours d’une gigantesque tempête.
Les scientifiques s’expriment
Jean –Marie Pelt, Président de l’Institut européen d’écologie, écrit dans un article paru dans Santé Magazine :
« Deux consultants viennent de remettre un rapport
commandé par le Pentagone sur l’évolution
de l’environnement mondial.
Ce rapport très pessimiste est très dérangeant
pour l’administration américaine qui en minimise
les conclusions »
Cela n’a rien d’étonnant quand on sait que les U.S.A se refusent toujours à ratifier le protocole de Kyoto qui vise à réduire les émissions de gaz carbonique et autres gaz à effet de serre.
Voici un résumé des conclusions de ces deux experts :
« D’ici quelques décennies, ils prévoient un écroulement des digues aux Pays-Bas. La fonte des glaciers inondera les vallées en aval : les eaux de l’Himalaya se déverseront sur le bassin du Gange.
17 % de l’Inde seraient totalement submergés.
Des canicules en séries favoriseraient l’apparition d’épidémies qui s’étendraient jusqu’en Europe. »
Vous pouvez constater que le film n’est pas loin de la réalité.
Rapport du Centre Hadley
En Europe, ces dernières années, on a connu des crues répétées et de violentes tempêtes. En Alaska, des immeubles se sont effondrés suite à la fonte du permafrost et à la disparition progressive de la calotte glaciaire arctique.
Des centaines d’îles dans le Pacifique ont disparu, englouties par les eaux.
Moins connu du public, le problème des épidémies a déjà commencé a causer des ravages. Le réchauffement du climat a en effet permis à la malaria de s’étendre. Cette maladie a causé selon l’OMS la mort supplémentaire de 5 millions de personnes.
Des preuves qui ne trompent pas
La planète a perdu 10% de sa surface enneigée
en 40 ans. Les glaciers se réduisent et la glace de
l’océan arctique a perdu 40% de son volume en
50 ans.
Jusqu’en 1996, on comptait 200 catastrophes annuelles
(inondations, sècheresses, tempêtes). Aujourd’hui,
ce chiffre a doublé.
Comparatif entre le scénario catastrophe du film et celui des scientifiques
Oui, si nous ne faisons rien pour diminuer nos émissions de gaz à effet de serre, les climatologues prévoient un retour à des températures que nous n’avons pas connu depuis 40 millions d’années.
A cette époque, la Terre n’avait pas de calotte polaire permanente. Le film voit juste en mettant en exergue le problème de la fonte des glaciers.
Cette fonte entraînera par voie de conséquence une élévation du niveau des eaux. Nos plus grandes capitales seront englouties sous les eaux.
Là encore, le scénario ne révèle
pas de la science-fiction. Des régions entières
seront effectivement inondées.
Concernant les Etats-Unis, il est prévu une diminution
de 50% de la pluviosité. Ce continent risque donc de
devenir très aride et peu propice à l’agriculture.
En Europe, toute l’Europe du Nord, y compris une partie de la France et de l’Angleterre, sera recouverte de glace.
Il y a un point sur lequel le metteur en scène a pris quelques fantaisies par rapport à la réalité. Il s’agit du temps nécessaire pour que le pire scénario catastrophe se mette en place. Vous ne verrez pas du jour au lendemain de la neige tomber en plein mois d’août à Paris.
Mais attention, si les phénomènes mettent plus de temps à se concrétiser, on ne parle plus actuellement en millions d’années, mais bel et bien en dizaines d’années.
Nous constatons déjà les premiers changements
climatiques et il nous reste peu de temps pour réagir.
Réagir avant l’inexorable
Il serait temps que les gouvernements prennent au sérieux les avertissements des scientifiques. Il ne faut pas se cacher la face. L’inertie provient avant tout des enjeux financiers. Quand un journaliste dit à la télévision qu’il est conseillé de prendre une douche plutôt qu’un bain, ça me fait sourire.
Il ne suffira pas malheureusement de ces quelques gestes pour sauver notre civilisation. C’est tout notre mode de vie qui devra être revu.
Par exemple, nous possédons aujourd’hui la technologie
pour rendre nos véhicules non polluants. Mais aucun
gouvernement n’a le courage de mettre les mesures en
place.
Nous possédons également la technique pour remplacer
le bois ce qui éviterait le défrichement anarchique.
L’homme s’est toujours cru capable de dompter
son environnement. Mais, si le déséquilibre
climatique s’amplifie, nous ne pourrons plus rétablir
la situation.
Même si le film de Roland Emmerich peut être qualifié
de film à grand spectacle, une chose est certaine,
l’urgence est réelle.
V.Battaglia (05.2004)