Yanomami : un témoignage du fond des âges
Le territoire des Yanomami chevauche la frontière du Venezuela
et du Brésil. Ces Indiens vivent en petites communautés
de 20 à 180 personnes.
C’est la dernière grande tribu forestière d’Amérique
du Sud.

1965 © Barbara Brändli
Entre Brésil et Venezuela, leur territoire s’étend
sur près de 240 000 km². Il est couvert d’une
épaisse forêt et traversé par des cours d’eau
dont l’Orénoque.
Au Brésil, ils sont aujourd’hui 12 500 répartis,
sur 96 650 km², en 188 villages et maisons collectives dans
les États nord-amazoniens d’Amazonas et de Roraima.

Avant de rejoindre l'Orénoque,
le Charun fait un saut de 979 m, la chute Angel, au Venezuela (Photo
K. Schafer)
Leurs villages, vu d’avion, ressemblent à d’immenses
abat-jour posés au sol. Cet auvent collectif, doté
d’une place centrale, se nomme le « shabono ».
Il reproduit symboliquement la voûte du ciel et correspond
à la représentation qu’ils se font de l’univers.

Photo Carlo Miglietta.
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L’habitation collective est composée d’un vaste
auvent soutenu par des pieux. A l’intérieur, toutes
les familles suspendent leur hamac.
Tous les 4 ou 6 ans, ils changent de shabono ce qui marque le début
du pourrissement des charpentes et l’épuisement
des jardins où ils cultivent la banane-plantain, le maïs,
le manioc, la canne à sucre, le tabac et des plantes magiques.
Leur déménagement correspond également à
l’appauvrissement des zones de chasse qui s’étendent
dans un rayon d’environ 10 km autour de la maison.

1965 © Barbara Brändli
Dans les années 1950, les premiers voyageurs, qui les appelaient
Sanima, Shiriana ou Waika, en faisaient un portrait terrifiant.
On les accusait de pratiquer le cannibalisme et de tuer leurs ennemis
avec des flèches empoisonnées au curare.
La peur réciproque des Blancs et des Indiens, fondée
sur une totale ignorance de ces tribus, a été à
l’origine des violences.
Le nom Yanomami signifie « être humain » alors
que le mot « nabe » par lequel ils désignent
les non-Yanomami, signifie à la fois « étranger
» et « ennemi ».
L’organisation des Yanomami
Horticulteurs, chasseurs, pêcheurs, ces Indiens ont été
pendant deux siècles en expansion démographique.
A part les années d’épidémie ou de sécheresse,
ils ont su maintenir un bon équilibre entre natalité
et mortalité.
Ils ont pu accomplir cet exploit dans un environnement aussi difficile
grâce à leurs connaissances agricoles.
Ce ne sont pas des guerriers nomades comme ils ont souvent été
présentés.

Photo Carlo Miglietta.
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Les guerres entre groupes voisins n’ont rien à voir
avec la notion de propriété. En effet, pour les Yanomami,
la forêt ne leur appartient pas. C’est un élément
vital comme l’air ou l’eau.
Le rapt des femmes est souvent la cause des conflits. Ces rapts
symbolisent la loi du plus fort.
Ces conflits sont en fait principalement des actes de vendetta où
on lave des affronts, où on se venge des sorts jetés.
Mais, les Yanomami sont également de grands amateurs de
sieste. 2 à 3 heures de travail quotidien suffisent largement
à leur survie.
Le reste du temps est consacré aux loisirs. Il ne s’agit
nullement d’oisiveté comme les Blancs le dénoncent.
Notre société, basée sur la consommation et
le profit permanent, ne laisse plus aucune place à la convivialité
et aux plaisirs simples de la vie.
Les Yanomami, eux, ont su préserver ces notions pourtant
vitales au bien-être. Ils prennent encore le temps de dialoguer
et de rêver.

Photo Victor Englebert
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de l'auteur
Les missionnaires n’ont rien compris à leur manière
de vivre et de penser. Il est vrai que l’homme dit «
moderne » s’est tellement éloigné de son
environnement naturel que l’intégration d’un
tel peuple ne peut s’effectuer qu’à travers une
évolution brutale ou la disparition pure et simple.
Nos systèmes économiques ne font que broyer mais
n’intègrent pas.
Les Yanomami n’ont pas de chefs mais des leaders. Leur société
ne supporte pas l’ordre hiérarchique.
Les dissensions internes sont fréquentes et les guerres continuelles.
Tour à tour chahuteurs, graves ou enjoués, les Yanomami
s’amusent au jeu de la vie tout en étant conscients
que leur équilibre est fragile.

Photo Carlo Miglietta.
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C’est pour se voir dans le regard des autres que les Yanomami
passent de longues heures à se parer.
Ils dessinent sur leurs corps, avec de l’onoto, une teinture
végétale rouge, de longues lignes ondulées
qui symbolisent les animaux mythologiques du monde aquatique.

1965 © Barbara Brändli
Les fils de la Lune
Sur la photo ci-dessous, les Yanomami exécutent une danse
d’alliance. Brandissant leurs armes, les guerriers ont été
invités dans un village qu’ils ont combattu pendant
des années. C’est une danse de paix car ils souhaitent
s’unir avec l’ennemi d’hier.

1965 © Barbara Brändli
Les Yanomami se prétendent les fils de la Lune. Jadis, leur
sang était composé d’un mélange d’eau
et de teinture végétale. Ils n’avaient aucune
vigueur. Un groupe de chamans décida alors de délester
la Lune qu’ils savaient gorgée de sang.
Le plus sage d’entre eux s’allongea sur le sol, arc
tendu entre les orteils. La flèche toucha l’astre qui
se mit à saigner.
Les gouttes retombèrent jusqu’à terre, sur les
têtes des Yanomami et les rendirent forts.
C’est ce mythe qui a fait d’eux les fils de la Lune.
Un vocabulaire très riche
Les Yanomami possèdent un vocabulaire d’environ 4000
mots. Ils savent nommer à peu près 400 animaux et
plus de 300 plantes.
Ceux qui prétendent que les Indiens Yanomami sont des ignares
peuvent-ils se vanter d’en connaître
autant ?

1965 © Barbara Brändli
Ils ignorent l’écriture mais possèdent un langage
gestuel important. En forêt, il est important de se comprendre
sans effaroucher le gibier. Le silence est impératif.
Des chasseurs émérites
Les Yanomami chassent les cochons sauvages, les boas et anacondas,
les singes hurleurs ou les tapirs.
Ils se servent des plumes des aras ou des toucans pour se constituer
des parures.

Anaconda . By Gerej Licence
Au cours d’une partie de chasse, ils ne s’alimentent
jamais avec les bêtes tuées car ce serait se déshonorer.
Ils n’ont le droit qu’aux insectes, aux batraciens et
aux fruits.

1965 © Barbara Brändli
Pour atteindre leurs fruits préférés qui se
situent à parfois 30 m de haut, ils utilisent deux paires
de perches croisées, attachées par des lianes qu’ils
propulsent au sommet de l’arbre.

1965 © Barbara Brändli
Rituel funéraire
Quand un membre de la tribu meurt, le corps est brûlé.
Toute la famille se réunit pour consommer un repas funéraire
rituel.
Après la mort, ce qui survit, c’est « poreana
», une ombre noire maléfique. Pour que cet esprit mauvais
cesse ses agissements et devienne amical, les proches parents du
défunt doivent absorber les cendres du mort délayées
dans une purée de bananes.

Photo Carlo Miglietta.
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Ainsi, l’esprit devient bénéfique et de plus,
la famille conserve une part de l’énergie vitale du
disparu.
Dialogue avec les esprits
La drogue communautaire, la parika, fait partie du quotidien. Au
moyen d’un long roseau creux, les Yanomami s’insufflent
mutuellement dans les fosses nasales des doses de cette poudre grise.
Mais, seuls les chamans ont le droit de la recueillir en grattant
l’écorce de certains arbres.

1965 © Barbara Brändli
C’est un hallucinogène puissant qui fait apparaître
des visions fantastiques.
Les génies de la forêt viennent ainsi à la
rencontre des Yanomami.

1965 © Barbara Brändli
Grâce à la parika, les chamans exercent mieux leurs
dons de guérisseur. En effet, pour eux, les maladies ont
toujours une cause magique ou résultent de sortilèges.
L’avenir des Yanomami
Leurs premiers contacts avec les Blancs datent des années
cinquante et soixante. Vingt ans plus tard, la tentative avortée,
d’ouvrir un tronçon septentrional de la route transamazonienne
s’est accompagnée d’épidémies, de
paludisme et d’infections respiratoires ainsi que les violences
liées à une ruée vers l’or dans la région.
Cette tentative, purement commerciale a mis pendant un temps leur
société en péril.

1965 © Barbara Brändli
Malgré les menaces que font encore peser, aujourd’hui,
la colonisation agricole et l’extraction minière, les
Yanomami constituent la plus importante société autochtone
de l’Amazonie brésilienne à avoir préservé
un mode de vie traditionnel.
Leur territoire a été officiellement reconnu par décret
présidentiel, en 1992, à l’occasion du sommet de la Terre
de Rio de Janeiro.
V.B (01.03.2006)
Note sur Barbara Brändli
Née en Suisse en 1932, Barbara Brändli vit et travaille
au Venezuela depuis plus de quarante ans.
Les Indiens Yanomami constituent une fenêtre ouverte sur
le passé, « un retour à nos origines, un plongeon
dans le temps » a t-elle dit lors d'un interview. Au moyen
de contrastes forts et de subtiles nuances de gris, ces images apparaissent
comme une fresque vivante de l’existence édénique
que ces « hommes de l’âge de pierre », qu’elle
appelle aussi « les Fils de la lune », connurent avant
la vague déferlante de culture occidentale. Cette rencontre
avec les Yanomamis constitue sa plus belle expérience, selon
Barbara Brändli.
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