Richard Nixon
Richard Milhous Nixon est né en Californie
en 1913. Sa carrière politique a brillamment
débuté. Dès son retour de
la guerre du Pacifique, ce juriste est élu
au Congrès, puis devient sénateur
en 1950.
Anticommuniste
virulent, il est réputé pour être
un politicien peu scrupuleux. Il est inquiété
dès les années 1950 sur ses sources
de financement.
Cette réputation lui a valu le surnom de
« Tricky Dicky » Dick le tricheur.
Républicain,
il représente la tendance la plus conservatrice
de son parti. Il est vice-président des
États-Unis sous Eisenhower (1953-1961).
Battu
aux élections présidentielles de
1960 par John Kennedy, il est élu en 1968 et
réélu en 1972. Malgré son
anticommunisme, il entretient des relations satisfaisantes
avec l’U.R.S.S, reconnaît la Chine
populaire et se rend à Pékin en
1972.

Election de Richard
Nixon en 1969 © AP/Sipa
Ce
voyage a bouleversé la fin du 20e siècle.
Cette rencontre avec Mao Zedong a ouvert la voie
à la reprise de relations entre deux pays
qui s’étaient ignorés depuis
plus de 20 ans.
Secondé
par H. Kissinger, il obtient des succès
diplomatiques importants. Il met fin à
la guerre du Viêt Nam (accords de Paris,
1973) et obtient l’engagement de négociations
entre Israël et l’Égypte après
la guerre du Kippour (1973).
Malgré
une fin peu glorieuse, Richard Nixon reste l’un
des meilleurs présidents des Etats-Unis.
Le déclenchement du scandale du
Watergate
A Washington, peu après 1h30 du matin,
le 17 juin 1972, un gardien qui fait une ronde
de routine dans l'immeuble nommé Watergate,
un vaste complexe de bureaux et d'hôtels,
découvre, dans une cage d'escalier, une
porte dont la serrure est maintenue ouverte par
du ruban adhésif. Il ne se doute pas qu'il
vient de déclencher le plus grand scandale
politique de l'histoire américaine.
Il prévient la police; cinq rôdeurs
se trouvaient au siège du Comité
national démocrate, qui a loué temporairement
des locaux dans l'immeuble pour la campagne de
son candidat à l'élection présidentielle
de 1972, George McGovern.
Quelques mois plus tard, en novembre 1972, le
républicain Richard Nixon remporte une
très large victoire sur son rival démocrate.
Mais le cambriolage du Watergate va vite dévoiler
une partie d'une inextricable toile d'araignée
où se combinent le sabotage politique et
la corruption.

Bob
Woodward et Carl Bernstein © Corbis
L'obstination
de deux jeunes reporters du Washington Post, Bob
Woodward et Carl Bernstein, va mettre en lumière
un écheveau de malhonnêteté
et aboutir à la démission du président
Nixon, le 9 août 1974.
Le
scandale du Watergate, en révélant
les comportements du pouvoir à Washington,
ébranlera la confiance des Américains
dans leur gouvernement et entraînera la
mise en accusation de plus de trente collaborateurs
de la Maison-Blanche. Cependant, certains éléments
du dossier demeurent encore mystérieux
aujourd'hui.
La première phase judiciaire
Très
vite, l'enquête, menée tant par les
policiers que par les journalistes d'investigation,
révèle des complicités dans
l'affaire du Watergate, qui remontent jusqu'aux
personnalités les plus proches de Nixon,
et jusqu'à Nixon lui-même. Ce dernier
serait coupable non seulement d'avoir ordonné
l'espionnage du parti adverse, mais aussi d'avoir
inspiré le cambriolage du cabinet d'un
psychiatre qui était en possession de documents
compromettants pour lui, et, enfin, d'avoir détourné
pour son propre usage des fonds destinés
à sa campagne.

Immeuble du Watergate.
By Enlewof Licence
Plusieurs
instances judiciaires mènent l'offensive
contre le président. Une commission du
Sénat enquête sur la campagne électorale
de 1972. La commission judiciaire de la Chambre
des représentants réunit des éléments
qui permettraient de proposer la destitution du
président. La Cour suprême fédérale
le presse de livrer des pièces à
conviction en dénonçant ce que Nixon
appelle « le privilège de l'exécutif
».
Enfin,
un procureur spécial mène une instruction
sur les agissements de ses proches. Le 8 janvier
1973 s'ouvre, devant le tribunal fédéral
de Washington, le premier procès concernant
l'affaire : ne comparaissent alors que des exécutants,
notamment les dénommés Liddy et
Mac Cord. Ils sont évidemment condamnés,
mais le verdict ne peut suffire à arrêter
le scandale.
Les hommes du Président
Bernstein
et Woodward, avec l'aide d'un informateur secret
appelé Deep Throat (Gorge profonde) et
d'autres « complices » sont progressivement
à même de faire figurer les noms
de Donald Segretti, E. Howard Hunt, G. Gordon
Liddy et de beaucoup d'autres dans un vaste réseau
qui tente sans scrupule de faire trébucher
tout opposant au gouvernement Nixon.

R. Nixon lors de
son voyage en Chine © Xinhua-Chine Nouvelle/Gamma
Les
deux reporters parviennent à faire le lien
entre John Mitchell - ancien avocat de Nixon puis
attorney général (c'est-à-dire
ministre de la justice) avant de diriger le Comité
pour la réélection du président
- et un coffre-fort où sont conservés
les dons en liquide faits au candidat Nixon. Ils
découvrent que Mitchell a autorisé
l'emploi de 250 000 dollars pour financer le cambriolage
du Watergate, et que E. Howard Hunt a organisé
un groupe (surnommé par la presse «
les plombiers de la Maison-Blanche ») chargé
de fabriquer des lettres destinées à
ruiner la réputation de certains candidats
démocrates.
La procédure d'« impeachment »
Cette
procédure complexe vise théoriquement
à poursuivre en justice tout fonctionnaire
suspect de s'être rendu coupable de crimes
ou de délits, du petit administrateur au
président des États-Unis. Elle traduit
la responsabilité pénale de toutes
les autorités.
Dans les faits, cette procédure, que seul
le Congrès peut mettre en oeuvre et qui
est généralement fort longue, est
exceptionnellement utilisée. Ainsi, au
XXe siècle, si l'on excepte la destitution
de quelques juges fédéraux, l'impeachment
n'a guère été utilisé
qu'à l'encontre du président Nixon.
La deuxième phase judiciaire
Au
début du mois de mars 1974 commence la
deuxième phase judiciaire du Watergate.
Des hommes de première importance, et non
plus des lampistes, comparaissent devant le Grand
Jury, un tribunal préliminaire chargé
d'établir les chefs d'inculpation : ils
ont pour noms John D. Ehrlichman, H. R. Haldeman,
Gordon Strachan et Charles W. Colson; Robert C.
Mardian et Kenneth W. Parkinson - ces deux derniers
ayant dirigé le comité chargé
de la récente campagne électorale
grâce à laquelle Richard Nixon a
été triomphalement réélu;
ou encore John N. Mitchell, qui ne fut rien de
moins que... ministre de la justice.
Toutes
ces personnes sont accusées d'avoir entravé
la justice en tentant d'étouffer l'affaire
du Watergate et, certaines d'entre elles, d'avoir
été impliquées dans le cambriolage
du cabinet du psychanalyste.

President Nixon
meeting with Attorney-General Eliott Richardson
and FBI Director-designate Clarence M. Kelly,
07/07/1973. ARC Identifier: 194514 . Licence
Après
cette deuxième phase consistant à
inculper les personnes, commence la troisième
étape judiciaire du Watergate : les procès
des inculpés. Le premier de ces procès
est celui de John Ehrlichman, condamné
en juillet 1974 pour association de malfaiteurs
et parjure dans l'affaire du cambriolage du psychanalyste.
Parallèlement,
le président Nixon est sommé par
la Commission judiciaire, 1e 11 avril, de remettre
des enregistrements considérés comme
des pièces à conviction essentielles,
et la même requête lui est présentée
de la part des sénateurs. Or, il s'y refuse;
en conséquence, une procédure d'urgence
est engagée auprès de la Cour suprême.
La démission de Richard Nixon
Préférant
partir avant d'être déchu par décision
judiciaire, le président démissionne
le 8 août 1974. Le mois suivant, le nouveau
président, Gerald Ford, met un terme aux
poursuites engagées contre son prédécesseur
en prononçant sa grâce, précisant
qu'il souhaite mettre un point final à
une affaire qui n'a que trop agité le pays
et que la démission de Nixon est, pour
cet homme d'État, une punition déjà
suffisante
La
décision de Ford ne clôt cependant
pas l'affaire en ce qui concerne les collaborateurs
du président qui seront condamnés
à des peines de prison.
Ecoutez
le discours de démission
Discours
de démission du 8 août 1974
« From the discussions I have had with Congressional
and other leaders, I have concluded that because
of the Watergate matter, I might not have the
support of the Congress that I would consider
necessary to back the very difficult decisions
and carry out the duties of this office in the
way that the interests of the nation would require.
I have never been a quitter. To leave office before
my term is completed is abhorrent to every instinct
in my body. But as President, I must put the interests
of America first. »
Traduction
:
« D'après les discussions que j'ai
eues avec des membres du congrès et d'autres
leaders, j'ai conclu qu'à cause de l'affaire
du Watergate, je n'aurais sans doute plus l'appui
du Congrès, appui que je considère
comme indispensable pour prendre des décisions
très difficiles et pour m'aider à
accomplir les devoirs de ma charge dans le sens
des intérêts de la nation. Quand
je commence quelque chose, je le termine. Abandonner
mes fonctions avant que mon mandat ne soit terminé
est contraire à tous mes instincts. Mais
comme Président, je dois faire passer en
premier les intérêts des États-Unis.
»
Qui était Gorge profonde ?
Le
premier mystère concernant l'identité
de Gorge profonde, principale source d'information
pour Bob Woodward durant toute son enquête,
a été résolu en 2005.
Surnommé
ainsi par le rédacteur en chef du Washington
Post, en référence à un film
pornographique du moment, Gorge profonde occupait
un poste important « dans un organisme du
pouvoir exécutif et avait accès
à des informations aussi bien au Comité
pour la réélection du président
qu'à la Maison-Blanche », comme l'écrit
Woodward dans les Hommes du Président.
« C'était un intarissable bavard,
soucieux de dénoncer les rumeurs, qui en
même temps le fascinaient [...]
Woodward
accepta de ne jamais le citer, même comme
source anonyme. Gorge profonde se contentait de
confirmer les informations glanées ailleurs
et de faire comprendre à Bernstein et à
Woodward s'ils s'orientaient ou non dans la bonne
direction.

Départ du
Président de la Maison Blanche en 1974.
Licence
Lorsque
l'atmosphère autour du Watergate fut devenue
plus lourde, Woodward convint d'un code avec son
informateur: si celui-ci voyait un petit pot de
fleurs avec un drapeau rouge sur le balcon de
Woodward, ils devaient se retrouver, à
deux heures du matin, dans un parking. S'il voulait
rencontrer Woodward, il entourait d'un cercle
le numéro de la page 20 du New York Times
et dessinait des aiguilles indiquant l'heure du
rendez-vous.
Parmi
les journalistes et observateurs qui se sont interrogés
sur l'identité de Gorge profonde, beaucoup
ont remarqué que l'enquête du Washington
Post présentait d'étranges et nombreuses
similitudes avec celle du FBI.
Woodward a dit qu'il dévoilerait l'identité
de son informateur à l'approche de sa mort.
Finalement,
la véritable identité de Gorge profonde
a été révélée
par le magazine Vanity Fair du 31 mai 2005. C'était
W. Mark Felt, l'ancien directeur adjoint du FBI
sous Richard Nixon.
Agé de 91 ans, on ne sait pas s’il
a voulu « libérer sa conscience »
comme il l’a prétendu ou réaliser
quelques bénéfices …
Un blanc de 18 minutes
Le
second mystère du Watergate est l'étrange
« blanc » de dix-huit minutes qui
figure sur l'un des enregistrements effectués
dans le bureau de Richard Nixon à la Maison-Blanche.
Il a été découvert par le
procureur Archibald Cox durant son enquête.
En
effet, toutes les conversations du président
étaient enregistrées. Or un long
bourdonnement sur deux tons rend opportunément
inaudible une conversation concernant le scandale
du Watergate entre Nixon et son chef de cabinet,
H. R. Haldeman.
La
secrétaire personnelle de Nixon, Rose Mary
Woods, a admis qu'elle aurait pu causer une interruption
de quatre ou cinq minutes en appuyant accidentellement
sur un mauvais bouton lors d'un appel téléphonique,
mais elle a soutenu ne pas avoir pu effacer une
aussi longue partie de l'enregistrement.
Alors
qu'elle vérifiait les bandes, à
Camp David, Nixon était entré brièvement
dans la pièce et, sous prétexte
d'en écouter quelques extraits, il avait
manipulé à plusieurs reprises les
boutons de défilement « avant »
et « arrière ». On s'est donc
demandé si le président n'avait
pas créé lui-même ce blanc
de dix-huit minutes.
Nixon était sans doute le seul à
savoir si le bourdonnement qui couvrait la conversation
était le fruit de sa propre volonté...
Il a en tout cas emporté son secret avec
lui, lorsqu'il est mort en 1994.
V.B
(2.10.2006)
Références bibliographiques
Le Watergate, Kaspi André. Editions complexe 1983
Gorge Profonde - La Véritable Histoire De L'homme Du Watergate, Woodward Bob. Editions Denoël 2005
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