Mythes et réalité
sur les Vikings
Aujourd’hui, les historiens ont tendance
à nuancer cette « légende
noire » des Vikings. Les redoutables Normands
« Hommes du Nord » ont effectivement
semé la terreur mais ce peuple de conquérants
a également été à
la source de législations et fondateur
de nations.
Une série de découvertes archéologiques
a révélé que les Normands
étaient de grands commerçants, artisans
et gouvernants.

Broche en or trouvée
au Danemark et datée de l'an mil (Musée
historique national de Stockholm)
Les Vikings étaient avant tout des navigateurs.
C’étaient de véritables explorateurs
qui ont atteint des terres plus éloignées
au nord et à l’ouest que tous les
autres peuples européens avant eux.
Ainsi, ils ont établi une colonie sur la
côte ouest du Groenland et ont gagné
l’Amérique 500 avant Christophe Colomb.

Drakkar en flammes
lors du festival de Up-Helly-Aa, dans les îles
Shetland (Photo © Adam Woolfitt)
Féroces, les Vikings l’étaient
sans conteste. Mais, leur détermination
et leur courage ont permis l’évolution
d’un monde figé.
Ils ont apporté le feu et l’acier
ainsi que leur ambition.
Il est indéniable que les Vikings ont
changé la face du monde à tout jamais.
L’histoire des Vikings
Le terme « viking » correspond à
une activité, non à un nom de peuple.
Les jeunes avides d’aventures décidèrent
de partir en « viking » c’est-à-dire
d’organiser des raids.
Ces hommes venaient des pays nordiques : futur
Danemark, Norvège, Suède. Mais,
l’idée de nation n’existait
pas encore.
Chaque clan était loyal à un chef
local.
Ces peuples du Nord avaient cependant
des points communs :
- Le langage (le vieux nordique)
- Le même panthéon avec des dieux
comme Odin ou Thor
- Une société divisée
en trois classes : nobles guerriers, hommes
libres et les esclaves
Comment et pourquoi ces peuples se sont-ils transformés
en « Vikings ». Les historiens ne
le savent pas exactement.
La pression démographique a sans doute
joué un rôle ainsi que l’amélioration
technique des navires.
Cependant, aucune de ces raisons n’explique
vraiment cet exode.
Les premiers à quitter leurs terres furent
les Suédois. Ils traversèrent la
Baltique et pénétrèrent en
Russie.
Les Danois s’intéressèrent
à l’Angleterre et à l’Empire
franc de Charlemagne.

Fortifications
en ruines pour repousser les Vikings, sur la rivière
Ulla, en Galice (Photo © Ted Spiegel)
Les Vikings de Norvège exploraient pendant
ce temps des terres peu connues. Ils s’attaquèrent
à l’Irlande et à l’Ecosse.
Vers la fin du Xe siècle, un hors-la-loi
nommé Erik le Rouge navigua vers l’ouest
et découvrit une terre qu’il baptisa
Greenland.
En 1001, Leif Eriksson, fils d’Erik le
Rouge, eu le premier contact européen avec
l’Amérique alors qu’il débarqua
près de la point septentrionale de Terre-Neuve.

Camp viking de
l'Anse aux Meadows sur la côte de Terre-Neuve
(Photo © Greg Probst)
Cet exploit a couronné une saga pleine
d’aventures et d’explorations. En
un peu plus de deux siècles, les Normands
avaient atteint Bagdad à l’est et
le Nouveau Monde à l’ouest. Ce sont
les premiers à avoir découvert l’Islande,
le Groenland et le nord du continent américain.
Les expéditions guerrières
En 844, les Vikings pillent la Galice, Lisbonne
et Séville. En 859-862, ils ravagent les
côtes du Maroc puis gagnent la Toscane.
De là, ils détruisent Pise et remontent
jusqu’au Rhône, à Valence où
ils sont arrêtés.
Charlemagne avait créé une défense
côtière mais ses successeurs, en
pleine guerre de partage de l’Empire, ne
se soucient pas de la menace des pirates barbares.
A partir de 833, les Vikings découvrent
la faiblesse des Carolingiens. Aussitôt,
ils multiplient les expéditions. Rouen
brûle en 841, Nantes en 843, Paris succombe
en 845 et Tours en 853.

Détail d'un
drakkar datant du IXe siècle, découvert
avec le vaisseau d'Oseberg, près du fjord
d'Oslo
Les Vikings établissent alors des têtes
de pont permanentes sur les embouchures de la
Seine et de la Loire. Ils s’y installent
et font de fréquents raids.
Toutefois, en 887, le carolingien Charles le
Gros, est déposé. C’est Eudes,
compte de Paris, qui est élu roi des Francs
pour lutter contre les envahisseurs.
C’est en fait surtout la famine qui, en
892, chasse temporairement les Vikings de France.
De 834 à 850, les Vikings pillent les
royaumes anglo-saxons. En 865, une immense armée
arrive et occupe York en 866. De raid en raid,
ils arrivent jusqu’à Londres en 871.
A la fin du IXe siècle, l’Angleterre
est si dévastée qu’il ne reste
plus rien à piller. Les Danois s’y
installent et fondent le royaume viking d’York
dans le Yorkshire.

Proue d'une réplique
du vaisseau d'Oseberg, découvert en 1904,
dans un tumulus funéraire du IXe siècle
Une société anglo-scandinave naît
alors dans cette région que l’on
appelle le Danelaw « loi danoise ».
C’est l’avènement du Christianisme
qui va marquer la fin de l’ère viking.
L’adoption de la nouvelle religion va peu
à peu faire tomber la principale barrière
entre les pays nordiques et le reste de l’Europe.
Dès la fin du IXe siècle, les rois
scandinaves commencent à se convertir pour
assurer leur légitimité et battre
en brèche les chefs de guerre. Ils tentent
également d’unifier leurs pays. A
partie de 1016, la Norvège est unifiée.
Mais, ces nouvelles monarchies ressemblent vite
à celles de l’Occident chrétien.
Elles réduisent la turbulence des grands
chefs de guerre.
La source du dynamisme viking se tarit au cours
du XIe siècle.
Le drakkar
Le drakkar (pluriel de dreki « dragon »)
est le symbole de l’épopée
viking. Cependant, tous les bateaux scandinaves
ne sont pas ces grands navires de guerre, à
la proue ornée d’une tête de
dragon sculptée.
Robustes et rapides, capables de résister
aux houles de l’Atlantique et de la mer
du Nord, possédant un faible tirant d’eau
qui leur permet de remonter les cours d’eau,
les drakkars sont un véritable outil tactique.

Drakkar reconstitué
(Photo © Ted Spiegel)
Mus à la rame, jusqu’à 30
rangs de rameurs pour les plus grands, ils sont
symétriques, ce qui permet une très
grande maniabilité dans les manœuvres.
Pourvus d’une quille, ils sont dotés
d’une toile triangulaire (latine). On abaisse
le mât pour aller à terre ou naviguer
sur les fleuves ; on le redresse pour naviguer
en pleine mer.

Proue décorée
d'un drakkar (Photo © Viking Ship Museum,
Oslo)
Des répliques modernes ont montré
que les drakkars dépassaient les dix nœuds
à l’heure, soit presque 20 km/h.
Ils pouvaient parcourir en moyenne 200 km par
24 h.
Les rois et les nobles de haut rang couvraient
leurs plus beaux drakkars de riches décorations.
Certains portaient des girouettes de bronze.

Un animal mythique
orne le sommet de cette girouette du XIIe siècle,
découverte en Norvège (Photo ©
Historiska Museet, Oslo)
Les drakkars n’étaient pas les seuls
bateaux. Les knarrs étaient des navires
de transport très larges.
Les armes et les techniques
guerrières des Vikings
Tout Scandinave, de naissance libre, possédait
des armes dès le plus jeune âge.
Les meilleures et les plus coûteuses étaient
les épées longues à double
tranchant.
Ces armes précieuses recevaient parfois
des noms comme « Mord-la-jambe » ou
« Garde d’or ».

L'épée
viking était tenue à une main, l'autre
portant le bouclier
Ensuite venaient la lance, une arme de poing
et le javelot, une arme de jet.
Dans les croyances, il s’agissait des armes
d’Odin, connu sous le nom de « Seigneur
de la Lance ».
Son arme magique, Gungnir, touchait toujours sa
cible.

La lance était
constituée d'un fer fixé à
une longue perche (Photo © National Museet,
Copenhague)
On évoque souvent les Vikings, armés
de haches mais ces armes n’étaient
utilisées que par les pauvres, qui s’en
servaient aussi pour couper le bois.
Enfin, les Vikings utilisaient également
des poignards et des arcs, mais ces derniers surtout
pour la chasse.
Outre les raids maritimes éclairs,
ces guerriers savaient s’adapter à
une guerre plus statique. Les Danois menèrent
de longues campagnes en Angleterre et en terre
franque.

Casque viking découvert
à Vendel, en Suède, daté
du VIIe ou VIIIe siècle (Upplandsmuseet,
Uppsala)
Ils excellaient au corps à corps. Dans
le combat rapproché, ils avaient un gros
avantage : la taille.
Grâce à un régime hyper-protéiné,
ils mesuraient en moyenne 1,72 m contre 1,65 m
pour leurs adversaires.
Ils avaient également pris conscience
des aspects psychologiques. Ils se rendaient aussi
effrayants que possible. L’une de leurs
tactiques consistait à faire des bruits
terrifiants, en agitant leur carquois ou en poussant
des cris.

Casque dit "de
Sigurd" découvert en Suède,
dans une barque funéraire (VIIe siècle,
Upplandsmuseet, Uppsala)
Un groupe particulier atteignait des stades de
folie furieuse. Connus sous le nom de berseks,
du nom de la peau d’ours qu’ils portaient
parfois, ils appartenaient à une confrérie.
Ils devaient frapper d’horreur leurs adversaires
en roulant des yeux, en ayant l’écume
à la bouche, en mordant leurs boucliers
ou en allant se battre nus.
Rites funéraires des
Vikings
Selon les régions, l’au-delà
était appréhendé différemment.
Parmi ces croyances, la plus connue est celle
de Walhalla, la salle de banquet d’Asgardr
où Odin recevait les rois et les guerriers
morts.
Les Vikings qui mourraient y étaient emmenés
par les Walkyries, « celles qui choisissent
les morts, des vierges guerrières.
Ceux qui ne mourraient pas au combat étaient
condamnés à une triste existence
dans les ombres du royaume de Hel.

Cimetière
viking à Lindholm Höje, près
d’Älborg, au Danemark (Photo ©
Ted Spiegel)
Parallèlement aux mythes, les rites funéraires
variaient. Les êtres chers étaient
parfois enterrés près de leur habitation.
Les fouilles archéologiques montrent que
la plupart des morts étaient enterrés
avec des objets, armes ou bijoux.
A Lindholm Höje, au Danemark, on a retrouvé
dans les années 50 un cimetière
viking qui a été recouvert de sable
vers l’an 1000.
Les 700 pierres funéraires étaient
soit en forme de bateau, carrées, circulaires
ou rectangulaires.
Mais, le motif du drakkar semble s’être
répandu vers l’an 800. La plupart
des cadavres avaient été incinérés.
Les runes
Les origines de l’alphabet runique demeure
un mystère. D’autres peuples germaniques
l’utilisaient plusieurs siècles avant
l’ère viking.

Stèle gravée
de Ahrus. Tête de taureau et entrelacs de
serpents, surmontés d'une inscription en
caractère runiques (Xe siècle, Musée
archéologique de Moesgard, Danemark)
Chaque lettre est faite de lignes simples donc
facile à graver. La plupart des 4 0000
inscriptions retrouvées ont été
gravées dans la pierre, l’os ou le
métal.
Il s’agit souvent de pierres tombales portant
le nom du défunt.

Les runes avaient aussi une signification magique.
Selon le mythe, c’est Odin qui apprit en
premier l’écriture au terme d’une
épreuve épouvantable que l’on
peut assimiler à la crucifixion du Christ.

Les historiens actuels donnent le nom de «
Futhark » à l’alphabet runique.
Comme les hiéroglyphes, chaque signe représentait
un son et symbolisait un objet ou une notion abstraite.

Par exemple, la première rune de l’alphabet
correspondait à la lettre « f »
mais aussi au mot « bétail »
ou « richesse ».
Le nombre des runes est limité
et certaines lettres ne sont pas représentées
et certains sons sont dédoublés.
Il n’existe pas par exemple de rune propre
au « d », « g » ou «
p ». La traduction est d’autant plus
difficile.
V.B (19.04.2006)
Dossier complémentaire
La
mythologie nordique
Bibliographie principale
Les Vikings, L’Histoire du Monde, éditions
Larousse. Vikings de Tony Allan, Editions Gründ
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