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Les Vikings

À la mort de Charlemagne, en 814, l’Empire carolingien paraît triompher. Pourtant, des ennemis nouveaux viennent de surgir : les farouches Vikings, dont les drakkars effrayants apparaissent au large des côtes anglaises vers 790.
L'ère Viking va marquer le monde de manière irrémédiable.
Les Vikings sont célèbres pour leur art de la guerre et leur soif de richesses. Cependant, ce peuple nordique était également féru d’art.
La mythologie des peuples nordiques a traversé les siècles. Les Vikings vénéraient des dieux à leur image. Leur panthéon était avant tout dominé par des divinités guerrières.
Réhabilité depuis peu, le nom de Viking évoque toujours le souffle de l’aventure.

Mythes et réalité sur les Vikings

Aujourd’hui, les historiens ont tendance à nuancer cette « légende noire » des Vikings. Les redoutables Normands « Hommes du Nord » ont effectivement semé la terreur mais ce peuple de conquérants a également été à la source de législations et fondateur de nations.

Une série de découvertes archéologiques a révélé que les Normands étaient de grands commerçants, artisans et gouvernants.

Broche en or trouvée au Danemark et datée de l'an mil (Musée historique national de Stockholm). By Mararie. (CC BY-SA 3.0)

Les Vikings étaient avant tout des navigateurs. C’étaient de véritables explorateurs qui ont atteint des terres plus éloignées au nord et à l’ouest que tous les autres peuples européens avant eux.
Ainsi, ils ont établi une colonie sur la côte ouest du Groenland et ont gagné l’Amérique 500 avant Christophe Colomb.

Navire viking

Navire viking découvert en 1880 en Norvège. By James Cridland . (CC BY-SA 3.0)

Féroces, les Vikings l’étaient sans conteste. Mais, leur détermination et leur courage ont permis l’évolution d’un monde figé.
Ils ont apporté le feu et l’acier ainsi que leur ambition.

Il est indéniable que les Vikings ont changé la face du monde à tout jamais.

L’histoire des Vikings

Le terme « viking » correspond à une activité, non à un nom de peuple. Les jeunes avides d’aventures décidèrent de partir en « viking » c’est-à-dire d’organiser des raids.
Ces hommes venaient des pays nordiques : futur Danemark, Norvège, Suède. Mais, l’idée de nation n’existait pas encore.
Chaque clan était loyal à un chef local.

Ces peuples du Nord avaient cependant des points communs :

  • Le langage (le vieux nordique)
  • Le même panthéon avec des dieux comme Odin ou Thor
  • Une société divisée en trois classes : nobles guerriers, hommes libres et les esclaves

Comment et pourquoi ces peuples se sont-ils transformés en « Vikings ». Les historiens ne le savent pas exactement.
La pression démographique a sans doute joué un rôle ainsi que l’amélioration technique des navires.
Cependant, aucune de ces raisons n’explique vraiment cet exode.

Les premiers à quitter leurs terres furent les Suédois. Ils traversèrent la Baltique et pénétrèrent en Russie.

Les Danois s’intéressèrent à l’Angleterre et à l’Empire franc de Charlemagne.

Broche viking

Reconstitution d'une broche viking. By Hans s . (CC BY-SA 3.0)

Les Vikings de Norvège exploraient pendant ce temps des terres peu connues. Ils s’attaquèrent à l’Irlande et à l’Ecosse.

Vers la fin du Xe siècle, un hors-la-loi nommé Erik le Rouge navigua vers l’ouest et découvrit une terre qu’il baptisa Greenland.

En 1001, Leif Eriksson, fils d’Erik le Rouge, eu le premier contact européen avec l’Amérique alors qu’il débarqua près de la pointe septentrionale de Terre-Neuve.

Camp viking de l'Anse aux Meadows

Camp viking de l'Anse aux Meadows sur la côte de Terre-Neuve . By Dylanindustries . (CC BY-SA 3.0)

Cet exploit a couronné une saga pleine d’aventures et d’explorations. En un peu plus de deux siècles, les Normands avaient atteint Bagdad à l’est et le Nouveau Monde à l’ouest. Ce sont les premiers à avoir découvert l’Islande, le Groenland et le nord du continent américain.

Les expéditions guerrières

En 844, les Vikings pillent la Galice, Lisbonne et Séville. En 859-862, ils ravagent les côtes du Maroc puis gagnent la Toscane.
De là, ils détruisent Pise et remontent jusqu’au Rhône, à Valence où ils sont arrêtés.

Charlemagne avait créé une défense côtière mais ses successeurs, en pleine guerre de partage de l’Empire, ne se soucient pas de la menace des pirates barbares.

A partir de 833, les Vikings découvrent la faiblesse des Carolingiens. Aussitôt, ils multiplient les expéditions. Rouen brûle en 841, Nantes en 843, Paris succombe en 845 et Tours en 853.

Détail d'un drakkar datant du IXe siècle, découvert avec le vaisseau d'Oseberg, près du fjord d'Oslo. By Mararie. (CC BY-SA 3.0)

Les Vikings établissent alors des têtes de pont permanentes sur les embouchures de la Seine et de la Loire. Ils s’y installent et font de fréquents raids.

Toutefois, en 887, le carolingien Charles le Gros, est déposé. C’est Eudes, compte de Paris, qui est élu roi des Francs pour lutter contre les envahisseurs.
C’est en fait surtout la famine qui, en 892, chasse temporairement les Vikings de France.

De 834 à 850, les Vikings pillent les royaumes anglo-saxons. En 865, une immense armée arrive et occupe York en 866. De raid en raid, ils arrivent jusqu’à Londres en 871.
A la fin du IXe siècle, l’Angleterre est si dévastée qu’il ne reste plus rien à piller. Les Danois s’y installent et fondent le royaume viking d’York dans le Yorkshire.

Proue d'une réplique du vaisseau d'Oseberg, découvert en 1904, dans un tumulus funéraire du IXe siècle. By Mararie. (CC BY-SA 3.0)

Une société anglo-scandinave naît alors dans cette région que l’on appelle le Danelaw « loi danoise ».

C’est l’avènement du Christianisme qui va marquer la fin de l’ère viking. L’adoption de la nouvelle religion va peu à peu faire tomber la principale barrière entre les pays nordiques et le reste de l’Europe.

Dès la fin du IXe siècle, les rois scandinaves commencent à se convertir pour assurer leur légitimité et battre en brèche les chefs de guerre. Ils tentent également d’unifier leurs pays. A partie de 1016, la Norvège est unifiée.
Mais, ces nouvelles monarchies ressemblent vite à celles de l’Occident chrétien. Elles réduisent la turbulence des grands chefs de guerre.
La source du dynamisme viking se tarit au cours du XIe siècle.

Le drakkar

Le drakkar (pluriel de dreki « dragon ») est le symbole de l’épopée viking. Cependant, tous les bateaux scandinaves ne sont pas ces grands navires de guerre, à la proue ornée d’une tête de dragon sculptée.

Robustes et rapides, capables de résister aux houles de l’Atlantique et de la mer du Nord, possédant un faible tirant d’eau qui leur permet de remonter les cours d’eau, les drakkars sont un véritable outil tactique.

Drakkar viking

Drakkar reconstitué. By Informatique . (CC BY-SA 3.0)

Mus à la rame, jusqu’à 30 rangs de rameurs pour les plus grands, ils sont symétriques, ce qui permet une très grande maniabilité dans les manœuvres.

Pourvus d’une quille, ils sont dotés d’une toile triangulaire (latine). On abaisse le mât pour aller à terre ou naviguer sur les fleuves ; on le redresse pour naviguer en pleine mer.

Proue décorée d'un drakkar . Viking Ship Museum, Oslo. By Informatique . (CC BY-SA 3.0)

Des répliques modernes ont montré que les drakkars dépassaient les dix nœuds à l’heure, soit presque 20 km/h. Ils pouvaient parcourir en moyenne 200 km par 24 h.

Les rois et les nobles de haut rang couvraient leurs plus beaux drakkars de riches décorations. Certains portaient des girouettes de bronze.

Un animal mythique orne le sommet de cette girouette du XIIe siècle, découverte en Norvège. Historiska Museet, Oslo. By Informatique . (CC BY-SA 3.0)

Les drakkars n’étaient pas les seuls bateaux. Les knarrs étaient des navires de transport très larges.

Les armes et les techniques guerrières des Vikings

Tout Scandinave, de naissance libre, possédait des armes dès le plus jeune âge. Les meilleures et les plus coûteuses étaient les épées longues à double tranchant.
Ces armes précieuses recevaient parfois des noms comme « Mord-la-jambe » ou « Garde d’or ». L'épée viking était tenue à une main, l'autre portant le bouclier.

Reconstitution d'un combat de viking

Festival avec reconstitution des armes et vêtements de l'époque viking. By Hans s . (CC BY-SA 3.0)

Ensuite venaient la lance, une arme de poing et le javelot, une arme de jet. La lance était constituée d'un fer fixé à une longue perche.

Dans les croyances, il s’agissait des armes d’Odin, connu sous le nom de « Seigneur de la Lance ».
Son arme magique, Gungnir, touchait toujours sa cible.

Casque viking

Casque viking . By Mararie. (CC BY-SA 3.0)

On évoque souvent les Vikings, armés de haches mais ces armes n’étaient utilisées que par les pauvres, qui s’en servaient aussi pour couper le bois.

Enfin, les Vikings utilisaient également des poignards et des arcs, mais ces derniers surtout pour la chasse.

Outre les raids éclair maritimes, ces guerriers savaient s’adapter à une guerre plus statique. Les Danois menèrent de longues campagnes en Angleterre et en terre franque.

Ils excellaient au corps à corps. Dans le combat rapproché, ils avaient un gros avantage : la taille.
Grâce à un régime hyper-protéiné, ils mesuraient en moyenne 1,72 m contre 1,65 m pour leurs adversaires.

Ils avaient également pris conscience des aspects psychologiques. Ils se rendaient aussi effrayants que possible. L’une de leurs tactiques consistait à faire des bruits terrifiants, en agitant leur carquois ou en poussant des cris.

Casque dit "de Sigurd" découvert en Suède, dans une barque funéraire (VIIe siècle, Upplandsmuseet, Uppsala) . By Mararie. (CC BY-SA 3.0)

Un groupe particulier atteignait des stades de folie furieuse. Connus sous le nom de berseks, du nom de la peau d’ours qu’ils portaient parfois, ils appartenaient à une confrérie.
Ils devaient frapper d’horreur leurs adversaires en roulant des yeux, en ayant l’écume à la bouche, en mordant leurs boucliers ou en allant se battre nus.

Rites funéraires des Vikings

Selon les régions, l’au-delà était appréhendé différemment. Parmi ces croyances, la plus connue est celle de Walhalla, la salle de banquet d’Asgardr où Odin recevait les rois et les guerriers morts.

Les Vikings qui mourraient y étaient emmenés par les Walkyries, « celles qui choisissent les morts, des vierges guerrières.

Bronze viking

Bronze viking. By Mararie. (CC BY-SA 3.0)

Ceux qui ne mourraient pas au combat étaient condamnés à une triste existence dans les ombres du royaume de Hel.

Parallèlement aux mythes, les rites funéraires variaient. Les êtres chers étaient parfois enterrés près de leur habitation.

Les fouilles archéologiques montrent que la plupart des morts étaient enterrés avec des objets, armes ou bijoux.

Bijou viking

Bijou viking. By Mararie. (CC BY-SA 3.0)

A Lindholm Höje, au Danemark, on a retrouvé dans les années 50 un cimetière viking qui a été recouvert de sable vers l’an 1000.
Les 700 pierres funéraires étaient soit en forme de bateau, carrées, circulaires ou rectangulaires.
Mais, le motif du drakkar semble s’être répandu vers l’an 800. La plupart des cadavres avaient été incinérés.

Les runes

Les origines de l’alphabet runique demeure un mystère. D’autres peuples germaniques l’utilisaient plusieurs siècles avant l’ère viking.

Runes

Stèle gravée de runes. By Mararie. (CC BY-SA 3.0)

Chaque lettre est faite de lignes simples donc facile à graver. La plupart des 4 0000 inscriptions retrouvées ont été gravées dans la pierre, l’os ou le métal.
Il s’agit souvent de pierres tombales portant le nom du défunt.

Runes

Les runes avaient aussi une signification magique. Selon le mythe, c’est Odin qui apprit en premier l’écriture au terme d’une épreuve épouvantable que l’on peut assimiler à la crucifixion du Christ.

Runes

Les historiens actuels donnent le nom de « Futhark » à l’alphabet runique. Comme les hiéroglyphes, chaque signe représentait un son et symbolisait un objet ou une notion abstraite.

Runes

Par exemple, la première rune de l’alphabet correspondait à la lettre « f » mais aussi au mot « bétail » ou « richesse ».

Le nombre des runes est limité et certaines lettres ne sont pas représentées et certains sons sont dédoublés. Il n’existe pas par exemple de rune propre au « d », « g » ou « p ». La traduction est d’autant plus difficile.

V.Battaglia (19.04.2006)

 La mythologie nordique . Le secret des runes

Références

Jonathan Clements; A Brief History of the Vikings: The Last Pagans or the First Modern Europeans?. Running Press 2005
Gwyn Jones; A History of the Vikings. Oxford University Press 2001
John Lindow; Norse Mythology: A Guide to Gods, Heroes, Rituals, and Beliefs. Oxford University Press 2002
Kevin Crossley-Holland; The Norse Myths . Pantheon 1981
Else Roesdahl; The Vikings. Penguin 1999

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