Depuis la fin du 19e siècle et la parution
du roman de Bram Stoker, Dracula, le mythe du
vampire a pris forme dans l’imaginaire populaire.
La cruauté de ce personnage mythique s’est
directement inspirée d’un chef de
guerre des Balkans, le prince Vlad Dracul, dont
le sadisme a marqué l’histoire jusqu’à
aujourd’hui.
La naissance du Vampire
La mort joue un rôle primordial dans l’imagination
des hommes. Ce sont toujours les faits les plus sanglants qui restent
gravés dans nos mémoires.
Il n’est donc pas étonnant que le thème du vampire
ait rencontré un tel succès. Un vampire symbolise
la vie éternelle qui ne peut perdurer que grâce au
sacrifice.
A travers ce personnage, assoiffé de sang, c’est la
face sombre de l’humanité qui nous est renvoyée.
Le roman, Dracula, relate l’affrontement entre un groupe
de personnes, menées par le professeur Van Helsing, et l’impitoyable
vampire transylvanien, le comte Dracula. Depuis, ce roman a donné
naissance à des dizaines de films, de livres, de bandes dessinées
et de séries télévisées.
Dracula interprété
par Béla Lugosi en 1931
Mais, la tradition vampirique était déjà largement
répandue quand le roman fut publié en 1897.
L’origine des vampires remonte aux harpies de l’Antiquité
qui étaient connues pour enlever des hommes qui ne revenaient
jamais plus.
Les légendes médiévales russes, allemandes
ou roumaines étaient truffées de monstres sanguinaires,
avides de sucer le sang de leurs victimes.
Cependant, le roman de Stoker apporte de nombreuses innovations
qui renforcent le mythe. Le vampire peut être mis en fuite
grâce à l’utilisation de l’ail ou de la
croix. Il peut également pénétrer n’importe
où comme par magie.
De plus, il est certain que l’aspect sexuel qui apparaît
dans les relations entre Dracula et ses victimes n’est pas
étranger au succès remporté par le roman.
Dracula est bien sûr un personnage de fiction. Pourtant,
l’auteur s’est inspiré d’un personnage
qui, lui, était bien réel : le sinistre Vlad IV, surnommé
Tepes « L’Empaleur ».
Vlad Dracul
Au XVe siècle, un des voïvodes (princes) de la Valachie,
province sous domination Turque, située entre les Alpes de
Transylvanie et le Danube, est connu sous le nom de Vlad Dracul.
Dracul signifie « dragon », l’emblème du
roi.
Quand son fils, Vlad IV, né en 1430, lui succède,
il reçoit le titre de Dracula c’est-à-dire «
fils du dragon ».
Portrait de Vlad IV Dracul
A cette époque, la violence est omniprésente. Dès
son enfance, Vlad IV voit son père assassiné et son
frère enterré vivant.
Lui-même est retenu prisonnier de nombreuses années
par les Turcs dans une forteresse. A cette époque, l’Empire
ottoman s’étend jusqu’aux frontières de
la Hongrie.
Vlad IV est considéré comme un héros par les
roumains.
Dracula, l’Empaleur
L’empalement sur un pieu de bois ou de fer, est la méthode
préférée de Vlad IV pour se débarrasser
de ses prisonniers ou des opposants.
Sa cruauté est bien connue et une gravure allemande de 1499
le montre en train de festoyer au milieu de cadavres empalés.
Il venait alors de faire empaler 30 000 habitants d'une ville vaincue.
On estime entre 50 000 et 100 000 le nombre de ses victimes empalées,
brûlées ou écorchées vives lors de son
règne qui n’a duré que 10 ans.
Gravure de 1499 représentant
Vlad IV en train de festoyer au milieu de corps empalés
Son sadisme ne connaît aucune limite. Des chroniques locales
racontent comment, pour punir des émissaires turcs de ne
pas s’être découverts en sa présence,
il a ordonné que leur fez (turban) soit cloué sur
leur crâne.
Un autre fait rapport qu’il a rassemblé de nombreux
pauvres et infirmes dans une salle fermée, sous prétexte
de leur fournir de la nourriture, et il y fit mettre le feu.
Vlad Dracul a été tué en 1476. On ne sait
pas s'il s'agit d'un assassinat. L'hypothèse la plus vraisemblable
est qu'il a été tué au combat par les Turcs.
Par contre, on sait qu’il a été décapité
et que sa tête a été plantée à
l’extrémité d’une pique.
C’est au début du 20e siècle que sa tombe a
été découverte. Mais, à la surprise
générale, elle s’est révélée
vide.
La réalité a ainsi rejoint la fiction. Dracula ne
peut mourir et hante toujours nos esprits. Comble de l'ironie, il
est aujourd'hui le thème d'un parc de loisirs situé
à proximité de son château fort. Vlad Dracul,
l'Empaleur, est devenu un argument touristique.
Château Fort de Bran dans lequel
résidait souvent Vlad IV
Le vampirisme à travers l’histoire
Le vampirisme est né des puissantes vertus que l’homme
a toujours attribué au sang ainsi qu’à sa peur
de la vengeance des morts.
La parfaite conservation de certains cadavres a largement contribué
aux croyances en l’immortalité de certains êtres
maléfiques.
Dans l’Antiquité, le panthéon assyrien possède
des démons suceurs de sang dont la cruelle Lilith.
De leur côté, les Romains ont Lamia, une goule malfaisante
qui vampirise et dévore les fœtus.
C’est au XIe siècle que l’on trouve la première
mention officielle du vampirisme en Occident. Le mythe s’étend
au monde entier.
Ainsi, au XIIe siècle, il est tellement bien implanté
que l’on doit, en Angleterre, brûler ces créatures
pour apaiser la colère populaire.
Autant préciser que se sont de pauvres victimes innocentes
qui font les frais de cette superstition.
A partir de 1730, des tombes sont profanées en grand nombre.
Les cadavres, soupçonnés d’être des vampires,
sont déterrés, leurs cœurs sont transpercés
d’un pieu puis les corps sont brûlés.
Le phénomène prend tant d’ampleur que l’armée
est obligée d’intervenir. Ce macabre rituel est parti
de Grèce pour s’étendre à toute l’Europe
centrale.
Aujourd’hui, le mythe existe toujours. Alimenté par
le cinéma, la légende a malheureusement inspiré
des tueurs en série comme Peter Kürten baptisé
« le vampire de Düsseldorf ». Certaines sectes
« vampiriques » continuent toujours à sévir
dans le monde.
Le syndrome de Dracula
Les scientifiques ont cherché à trouver des bases
rationnelles pour expliquer le vampirisme. Les dernières
théories médicales s’orientent vers une maladie
rare : la porphyrie.
Cette affection héréditaire aboutit à l’accumulation
dans le sang d’un des composants de l’hémoglobine,
la porphyrine. Cela entraîne divers symptômes cutanés.
Dans les années 1980, des chercheurs ont décrit une
forme très rare de cette maladie. Les patients développaient
des dents pointues, une hypersensibilité à la lumière
et un besoin de sang.
Des cas, inconnus à l’époque, de cette maladie,
seraient-ils à l’origine de la peur populaire ?