Histoire: Unité 731

Les médecins maudits de l’armée japonaise

En Mandchourie, à partir de 1931, une unité spéciale des troupes japonaises met sur pied un centre d’expérimentation sur l’utilisation militaire de l’arme bactériologique.
Dans le plus grand secret, deux ans plus tard, une équipe dirigée par le médecin Shiro Ishii commence à utiliser des cobayes humains pour des expériences.
Le secret a été gardé pendant longtemps, y compris par les Etats-Unis. Au total, entre 1933 et 1945, 3 000 personnes environ sont mortes dans ce laboratoire de l’horreur, nommé « unité 731 ».

 

L’unité 731

C’est récemment seulement que l’ampleur et l’horreur des expériences menées ont été révélées. Les agissements de cette équipe de « savants » pervers n’ont d’égal que ceux des médecins nazis dans les camps de concentration.

Le laboratoire de la mort est installé dans l’Etat du Mandchoukuo, à Pingfan, au sud de Harbin. Son objectif principal est la mise au point d’une arme bactériologique. A cet effet, un énorme complexe de 150 bâtiments est construit.

Au plus fort de son activité, à partir de 1938, le complexe regroupe des milliers de collaborateurs. Leur objectif principal est de mettre au point les armes bactériologiques les plus meurtrières.

Dans un des bâtiments, le « bloc Rô », les chercheurs font des expériences sur des êtres humains.

Harbin est une ville qui constitue la source de recrutement des victimes. Soldats chinois, intellectuels ou toute personne soupçonnée d’agitation deviennent les victimes des expérimentations japonaises.

Le général Shiro Ishii, bactériologiste et responsable de l'unité 731

Mais, on sait que des soldats Américains, Australiens, Néo-Zélandais et Anglais, incarcérés dans le camp de Moukden, à 500 km de Pingfan ont également été victimes de ces savants fous.
Des envoyés délégués par les médecins ont soumis les soldats à la contagion de différentes souches bactériennes. Tous les cadavres ont été systématiquement autopsiés et les résultats envoyés à l’unité 731.

Les cobayes humains

Lorsque les prisonniers arrivent dans le bloc Rô, c’est pour ne plus en sortir vivants. Dès leur arrivée, ils deviennent des « marutas » c’est-à-dire des « bouts de bois ». Cela signifie que l’on ne leur reconnaît plus aucune humanité. Ce ne sont que des objets à qui l’on peut faire subir les pires atrocités.

Et l’imagination sadique des savants japonais est sans limite. Tout est bon pour améliorer les armes bactériologiques et renforcer la résistance des soldats japonais.

Des souches sélectionnées de maladie, peste, choléra, dysenterie, typhus, sont inoculées sur des individus sains.
Après quoi, on regarde leurs effets et leur évolution. Quand un patient survit à un premier virus, un deuxième lui est injecté. Et cela continue jusqu’à la mort dans les pires souffrances.

Des bombes à la gangrène, du cyanure, différents gaz sont alternativement essayés, sous prétexte d’étudier la durée et les formes de l’agonie.

Les effets du froid intéressent également beaucoup les japonais. On laisse des prisonniers geler littéralement dans l’hiver mandchou, puis on tente de réchauffer leurs membres en observant la rapidité de la nécrose de ceux-ci.

La résistance humaine est également testée : combien de temps faut-il pour qu’un être humain meurt, privé de sommeil ou de faim ou de déshydratation ?

Certaines expériences ne peuvent être légitimées par aucune rationalité scientifique. Ce sont l’œuvre d’esprits sadiques et malades :

  • Greffes d’animaux sur des corps humains
  • Exposition prolongée aux rayons X
  • Exposition à une surpression atmosphérique
  • Vivisection
  • Corps bouillis vifs

La fin du cauchemar

En 1944, alors que les troupes américaines avancent dans le Pacifique, l’unité 731 est prête à fournir un grand nombre d’armes bactériologiques. Pourtant, l’état-major nippon ne donne pas l’ordre de les utiliser.

Après la destruction d’Hiroshima, en août 1945, et l’invasion de la Mandchourie par les troupes soviétiques, le laboratoire est déserté.

Mais, auparavant, tous les prisonniers encore vivants sont exécutés. Les cadavres sont incinérés, les bâtiments détruits. Les familles des scientifiques sont déplacées et les savants fuient au Japon.

L'unité 731

Ainsi, toute trace compromettante est effacée et le silence est observé pendant de longues années sur la demande même des autorités japonaises.
Les Etats-Unis acceptent d’oublier cette barbarie en échange de rapports normalisés. Aucun procès n’eut lieu et contrairement aux médecins nazis, ces savants japonais ne durent jamais répondre de leurs actes.

Mais, à l’aube de leur vie, des anciens de l’unité 731, comme le lieutenant-colonel Toshihide, ont décidé de se décharger de leur fardeau.
Des témoignages ont été recueillis dans « La guerre bactériologique », de P.Williams et D.Wallace, un ouvrage de référence publié aux éditions Albin Michel.

V.B (07.2005)

Bibliographie principale

La Mémoire de l'humanité. Editions Larousse 1994. La guerre bactériologique P.Williams et D.Wallace. Editions Albin Michel 1990

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