Triades chinoises Héritières lointaines des sociétés secrètes de la fin du 17e siècle, les triades chinoises forment aujourd’hui une mafia puissante dont l’activité est étroitement liée à la croissance spectaculaire de la Chine.
|
La Triade originelle est une société secrète née en opposition à la dynastie mandchoue des Qing à la fin du 17e siècle. Ces membres possédaient un langage codé, des signes de reconnaissance et pratiquaient des disciplines de combat tenues secrètes. Mais, au milieu du 19e siècle, certains de ses membres rompent avec l’idéal des origines. Ils pratiquent une violence gratuite au service de leurs seuls intérêts. Des loges de la Triade sont ainsi devenues des gangs de voleurs et d’assassins. Les triades prêtent une dernière fois main forte à une révolte en 1911 qui débouche sur la défaite des Qing et la proclamation de la République.
Le Dragon, symbole impérial chinois et étendard de nombreuses sociétés secrètes orientales. By miheco En 1949, les communistes les déclarent hors-la-loi. Elles fuient alors la Chine populaire pour s’installer à Hong Kong, Macao ou Taïwan. Les pouvoirs de ces Etats s’appuient sur les triades pour gouverner. C’est notamment le cas à Hong Kong au temps de Tchang Kaï-chek, lui-même initié. Dès lors, ces sociétés ne sont plus qu’un pâle reflet de leur glorieux passé. Toute leur activité est centrée autour du crime organisé.
Les groupements mafieux se divisent en trois étages. Au sommet, trône un chef, la « tête de dragon ». Il donne les grandes orientations à son groupe. Peu de membres connaissent sa véritable identité. Sous ses ordres, il y a plusieurs responsables. Ils ont conservé les noms traditionnels des officiers de loge :
Enfin, les membres les plus nombreux sont les « soldats » qui constituent le bras armé de l’organisation. A chaque fonction correspond un code chiffré que l’initié exprime par un simple geste : 489 pour une « tête de dragon », 432 pour une « sandale de paille », ou « 49 pour les « soldats ». L’intronisation d’un nouveau membre répond à une cérémonie particulière. On décapite un coq dont le sang est mélangé à un breuvage alcoolisé. L’impétrant jure alors de rester fidèle à la société. Il prononce un long serment. Puis, il s’entaille un doigt et verse quelques gouttes de son sang dans la décoction préparée. Les triades sont indépendantes les unes des autres. A ce jour, on dénombre six grandes triades
Sun Yee On est la plus importante des triades et le groupe mafieux le plus étendu de la planète avec ses 50 000 membres environ.
Les triades sont aujourd’hui des acteurs incontournables de l’économie informelle que ce soit en Asie ou sur tous les grands continents. Ces sociétés sont comparables aux mafias italiennes. Elles pratiquent à grande échelle le racket, le proxénétisme ou le commerce de contrefaçons. Bien évidement, les triades sont au cœur du trafic de drogue en provenance du Triangle d’Or. Cette région, située à cheval sur le Laos, la Thaïlande et la Birmanie, produit chaque année la moitié du volume mondial d’opium et de ses dérivés dont principalement l’héroïne. Récemment, les triades ont pris en main le marché des amphétamines et de la cocaïne. Toutes ces activités sont menées aujourd’hui à l’échelle planétaire. Les triades profitent de la diaspora chinoise qui, avec 60 millions d’individus, est la plus importante du monde. Implantées surtout en Asie, les triades bénéficient de relais dans les pays nord-américains et européens. Les membres, installés dans des « chinatowns » se font les relais locaux de ces activités, dans le cadre des tongs.
A l’exception d’une triade, toutes sont installées aux marges de la Républiques populaire de Chine, principalement à Hong Kong. En effet, le gouvernement chinois témoigne d’une étrange mansuétude à l’égard des triades. Il a en fait vite compris le parti qu’il pouvait en tirer. Ces groupes très riches réinvestissent une large part de leur argent sale sous forme d’investissements en Chine. L’arrestation de nombreux membres de la triade en 2004 dissimule assez mal les liens étroits qui ont été tissés entre le pouvoir chinois et les sociétés secrètes. V.B (20.11.2005)
L’Empire invisible. Les mafias chinoises, Atles, Editions Philippe Picquier, 1996. |


