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Héritières lointaines des sociétés secrètes de la fin du 17e siècle, les triades chinoises forment aujourd’hui une mafia puissante dont l’activité est étroitement liée à la croissance spectaculaire de la Chine.
Le dragon, symbole impérial chinois, est également l’étendard de nombreuses sociétés criminelles orientales, comme la Triade du Dragon rouge ou du Dragon vert.
Si les triades actuelles n’ont plus qu’un lointain rapport avec la Triade originelle, les structures anciennes continuent d’organiser la majorité de ces sociétés.

L’origine des triades et leur évolution

La Triade originelle est une société secrète née en opposition à la dynastie mandchoue des Qing à la fin du 17e siècle.
Ses fondateurs auraient été des moines du monastère de Shaolin, où le kung-fu a été inventé et enseigné.
Société patriote, elle voulait restaurer l’ancienne dynastie des Ming. Pour ce faire, elle a soutenu pendant des siècles de nombreuses révoltes contre les usurpateurs mandchous.

Temple de Shaolin

Sculpture d'un dragon. Temple de Shaolin . By Adrian Tritschler

Ces membres possédaient un langage codé, des signes de reconnaissance et pratiquaient des disciplines de combat tenues secrètes.

Mais, au milieu du 19e siècle, certains de ses membres rompent avec l’idéal des origines. Ils pratiquent une violence gratuite au service de leurs seuls intérêts.

Des loges de la Triade sont ainsi devenues des gangs de voleurs et d’assassins. Les triades prêtent une dernière fois main-forte à une révolte en 1911 qui débouche sur la défaite des Qing et la proclamation de la République.

Dragon chinois

Le Dragon, symbole impérial chinois et étendard de nombreuses sociétés secrètes orientales. By miheco

En 1949, les communistes les déclarent hors-la-loi. Elles fuient alors la Chine populaire pour s’installer à Hong Kong, Macao ou Taïwan.

Les pouvoirs de ces États s’appuient sur les triades pour gouverner. C’est notamment le cas à Hong Kong au temps de Tchang Kaï-chek, lui-même initié.

Dès lors, ces sociétés ne sont plus qu’un pâle reflet de leur glorieux passé. Toute leur activité est centrée autour du crime organisé.

La structure des triades

Les groupements mafieux se divisent en trois étages. Au sommet trône un chef, la « tête de dragon ». Il donne les grandes orientations à son groupe. Peu de membres connaissent sa véritable identité.

Sous ses ordres, il y a plusieurs responsables. Ils ont conservé les noms traditionnels des officiers de loge :

  • L’ » Éventail de papier blanc « s’occupe des finances
  • Le “Bâton rouge”, spécialiste en arts martiaux, se charge du respect de la loi interne
  • La “Sandale de paille” est déléguée aux affaires extérieures du groupe
  • Le » Maître des encens » a la tâche de recruter les membres

Enfin, les membres les plus nombreux sont les « soldats » qui constituent le bras armé de l’organisation.

À chaque fonction correspond un code chiffré que l’initié exprime par un simple geste : 489 pour une « tête de dragon », 432 pour une « sandale de paille », ou « 49 pour les “soldats”.

L’intronisation d’un nouveau membre répond à une cérémonie particulière. On décapite un coq dont le sang est mélangé à un breuvage alcoolisé. L’impétrant jure alors de rester fidèle à la société. Il prononce un long serment. Puis, il s’entaille un doigt et verse quelques gouttes de son sang dans la décoction préparée.
Tous les membres présents trempent leurs lèvres dans la coupe afin de sceller sa promesse.

Les triades sont indépendantes les unes des autres. À ce jour, on dénombre six grandes triades
chinoises :

  • Sun Yee On
  • La Fédération Wo
  • 14 K
  • La Bande des quatre mers
  • Le Bambou uni
  • Le Grand Cercle

Sun Yee On est la plus importante des triades et le groupe mafieux le plus étendu de la planète avec ses 50 000 membres environ.
Elle rayonne dans toute l’Asie, mais également aux États-Unis ou au Canada.

Les triades dans le monde

Les triades sont aujourd’hui des acteurs incontournables de l’économie informelle que ce soit en Asie ou sur tous les grands continents.

Ces sociétés sont comparables aux mafias italiennes. Elles pratiquent à grande échelle le racket, le proxénétisme ou le commerce de contrefaçons.
De plus, elles sont devenues spécialistes d’une des activités les plus rémunératrices : le trafic d’êtres humains.
Démunis, les Chinois en quête d’un nouvel Eldorado s’en remettent à des réseaux de passeurs contrôlés par les triades. Ils versent des sommes considérables et travaillent bien souvent pendant fort longtemps dans des ateliers clandestins installés dans les pays d’accueil.
C’est la nouvelle formule de l’esclavagisme moderne.

Bien évidemment, les triades sont au cœur du trafic de drogue en provenance du Triangle d’Or. Cette région, située à cheval sur le Laos, la Thaïlande et la Birmanie, produit chaque année la moitié du volume mondial d’opium et de ses dérivés dont principalement l’héroïne.

Récemment, les triades ont pris en main le marché des amphétamines et de la cocaïne.

Toutes ces activités sont menées aujourd’hui à l’échelle planétaire. Les triades profitent de la diaspora chinoise qui, avec 60 millions d’individus, est la plus importante du monde.
Sur ce nombre, un quart de millions de personnes seraient membres des triades.

Implantées surtout en Asie, les triades bénéficient de relais dans les pays nord-américains et européens.

Les membres, installés dans des “chinatowns” se font les relais locaux de ces activités, dans le cadre des tongs.
Ces organisations publiques sont des sortes de communautés d’entraide destinées à accueillir les nouveaux arrivants et à faciliter leur installation.
Quelques-unes servent de couverture à des centres de blanchissement d’argent.

Relations entre le gouvernement chinois et les triades

À l’exception d’une triade, toutes sont installées aux marges de la Républiques populaire de Chine, principalement à Hong Kong.
Le rattachement de Hong Kong à la Chine en 1997 a soulevé quelques inquiétudes chez les dirigeants mafieux. Mais, ces craintes ont vite été apaisées par le pouvoir communiste.

En effet, le gouvernement chinois témoigne d’une étrange mansuétude à l’égard des triades. Il a en fait vite compris le parti qu’il pouvait en tirer. Ces groupes très riches réinvestissent une large part de leur argent sale sous forme d’investissements en Chine.
Ainsi, le ministre de la Sécurité publique chinois, Tao Si, a déclaré dès 1995 que “les membres des triades ne sont pas tous des gangsters. S’ils sont de bons patriotes, s’ils assurent la prospérité de Hong Kong, nous devons les respecter”.
Il a même affirmé que “le gouvernement chinois est heureux de s’unir à eux.”

L’arrestation de nombreux membres de la triade en 2004 dissimule assez mal les liens étroits qui ont été tissés entre le pouvoir chinois et les sociétés secrètes.

V.Battaglia (20.11.2005)

 

Références

L’Empire invisible. Les mafias chinoises, Atles, Editions Philippe Picquier, 1996.
Les Sociétés secrètes, Editions Larousse, 2005

Un dossier complet sur les sociétés secrètes chinoises

Un compte-rendu d’un jugement rendu sur un trafic d’êtres humains mettant en cause les triades chinoises