Le culte du tigre
Aux
yeux des hommes, le
tigre symbolise la férocité,
comme en témoigne la devise du maharadjah
de Mysore : « mieux vaut vivre deux ans
comme un tigre que deux cents ans comme un mouton
».
Son amour pour ces fauves était tel qu’il
les nourrissait de condamnés à mort.
Objet
d’un véritable culte, son effigie
est indissociable des dieux. Elle orne les murs
et objets des civilisations asiatiques de la vallée
de l’Indus aux chambres funéraires
royales de Chine.

Le
tigre sert de monture prestigieuse au dieu indien
mi-homme mi-éléphant, Ganesha, à
la déesse Durga ou au dieu Civa.
Pour
se préserver des esprits maléfiques,
les Chinois dessinent la silhouette du fauve sur
les portes des maisons.
En Malaisie, les guérisseurs se métamorphosent
à son image.
Les
Annamites, habitants de l’actuel Viêt-Nam,
ont personnifié le tigre sous la forme de
génies régissant les points cardinaux.
Le tigre à la conquête du monde
A
l’origine, les tigres vécurent au
nord de l’Asie, sous un climat tempéré.
Lors des grandes glaciations, il y a environ deux
millions d’années, certains migrèrent
vers des contrées plus clémentes.
Les tigres se dispersèrent vers l’est
et l’ouest, colonisant peu à peu
steppes, forêts, plateaux et montagnes.
Seules d’infranchissables barrières
naturelles, comme l’Himalaya, le désert
de Gobi ou encore l’océan, limitèrent
leur progression.

Tigre du Bengale.
By Kiwêhowin
Certains
tigres se dirigèrent vers la Mandchourie
et la Corée, d’autres bifurquèrent
vers le Turkestan et les forêts luxuriantes
de l’Inde.
D’autres, enfin, poursuivirent leur voyage
vers l’est pour atteindre la Chine, l’Indochine
et la péninsule malaise, ou encore pour peupler
les îles de Java et Bali, après avoir
rejoint Sumatra à la nage.
La
renommée de ce félin est arrivée
en Europe grâce aux écrits d’Aristote.
Très prisé des Romains, le tigre
était la vedette des jeux d’arènes.

By Striatic
Depuis
le XVIe siècle, les nababs indiens chassaient
le tigre à dos d’éléphants
selon un rite très codifié : le
shikar.
Dès que l’animal était repéré,
des rabatteurs munis de pals encerclaient le tigre
qui, pour tenter de fuir, n’avait d’autre
alternative que de bondir et s’embrocher
sur une forêt d’épieux acérés.
L’introduction d’armes à feu
transforma cette chasse traditionnelle en véritables
massacres.

Tigre de Sibérie.
By M. Kuhn
Actuellement,
les tigres se répartissent en huit sous-espèces
qui correspondent à leur répartition
géographique.
L’espèce
la plus répandue est le tigre
du Bengale ou tigre royal qui peut peser jusqu'à
300 kg.
Le tigre
de Sibérie est le plus imposant
car il peut dépasser 3 m et pèse
jusqu'à 360 kg. Il est doté du pelage
le plus épais et le plus clair, atout qui
lui permet de se camoufler dans les paysages enneigés.
Il peut ainsi résister au froid intense.

By Gtmcknight
Les
autres sous-espèces sont en voie d’extinction
et certaines ont déjà disparues.
C’est le cas du tigre de la Caspienne, de
Java et de Bali.
Le
tigre de Chine méridionale est de même
gabarit que le tigre du Bengale mais l’espèce
est pratiquement éteinte.
Il ne reste que quelques centaines de tigres de
Sumatra.

Tigre de Sumatra.
By dSLRartist
Le tigre
d’Indochine est plus svelte et serait à
l’origine des sous-espèces de Java,
de Sumatra et de Bali.
Le tigre « mangeurs d’hommes »
En
Inde, dans les années 1920-1930, des tigres
ont dévoré des centaines de personnes.
En 1869, dans la région de la Godavari, à
l'est de Bombay, un tigre fut abattu qui comptait
officiellement 127 victimes.
Vers la même époque, une tigresse
baptisée « tigre de Benchipur »
terrorisait les populations locales au point que
de nombreux villages furent abandonnés.

Tigre de
Sibérie. By
Gargoylesoftware
A
la fin du 19e siècle, on estimait à
un millier au minimum le nombre d’hommes
dévorés par des tigres en Inde chaque
année.
Les
tigres « mangeurs d’hommes »
ne sont donc pas une légende. Ils le deviennent
pour plusieurs raisons.
La principale cause provient de la disparition
de leurs proies habituelles : les cervidés.
L’homme
représente alors une proie tentante car
facile à tuer. C’est d’autant
plus vrai que leur territoire dans l’Inde
surpeuplée a été dramatiquement réduit.

Tigre blanc
du Bengale. By Christina
tina robinson
Quand
un tigre s’est habitué au goût
de la chair humaine, il n’y a rien d’autre
à faire que d’abattre l’animal
car l’homme devient sa proie favorite.
D’autres
raisons peuvent intervenir mais qui sont plus
contextuelles. Les animaux blessés, malades
ou âgés ainsi que les femelles ayant
des petits, peuvent avoir des réactions
très dangereuses.
Cependant,
il est important de souligner que le tigre n’a
pas, à l’origine, l’instinct
de tuer l’homme.

By Bad Cat13
En
1972, le gouvernement indien a créé
des réserves pour tenter de stopper l’élimination
du tigre.
L’immense sanctuaire de Sundarbans, notamment,
abrite la plus importante population de tigres
en Inde.
Dans cet univers interdit aux hommes, le seigneur
de la jungle a reconquis sa liberté.
Les seuls ennemis du tigre : les dholes
Le
tigre a peu d’ennemis mais les meutes de
dholes constituent une redoutable menace.
Le dhole est un chien sauvage. Ces chiens sauvages nettement plus petits que
le tigre, ne s’en prennent pas directement
à lui, mais à la proie qu’il
vient de tuer.

Dhole. By CJ M
Leur
tactique consiste à le harceler, à
lui mordiller les flancs et l’arrière
train jusqu’à lui faire abandonner
sa proie.
Si au cours du combat, le tigre parvient, d’un
seul coup de patte à en tuer plusieurs,
il finit souvent lui-même victime du surnombre
de ses adversaires.
Dans
tous les cas, la lutte est sévère
et féroce.
Le saviez-vous ?
Le tigre de Sibérie imite à s’y
méprendre le brame du chevreuil. Par cette
ruse, il attire droit dans ses griffes les femelles.
Dans son milieu naturel, un tigre du Bengale consomme
moins de 3 tonnes de viande par an, soit une moyenne
de 5 à 7 kg par jour.

Dans
la nature, le tigre évite l'éléphant
Le tigre dévore rarement sa proie à
l’endroit où il l’a tué.
Il traîne sa victime en lieu sûr,
à l’abri des charognards.
Le tigre n’a pas le dessus sur un crocodile
quand il s’agit de protéger son butin.
Face à ce reptile, les rugissements d’intimidation
ne suffisent pas.
Dans ce titanesque combat, le tigre déploie
toute son énergie mais souvent en vain.

By Spincycle
Un tigre peut dévorer jusqu’à
30 kg de viande en un seul repas. Il commence
toujours par la croupe et les cuissots et laisse
toujours la tête.
Un tigre peut rester environ une semaine sans
boire, ni manger.
Le tigron et le ligron
En
1975, le parc animalier de Thoiry a vu la naissance
d’un ligron. Ce petit était issu
du croisement d’un lion et d’une tigresse.
C’était le résultat d’une
naissance naturelle et non de manipulations génétiques.

Ligron
(Source Internet)
En
effet, le responsable des fauves avait entrepris
de nourrir au biberon les bébés
d’une lionne et d’une tigresse qui
n’avaient pas assez de lait.
Mais, une fois les petits imprégnés
par l’odeur de l’homme, il devint
impossible de les faire accepter par leurs congénères.
Un enclos leur fut donc spécialement alloué
et c’est ainsi qu’un lionceau tomba
amoureux d’une jeune tigresse.
Le
tigron est un hybride stérile issu d'un
tigre et d'une lionne.
Tigron
et Ligron
Comment un tigre blanc naît-il ?
Ce
sont les gènes qui ont créé
cette mutation de pelage du tigre
blanc. En 1951, un mâle fut
capturé dans les forêts du district
de Rewa, en Inde.
Le maharadjah de Rewa l’appela Mohan et
l’accoupla avec une tigresse commune.

By Stephen
Barnett
Les
petits naquirent tous orange et noir. Mais, chaque
petit, portait des gènes latents, récessifs,
qui pouvaient produire un pelage blanc.
Ce fut le cas quand Mohan s’accoupla avec
sa fille Radha. Trois petits naquirent dont deux
tout blanc.

By Stephen
Barnett
Une
portée de quatre albinos partiels donna
une femelle, Mohini, qui est à l’origine
de la lignée des tigres blancs du National
Zoo de Washington.
Anecdotes sur le tigre
On
pense que le roi François Ier posséda
plusieurs tigres qui lui avaient peut-être
été offerts par son allié
Turc, le sultan Soliman le Magnifique.

By Woody
Wood
A
l’époque de Louis XIV, on renoua
avec la cruelle tradition des jeux du cirque.
C’est ainsi qu’à la ménagerie
de Vincennes, on organisa en l’honneur d’un
hôte de marque un duel entre un éléphant
et un tigre du Bengale.
Charles Perrault rapporte que le combat fut particulièrement
sauvage et se termina par la mort du tigre, dont
la dépouille fut disséquée
à l’Académie des Sciences.
Pierre
Loevenbruck cite une anecdote intéressante
dont les soldats français de l’armée
de Napoléon furent témoins à
Schönbrunn, à côté de
Vienne.

By Guerito
Un
tigre mâle du Bengale était en captivité
à la ménagerie de Schönbrunn.
On le nourrissait de viande de boucherie. Mais,
quand il était souffrant, on lui donnait
de jeunes animaux vivants. On lui donna un jour
un jeune chien en pâture.
Le tigre était alors assoupi. Le chiot
s’approcha du fauve et lui lécha
les yeux.
Le
tigre devait apprécier car il épargna
l’animal et se mit, lui aussi, à
le lécher.
En
quelques jours, les deux animaux devinrent amis.
Ils vécurent ainsi dans l’intimité
la plus parfaite.
V.B
(11.06.2006)
Crédit photographique
Les photos, sauf mention contraire, sont sous licence creative commons
Dossiers complémentaires
sur le tigre
• Le
Tigre Blanc • Le
Tigre du Bengale • Le
tigre de Sumatra • Le
tigre d'Indochine • Le
Tigre de Sibérie •Les
huit espèces de tigres
< Dossiers sur les mammifères
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