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Thalidomide

La thalidomide est un tranquillisant mis en vente sur le marché par les laboratoires pharmaceutiques entre 1958 et 1961, dans de nombreux pays.
Ce médicament, en apparence anodin, a causé des drames épouvantables. En effet, la thalidomide, prescrite à des femmes enceintes, a abouti à la naissance de « monstres phocomèles », c’est-à-dire d’enfants privés de bras et de jambes.
Outre l’aspect dramatique pour ces enfants et leurs familles, cette affaire a mis en évidence la responsabilité médicale et pharmaceutique.
Comment un tel médicament a-t-il pu être commercialisé et prescrit ? Le législateur peut-il réagir efficacement ? Un tel désastre pourrait-il se reproduire ?

Les ravages de la thalidomide

Le 10 novembre 1958, une petite fille sans bras et sans jambe naît en Angleterre. Ses pieds et ses mains sont directement rattachés aux épaules et au pelvis.
Rapidement, cette naissance est suivie d’autres cas similaires en Angleterre, en Allemagne, au Canada, aux États-Unis, en Suède, en Belgique, en Suède, au Brésil, au Japon…

Les anomalies sont variables : absence du pouce ou d’un doigt, mais le plus souvent, il y a une absence totale de formation des os longs des membres.

Certains enfants pourront avoir une vie à peu près indépendante. La grande majorité, complètement impotents, seront toute leur vie dépendants pour les actes courants de la vie.

Des anomalies supplémentaires sont observées : poumons déficients, absence de vésicule biliaire ou de l’appendice, becs-de-lièvre, malformation des yeux…

Ce type de malformation est rare. Une telle augmentation étonne les médecins qui en viennent rapidement à supposer que les mères ont pris un médicament pendant leur grossesse.

Ce médicament est un sédatif prescrit aux femmes enceintes pour lutter contre les nausées et les vomissements. Le médicament est commercialisé, selon les pays, sous des noms divers, tels Distaval, Tensival, Asmaval ou Softénon.

La thalidomide a causé des difformités sur environ la moitié des cas où une femme en a fait usage entre la quatrième et la sixième semaine de sa grossesse.
Environ 3 000 enfants ont été touchés en Allemagne, et 800 en Angleterre. On retrouve la même proportion dans les autres pays industrialisés où la thalidomide a été prescrite.

Un sédatif empoisonné

C’est le 13 novembre 1961 qu’un pédiatre de Hambourg met en accusation la thalidomide. Six jours plus tard, tous les médicaments contenant de la thalidomide sont retirés du marché en Allemagne.
Dans les mois qui suivent, les mêmes mesures sont prises dans les autres pays.

Les essais menés chez l’animal en 1954 n’ont pas mis en évidence de toxicité particulière. Les tests pratiqués sur plusieurs centaines de patients ont souligné les propriétés sédatives, mais pas les effets secondaires.
De plus, il est impossible de se suicider avec ce médicament. Les candidats volontaires, auteurs de tentatives de suicide à la thalidomide, en ont été quittes pour de terribles maux de ventre.

À une époque où le « marché du calmant » est le plus fructueux de toute l’industrie pharmaceutique, le tranquillisant idéal semble avoir été trouvé.

Malheureusement, les tests n’ont pas permis de déceler les effets secondaires. Sous certaines formes, la thalidomide constitue un très fort poison.

La justice contre les laboratoires pharmaceutiques

La thalidomide est à l’origine de nombreux procès. Ce désastre a ainsi fourni l’occasion de soulever de multiples problèmes juridiques ou éthiques qui n’avaient jamais été abordés : euthanasie, interruption volontaire de grossesse, responsabilité médicale et pharmaceutique, indemnisation en matière d’accidents thérapeutiques.

En Angleterre, les familles portent plainte contre Distillers, le laboratoire qui a fabriqué le médicament.

Ces procès révèlent de graves lacunes juridiques.

Les enfants n’étant pas nés lorsque le mal leur a été fait, la firme a beau jeu de plaider qu’il leur manquait alors la personnalité légale que leur donne seulement la naissance.
Elle paiera cependant des dommages et intérêts aux victimes.

Faible compensation, me direz-vous, pour tous ces enfants dont la vie a été brisée avant même d’être nés.

Avec ce drame, il apparaît clairement qu’il est urgent de réformer le parcours d’un médicament du laboratoire au consommateur.
En effet, il ne s’agit plus pour les laboratoires de savoir si un médicament est dépourvu de toxicité pour l’organisme humain, mais également de déceler l’éventuelle action nocive sur le fœtus.
Il peut paraître aberrant que de telles précautions n’étaient alors pas prises.

Un tel drame peut-il se reproduire ?

Malheureusement, la thalidomide n’est pas le seul cas. Le distilbène est une hormone de synthèse qui a été prescrite à des femmes enceintes dans plusieurs pays entre 1950 et la fin des années 1970.
Ce médicament était censé prévenir les risques d’une fausse couche.

Depuis, il a été prouvé que ce produit était totalement inefficace pour lutter contre ce risque. De plus, il a été établi qu’il existe un risque élevé d’apparition d’un cancer du col ou du vagin chez les filles nées de mères ayant pris ce médicament durant leur grossesse.

Ces enfants de sexe féminin rencontrent d’autres problèmes lors de leurs propres grossesses : grossesse extra-utérine, risques multipliés de fausses couches…

Dans le monde entier, des millions de jeunes femmes ou de jeunes filles se trouvent concernées et parmi elles, 80 000 Françaises.

Or, le distilbène n’a été interdit en France qu’en 1977 !

Cet exemple démontre bien que nous ne sommes nullement à l’abri d’autres désastres. Dans nos sociétés technologiquement avancées où la vente de médicaments n’est qu’un commerce comme un autre, il semble bien que l’aspect financier a depuis longtemps pris le pas sur l’éthique.

V.Battaglia (9.08.2005)

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