La
thalidomide
La thalidomide est un tranquillisant
mis en vente sur le marché par les laboratoires
pharmaceutiques entre 1958 et 1961, dans de nombreux
pays.
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Le 10 novembre 1958, une petite fille sans bras et sans jambe naît
en Angleterre. Ses pieds et ses mains sont directement rattachés
aux épaules et au pelvis. Les anomalies sont variables : absence du pouce ou d’un doigt mais le plus souvent, il y a une absence totale de formation des os longs des membres. Certains enfants pourront avoir une vie à peu près indépendante. La grande majorité, complètement impotents, seront toute leur vie dépendants pour les actes courants de la vie. Des anomalies supplémentaires sont observées : poumons déficients, absence de vésicule biliaire ou de l’appendice, becs-de-lièvre, malformation des yeux …
Ce type de malformation est rare. Une telle augmentation étonne les médecins qui en viennent rapidement à supposer que les mères ont pris un médicament pendant leur grossesse. Ce médicament est un sédatif prescrit aux femmes enceintes pour lutter contre les nausées et les vomissements. Le médicament est commercialisé, selon les pays, sous des noms divers, tels Distaval, Tensival, Asmaval ou Softénon. La thalidomide a causé des difformités sur environ
la moitié des cas où une femme en a fait usage entre
la quatrième et la sixième semaine de sa grossesse.
C’est le 13 novembre 1961 qu’un pédiatre de
Hambourg met en accusation la thalidomide. Six jours plus tard,
tous les médicaments contenant de la thalidomide sont retirés
du marché en Allemagne. Les essais menés chez l’animal en 1954 n’ont
pas mis en évidence de toxicité particulière.
Les tests pratiqués sur plusieurs centaines de patients ont
souligné les propriétés sédatives mais
pas les effets secondaires. A une époque où le « marché du calmant » est le plus fructueux de toute l’industrie pharmaceutique, le tranquillisant idéal semble avoir été trouvé. Malheureusement, les tests n’ont pas permis de déceler les effets secondaires. Sous certaines formes, la thalidomide constitue un très fort poison.
La thalidomide est à l’origine de nombreux procès. Ce désastre a ainsi fournit l’occasion de soulever de multiples problèmes juridiques ou éthiques qui n’avaient jamais été abordés : euthanasie, interruption volontaire de grossesse, responsabilité médicale et pharmaceutique, indemnisation en matière d’accidents thérapeutiques. En Angleterre, les familles portent plainte contre Distillers, le laboratoire qui a fabriqué le médicament. Ces procès révèlent de graves lacunes juridiques. Les enfants n’étant pas nés lorsque le mal
leur a été fait, la firme a beau jeu de plaider qu’il
leur manquait alors la personnalité légale que leur
donne seulement la naissance. Faible compensation, me direz-vous, pour tous ces enfants dont la vie a été brisée avant même d’être nés.
Avec ce drame, il apparaît clairement qu’il est urgent
de réformer le parcours d’un médicament du laboratoire
au consommateur.
Malheureusement, la thalidomide n’est pas le seul cas. Le
distilbène est une hormone de synthèse qui a été
prescrit à des femmes enceintes dans plusieurs pays entre
1950 et la fin des années 1970. Depuis, il a été prouvé que ce produit était totalement inefficace pour lutter contre ce risque. De plus, il a été établi qu’il existe un risque élevé d’apparition d’un cancer du col ou du vagin chez les filles nées de mères ayant pris ce médicament durant leur grossesse. Ces enfants de sexe féminin rencontrent d’autres problèmes lors de leurs propres grossesses : grossesse extra-utérine, risques multipliés de fausses couches … Dans le monde entier, des millions de jeunes femmes ou de jeunes filles se trouvent concernées et, parmi elles, 80 000 Françaises. Or, le distilbène n’a été interdit en France qu’en 1977 ! Cet exemple démontre bien que nous ne sommes nullement à l’abri d’autres désastres. Dans nos sociétés technologiquement avancées où la vente de médicaments n’est qu’un commerce comme un autre, il semble bien que l’aspect financier a depuis longtemps pris le pas sur l’éthique. V.B (9.08.2005) < Histoire |