Histoire et méfaits du TabacEntre répression antitabac et enjeux financiersOriginaire d’Australie, le tabac a été propagé en Amérique et introduit en Europe, puis en Asie à partir du XVIe siècle. |
La feuille de tabac et sa transformation Le tabac est une plante annuelle herbacée (Nicotiana tabaccum) atteignant de 1,50 à 2 m de haut. Ses feuilles entières peuvent mesurer 80 cm de long sur 40 de large. La graine, très petite, ne peut être semée directement. Le semis est effectué sous châssis vers la fin mars. Les plants sont repiqués 2 mois plus tard en pleine terre. La cueillette intervient environ 3 mois plus tard. Le tabac récolté en France, pour fournir le tabac brun, est aussitôt disposé dans un séchoir spécial, où les feuilles doivent perdre lentement leur eau. Les feuilles séchées sont triées, classées par dimension et qualité, mises en paquets appelés « manoques », puis réunies en balles livrées à l’usine. Les feuilles de tabac sont soumises au battage, qui sépare les nervures des morceaux de parenchymes (strips). Les tabacs sont réchauffés et assouplis par de la vapeur, puis mélangés et mouillés avant d’être hachés. Après hachage, le tabac blond est séché, puis saucé, ce qui le rend plus doux. Le tabac brun est torréfié et acquiert ainsi son goût définitif. La confection des cigarettes est effectuée par des machines atteignant une cadence de 7 000 cigarettes par minute. L’introduction du tabac en Occident En 1560, Jean Nicot, l’ambassadeur de France à Lisbonne, découvre dans les jardins royaux une herbe importée d’Amérique. L’engouement de la reine pour ce nouveau médicament accrédite l’idée que la plante possède toutes les vertus.
Les indigènes des Antilles (gravure de la fin du XVIe siècle). C'est l'une des premières représentations, totalement fantaisiste, qui montre l'usage que les Indiens faisaient du tabac Au XVIe siècle, le tabac est inclus dans de nombreuses pharmacopées : administré en décoction pour « épuiser, déterger et déraciner l’ordure », en cataplasme, ou en lavement pour « désopiler la rate ». Les premières critiques contre le tabac A partir du XVIIe siècle, la communauté scientifique commence à être moins enthousiaste. En 1648, le médecin allemand Magnen établit un rapport entre l’abus de la consommation de tabac et le mauvais état des poumons de certains cadavres autopsiés. L’attaque la plus violente est portée par Fagon, médecin de Louis XIV, qui soutient sa thèse en 1699 sur ce sujet polémique : L’abus du tabac abrège t-il la vie ? La polémique est d’autant plus vive que la consommation de tabac s’est très vite généralisée à travers toute l’Europe.
Le Fumeur, par Joos Van Craesbeek (Paris, musée du Louvre) Les premiers fumeurs sont les marins et les soldats qui chiquent longuement les feuilles de tabac. Peu à peu, les modes de consommation varient en fonction des catégories sociales : on prise ou on fume à l’aide de petites pipes en terre. Économie mondiale du tabac La production mondiale de tabac avoisine 8 Mt. La Chine est, de loin, le premier producteur (2,5 Mt) devant l’Inde (700 000 t), le Brésil (600 000 t), les États-Unis (485 000 t) et la Turquie (260 000 t). La production française avoisine 25 000 t. C’est au début du XXe s. qu’eut lieu l’expansion de la cigarette. Actuellement la production mondiale est voisine de 5 608 milliards d’unités. Quelques grandes entreprises se partagent le marché. La production de cigarettes, dont la croissance a été de 50 % en 20 ans, est estimée à 5 500 milliards d’unités. La France se situe autour de la quinzième place des producteurs mondiaux. Entre répression et enjeux économiques Au début du XVIIe siècle, le pape Urbain VIII interdit l’usage du tabac dans les églises. Le culte est troublé par les fumées des nombreuses pipes. Les premières tentatives d’interdiction arrivent dès 1631. Le parlement de Paris interdit l’usage du tabac dans les prisons pour préserver la santé des prisonniers non fumeurs ! A Moscou, le tsar Michel Fedorovitch menace les fumeurs de 60 coups sur la plante des pieds.
Un marchand de tabac (détail d'une miniature du début du XVIIIe siècle, Venise, Musée Correr) Dans plusieurs pays, dont principalement la France, le gouvernement décide de tirer profit de cette nouvelle mode. Au XIXe siècle, les médecins luttent surtout contre l’alcool et l’usage du tabac se banalise. Ce n’est qu’après la Première Guerre mondiale que la lutte contre le tabac reprend. Mais, les intérêts des gouvernements, la résistance des consommateurs et des publicitaires, freinent à nouveau toute législation efficace. La politique anti-tabac au XXe siècle La consommation de tabac a nettement augmenté au XXe siècle. De plus, la consommation s’est étendue aux femmes et aux adolescents. Bien que les méfaits soient largement connus, les gouvernements tardent encore à réagir. Les intérêts financiers en jeu sont considérables et l’image positive du fumeur est largement entretenue par la publicité. Aux Etats-Unis, les premières mesures d’interdiction de fumer dans les lieux publics sont prises dans les années 1970. Le 31 juillet 2005, l’interdiction de la publicité pour le tabac dans la presse écrite, la radio et sur Internet est entrée en vigueur dans toute l’Union européenne.
Les publicités ont pendant longtemps donné une image positive du fumeur De nombreux pays, dont l’Espagne, la Belgique ou les Pays-Bas, ont récemment voté des lois interdisant de fumer dans les lieux publics. En France, la loi Evin de janvier 1991 interdit la cigarette dans les hôpitaux, les gares et les aéroports. Elle oblige aussi les établissements à disposer de zones non-fumeurs. Cette loi n’est cependant pas très bien appliquée pour ne pas dire, dans certains, cas, pas du tout. Plus récemment, la démagogie a atteint son comble avec une augmentation du prix du paquet de cigarette. A qui profite l’augmentation du prix du paquet de cigarette ? Au gouvernement qui surtaxe chaque paquet. Tout d’abord, le prix du paquet n’est pas homogène dans les différents pays européens. Alors qu’un paquet coûte en moyenne 5 euros en France, en Espagne, il ne dépasse pas 2 euros. D’autre part, cette augmentation du prix ne fait que favoriser le marché noir. Si on affiche dans les débits de tabac une belle affiche indiquant que la vente est interdite aux moins de 16 ans, n’importe quel gosse peut se procurer des cigarettes dans le métro, aussi facilement qu'un paquet de bonbons. Entre démagogie et laxisme Le tabac est une drogue dangereuse. Que l’on fume ou non, nul ne peut prétendre aujourd’hui ne pas en connaître les méfaits. Rappelons également que le tabac est mortel sous toutes ses formes. Le cannabis qui se présente sous forme d’herbes (marijuana) ou de résine (haschich) remporte la palme du produit le plus nocif. Les cigarettes aux herbes, vendues dans les pharmacies, libèrent du goudron et du monoxyde de carbone. (la vente en a été interdite en France en 2006) Les méfaits du tabac étant bien établis, la polémique se situe à un autre niveau : celui de la réelle volonté du gouvernement français. Que ce soit pour l’alcool ou le tabac, la France a toujours fait preuve d’une démagogie plus que douteuse. Rappelons que les statistiques officielles de la consommation proviennent de la vente dans les débits de tabac. La plupart des législations antialcooliques ont échoué car toute prohibition favorise le marché noir. Nous retrouvons le même problème avec le tabac. Il serait temps que le gouvernement français prenne les bonnes décisions sans favoriser ses propres intérêts financiers. La seule mesure vraiment efficace est sans conteste l’application de mesures d’interdiction dans tous les lieux publics. Le ministre de la Santé, Xavier Bertrand a présenté son décret visant à interdire la cigarette dans les lieux publics à partir du 1er janvier 2007. Décret n° 2006-1386 du 15 novembre 2006 fixant les conditions d'application de l'interdiction de fumer dans les lieux affectés à un usage collectif . Lire le décret Patchs anti-tabac inefficaces L'inefficacité des patchs anti-tabac a fait l'objet d'un rapport publié dans le Journal Of Neuroscience de février 2009. Tous les substituts, boules à mâcher ou patchs, distillent dans l’organisme une faible dose de nicotine. V.Battaglia (16.05.2006). M.à.J 02.2009 |





