La feuille de tabac et sa transformation
Le tabac est une plante annuelle herbacée
(Nicotiana tabaccum) atteignant de 1,50 à
2 m de haut. Ses feuilles entières peuvent
mesurer 80 cm de long sur 40 de large. La graine,
très petite, ne peut être semée
directement. Le semis est effectué sous
châssis vers la fin mars. Les plants sont
repiqués 2 mois plus tard en pleine terre.
La cueillette intervient environ 3 mois plus tard.
Le tabac récolté en France, pour
fournir le tabac brun, est aussitôt disposé
dans un séchoir spécial, où les
feuilles doivent perdre lentement leur eau. Les
feuilles séchées sont triées,
classées par dimension et qualité,
mises en paquets appelés « manoques
», puis réunies en balles livrées
à l’usine.

Séchage
des feuilles de tabac à Pinar del Río
(Cuba. Source Internet)
Les feuilles de tabac sont soumises au battage,
qui sépare les nervures des morceaux de
parenchymes (strips). Les tabacs sont réchauffés
et assouplis par de la vapeur, puis mélangés
et mouillés avant d’être hachés.
Après hachage, le tabac blond est séché,
puis saucé, ce qui le rend plus doux. Le
tabac brun est torréfié et acquiert
ainsi son goût définitif. La confection
des cigarettes est effectuée par des machines
atteignant une cadence de 7 000 cigarettes par
minute.
L’introduction du tabac
en Occident
En 1560, Jean Nicot, l’ambassadeur de France
à Lisbonne, découvre dans les jardins
royaux une herbe importée d’Amérique.
Il en célèbre les vertus curatives,
déjà exploitées par les Indiens,
et il envoie la plante à la régente
Catherine de Médicis pour l’aider
à soulager ses migraines.
L’engouement de la reine pour ce nouveau
médicament accrédite l’idée
que la plante possède toutes les vertus.
Un des guides pratiques les plus lus à
l’époque, Agriculture et maison rustique,
du médecin Jean Liebault, en loue les propriétés
« quasi-divines ».

Les indigènes
des Antilles (gravure de la fin du XVIe siècle).
C'est l'une des premières représentations qui est
totalement fantaisiste, qui montre l'usage
que les Indiens faisaient du tabac
Au XVIe siècle, le tabac est inclus dans
de nombreuses pharmacopées : administré
en décoction pour « épuiser,
déterger et déraciner l’ordure
», en cataplasme, ou en lavement pour «
désopiler la rate ».
Le tabac est même considéré
comme un excellent remède pour soigner
les affections respiratoires, de la bronchite
à l’asthme !
Les premières critiques
contre le tabac
A partir du XVIIe siècle, la communauté
scientifique commence à être moins
enthousiaste. En 1648, le médecin allemand
Magnen établit un rapport entre l’abus
de la consommation de tabac et le mauvais état
des poumons de certains cadavres autopsiés.
L’attaque la plus violente est portée
par Fagon, médecin de Louis XIV, qui soutient
sa thèse en 1699 sur ce sujet polémique
: L’abus du tabac abrège t-il la
vie ?
La polémique est d’autant plus vive
que la consommation de tabac s’est très
vite généralisée à
travers toute l’Europe.

Le Fumeur, par
Joos Van Craesbeek (Paris, musée du Louvre)
Les premiers fumeurs sont les marins et les soldats
qui chiquent longuement les feuilles de tabac.
Peu à peu, les modes de consommation varient
en fonction des catégories sociales : on
prise ou on fume à l’aide de petites
pipes en terre.
Économie mondiale du
tabac
La production mondiale de tabac avoisine 8 Mt.
La Chine est, de loin, le premier producteur (2,5
Mt) devant l’Inde (700 000 t), le Brésil
(600 000 t), les États-Unis (485 000 t)
et la Turquie (260 000 t). La production française
avoisine 25 000 t.
C’est au début du XXe s. qu’eut
lieu l’expansion de la cigarette. Actuellement
la production mondiale est voisine de 5 608 milliards
d’unités. Quelques grandes
entreprises se partagent le marché.
La production de cigarettes, dont la croissance
a été de 50 % en 20 ans, est estimée
à 5 500 milliards d’unités.
La France
se situe autour de la quinzième place des
producteurs mondiaux.
Entre répression et
enjeux économiques
Au début du XVIIe siècle, le pape
Urbain VIII interdit l’usage du tabac dans
les églises. Le culte est troublé
par les fumées des nombreuses pipes.
Les premières tentatives d’interdiction
arrivent dès 1631. Le parlement de Paris
interdit l’usage du tabac dans les prisons
pour préserver la santé des prisonniers
non fumeurs !
A Moscou, le tsar Michel Fedorovitch menace les
fumeurs de 60 coups sur la plante des pieds.

Un marchand de
tabac (détail d'une miniature du début
du XVIIIe siècle, Venise, Musée
Correr)
Dans plusieurs pays, dont principalement la France,
le gouvernement décide de tirer profit
de cette nouvelle mode.
Dès le XVIIe siècle, le tabac devient
une manne fiscale appréciée.
Au XIXe siècle, les médecins luttent
surtout contre l’alcool et l’usage
du tabac se banalise. Ce n’est qu’après
la Première Guerre mondiale que la lutte
contre le tabac reprend. Mais, les intérêts
des gouvernements, la résistance des consommateurs
et des publicitaires, freinent à nouveau
toute législation efficace.
La politique antitabac au XXe
siècle
La consommation de tabac a nettement augmenté
au XXe siècle. De plus, la consommation
s’est étendue aux femmes et aux adolescents.
Bien que les méfaits soient largement
connus, les gouvernements tardent encore à
réagir. Les intérêts financiers
en jeu sont considérables et l’image
positive du fumeur est largement entretenue par
la publicité.
Aux Etats-Unis, les premières mesures
d’interdiction de fumer dans les lieux publics
sont prises dans les années 1970.
Le 31 juillet 2005, l’interdiction de la
publicité pour le tabac dans la presse
écrite, la radio et sur Internet est entrée
en vigueur dans toute l’Union européenne.

Les publicités
ont pendant longtemps donné une image positive
du fumeur
De nombreux pays, dont l’Espagne, la Belgique
ou les Pays-Bas, ont récemment voté
des lois interdisant de fumer dans les lieux publics.
En France, la loi
Evin de janvier 1991 interdit la cigarette dans
les hôpitaux, les gares et les aéroports.
Elle oblige aussi les établissements à
disposer de zones non-fumeurs. Cette loi n’est
cependant pas très bien appliquée
pour ne pas dire, dans certains, cas, pas du tout.
Plus récemment, la démagogie a
atteint son comble avec une augmentation du prix
du paquet de cigarette.
A qui profite l’augmentation du prix du
paquet de cigarette ? Au gouvernement qui surtaxe
chaque paquet.
Cette mesure est-elle efficace ? Absolument pas
et cela pour plusieurs raisons. Tout d’abord,
le prix du paquet n’est pas homogène
dans les différents pays européens.
Alors qu’un paquet coûte en moyenne
5 euros en France, en Espagne, il ne dépasse
pas 2 euros.
La moyenne européenne se situe en fait
à moins de 3 euros le paquet.
D’autre part, cette augmentation du prix
ne fait que favoriser le marché noir. Si
on affiche dans les débits de tabac une
belle affiche indiquant que la vente est interdite
aux moins de 16 ans, n’importe quel gosse
peut se procurer des cigarettes dans le métro,
aussi facilement qu'un paquet de bonbons.
Entre démagogie et laxisme
Le tabac est une drogue dangereuse. Que l’on
fume ou non, nul ne peut prétendre aujourd’hui
ne pas en connaître les méfaits.
Rappelons également que le tabac est mortel
sous toutes ses formes.
Le cannabis qui se présente sous forme
d’herbes (marijuana) ou de résine
(haschich) remporte la palme du produit le plus
nocif.
Les cigarettes aux herbes, vendues dans les pharmacies,
libèrent du goudron et du monoxyde de carbone.
(la vente en a été interdite en France en 2006)
Les méfaits du tabac étant bien
établis, la polémique se situe à
un autre niveau : celui de la réelle volonté
du gouvernement français.
Que ce soit pour l’alcool ou le tabac,
la France a toujours fait preuve d’une démagogie
plus que douteuse.
Au début du XXe siècle, l’absinthe
(alcool à base d’eau-de-vie), a été
déclarée comme un véritable
fléau en Europe, et cela à juste
titre.
Alors que par exemple la Belgique prend une mesure
d’interdiction en 1906, la France, elle,
surtaxe le prix de la bouteille.
Comme pour le tabac, cette surtaxe n’a fait
que provoqué une éphémère
baisse de la consommation.
Rappelons que les statistiques officielles de
la consommation proviennent de la vente dans les
débits de tabac.
Or, nous savons très bien que si la vente
officielle a baissé, la vente au marché
noir et dans les pays frontaliers est en large
hausse.
La plupart des législations antialcooliques
ont échoué car toute prohibition
favorise le marché noir. Nous retrouvons
le même problème avec le tabac.
Il serait temps que le gouvernement français
prenne les bonnes décisions sans favoriser
ses propres intérêts financiers.
Si l’on veut mettre un terme au marché
noir qui s’est instauré en France,
le seul moyen est de pratiquer une politique de
prix similaire à celle des autres pays
européens.
La seule mesure vraiment efficace est sans conteste
l’application de mesures d’interdiction
dans tous les lieux publics.
La liberté individuelle de chacun est ainsi
préservée.
Dernières mesures législatives en France (M.à.J 05.2007)
- Le ministre de la Santé, Xavier Bertrand a présenté son décret visant à interdire la cigarette dans les lieux publics à partir du 1er janvier 2007
- La date d'application de ces mesures est fixée au 1er janvier 2008 pour les débits de boissons, hôtels, restaurants, débits de tabac, casinos, cercles de jeux et discothèques
Décret n° 2006-1386 du 15 novembre 2006 fixant les conditions d'application de l'interdiction de fumer dans les lieux affectés à un usage collectif . Lire le décret
V.B (16.05.2006). M.à.J 05.2007
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