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Sumo. Les dieux vivants du ring

Vénérés comme des idoles au Japon, les lutteurs de sumo sont de véritables titans d’une agilité surprenante.
Chaque combat ne dure qu’environ 20 secondes. Seul le ralenti permet d’apprécier le nombre impressionnant de feintes et de mouvements produits en si peu de temps.

Sport national au Japon, le sumo contemporain est l’héritier d’une tradition millénaire, étroitement lié au Shintô, la grande religion nationale au Japon avec le bouddhisme.

 

Shintô et sumo

Le shintô (shintoïsme) ou « la voie des dieux » est une religion étroitement liée à la mythologie japonaise.
Le shintô est centré sur les rapports entre le monde naturel et ses habitants. Il s’efforce de maintenir l’équilibre vital entre les hommes et la nature par des rituels de purification. Le concept de kegare ou « souillure rituelle » est fondamental.

Plus qu’un combat, le sumo est un véritable rituel. Avant chaque combat, les lutteurs passent par des rites de purification.

Sumo

Le ring actuel est coiffé d’un toit semblable à celui des sanctuaires shintô. By Jscatty

Dans le shintô, les dieux sont la personnification des forces naturelles et les esprits des ancêtres sont également considérés comme des dieux (kami). À partir du VIe s. les bouddhistes annexent à leur panthéon les divinités shintoïstes.

Au XVIIe s., de nouvelles sectes shintoïstes déclarent refuser toute compromission avec une religion étrangère. En 1868, le gouvernement de Meiji sépare officiellement le shintô des autres cultes, faisant de celui-ci une sorte de religion d’État, caractérisée par l’adoration de l’empereur-dieu et par l’affirmation de la grandeur de la race japonaise.

Après le désastre de 1945, le peuple retourne à ses croyances traditionnelles au sein des sectes dont l’ensemble constitue actuellement l’essentiel du shintô.

Sumo

Le sumo doit subir des années de vie monastique pour devenir un champion. By Christian Razukas

Selon la légende, c’est au sumo que l’on doit l’origine de la race japonaise. Takemikazuchi, le dieu du courage, battit au cours d’un match le chef d’une tribu rivale.
Cette victoire établit la prépondérance du peuple japonais sur les îles nippones.

Les premiers combats remontent à plus de 1500 ans. Ils se déroulaient dans l’enceinte des temples shintô et étaient accompagnés de musique et de danses sacrées.
Rapidement, la cour impériale organisa chaque année des tournois. C’est sous son contrôle que les règles sont élaborées et que le sumo prend sa forme actuelle.

Symbolismes du sumo

Autrefois, l’annonce des tournois se faisait au tambour dans les rues. Aujourd’hui, il ne sert plus qu’à ouvrir et à clore la cérémonie.

Les combats sont précédés de rituels complexes.

Le ring actuel est coiffé d’un toit semblable à celui des sanctuaires shintô. Avant l’ouverture des combats, on assiste à une présentation solennelle des champions.
Seuls les lutteurs de la catégorie supérieure « makuuchi » ont droit au port du « kesho-mawashi », un tablier de soie brodée au prix exorbitant.

Sumo

Plus qu'un combat, le sumo est un véritable rituel. By Permanent Traveller

Les deux lutteurs entrent en scène. Ils s’accroupissent face à face au centre du ring qui est en fait un cercle sacré « dohyô ».
Ce cercle mesure 4,55 m de diamètre. Il est composé d’une argile spéciale sur laquelle est répandue une fine couche de sable. Il est délimité par des cordes de paille tressée, à demi enterrées.

Sumo

Les combats sont précédés d'un long cérémonial très complexe. By Permanent Traveller

Les deux sumos sont légèrement penchés en avant et soutiennent leur corps en appuyant leurs poings fermés sur le sol.
Prêt à l’attaque, ils se fixent intensément : c’est le shikiri, un moment de concentration qui prélude à tout combat.

Les grands champions peuvent maintenir cette concentration pendant 4 minutes.

Dans la salle, la tension monte. Soudain, c’est le choc entre deux titans pesant environ 150 kg. Cette spectaculaire empoignade est très courte mais d’une rare intensité.

Combat entre deux sumo

Malgré son poids, le sumo est d'une grande agilité. By Christian Razukas

Pour gagner, il faut soit pousser son adversaire hors du cercle, symbole de vie, soit lui faire toucher le sol : un genou, un doigt ou même un simple cheveu à terre et la victoire est acquise.

Il y a plus de 700 lutteurs au Japon, du débutant (mae-zumo) au grand champion (yokozuna).  L’insigne de la dignité suprême est une corde de chanvre blanc tressée, pesant 15 kg qui distingue le « grand champion ».
Depuis sa création au XVIIe siècle, ce titre a été décerné à moins de 60 lutteurs. Chiyonofuji a été l’un de ses grands champions de l’époque contemporaine. Il était d’ailleurs venu à Bercy (Paris) en 1986.
Il mesurait 1,81 m et pesait seulement 121 kg.

Sumo

En quelques sesondes, l'un des deux lutteurs touchera terre ou sortira du cercle. By Christian Razukas

Il est vrai que pour des raisons de santé des lutteurs, les règles ont été assouplies quant au poids minimum obligatoire.

Quand un champion prend sa retraite, une cérémonie est organisée en public. Les supporters peuvent alors couper avec des ciseaux d’or le chignon du sumo.

Devenir un dieu du ring

Le sumos sont recrutés dès l’enfance. Dans toutes les écoles, il existe des clubs mais ce n’est qu’à l’adolescence que ces jeunes pourront postuler afin d’être acceptés dans une écurie professionnelle (heya).
La taille minium exigée est d’1,73 m.

Ces adolescents sont à rude école. En tant que novices, ils sont en bas de l’échelle. C’est eux qui dès l’aurore nettoient les salles, préparent le bain des sumos confirmés, les lavent, les coiffent et préparent le pantagruélique repas.
Ce dernier est composé d’un plat unique à base de poisson, de riz, de légumes, de sucre et de sauce de soja.
Les sumotoris arrosent cette plâtrée avec de bonnes rasades de saké ou de bière.

Sumo

La longévité d'un sumo est très inférieure à la moyenne nationale japonaise. By Christian Razukas

Les novices qui sont à jeun depuis 4h30 du matin assistent au repas et servent. Ils ne pourront se nourrir qu’après les aînés.
Entre deux corvées, ils s’entraînent et apprennent surtout à se contrôler sous la douleur ou l’humiliation.

Environ 5% des novices deviendront des sumos confirmés, les rikishis, et seulement quelques-uns uns seront élus yokozuna.

Pour les dieux du ring, le salaire peut dépasser 20 000 dollars par mois.

V. Battaglia (29.03.2009)

Lien

banzuke.com (en anglais)

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