Siréniens Lamantin, dugong Passant pour avoir inspiré le mythe des sirènes, les Siréniens sont aujourd'hui représentés par 4 espèces réparties en 2 familles:
La rhytine de Steller (Hydrodamalis gigas) est une espèce qui s'est éteinte au 18e siècle, victime d'une chasse excessive. Les lamantins et le dugong sont les seuls mammifères aquatiques à se nourrir surtout d'herbes et de plantes des eaux peu profondes. Les Siréniens sont d'ailleurs souvent appelés « vaches marines ».
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Les siréniens appartiennent à un groupe de mammifères aquatiques comprenant 4 espèces encore vivantes :
Lamantin. Licence
Dugong. Licence Le dugong possède une nageoire caudale bifurquée alors que les lamantins ont une queue en forme de pagaie. Les 4 espèces se rencontrent dans les eaux chaudes des régions tropicales et subtropicales. Le dugong est marin. Le lamantin de l'Amazone vit en eau douce. Les lamantins d'Afrique et d'Amérique du Nord vivent en eau douce, dans les estuaires ou la mer.
Le groupe comprenait une cinquième espèce, la Rhytine de Steller (Hydrodamalis gigas), qui a été exterminée par les marins au 18e siècle. La
Rhytine de Steller, contrairement aux autres siréniens,
évoluait dans les eaux glaciales de l’archipel
du Commandeur, au nord du Canada. Ce
sirénien a été découvert,
pour son plus grand malheur, par les naufragés
d’une expédition d’exploration,
menée par le capitaine Vitus Béring,
qui a donné son nom à l’île
sur laquelle il s’est échoué. En 26 ans seulement, toute leur population, soit environ 2 000 individus, fut massacrée. Cette espèce était quatre fois plus grosse que les siréniens actuels avec une taille pouvant atteindre huit mètres et un poids dépassant quatre tonnes. Certains individus pesaient jusqu'à 10 t. Le dernier spécimen a été tué en 1768 sur le littoral de l’île de Béring.
Tous les Siréniens sont de grands animaux massifs et dodus aux formes arrondies, protégés par une épaisse couche de graisse. Ils sont glabres et leur tête est pourvue de vibrisses et de poils tactiles qui leur permettent de trouver facilement leur nourriture dans les eaux plus ou moins troubles où ils évoluent.
Gros plan sur la tête d'un lamantin. By La Chiquita Licence Transformés en robustes nageoires, les membres antérieurs possèdent une main où l'on compte cinq doigts. Les bras sont solides et mobiles, particularité anatomique qui permet à ces animaux de s'aventurer dans des eaux très peu profondes en progressant sur les bras, sans risquer de s'échouer. Quant aux membres postérieurs, ils sont réduits à quelques rudiments osseux du bassin et ont été remplacés par une puissante nageoire caudale horizontale (comme les Cétacés), qui, outre leur aire de répartition, permet de différencier immédiatement dugong et lamantins. En effet, elle est arrondie comme une raquette ou une queue de castor chez les lamantins, alors qu'elle est échancrée, avec deux lobes nettement séparés et pointus à leur extrémité chez le dugong, ressemblant en cela à une queue de baleine.
Illustration © Richard Tibbits Le cuir gris des Siréniens est épais, mais il n'est doublé que d'une fine couche de lard assurant une faible isolation thermique. Ceci explique que lamantins et dugongs ne fréquentent que les eaux les plus chaudes du globe, régions côtières ou cours d'eau intérieurs. Leur dos présente d'ailleurs souvent des cicatrices faites sur des récifs de corail, mais aussi hélas, par les pales d'hélices de bateaux de plaisance, particulièrement nombreux dans leurs zones d'habitat, comme en Floride.
Photo amusante d'un lamantin en train de boire ou s'amuser ? By Ecocentrik Guy Licence Les poils courts (entre 3 et 5 cm) recouvrant la peau des siréniens permettent de détecter les mouvements de l'eau provoqués par des animaux se trouvant à proximité. La tête est caractéristique, avec son museau arrondi aux grosses lèvres parsemées de vibrisses sensorielles. Ce museau est surmonté de deux larges narines profondes dont un clapet règle l'ouverture et la fermeture à volonté. Placés haut sur le front, deux petits yeux globuleux sont eux aussi protégés de l'eau par deux paupières presque invisibles et une troisième, la membrane nictitante. Leur vue est faible.
Un lamantin en train de manger. Licence Les oreilles, plutôt des canaux auditifs dont l'ouverture est à peine plus grosse qu'un pore, sont parfaitement fonctionnelles et assurent une ouïe très fine. Les sons sont transmis par le crâne et les maxillaires. Le lamantin a une rangée de molaires, qui avancent constamment pour remplacer les dents usées. Le dugong ne possède que quelques molaires réduites à croissance continue. Chez le mâle, les incisives forment des défenses. Les Siréniens émettent des petits cris pour communiquer. On ignore comment car ils sont dépourvus de cordes vocales.
Les
Siréniens n'ont aucune parenté avec
les deux autres ordres de mammifères marins
(Cétacés et Pinnipèdes). L'appellation affectueuse d'« éléphant de mer» n'est pas fortuite. A l'ère Éocène, il y a 50 millions d'années, et alors même que les deux familles de Siréniens se distinguaient déjà, le représentant d'une branche commune aux Siréniens et aux Pachydermes, un ongulé de type protosirénien, broutait paisiblement la flore des eaux basses de l'Atlantique ouest et des Caraïbes.
La période glaciaire de l'Oligocène (il y a environ 30 millions d'années) allait considérablement amoindrir les ressources alimentaires de l'animal, amenant l'ordre à se diviser en 2 sous-ordres: l'un terrestre, l'autre aquatique. Des études, fondées sur l'analyse biochimique des protéines de lamantin et d'éléphant, corroborent l'hypothèse d'un ancêtre commun. Des squelettes de Siréniens fossiles trouvés en Afrique (tel Eotherium de Fayoum) révèlent également des similitudes avec ceux de proboscidiens et prouvent que ces animaux sont issus d'ongulés phytophages, tandis que les ancêtres des cétacés et des pinnipèdes étaient carnassiers.
Plus concrètement, lamantins et éléphants partagent des traits anatomiques: des dents à croissance continue, l'absence de clavicule et des ongles à la place des griffes primitives; la nageoire antérieure du lamantin, munie d'ongles rudimentaires, rappelle d'ailleurs la patte d'un pachyderme. La forme du crâne et de la mâchoire inférieure sont étonnamment similaires. La pigmentation de la peau du mammifère aquatique, sa texture et les poils qui la recouvrent font penser à un éléphanteau.
Il est surprenant que ces animaux aux formes dodues et au chant plus guttural que mélodieux portent le nom des voluptueuses créatures, mi-femme mi-poisson, qui faillirent séduire Ulysse. II n'en demeure pas moins que le grand Christophe Colomb, tombant nez à nez avec un groupe de lamantins au large de Haïti en 1493, écrivit avoir rencontré les mythiques sirènes... tout en reconnaissant qu'elles n'avaient pas tous les charmes physiques que les Anciens leur avaient prêtés!
Un autre explorateur, l'Italien Cavazzi, allait faire la même erreur en 1732, car la description qu'il fit d'une «femme-poisson» vivant dans une rivière d'Afrique de l'Est correspondait précisément à celle d'une femelle dugong. Au XXe siècle encore, cette méprise pouvait avoir cours car, en 1905, le capitaine d'un cargo passant au large de l'île d'Haramiln, dans la mer Rouge, crut avoir affaire à des naufragés en voyant émerger le haut du corps de trois êtres humains; il fit des signaux et cingla dans leur direction. La famille de dugongs dont il s'agissait déclina le secours et s'éclipsa bien vite...
Les
Siréniens ne collectent pas de n’importe
quelle manière la végétation.
Bien sur, ils peuvent happer sans technique particulière
les herbes flottantes.
By Ruth and Dave Licence Il
leur faut donc déterrer la nourriture.
Pour cela, ils utilisent leur seul outil : leur
museau. Dès qu’une touffe est dégagée, elle est coincée dans la bouche, vigoureusement secouée et enfournée à l’aide des membres antérieurs. La
dentition des siréniens est à croissance
continue. Un lamantin peut perdre jusqu’à
30 dents au cours de sa vie. Les Siréniens ont un estomac simple et des intestins très longs. Les végétaux sont décomposés par des micro-organismes et fermentent dans l'intestin postérieur. Pour compenser la flottaison due aux gaz de la fermentation, ils ont des os exceptionnellement denses et lourds.
Nature docile et chair délicieuse ont fait des Siréniens un gibier de choix. Ils sont aujourd'hui protégés, mais la chasse illégale continue. Toutes les espèces figurent sur la Liste rouge de l'UICN. Il ne reste qu'environ 130 000 Siréniens, toutes espèces confondues, dans le monde.
V.B (24.10.2006).M.à.J 12.2007
Les Siréniens, collection Marshall Cavendish 1994 |









