En l’an 2000, Paul Sereno et son équipe
ont pu reconstituer le squelette de Sarcosuchus
imperator, l’un des plus grands crocodiliens
du monde. Ce crocodile géant régnait
sur les rivières africaines du Crétacé
moyen, il y a environ 110 millions d’années.
Sarcosuchus est issu d’une branche annexe
de la famille des crocodiliens, différente
de celle qui a produit les crocodiles actuels.
La découverte de Sarcosuchus
C’est à Gadoufaoua, dans le désert du Sahara,
au Niger, que l’équipe de paléontologues a entamé
son expédition de 4 mois.
Gadoufaoua est un cimetière légendaire de fossiles
où Paul Sereno était venu chercher des fossiles de
dinosaures.
En l'an 2000, il n'y a pas trouvé de dinosaures mais des
fossiles de crocodiles de toutes tailles. Ci-dessous, ce tout petit
crâne appartient à une nouvelle espèce de crocodiles,
Anasuchus minor "crocodile petit canard". Au Crétacé
moyen, quand des rivières coulaient au milieu des plaines
fertiles du Sahara, cinq espèces au moins de crocodiles peuplaient
cette partie de l'Afrique.
Sarcosuchus y faisait figure de monstre et ne craignait personne,
pas même Suchominus tenerensis, un spinosaure muni de redoutables
griffes.
Anasuchus minor
En tamajaq, langue des touaregs de ce désert, Gadoufaoua
signifie littéralement « « l’endroit où
les chameaux ont peur de passer ».
Mais pour les paléontologues, c’est surtout le plus
riche gisement de fossiles de dinosaures du continent africain.
Parfois, la chance sourit aux scientifiques. Dès leur arrivée,
l’équipe se retrouva nez à nez avec un énorme
crocodile qui, de toute évidence, devait constituer une menace
pour n’importe quel dinosaure.
A l’aide de brosses et de poinçons, ils commencèrent
à débarrasser délicatement les mâchoires
fossilisées de leur gangue de pierraille.
Chacune d’entre elle faisait bien la taille d’un homme.
Mais, le monstre qui disposait de telles armes n’était
pas un dinosaure : c’était un gigantesque crocodile.
Sarcosuchus, cependant, n’était pas un inconnu. Une
partie de ses dents coniques, de ses vertèbres, et des plaques
d’écailles d’une trentaine de centimètres
avaient été découvertes par Félix de
Lapparent, paléontologue français, en 1947.
Il l’avait alors baptisé « crocodile d’Aoulef
», du lieu de sa découverte.
En 1966, sa nièce et Philippe Taquet nommèrent cette
créature Sarcosuchus imperator « crocodile de chair
empereur ».
En effet, le paléontologue français Philippe Taquet
avait découvert des restes de Sarcosuchus imperator en 1964,
sur le site de Gadoufaoua, dans le Ténéré,
au Niger. On avait également déterré d'autres
fossiles de ce reptile au Brésil, car l'Afrique et l'Amérique
du Sud ne formaient qu'un seul et même continent à
l'époque du Crétacé.
Les fossiles fragmentaires étaient malheureusement insuffisants
pour reconstituer l’animal.
L’expédition 2000 de Paul Sereno a permis de résoudre
les multiples questions sur ce géant.
En tout, ce sont 18 tonnes de fossiles qui ont été
enrobées de plâtre et expédiées par bateau
aux Etats-Unis.
Portrait de Sarcosuchus imperator
Sarcosuchus Imperator mesurait 11 à 12 m de long. Son poids
a été estimé à 9 tonnes.
Les paléontologues ont découvert dans les mêmes
gisements des squelettes d'Ouranosaurus de la famille des Iguanodontidés
et ceux de cet énorme crocodilien.
Il vivait probablement au bord des fleuves et attaquait les herbivores
qui venaient s'y abreuver. Quand on sait qu'un Ouranosaurus adulte
mesurait 7 m de long, on se doute de la puissance de ce crocodile
pour pouvoir entraîner une telle proie au fond de l'eau.
Âgé de 110 millions d'années, l'étude
de fossiles découverts au Niger ont permis aux scientifiques
d'en savoir plus sur l'anatomie, la taille, le mode de vie et sur
la place dans l'arbre de l'évolution de ce reptile géant.
Sarcosuchus possédait une superbe armure. Des écailles,
d’une longueur de 30 cm, assuraient une protection efficace
sur le cou, le dos et la queue.
Sarcosuchus vu par la BBC
Les scientifiques estiment que ce crocodile atteignait sa taille
adulte à l'âge de 50 ou 60 ans. Certaines caractéristiques
du crâne et des mâchoires de Sarcosuchus imperator pourraient
le rapprocher d’une famille de crocodiles marins piscivores,
comme Pholidosaurus et Terminonaris. Cependant, l'empereur des crocodiles
vivait dans les rivières et avait une alimentation variée,
au contraire de ses deux cousins carnivores.
Un crâne extraordinaire
Sarcosuchus se distingue de tous les autres crocodiliens par son
crâne extraordinaire.
Plus d’une centaine de dents font saillie dans ses mâchoires
étroites. Contrairement à tous les crânes des
autres crocodiles, vivants ou disparus, celui de Supercroco (nom
donné par Paul Sereno) s’élargit vers l’extrémité
avant.
On y observe une rangée de grandes incisives meurtrières.
Sarcosuchus imperator, exposé
au Muséum national d'histoire naturelle. Deux de ses découvreurs,
Philippe Taquet et France de Broin posent avec lui
Il est évident que Sarcosuchus ne se contentait pas de poissons.
Dans le renflement, au bout du museau, loge une cavité énorme
placée sous les narines. L’animal devait avoir un odorat
exceptionnel et un cri tout à fait particulier.
Les orbites sont orientées vers le haut, comme chez le gavial indien actuel. Cette configuration permettait à Supercroco
d’inspecter les rives du cours d’eau tout étant
invisible.
Son crâne ressemble à un croisement entre celui, allongé
du gavial pêcheur de poissons et le robuste crâne du
crocodile du Nil.
Les fossiles retrouvés ont permis de rassembler un peu plus
de 50% du squelette, assez pour reconstituer un spécimen
à sa taille réelle.
Le crâne le plus complet fait un peu moins de 2 m de long.
La BBC a fait revivre ce super prédateur, pour notre plus
grand plaisir, grâce à la magie de l’informatique.