La légende de Romulus et de Rémus,
puis celle des sept rois qui gouvernèrent
Rome, la Ville éternelle, ont des fondements
historiques bien réels.
Si la mythologie est étroitement liée
à la fondation de Rome, l’archéologie
a corroboré un grand nombre de faits.
Le mythe de Romulus et Rémus
Le poète Virgile a raconté cet épisode
dans son ouvrage l’Enéide :
« Enée est arrivé après
la chute de Troie, soit 1 184 avant notre ère,
selon les savants d’Alexandrie. Il aurait d’abord
fondé la ville de Lavinium, que son fils Ascagne
délaissa trente ans plus tard pour fonder Albe
la Longue.
C’est dans cette ville qu’auraient régné
13 rois, ancêtres de Numitor.
Le frère de celui-ci, Amulius, le chassa du
trône et obligea la fille de Numitor à
se faire vestale, donc à rester vierge.
Mais, elle conçut, dit la légende, deux
jumeaux du dieu Mars.
Les deux enfants, Romulus et Rémus, sont abandonnés
aux eaux du Tibre en pleine inondation.
Ils sont alors recueillis par une louve qui les abrite
dans une grotte au pied du Palatin, le Lupercal. Puis,
ils sont recueillis par un berger.
La louve du Capitole.
Les jumeaux ajoutés au bronze étrusque
datent du XVIe siècle (Ve siècle avant
notre ère. Musée du Capitole, Rome)
Devenus adultes, les deux jumeaux, retournent à
Albe, chassent du trône l’usurpateur et
rétablissent leur grand-père.
Leur tour est alors venu de fonder une cité,
en 753 selon la tradition, sur le site où ils
ont été miraculeusement recueillis.
Mais, la haine fratricide renaît à ce
moment fatidique. Comme ils se disputent l’honneur
de cette fondation, les deux jumeaux confient aux dieux
le soin de les départager.
Chacun monte sur une colline : Romulus sur le Palatin
et Rémus sur l’Aventin. Ils y prennent
les auspices.
Le berger Faustulus rapporte
à sa femme les deux jumeaux (esquisse peinte
d'Auguste Lenoir, XIXe siècle)
Rémus, le premier a vu 6 vautours, oiseaux de
Jupiter ; Romulus, aussitôt après, en voit
12. Quel est le bon critère ? L’antériorité
ou le nombre ?
Après une âpre discussion, Romulus tue
Rémus, qui l’avait nargué en franchissant
le pomerium, enceinte sacrée qu’il venait
de tracer : »Ainsi périsse à l’avenir
quiconque franchira mes murailles. »
L’histoire et la légende
La légende relie donc l’installation sur
les sept collines à une suite d’évènements
surnaturels et la création de la ville a un choix
divin.
Pendant longtemps, historiens et archéologues
ont cru que les légendes n’étaient
que de belles histoires et que l’histoire de Rome
ne commençait réellement qu’au IVe
siècle.
Il est certain que le nom de Rome ne vient pas de Romulus,
mais que le nom de ce héros fondateur a été
« fabriqué » à posteriori,
à partir du nom même de la ville.
L’influence étrusque est évidente
dans la fondation de l’Urbs, la Ville. Les jumeaux
consultent les augures à la manière étrusque.
Romulus trace selon le rite étrusque le sillon
qui représente les murailles, en soulevant la
charrue à l’emplacement des quatre portes
de la cité.
Minerve. Statue votive
guerrière. Le casque témoigne des influences
grecques. La silhouette étirée et stylisée
est étrusque (Ve siècle avant notre ère.
Musée de la Villa Giulia, Rome)
Il est certain que des Mycéniens sont venus
en Italie ; des céramiques y ont été
retrouvées, qui datent de 770-760 avant notre
ère.
Le voyage d’Enée, héros Troyen,
est peut-être la face légendaire de cette
réalité commerciale, de même que
la présence mythique d’Hercule.
Le choix de la fondation de Rome n’est sûrement
pas divin mais correspond à une analyse humaine
judicieuse.
Le Latium est une petite plaine volcanique alors marécageuse,
et infestée par le paludisme.
Mais c’est aussi un carrefour naturel au centre
de la Péninsule.
Le Tibre a été utilisé de bonne
heure pour les échanges commerciaux.
Stèle dédiée
à Romulus qui célèbre son épopée
(Musée de la civilisation romaine, Rome)
La tradition conservée par les Annales romaines
veut que sept rois seulement aient régné
sur l’Urbs. De 753 à 509 avant notre ère,
date de la fondation de la République, cela fait
une moyenne de règne très élevée,
surtout pour l’époque.
Cette liste est évidemment incomplète.
L’empereur Claude, historien à ses heures,
en avait relevé les incohérences.
Une chose est certaine, ce sont les Etrusques qui ont
transformé la série de villages en ville.
Ils en ont fait une des plus grandes cités étrusques
de l’époque, avec son Forum, son centre
politique, religieux et commercial.
Surgie du néant en à peine quelques décennies,
la brillante culture étrusque intrigue toujours
les chercheurs. L’origine de ce peuple est indéfinissable.
Sa langue, encore incomprise, ne s’apparente à
aucun dialecte connu, antique ou actuel.
Les Etrusques restent pour nous ce peuple mystérieux
auquel les Romains prêtaient des pouvoirs magiques
et divinatoires.
Les découvertes archéologiques
La date de la fondation de la ville est probablement
exacte : des fonds de cabanes trouvés sur une
des croupes du Palatin, le Germal, ont été
datés, d’après les céramiques,
du VIIIe siècle avant notre ère.
Ces cabanes sont le signe d’un premier établissement
humain même si Rome n’était à
cette époque qu’un village.
Urne funéraire
en forme de cabane
Au début du XXe siècle, les fouilles
archéologiques ont commencé à mettre
au jour les plus anciens vestiges. Sous le Forum, une
nécropole exista d’abord.
Au VIIIe siècle, on y plaçait les cendres
des morts dans des urnes en forme de cabane.
Longtemps ainsi, la population a du habiter les hauteurs.
La légende et les données archéologiques
s’accordent donc pour situer dans les années
750 les premiers établissements romains.
Jusqu’au VIe siècle, « Rome »
n’est probablement rien d’autre qu’un
ensemble de villages de pasteurs répartis sur
les collines.
Urne funéraire
retrouvée sur le Capitole (VIIIe siècle
avant notre ère. Musée du Forum, Rome)
En 1988, les traces d’une enceinte primitive,
daté du milieu du VIIIe siècle, ont été
retrouvées. Certains aujourd’hui n’excluent
pas la possibilité de prouver l’historicité
de Romulus.