Le contexte historique des Rois Maudits
Au début du XIVe siècle, Philippe IV
surnommé le Bel, règne sur la France,
le plus puissant des royaumes d’Occident.
Pour ce monarque autoritaire, la grandeur de la France
prime sur tout.
Le premier tiers du XIVe siècle qui sert de
cadre aux Rois Maudits est une période troublée
: les caisses de l’Etat sont vides, les relations
entre la France et l’Angleterre sont très
tendues et l’armée royale connaît
de sanglants revers face aux Flamands.
Philippe le Bel est l’un des rois qui ont fait
la France. Avant lui, Philippe Auguste s’était
attelé à l’unité du territoire.
Philippe le Bel a surtout œuvré à
l’unité de l’Etat en développant
les rouages de l’administration.
Il a érigé en principe la formule «
pas d’Etat dans l’Etat ». C’est
d’ailleurs sans doute ce qui explique sa lutte
contre les Templiers, devenus bien trop puissants à
son goût.

Philippe le Bel et sa
famille, miniature médiévale
Aucune richesse intérieure ne doit lui échapper.
Tout et tous doivent s’incliner ou disparaître
devant l’autorité royale.
Il a même été jusqu’à
faire élire un pape français et à
l’installer de force à Avignon.
Celui que l’on surnomme le « roi de fer
» inaugure le passage du roi suzerain au roi souverain.
La monarchie devient de plus en plus centralisée
et laisse entrevoir le spectre de l’absolutisme.
L’ordre des Templiers
Au temps des Croisades, Hugues de Payns fonde l’Ordre
des Templiers, destiné à assurer la protection
des pèlerins en Terre Sainte.
Protégé par le pape, exempté d’impôts,
objet de multiples donations, gérant la fortune
des rois et nobles, l’Ordre développe rapidement
sa puissance.
Se sentant menacé par l’Ordre et convoitant
peut-être leurs richesses, Philippe le Bel décide
de les détruire. En fait, ses motivations restent
assez obscures.
En 1307, les procès et les tortures commencent
et dureront jusqu’en 1314. Faut de mieux, les
Templiers sont accusés d’hérésie.
Après l’échec des expéditions
de Saint Louis et la perte de Saint-Jean-d’Acre
en 1291, la croisade n’est plus à l’ordre
du jour. De ce fait, les ordres militaires issus de
ces croisades n’ont plus leur raison d’être.

Philippe le Bel interprété
par Georges Marchal en 1972
Les Templiers n’en sont pas moins
riches et puissants. A Paris, le donjon du Temple domine
un réseau de commanderies qui s’étend
sur l’Europe entière.
Philippe le bel confie le dossier des Templiers à
son âme damnée, Guillaume de Nogaret. Les
calomnies sont faciles à créer de toutes
pièces. Les Templiers sont cupides et simoniaques.
Ils seraient hérétiques en pratiquant
des pratiques sataniques et en crachant sur la croix.
Largement de quoi, à cette époque, pour
les envoyer au bûcher.
En septembre 1307, Philippe le Bel ordonne l’arrestation
de tous les membres de l’Ordre. Une immense rafle
est organisée dans le royaume.
Usant de la torture, les bourreaux obtiennent les «
aveux » des plus hauts dignitaires de l’Ordre.
Jacques de Molay reconnaît avoir renié
le Christ et craché sur la croix. Hugues de Pairaud,
maître de France, avoue des pratiques sodomiques
et idolâtres.
Le dossier rassemblé par les sbires royaux est
énorme. Crimes et horreurs y sont notifiés.
Les Templiers adoreraient une idole, nommée Baphomet,
ou un chat noir, dont ils doivent baiser l’anus.
Il est évident que sous la torture, on est prêt
à avouer n’importe quoi. « J’avouerais
que j’ai tué Dieu si on voulait…
», déclare dans sa terreur l’un des
derniers Templiers.
Cependant, il est vrai que des rites d’admission
dans l’Ordre étaient peut-être accompagnés
d’une sorte de bizutage ou de mise à l’épreuve
comme le reniement simulé du Christ.
En octobre 1311, le concile de Vienne doit se prononcer
sur la culpabilité des accusés. Philippe
le Bel, qui craint la clémence, arrive avec une
armée.
Le Pontife se voit alors contraint de prononcer la dissolution
du Temple avec pour motif son discrédit.
En mars 1314, sur le parvis de Notre-Dame, trois cardinaux
envoyés par le pape lisent la condamnation aux
accusés. Comme ils ont avoué leurs crimes
et se sont repentis, ils sont condamnés à
la prison à vie.
Les dignitaires de l’Ordre, notamment Jacques
de Molay, s’insurgent contre cette injustice et
nient tout ce qu’ils avaient avoué.
Le roi les condamne aussitôt au bûcher comme
relaps (ceux qui retombent dans l’hérésie
après l’avoir abjurée).

La fin des Templiers.
Version de 1972
Sans doute le 11 mars 1314 (date incertaine), un bûcher
est dressé sur l’île aux Juifs.
La malédiction des Templiers
C’est l’un des grands moments de la série
TV avec cette phrase devenue célèbre dite
par Jacques Molay : « Pape Clément, juge
inique et cruel bourreau, chevalier Guillaume de Nogaret,
roi Philippe, avant un an, je vous ajourne à
comparaître devant le tribunal de Dieu. Maudits,
vous serez tous maudits jusqu’à la treizième
génération ! »
En réalité, Jacques Molay aurait dit
: »Dieu sait qui a tord et a pêché
: et le malheur s’abattra bientôt sur ceux
qui nous condamnent à tord. Dieu vengera notre
mort ! Seigneurs, sachez qu’en vérité
tous ceux qui nous sont contraires, par nous auront
à souffrir. En cette foi, je veux mourir…
»
C’est le seul récit qui nous soit parvenu
de la fameuse malédiction des Templiers.
Cette soi-disant malédiction s’est-elle
réalisée ?
On peut effectivement voir dans les nombreux déboires
de la famille royale la marque du destin.
Le 20 avril 1314, le pape Clément V meurt terrassé
par des fièvres.
Peu après, Guillaume de Nogaret est empoisonné.
La même année, en octobre, alors qu’il
chasse, Philippe le Bel tombe de cheval et se brise
une jambe. La blessure s’infecte et il meurt le
29 novembre 1314.
Certains historiens pensent que le roi a en fait succombé
à un accident cérébral.
Il est vrai également que la descendance de
Philippe le Bel a connu une destinée assez tragique.
En moins de 15 ans après sa mort, scandales,
assassinats, procès politiques et désastres
militaires font chanceler la monarchie capétienne.
A sa mort, Philippe le bel laisse trois fils en âge
de gouverner. La lignée semble donc assurée.
En 1314, c’est Louis X le hutin (1289-1316) qui
monte sur le trône.
Il meurt brutalement de maladie ou après un exercice
sportif excessif en 1316. L’enfant qu’il
a eut, Jean Ier, est assassiné cinq jours après
sa naissance.

Gisant de Jean Ier le
Posthume (Paris, Basilique de Saint-Denis)
C’est donc le deuxième fils qui prend
le pouvoir sous le nom de Philippe V le Long (1293-1322).
Il meurt cinq après en 1322 sans laisser d’héritier.
Le dernier fils accède au trône sous le
nom de Charles IV le Bel (1294-1328). Sa mort en 1328,
sans descendance mâle, marque la fin de la lignée
des Capétiens
En 1328, la couronne de France passe des Capétiens
aux Valois avec l’arrivée sur le trône
de Philippe VI de Valois.
La guerre de Cent Ans va également commencer.
On peut même aller plus loin car Louis XVI, qui
a été guillotiné, était
un descendant de la treizième génération
de Philippe le Bel.
Cependant cette idée romanesque d’une
vengeance d’outre-tombe n’est que pure fiction.
A cette époque, on mourrait jeune et la moindre
infection ou maladie entraînaient souvent la mort.
En mourrant à 46 ans, Philippe le Bel a battu
un record de longévité. Le manque d’hygiène,
les épidémies et la médecine rudimentaire
aboutissent à une espérance de vie qui
ne dépasse pas 32 ans.
En Europe, un enfant sur quatre meurt avant d’avoir
atteint un an. Par exemple, l’usage de la fourchette
est inconnu. On se passe donc la viande de la main à
la main qui est souvent couverte de mouches.
Deux personnages passionnants
Dans la série de 1972 mise en scène par
Claude Barma, Mahaut d’Artois est remarquablement
interprétée par Hélène Duc.
C’est Jeanne Moreau qui a repris le rôle
dans la version que vous allez bientôt découvrir.

Mathilde ou Mahaut d’Artois (v.1270-1329) est
la fille de Robert II d’Artois. Elle succède
à son père sur le comté d’Artois
en écartant son neveu, Robert III d’Artois.
Elle marie ses deux filles, Jeanne et Blanche, aux futurs
Philippe V et Charles IV, deux des fils de Philippe
le Bel.
Elle tient donc une place de premier plan à la
cour. Très autoritaire, elle fait face avec fermeté
à la révolte de la petite noblesse artésienne
en 1315.
Accusée d’assassinat et de sorcellerie,
elle se défend bien et triomphe des accusations.
Elle a été suspectée d’empoisonnement
après la mort étrange de Louis X le Hutin
et de son fils Jean Ier le Posthume.
On conserve un souvenir inoubliable de l’interprétation
de Jean Piat dans le rôle de Robert III d’Artois.
Ce rôle est repris par Philippe Torreton.

Jean Piat
Ecarté de la succession par sa tante Mahaut,
Robert III décide de se venger par tous les moyens.
Il attise la révolte de la province contre elle
en 1315-1316.
Il lui intente deux procès qu’il perd.

Philippe Torreton
A la mort de sa tante en 1329, Philippe VI de Valois
prend le comté sous sa protection. Pour justifier
ses droits, Robert produit de faux documents. La ruse
est éventée et il est banni du royaume
en 1332.
Il se retrouve en Angleterre et se met au service d’Edouard
III. Il meurt à la guerre en 1342 en attaquant
sa propre patrie.
Saga culte et nouvelle version
Le pari semble dangereux. En effet, la saga de 1972
est devenue une véritable série culte.
Quand l’ORTF a diffusée cette série
en 1972, l’audience a été énorme.
La mise en scène était théâtrale
et les décors d’une grande sobriété.
La distribution était vraiment prestigieuse avec
des grands noms du répertoire français
: Louis Seigner, Georges Marchal, Hélène
Duc, Jean Piat, Geneviève Casile …

Hélène Duc
La nouvelle adaptation de Josée Dayan réunit
Jeanne Moreau, Gérard Depardieu, Philippe Torreton,
Tcheky Karyo, Guillaume Depardieu …
Il semblerait qu’il y est de nombreux anachronismes
dans cette version. Par exemple, les armes et les armures
appartiennent à des époques différentes.
On voit un tableau de Léonard de Vinci qui est
plutôt déplacé dans la France du
XIVe siècle.
Apparemment, Josée Dayan n’a pas voulu
reconstituer la France de cette époque. Elle
a d’ailleurs fait appel à Philippe Druillet,
un des maîtres de la BD de science-fiction.
C’est donc un Moyen Age futuriste et fantasmé
que vous découvrirez.
V.B (06.11.2005)
Bibliographie principale
Magazine Historia N°706
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