Les Rois Maudits Série TV et réalité historique En 1972, cette saga historique fait sensation sur les écrans français avec une audience record. Plus de 30 ans après, les Rois Maudits créent à nouveau l’évènement avec une nouvelle adaptation qui va être diffusée sur France 2. |
Au début du XIVe siècle, Philippe IV surnommé le Bel, règne sur la France, le plus puissant des royaumes d’Occident. Le premier tiers du XIVe siècle qui sert de cadre aux Rois Maudits est une période troublée : les caisses de l’Etat sont vides, les relations entre la France et l’Angleterre sont très tendues et l’armée royale connaît de sanglants revers face aux Flamands. Philippe le Bel est l’un des rois qui ont fait la France. Avant lui, Philippe Auguste s’était attelé à l’unité du territoire.
Philippe le Bel et sa famille, miniature médiévale Aucune richesse intérieure ne doit lui échapper. Tout et tous doivent s’incliner ou disparaître devant l’autorité royale. Il a même été jusqu’à faire élire un pape français et à l’installer de force à Avignon. Celui que l’on surnomme le « roi de fer » inaugure le passage du roi suzerain au roi souverain. La monarchie devient de plus en plus centralisée et laisse entrevoir le spectre de l’absolutisme.
Au temps des Croisades, Hugues de Payns fonde l’Ordre des Templiers, destiné à assurer la protection des pèlerins en Terre Sainte. Se sentant menacé par l’Ordre et convoitant peut-être leurs richesses, Philippe le Bel décide de les détruire. En fait, ses motivations restent assez obscures.
Philippe le Bel interprété par Georges Marchal en 1972 Les Templiers n’en sont pas moins riches et puissants. A Paris, le donjon du Temple domine un réseau de commanderies qui s’étend sur l’Europe entière. Philippe le bel confie le dossier des Templiers à son âme damnée, Guillaume de Nogaret. Les calomnies sont faciles à créer de toutes pièces. Les Templiers sont cupides et simoniaques. Ils seraient hérétiques en pratiquant des pratiques sataniques et en crachant sur la croix. En septembre 1307, Philippe le Bel ordonne l’arrestation de tous les membres de l’Ordre. Une immense rafle est organisée dans le royaume. Usant de la torture, les bourreaux obtiennent les « aveux » des plus hauts dignitaires de l’Ordre. Jacques de Molay reconnaît avoir renié le Christ et craché sur la croix. Hugues de Pairaud, maître de France, avoue des pratiques sodomiques et idolâtres. Le dossier rassemblé par les sbires royaux est énorme. Crimes et horreurs y sont notifiés. Les Templiers adoreraient une idole, nommée Baphomet, ou un chat noir, dont ils doivent baiser l’anus. Il est évident que sous la torture, on est prêt à avouer n’importe quoi. « J’avouerais que j’ai tué Dieu si on voulait… », déclare dans sa terreur l’un des derniers Templiers. Cependant, il est vrai que des rites d’admission dans l’Ordre étaient peut-être accompagnés d’une sorte de bizutage ou de mise à l’épreuve comme le reniement simulé du Christ. En octobre 1311, le concile de Vienne doit se prononcer sur la culpabilité des accusés. Philippe le Bel, qui craint la clémence, arrive avec une armée. En mars 1314, sur le parvis de Notre-Dame, trois cardinaux envoyés par le pape lisent la condamnation aux accusés. Comme ils ont avoué leurs crimes et se sont repentis, ils sont condamnés à la prison à vie.
La fin des Templiers. Version de 1972 Sans doute le 11 mars 1314 (date incertaine), un bûcher est dressé sur l’île aux Juifs.
C’est l’un des grands moments de la série TV avec cette phrase devenue célèbre dite par Jacques Molay : « Pape Clément, juge inique et cruel bourreau, chevalier Guillaume de Nogaret, roi Philippe, avant un an, je vous ajourne à comparaître devant le tribunal de Dieu. Maudits, vous serez tous maudits jusqu’à la treizième génération ! » En réalité, Jacques Molay aurait dit : »Dieu sait qui a tord et a pêché : et le malheur s’abattra bientôt sur ceux qui nous condamnent à tord. Dieu vengera notre mort ! Seigneurs, sachez qu’en vérité tous ceux qui nous sont contraires, par nous auront à souffrir. En cette foi, je veux mourir… » C’est le seul récit qui nous soit parvenu de la fameuse malédiction des Templiers. Cette soi-disant malédiction s’est-elle réalisée ? On peut effectivement voir dans les nombreux déboires de la famille royale la marque du destin. Le 20 avril 1314, le pape Clément V meurt terrassé par des fièvres. Peu après, Guillaume de Nogaret est empoisonné. La même année, en octobre, alors qu’il chasse, Philippe le Bel tombe de cheval et se brise une jambe. La blessure s’infecte et il meurt le 29 novembre 1314. Il est vrai également que la descendance de Philippe le Bel a connu une destinée assez tragique. A sa mort, Philippe le bel laisse trois fils en âge de gouverner. La lignée semble donc assurée. En 1314, c’est Louis X le hutin (1289-1316) qui monte sur le trône.
Gisant de Jean Ier le Posthume (Paris, Basilique de Saint-Denis) C’est donc le deuxième fils qui prend le pouvoir sous le nom de Philippe V le Long (1293-1322). Il meurt cinq après en 1322 sans laisser d’héritier. Le dernier fils accède au trône sous le nom de Charles IV le Bel (1294-1328). Sa mort en 1328, sans descendance mâle, marque la fin de la lignée des Capétiens On peut même aller plus loin car Louis XVI, qui a été guillotiné, était un descendant de la treizième génération de Philippe le Bel. Cependant cette idée romanesque d’une vengeance d’outre-tombe n’est que pure fiction. A cette époque, on mourrait jeune et la moindre infection ou maladie entraînaient souvent la mort. En mourrant à 46 ans, Philippe le Bel a battu un record de longévité. Le manque d’hygiène, les épidémies et la médecine rudimentaire aboutissent à une espérance de vie qui ne dépasse pas 32 ans. En Europe, un enfant sur quatre meurt avant d’avoir atteint un an. Par exemple, l’usage de la fourchette est inconnu. On se passe donc la viande de la main à la main qui est souvent couverte de mouches. Source "La malédiction des Templiers": Magazine Historia N°706
Dans la série de 1972 mise en scène par Claude Barma, Mahaut d’Artois est remarquablement interprétée par Hélène Duc.
Mathilde ou Mahaut d’Artois (v.1270-1329) est la fille de Robert II d’Artois. Elle succède à son père sur le comté d’Artois en écartant son neveu, Robert III d’Artois. On conserve un souvenir inoubliable de l’interprétation de Jean Piat dans le rôle de Robert III d’Artois.
Jean Piat Ecarté de la succession par sa tante Mahaut, Robert III décide de se venger par tous les moyens. Il attise la révolte de la province contre elle en 1315-1316.
Philippe Torreton A la mort de sa tante en 1329, Philippe VI de Valois prend le comté sous sa protection. Pour justifier ses droits, Robert produit de faux documents. La ruse est éventée et il est banni du royaume en 1332.
Le pari semble dangereux. En effet, la saga de 1972 est devenue une véritable série culte. Quand l’ORTF a diffusée cette série en 1972, l’audience a été énorme. La nouvelle adaptation de Josée Dayan réunit Jeanne Moreau, Gérard Depardieu, Philippe Torreton, Tcheky Karyo, Guillaume Depardieu … Il semblerait qu’il y est de nombreux anachronismes dans cette version. Par exemple, les armes et les armures appartiennent à des époques différentes. Apparemment, Josée Dayan n’a pas voulu reconstituer la France de cette époque. Elle a d’ailleurs fait appel à Philippe Druillet, un des maîtres de la BD de science-fiction. Véronique Battaglia (06.11.2005) < Histoire |






