Quatre
ans et demi après l’assassinat
de John Kennedy, l’histoire répète
sa tragédie avec le meurtre de son
frère, Robert Kennedy.
Ce 5 juin 1968, ce n’est pas seulement
le candidat démocrate à la
Présidence des Etats-Unis qui est
frappé mortellement par les balles
de Sirhan Bechara Sirhan, son meurtrier
présumé. Robert Kennedy, comme
son frère, représentait un
symbole : celui de l’Amérique
éprise de justice et de liberté.
Officiellement, l’instruction contre
le meurtrier présumé est close.
Cependant, près de 40 ans après
les faits, de nombreux doutes subsistent
quant à la culpabilité de
Sirhan et les mobiles réels de l’assassinat
de Robert Kennedy.
Qui était Robert Kennedy
?
Surnommé
Bob, Robert Kennedy est né le 20
novembre 1925 à Boston. A 17 ans,
il s'enrôle dans l'US Navy.
Après quelques années dans
l’armée, il intégrera
les universités de Bates College
et de Harvard.
Il
épaulera toujours son frère,
John Kennedy. Ce dernier, une fois élu
président, le nomme d’ailleurs
Attorney General, l’équivalent
de notre ministre de la Justice.
Robert
Kennedy se révèle un farouche
combattant contre la corruption et la grande
criminalité. Il mène une lutte
féroce contre la pègre, notamment
contre Jimmy Hoffa, Sam Giancana ou Santos
Trafficante.
Très
proche de son frère, il le conseille
pendant la crise des missiles de Cuba et
l’encourage à se positionner
en faveur des droits civiques en 1963.
Après
l’assassinat de son frère,
il démissionne de son poste.
Il
entame alors un nouveau combat mais cette
fois-ci contre la pauvreté. Très
charismatique, ses discours touchent le
cœur des américains.
Il n’hésite pas non plus à
parcourir le monde et notamment le tiers-monde.
La pauvreté devient son cheval de
bataille.
John Kennedy,
J.Edgar Hover et Robert Kennedy. Licence
C’est
en 1964 qu’il se lance à nouveau
dans la politique et obtient le poste de
sénateur de l'État de New
York.
En
1968, il se présente comme candidat
démocrate à l’élection
présidentielle. Mais, alors qu’il
vient de remporter les élections
primaires de Californie, il est assassiné
le soir même de cette première
victoire.
L’assassinat de Robert Kennedy
Le 18 mai 1968, 18 jours avant que Robert
Francis Kennedy ne soit assassiné
dans l'office de l'Ambassador Hotel, à
Los Angeles, le jeune immigré palestinien
Sirhan B. Sirhan écrit dans son journal
intime: « Ma détermination
à éliminer RFK devient de
plus en plus une obsession inébranlable.
»
Sirhan, d'abord ardent supporter de Robert
Kennedy, s'est senti trahi par les déclarations
du candidat en faveur de la livraison d'avions
militaires à Israël. Ce jour-là,
toute la page du journal de Sirhan est une
longue litanie de formules autour du même
thème: « RFK doit mourir...
RFK doit être tué. »
Photographie
d'identité judiciaire de Sirhan B.Sirhan
publiée par la police de Los Angeles
Lorsque Robert Kennedy est mortellement
touché, le 5 juin, il vient de célébrer
avec des supporters sa victoire aux primaires
du Parti démocrate en Californie.
Des
témoins ont aperçu Sirhan
près de lui, tirant un coup de feu.
D'après les indices recueillis, l'affaire
semble parfaitement simple, même à
ceux qui ont eu des doutes sur l'hypothèse
officielle d'un tueur isolé dans
l'assassinat de John Kennedy, En outre,
lors de son procès, Sirhan avouera
son crime bien qu'il affirme aussi avoir
bu ce soir-là et ne plus se souvenir
de rien.
Cet
assassinat semble donc n’être
que l’acte d’un fanatique un
peu déséquilibré. Pourtant,
30 après l’affaire va rebondir.
Dans
ses dernières déclarations,
en 1997, Sirhan a en effet clamé
pour la première fois son innocence.
De plus, des personnalités comme
l'historiographe du président Kennedy,
Arthur M. Schlesinger Jr, ou l'écrivain
Norman Mailer ont signé une pétition
demandant qu'un grand jury de Los Angeles
révise le procès.
Enfin,
des témoins présents dans
l'office de l'hôtel ce soir-là
pensent avoir vu d'autres tireurs. La publication,
en 1987, des conclusions du FBI et de la
police de Los Angeles va dans le même
sens.
Ces
dépositions ont conduit plusieurs
enquêteurs indépendants à
réexaminer d'un peu plus près
les événements. Il y a, par
exemple, la question du nombre de balles
tirées: le revolver de calibre 22
de Sirhan n'en contenait que huit; or certains
enquêteurs soulignent que des photos
prises sur le lieu du crime montrent que
plus de huit balles ont été
tirées; certaines se sont logées
dans l'encadrement d'une porte ou dans le
plafond. (Plusieurs pièces à
conviction photographiques et l'encadrement
de cette porte ont curieusement été
détruits plus tard par la police
de Los Angeles.)
Ensuite,
il a été établi par
le rapport d'autopsie du coroner Thomas
Noguchi que la balle qui a tué Robert
Kennedy a été tirée
à moins de 8 cm de sa nuque, alors
que la plupart des témoins soutiennent
que Sirhan se trouvait à une distance
comprise entre 30 cm et 2 mètres.
Sirhan a-t-il agit seul ?
Les
sceptiques ne contestent pas que Sirhan
ait tiré un coup de revolver ce soir-là,
mais ils se demandent si c'est bien sa balle
qui a tué Kennedy ou s'il y avait
d'autres tireurs.
Certains
suggèrent même que le jeune
homme a pu être attiré dans
un piège, voire même hypnotisé.
Cette thèse est défendue et
argumentée dans un documentaire radio
intitulé les Bandes magnétiques
de l'affaire Robert Kennedy, dont l'auteur
est Bill Klaber. Dans son émission
de 1993, celui-ci met au jour de légères
contradictions dans l'instruction et insinue
que la police de Los Angeles s'est montrée
négligente en ne suivant pas d'autres
pistes.
Il
révèle aussi les relations
épisodiques du jeune homme avec le
thérapeute californien William Joseph
Bryan Jr, un spécialiste de l'hypnose
qui aurait pu être en rapport avec
la CIA.
Après
le meurtre de Kennedy, Bryan a en effet
dit à des amis qu'il avait hypnotisé
Sirhan dans son cabinet. Cette déclaration
avait suscité un flot de spéculations.
De fait, lors de son procès, l'assassin
présumé avait déclaré
sous serment que la dernière chose
dont il se souvenait, c'était d'avoir
été assis dans un bar près
d'une femme séduisante qui lui parlait
de café et de sucre, et d'avoir vu
une cafetière brillante mais il ne
se rappelait plus rien jusqu'au moment où
les coups de feu avaient été
tirés, ce qui confirmerait l'idée
qu'il n'était alors pas dans son
état normal.
La thèse du complot
Cette
thèse, du complot qui fait intervenir
plusieurs personnes autour d'un Sirhan sous
hypnose, s'appuie sur le témoignage
suivant :
Un
policier, arrivé sur les lieux après
le crime, a déclaré qu'un
couple lui avait dit avoir vu un homme et
une femme vêtue d'une robe à
pois sortir de l'hôtel en s'écriant
« Nous l'avons tué! Nous l'avons
tué! »
Un
avis de recherche avait alors été
lancé pour retrouver le couple, mais
il avait été abandonné
lorsque Sirhan avait été désigné
comme suspect. Or, selon certains, la femme
en robe à pois était celle
qui avait parlé de café au
jeune homme. Ce témoignage renforcerait
donc la théorie d'un complot utilisant
Sirhan sous hypnose ou non d’ailleurs.
Nombreux
sont ceux qui ne veulent pas aller jusqu'à
suggérer que Sirhan a été
hypnotisé mais qui restent embarrassés
par les conclusions de l'autopsie.
L’autopsie
est formelle : la balle a été
tirée de très près
et par-derrière.
Il
est également prouvé que plus
de huit balles ont été retrouvées
sur les lieux du crime.
On
peut également se poser des questions
sur la manière dont la police de
Los Angeles a mené l'enquête.
Ainsi, Jamie Scott Enyart, un photographe
qui dit s'être trouvé dans
l'office cette nuit-là et avoir pris
un cliché de Kennedy en train de
s'effondrer, a reçu une indemnisation
de 450 600 dollars en 1996 parce que la
police avait perdu les négatifs qu'elle
lui avait confisqués.
Il
n'existe donc pas de photos connues prises
au moment du tir, et la police de Los Angeles
a reconnu en avoir détruit au motif
qu'il s'agissait de « doubles ».
Certains en ont déduit que des clichés
décisifs avaient été
éliminés pour verrouiller
l'accusation contre Sirhan.
Pourquoi avoir tué Robert
Kennedy ?
A
supposer qu'il y ait eu d'autres tireurs,
quel pouvait être leur mobile ? Plusieurs
historiens ont fait remarquer que Robert
Kennedy, malgré son caractère
chaleureux, son intelligence, sa préoccupation
sincère à l'égard des
victimes des injustices sociales, avait
aussi de solides ennemis en raison de ses
positions fermes contre le crime organisé.
Il
menait également campagne contre
l'engagement des États-Unis dans
la guerre du Viêt Nam.
Il ne s'était donc pas fait que des
amis dans les milieux militaro-industriels
et des services secrets.
Le
meurtre de Robert Kennedy est-il lié
à celui de son frère, John
Kennedy ? Il n’y a aucun doute que
la Mafia est mêlée au meurtre
de John Kennedy, directement ou indirectement.
Le fait que Robert Kennedy n’est pas
eu le temps de pouvoir lutter contre cette
même Mafia n’est certainement
pas un hasard.
Mémorial
du Colombus Park à Brooklyn. By Wallyg
Licence
De
même, dans les deux affaires il existe
un lien avec les intérêts de
la CIA. Même si aucun rapprochement
direct ne peut être effectué
entre ses deux meurtres, les mobiles semblent
très proches : lutte contre la criminalité
et lutte contre les agissements de la CIA
à l’étranger.
On
ne peut également s’empêcher
de faire un rapprochement sur la méthode
employée : un tireur isolé
tout désigné comme meurtrier
qui s’avère suffisamment fragile
pour avoir été manipulé.
Nixon
remporta l'élection présidentielle
de 1968, et l'engagement américain
au Viêt Nam se poursuivit.
L’idéalisme
américain incarné par Robert
Kennedy est mort avec lui. Il venait juste
de promettre à ses supporters la
promesse d’une ère nouvelle
pour toute l’Amérique.