Ce rhinocéros
habitait autrefois une vaste région, allant
de l’Assam, en Inde, jusqu’à
Sumatra et Java, en passant par l’Indochine
et la péninsule Malaise. Or, le rhinocéros
de Java a été massacré à
grande échelle pour sa corne.
Ce précieux ingrédient entre comme
prétendu aphrodisiaque dans de nombreuses
recettes de médecine chinoise.
Chassé jusqu’au bord de l’extinction,
ce magnifique animal est probablement aujourd’hui
l’espèce de rhinocéros la
plus menacée au monde.
Portrait du rhinocéros de Java
Le rhinocéros de Java, également appelé rhinocéros
de la Sonde (Rhinoceros sondaicus) mesure jusqu’à 3,50
m de long et 1,80 m au garrot.
Un mâle adulte pèse en moyenne 1,6 tonnes.
C’est actuellement le mammifère terrestre le plus
rare au monde.
En grec ancien, le mot rhinocéros signifie « corne
sur le nez ». En effet, le rhinocéros est le seul animal
à porter la corne sur le mufle et non sur le haut du crâne.
La corne est uniquement constituée de kératine.
C’est cet appendice qui permet de classer les cinq espèces
de rhinocéros en deux groupes distincts :
Rhinocéros blanc, rhinocéros noir et rhinocéros
de Sumatra : ils portent deux cornes. Ils font partie de la famille
des Dicerorhinae.
Rhinocéros Indien et Rhinocéros de la Sonde : ils
portent une seule corne. Ils font partie de la famille des Rhinocerinae.
La corne est absente chez la femelle.
On considère que les caractéristiques du rhinocéros
de Java, une longue lèvre supérieure préhensile
et une petite corne, n’ont guère changé depuis
le Pliocène, soit environ un million d’années.
Les deux espèces africaines de rhinocéros (blanc
et noir) n’ont pas d’incisives alors que les espèces
asiatiques en sont dotées. Pourtant, ils sont tous végétariens.
L’habitat et le mode de vie
Les rhinocéros ont peu d’instinct grégaire.
Ils passent la majorité de leur temps isolés ou en
petits groupes. Leur sociabilité est en fait proportionnelle
à la taille du territoire qu’ils occupent.
Dans les régions tropicales humides de Java, le rhinocéros
évolue dans un petit domaine forestier. Il est donc plus
fréquemment amené à défendre les limites
de l’espace qu’il s’attribue.
Mais, chaque individu contribue à baliser le territoire collectif
comme il fait respecter son territoire personnel. Pour cela, les
mâles délimitent leur domaine en aspergeant d’urine
arbustes et buissons.
Les rhinocéros asiatiques sont sans doute ceux qui recherchent
le plus la proximité avec l’eau. Bourbier et végétation
luxuriante sont un cadre de vie idéal. Le rhinocéros
de Java a des habitudes essentiellement forestières. Il chemine
à couvert dans les forêts à la recherche de
plantes nutritives.
Durant la saison des pluies, il passe le plus clair de son temps
dans les ruisseaux et à l’abri des sous-bois humides.
Friand de jeunes pousses d’arbres, le rhinocéros contribue
à en disséminer les graines sur son passage. Il n’hésite
pas à déraciner des petits arbres pour avaler son
pêcher mignon : les gaulis, de jeunes pousses tendres et juteuses.
Comme tous les rhinocéros, il se vautre régulièrement
dans la boue afin d’éliminer les parasites et de conserver
une peau saine.
Les derniers survivants
La population mondiale de rhinocéros de Java se réduit,
aujourd’hui, à deux populations. En 2000, lors d’un
recensement du WWW, une soixantaine d’individus a été
répertoriée dans le parc national d’Ujung Kulon,
en Indonésie, ce qui constitue le groupe le plus important
au monde.
L’unique autre population, d’une dizaine d’individus
seulement, est abritée dans le parc national de Cat Tien,
au Vietnam.
Malgré les tentatives entreprises pour en augmenter le nombre
à Java, l’effectif reste stable mais en légère
augmentation par rapport aux années précédentes.
Forêt pluviale de Java faisant
partie du parc
Les chercheurs pensent que ce phénomène est dû
à la compétition avec la population de banteng, un
bovin sauvage également menacé d’extinction.
La population s’élève à environ 700 individus
au sein du parc. Il y a sans doute une compétition territoriale.
De plus, le braconnage sévit sans doute encore. En effet,
bien que la population n’augmente pas, des changements dans
la répartition des âges ont été remarqués.
Il y a donc bien une reproduction au sein de cette petite population.
Mais, ce parc s’étend sur 1 200 km² et il est
donc impossible de le protéger entièrement de manière
efficace.
De plus, cette réserve naturelle se situe près de
l’île de Krakatoa. Si une éruption volcanique,
comme celle de 1883, se reproduisait, la réserve serait anéantie.
Or, la forêt voisine qui leur a permis de survivre au 19e
siècle, n’existe plus.