Grand
requin blanc . Le "Saut du Diable"
Parmi tous les prédateurs, le grand requin
blanc personnifie bien la « bête »
par excellence. Silencieux, impitoyable, puissant,
ce requin est une des plus belles réussites
de l’évolution. Il y a une technique qui est particulièrement
spectaculaire et que j’ai baptisé «
le saut du diable ». Observer un requin blanc
qui se propulse à plus d’un mètre
au-dessus de l’eau est un spectacle extraordinaire.
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Quiconque regarde un documentaire sur le grand Blanc est frappé par la bestialité sauvage qui se dégage de ce prédateur. Le caractère le plus marquant est ce grand œil noir qui s’impose à nous par son apparente intelligence, sa férocité évidente et son attention toujours en éveil. Lorsqu’il attaque, le grand requin blanc est un bombardier géant et silencieux qui s’approche inexorablement. Requin blanc en approche. Licence Ce silence angoissant qui annonce l’attaque imminente n’est
rompu que lorsque la bête commence à s’acharner
sur sa victime. Quand un grand Blanc mord et qu’il secoue
la tête comme un chien mouillé, il se produit en quelques
millièmes de seconde, ce qui se passe dans notre assiette
avec une fourchette et un couteau. Le grand Blanc ne choisit jamais sa proie au hasard. Il peut la flairer à plusieurs kilomètres de distance.
Il peut déceler un gramme de sang dans une tonne d’eau
ce qui donne une idée de l’efficacité de son
odorat. Requin blanc. Licence Le grand Blanc peut ainsi « lire » son menu avant de choisir son plat principal. Prudent en règle générale, le requin commence
à tourner autour de la proie. Pourquoi cette prudence ? Pas
par peur mais simplement pour s’assurer que le menu est alléchant.
C’est le même principe que l’amateur de vin qui
sent un grand cru avant de le savourer. Si la proie est à son goût, l’attaque commence. Le grand Blanc utilise le « saut du diable » uniquement quand la proie est un mammifère marin comme l’otarie.
Le spectacle du « saut du diable » a été photographié à False Bay, en Afrique du Sud. Shark Alley, l’allée des requins, est un lieu mythique qui fut jadis la Mecque des pêcheurs du grand Blanc. Aujourd’hui, cette réserve naturelle est protégée. Au sud, dernier rempart avant l’Antarctique, Dyer Island offre des rivages désolés battus par la mer.
Otaries à fourrure. By Graham Racher . Licence Ce morceau de planète désertique
abrite une colonie d’environ 40 000 otaries
à fourrure d’Afrique du Sud, communément
appelés otaries du Cap (Arctocephalus pusillus
pusillus). Le scénario est immuable et chaque protagoniste tient son rôle à la perfection. Les otaries semblent narguer leurs bourreaux sur le rivage. Jouant les indifférentes face aux ailerons de la mort aux aguets, elles vaquent à leurs occupations l’air de rien.
Otarie du Cap. By markos . Licence Mais, elles savent, comme le savent les grands Blancs, que tôt
ou tard, elles devront quitter leur refuge. Leur survie ne dépend
que de leur capacité à choisir le moment propice pour
se jeter à l’eau. Une otarie consomme quotidiennement entre 10 et 20% de son poids en nourriture. Ce sont donc 400 tonnes de poissons et de calamars qui disparaissent chaque jour pour maintenir en vie cette seule colonie.
L'otarie est bien obligée d'aller pêcher. By Graham Racher . Licence Les otaries n’ont aucun souci à se faire puisque toute la zone a été décrétée réserve nationale. Le seul facteur d’équilibre naturel qui permet à la colonie de ne pas s’autodétruire est la présence des requins.
Chaque fois qu’une otarie est obligée de plonger, elle risque sa vie. Dès leur enfance, les jeunes apprennent à se méfier des grands requins rôdeurs. Quand certaines d’entres elles s’aventurent dans le chenal, le signal familier d’un bon repas attire immédiatement un grand Blanc. Centralisées dans le cerveau hyper spécialisé, les informations reçues déclenchent le processus détection-localisation-capture.
Saut du grand requin blanc. Animation effectuée à partir de captures d'écran "Requin blanc" Collection Marshall Cavendish. © dinosoria.com Le grand Blanc met aussitôt le cap vers le chenal. Les cellules
de son cerveau ont parfaitement identifié la cible. Insensiblement,
sa nage s’accélère.
Requin blanc en approche. By g-na . Licence Propulsé à grande vitesse, le grand blanc frappe de plein fouet l’otarie, l’entraînant dans sa lancée bien au-dessus de la surface de l’eau. Bourreau et victime retombent dans un jaillissement d’eau. Pas une goutte de sang n’est versée à ce moment là. L’otarie est choquée et à demi-inconsciente. Le requin a en effet relâché sa proie en retombant. Mais, ce n’est qu’un très court répit. Aussitôt, une gueule immense déchire la surface de l’eau, cueille la proie au passage et retombe dans une débauche d’écume. Une otarie de 200 kilos peut se faire dévorer en deux coups de mâchoires et en quelques secondes. Grâce à l’articulation adaptée de sa mâchoire, la gueule du grand Blanc peut fournir un degré d’ouverture vraiment impressionnant. Aussi brutale que puisse sembler cette technique de chasse, c’est sans aucun doute le type de prédation le plus spectaculaire existant au sein du règne animal. V.Battaglia (6.12.2005) M.à.J 09.2006 Le "Saut du Diable" en écran de veille
Requins en liberté de Gérard Soury, Editions Nathan. Fabuleux monstres marins de Piero & Alberto Angela, Alberto Luca Recchi, Editions Solar. Les Requins de J.D Stevens, Editions Bordas |





