Le plus grand prédateur des océans,
le grand requin blanc, jouit d’une très
mauvaise publicité auprès des hommes.
Le public, mal informé, ne voit en lui
qu’un tueur sanguinaire.
Paradoxalement, parmi tous les requins, le requin
blanc (Carcharodon carcharias) est l’un
des plus méconnus. Quelques scientifiques
ont donc entrepris d’étudier ce prédateur
dans son milieu naturel.
L’intérêt de ces observations
est que l’absence d’interférence
avec l’homme a permis de recueillir des informations
sur son comportement.
A aucun moment, le grand requin blanc n’a été
stimulé de manière à ne pas
fausser les données.
Il faut préciser que la caméra, fixée
sur plusieurs requins, ne reste en place qu’environ
2 h.
Requin blanc: Un super prédateur
Si sur terre, le tigre est le plus grand des prédateurs,
dans l’océan, cette place est tenue par le grand requin
blanc. Dès la naissance, le jeune mesure près d’1,50
mètre et pèse plusieurs centaines de kilos.
Mais quelle définition peut-on donner au terme super prédateur
? Un animal sanguinaire, une machine à tuer ou tout simplement
un prédateur qui se situe en haut de la chaîne alimentaire
sans aucun ennemi ?
La seconde définition semble plus appropriée au requin
blanc qui n’a aucun prédateur à part l’Homme
bien sûr. Doit-on en déduire qu’il attaque tout
ce qui bouge ?
Les observations menées prouvent exactement le contraire.
Ce prédateur ne tue jamais pour le plaisir mais uniquement
pour survivre.
Contrairement à d’autres requins comme le requin bleu,
il ne manifeste aucune frénésie au moment de s’alimenter.
La proie est tuée rapidement et la carcasse est dévorée
avec application et méthode.
Quand on observe un grand blanc sur son territoire de chasse, on
fait immédiatement le parallèle avec le lion.
Ses relations avec le phoque sont identiques à celles qui
existent entre le lion et la gazelle. Puissantes et tragiques, elles
sont beaucoup plus complexes qu’on ne l’imaginait.
Adaptation et évolutiondu requin blanc
Le grand blanc nage près de la surface ou en profondeur
mais jamais entre les deux. Au fond de l’eau, sa couleur gris
noir lui fournit un camouflage parfait.
La baisse de température de l’eau dans les grandes
profondeurs ne semble pas être un handicap pour les grands
blancs qui entretiennent une température élevée
(jusqu’à 14°C de plus que la température
ambiante).
Jusqu’à quelle profondeur descend t-il ? 300 m est
un minimum mais on avance des chiffres de 1 000
m.
Quand il est au fond, il chasse en embuscade. Invisible de la surface,
il peut guetter sa proie pendant des semaines.
Le lion de mer nage lui aussi près du fond mais il devient
vulnérable quand il remonte à la surface.
Dès que sa victime remonte, le grand blanc accélère
l’allure et se jette sur elle. Des profondeurs, il se lance
comme une torpille et heurte sa victime par en dessous. L’impact
du choc est tellement violent qu’il suffit à assommer
la victime.
Rusé et sélectif, il va employer une toute autre
méthode avec les phoques.
Ces derniers sont extrêmement agiles et se méfient
de leur plus grand prédateur. Mais qu’à
cela ne tienne, notre grand blanc qui n’est
pas né de la dernière pluie modifie
son approche.
Les phoques se réunissent en groupes pour mieux se protéger.
On a constaté qu’ils nageaient toujours derrière
le grand blanc qui rode dans les parages.
Pourquoi ? Sans doute pour ne jamais perdre de vue l’ennemi.
Leur objectif est de ne pas finir dans l’estomac du requin.
De son côté, le grand blanc fait mine de ne pas apercevoir
leur manège. Il continue, indolent, à nager lentement
sans sembler s’intéresser à eux.
En réalité, il est à l’affût du
moindre individu isolé qui ne respecterait pas les règles
du « jeu ».
Le moindre imprudent est aussitôt dévoré.
Intelligent ou super équipé ?
Il ne faut pas commettre l’erreur de vouloir comparer l’intelligence
animale à la nôtre. D’ailleurs, la notion d’intelligence
est très imprécise.
En ce qui concerne le grand blanc, on peut parler d’une évidente
faculté à anticiper les situations.
De ce fait, selon les circonstances et les proies, il met en œuvre
une stratégie adéquate. Je suis par contre certaine
que cette faculté d’anticipation peut, sur une longue
période, modifier le comportement de toute une espèce.
Les jeunes ne bénéficient pas de l’apprentissage
de leurs parents, pourtant, une fois adultes, ils mettront en pratique
les mêmes méthodes qu’ils adapteront, à
leur tour, aux changements d’environnement.
Aujourd’hui, on ne connaît que 10% de la partie frontale
qui est réservée à la fonction
olfactive. Les 90% restant sont un mystère.
Cependant, la partie réservée à
la fonction sociale, à la mémoire
ou à l’imagination est absente chez
le requin.
Il semblerait que ses neurones soient centrés sur la perception
de son environnement. Il est donc probable que le grand blanc possède
surtout un « super équipement « nécessaire
à son rôle de grand prédateur.
Mais, il nous reste encore beaucoup de choses à apprendre
sur lui.
Solitaire ou social ?
Le grand requin blanc a la réputation d’être
un solitaire. Pourtant, les dernières observations tendant
à démontrer que leurs relations sociales sont plus
complexes qu’on ne le supposait.
Les îles Farallon sont un groupe d’îles isolées
dans l’océan pacifique. Elles se situent à 40
Km des côtes de Californie.
Ces îles sont devenues une réserve
protégée où la forte population
de phoques peut vivre en paix.
A l’automne où la population est
la plus dense, les requins blancs sont également
présents. C’est là que l’on
a pu observer des groupes de grands blancs qui
semblaient vivre en parfaite harmonie.
On a également pu confirmer que plusieurs grands blancs
peuvent se partager la même proie. L’accès à
la nourriture est, semble t-il déterminé, par une
série de messages visuels et de positions.
La taille est de toute évidence un facteur déterminant
dans la hiérarchie. Le plus grand contrôle la situation.
Si un requin s’approche d’une carcasse fraîchement
tuée et qu’un plus gros surgit des profondeurs, le
premier cède la place.
Le grand blanc
possède une mâchoire hyostylique
(indépendante du crâne). Cette caractéristique
propre aux requins modernes permet une spectaculaire
extension des maxillaires. By The Gussy Licence
Aucun combat entre mâles n’a été observé.
On ne peut pas réellement parler de structure sociale comme
on le voit chez les lions car les individus n’ont pas de liens
de parenté entre eux. Cependant, un code social existe bel
et bien en cas de regroupement.
Il nous reste à le déchiffrer.
Les mystères de la reproduction du requin blanc
Les femelles portent de nombreuses cicatrices. On suppose qu’il
s’agit de marques laissées par les prétendants.
On en déduit donc que leurs mœurs sexuelles ne sont
pas tendres. On sait également que le mâle atteint
sa maturité sexuelle vers 10 ans pour une longévité
estimée entre 25 et 30 ans.
L’accouplement a lieu au fond des océans et n’a
jamais pu être observé. Malgré tout, on en sait
un peu plus sur leur mode de reproduction.
La femelle est ovovivipare mais on ne sait pas si au cours du développement
embryonnaire, le cannibalisme intra-utérin s’effectue.
On ne fait que le supposer.
Une chose est certaine, le taux de reproduction est faible avec
des portées de 2 à 10 jeunes maximum tous les deux
ans environ.
En principe, un éléphant de mer suffit à nourrir
un grand blanc pendant 2 à 3 mois. Une femelle, qui revient
chaque année chasser au même endroit, a pu être
observée.
Elle tue environ 3 proies de cette importance par saison. On en
déduit donc qu’elle emmagasine de la graisse pour aller
se reproduire dans les profondeurs.
Elle doit certainement rester à jeun pendant la période
de reproduction.
Requin blanc: Un mangeur d’homme ?
Des expériences ont été menées afin
de déterminer pourquoi les grands blancs attaquaient les
surfeurs.
Vu de dessous, une planche de surf ressemble énormément
à un phoque. Mais, les planches placées
comme appât n’ont pas été
systématiquement attaquées.
Sans doute parce que le grand blanc n’attaque que quand il
a faim. De plus, il s’est surtout montré curieux en
se servant de ses mâchoires pour tester l’objet. Le
seul problème c’est qu’un simple test peut être
mortel pour l’homme tant leurs mâchoires sont puissantes.
Aussitôt mordu, la planche était délaissée.
Le requin blanc n’attaque donc pas l’homme qui n’est
pas pour lui une proie habituelle. Il semble surtout curieux et
observe tout ce qui se passe dans son environnement, principalement
son territoire de chasse.
C’est d’ailleurs pour cette raison, qu’il dresse
la tête hors de l’eau ; simplement, pour avoir une meilleure
perception de ce qui l’entoure.
Peu de plongeurs ont osé affronter le grand blanc en dehors
d’une cage mais ceux qui l’ont fait sont toujours en
vie. C’est à déconseiller aux plongeurs amateurs
car ces plongeurs expérimentés possèdent une
grande connaissance des requins.
Parmi tous les grands prédateurs de notre planète,
le grand requin blanc est le seul que l’Homme
ne peut enfermer dans une cage.
Il représente l’essence même
de la nature sauvage. Majestueux et implacable
dans son environnement naturel, il deviendrait
certainement pathétique dans un zoo comme
le sont les tigres.
L’Afrique du Sud est le premier pays à
avoir pris des dispositions pour protéger
le grand blanc ; l’Australie a suivi en
1997. La Californie a pris également des
mesures. Le Japon n’a toujours rien fait
mais comme d’habitude, tout ce qui vient
de la mer fait chez eux l’objet d’une
surenchère commerciale.
Dans la mesure où toutes les tentatives de maintien en captivité
ont échoué, seule une protection mondiale pourra sauver
ce super prédateur.
A moins, que d’ici là, la pollution ait décimé
les populations. Ce jour là, l’Homme se retrouvera
face à son destin : Souverain d’un royaume sans sujet.
Actualité sur le grand requin blanc
Octobre 2004: Protection du grand requin blanc
Le requin blanc est enfin classé parmi les espèces
protégées. Sa chasse sera donc très
sévèrement réglementée.
Il était temps car ce superbe prédateur,
victime de sa mauvaise réputation, est
en voie d’extinction.
Cette proposition provient de l’Australie
et de Madagascar. Ces deux pays ont en effet constaté
une diminution drastique de la population de grands
blancs dans leurs eaux.
A partir de maintenant, comme le requin baleine
et le requin pèlerin, le grand requin blanc
figure à l’Annexe II de la CITES.
Statistiques sur la population du grand requin blanc
Il est difficile d’évaluer précisément
la population de requins blancs, qui n’est pas surveillée
de près. En compilant des rapports de pêche dans l'océan
Atlantique nord-ouest de 1986 à 2000, des chercheurs canadiens
avaient estimé que le nombre de requins
blancs avait chuté de 79% pendant cette période. Globalement,
la population de requins avait décliné de plus de
50% en 15 ans.
En Australie, le nombre de requins blancs dans ses
eaux a diminué de 94% entre 1980 et 1990. Quelque
500 de ces grands requins y seraient tués chaque
année. L’Afrique du Sud a interdit la pêche
du requin blanc dès 1992
et d’autres pays, comme la Namibie, les Etats-Unis,
l’Australie ou les Maldives avaient adopté
des mesures de protection.
Actuellement, le grand requin blanc est inscrit sur la liste rouge de l'IUCN en tant qu'espèce vulnérable. D'après leur dernier rapport, la population totale n'est pas connue.