L’évolution a doté le requin
de nombreuses particularités qui le distingue
des autres poissons. Le mode de reproduction fait
partie de ces spécificités.
Tous les requins ne se reproduisent pas de la même
manière. On distingue le requin ovipare,
le requin ovovivipare et le requin vivipare.
Caractéristiques du mode de reproduction
du requin
Au contraire de la plupart des poissons qui pondent dans l’eau
de nombreux œufs, fertilisés par les spermatozoïdes,
la fécondation chez les requins est interne.
A cet effet, les nageoires pelviennes des mâles se sont transformées
en organes copulateurs appelés ptérygopodes.
Ce grand blanc est un mâle.
On voit bien les ptérygopodes
Un seul ptérygopode est introduit dans les voies génitales
femelles et, chez certaines espèces, comme le requin gris,
un crochet permet sa fixation.
Deux sacs musculaires, situés sous la peau, se remplissent
d’eau puis se vident au moment de la copulation, assurant
l’expulsion du sperme.
Ptérygopodes
d'un mâle immature. Ces organes de reproduction
sont allongés et durcis par la calcification
chez les adultes
L’avantage de cette fécondation interne est d’éviter
le gaspillage en pondant des milliers d’œufs pour compenser
le taux de mortalité élevé.
Des amours violents
Les accouplements se déroulent de façon plutôt
violente chez les requins. Les femmes portent des cicatrices qui
résultent des morsures des mâles s’agrippant
à coups de mâchoires à leurs nageoires au moment
du coït.
Chez les petits requins comme les roussettes, le mâle s’enroule
autour de la femelle au moment de l’accouplement.
Chez les grandes espèces comme le requin baleine, les partenaires
se tiennent parallèlement l’un à l’autre.
Le sperme est conservé dans des glandes spéciales
(les spermatophores) de la femelle pendant un à plusieurs
mois et même parfois plus d’un an chez le peau bleue.
Cette femelle porte les traces de
ses accouplements
Le requin ovipare
Ces requins pondent directement dans l’eau. Entourés
d’une coque protectrice résistante, l’oothèque,
les œufs vont se développer grâce aux réserves
de vitellus qu’ils comportent. Leurs formes sont très
variées.
Oeuf en spirale d'un requin dormeur
cornu
Ce mode de reproduction concerne les Hétérodontiformes
(requins dormeurs) ; certains Orectolobiformes (requins carpettes,
requins chabots, requin zèbre) ; certains Carcharhinoformes
(holbiches, chiens de mer et roussettes).
Oeuf encapsulé d'une Holbiche
à damier
Sorte de sac corné, chaque œuf contient un embryon.
Le vitellus épuisé à l’issue de l’incubation,
le jeune requin déchire l’enveloppe du sac.
Cette forme de reproduction est la moins efficace car les jeunes
sont beaucoup plus vulnérables.
Phases de développement d’une
holbiche ventrue
Le requin ovovivipare
Ce mode de reproduction est le plus répandu chez les requins.
Les oeufs se développent à partir de leur réserve
vitelline et éclosent à l’intérieur du
corps de la mère.
Lorsqu’ils parviennent dans l’utérus, les œufs
cohabitent dans une poche commune. Quand le vitellin est épuisé,
la femelle libère les petits qui sont déjà
autonomes.
Un petit sagre commun à la
naissance
Ainsi, l’aiguillat commun donne naissance à une dizaine
de jeunes après 22 mois de gestation ; la plus longue durée
connue chez les requins.
L'aiguillat détient le record
de longévité. NOAA
.Licence
Chez certains Lamniformes (requin taureau, requin renard, requin
pèlerin, requin taupe et grand requin blanc), le premier
né pratique l’oophagie en mangeant les œufs non
encore éclos.
Les cas extrêmes semblent être ceux du requin taureau
et du requin taupe. On parle alors de cannibalisme intra-utérin.
Même les embryons déjà éclos se dévorent
entre eux. Seul un ou deux petits voient alors le jour ayant dévoré
tous les autres.
Le requin vivipare
Moins répandu que l’ovoviviparité, dans ce
mode de reproduction, les embryons se développent dans l’utérus
maternel et les petits naissent déjà formés.
Chez les espèces vivipares, la gestation est longue, de
9 à 12 mois. Le nombre de jeunes qui naissent varie de deux
à plus d’une centaine chez certains types de peau bleues.
La viviparité se rencontre plus fréquemment chez
les espèces pélagiques comme les requins-marteaux,
les Carcharhinidés à l’exception du requin tigre,
ovovivipare ; les Carcharhiniformes (requins hâ, émissoles,
virlis, milandres).
Un jeune requin citron qui vient
juste de naître
La cavité utérine est cloisonnée en cellules
distinctes. Chaque cellule renferme un embryon qui est relié
à un sac vitellin.
Ce mode de reproduction est un avantage pour les espèces
pélagiques qui effectuent de grands déplacements.
Elles ne sont pas limitées par la recherche de zones de pontes
favorables.
Par contre, la fécondité est moindre mais les jeunes
ont un meilleur taux de survie.
Maturité et croissance
Chez tous les requins, la maturité est tardive. Par exemple,
un requin citron d’un kilo à la naissance doublera
son poids en un an et ne grandira que de 15 cm par an.
Il lui faudra attendre 15 ans pour atteindre sa taille adulte.
Un tout jeune grande roussette
Les requins vivent en moyenne entre 20 et 30 ans. Certaines espèces
ont une longévité importante.
Le requin Hâ commun : 50 ans environ
Le requin baleine : jusqu’à 60 ans
L’aiguillat commun : plus de 70 ans, certains disent
qu’il peut être centenaire
Le grand requin blanc est lui dans la moyenne avec une longévité
d’environ 27 ans.
Les espèces qui vivent le plus longtemps sont celles qui
connaissent les taux de croissance les plus bas.
Les taux de croissance les plus élevés
s’observent chez les grands requins pélagiques tels
le peau bleue, le grand requin blanc et le requin taupe.
Jusqu’à maturité, ils grandissent d’environ
30 cm par an.
V.B (02.2005)
Bibliographie
Le requin, éditions Marshall Cavendish. Les Requins, Editions
Bordas. Requins en liberté de Gérard Soury, Editions
Nathan