Le
trésor de Rennes-le-Château
L’abbé
Saunière est nommé en 1885 à
Rennes-le-Château, petit village de l’Aude,
en plein pays Cathare. Ses revenus sont fort modestes.
Pourtant, quelques années plus tard, il
semble brusquement disposer d’une immense
fortune.
|
En cette fin du 19e siècle, la terre est dure dans l’Aude. Les habitants sont rares. Entre les coteaux de pierrailles trop sèches et les landes sauvages et sablonneuses, la région est pauvre. Elle
était pourtant très riche. Autrefois,
il y a 2 000 ans, les Celtes Gauls y habitaient.
Nahro (Narbonne) était leur capitale.
Panorama des environs de Rennes-le-Château. By Micaco Devenue partie intégrante du comté de Toulouse en 1050, la région a suivi son seigneur dans le catharisme. Non loin de Rennes-le-Château, l'antique Rhedea des Romains, on aperçoit la silhouette austère de Montségur, le dernier bastion des combattants cathares, tombé en 1244.
Château de Montségur. By Txapulin Comme
tout le reste du pays, Rennes, qui a donné
son nom au pays : Rhedesium (le Razès),
s'est endormi.
En 1885, à 33 ans, François Béranger Saunière vient d'être nommé curé de la minuscule église de Sainte-Madeleine. D'origine pauvre, l'abbé Saunière est un homme rustique pour qui l'Église constitue une sorte de promotion sociale.
L'église Sainte-Madeleine se dresse sur l'emplacement de l'ancien palais fortifié des Wisigoths. Elle n'est pas en très bon état. En 1892, l'abbé Saunière, qui a, entre-temps, pris la jeune Marie Denarnaud pour gouvernante, veut restaurer le bâtiment. Il vient d'apprendre qu'un de ses prédécesseurs a fait un legs pour assurer l'entretien des lieux.
L'église Sainte-Madeleine. By Micaco Le
premier travail consiste à réparer
l'autel. C'est une épaisse dalle de pierre,
dont une extrémité est scellée
dans le mur de l'église, tandis que l'autre
est soutenue par une colonne sculptée par
les Wisigoths. En faisant soulever la dalle, l'abbé
Saunière a la surprise de découvrir
que la colonne est creuse : trois tubes de bois,
scellés à la cire, sont dans la
cavité.
Porche de l'église après la restauration. On peut y lire l'inscription suivante:"Terribilis est locus iste" (Ceci est un lieu terrible). By Micaco A première vue, ce ne sont rien d'autre que des transcriptions de passages de l'Évangile, rédigées en latin dans une écriture archaïque et assez étrange. Le premier de ces manuscrits (Jean, XII, 1-12) décrit la visite du Christ à la maison de Lazare, à Béthanie. Le deuxième raconte l'histoire des disciples qui égrènent les épis de blé, le jour du sabbat : cette version est élaborée à partir de celle de Matthieu (XII, 1-8), de Marc (II, 23-28) et de Luc (VI, 1-5).
Retranscription de l'un des manuscrits qui est signé avec le mot "Sion" inversé. © F.O.T Library Cependant, ces manuscrits font apparaître un certain nombre de détails inattendus : les monogrammes respectent des compositions différentes. Des lettres ont été ajoutées au texte. Certaines sont remplacées par des points. D'autres ont été déplacées... L'ensemble compose une énigme dont la clé est accessible aux seuls cryptographes.
Un deuxième manuscrit qui lui porte comme signature le monogramme du Prieuré. © F.O.T Library Au
début de 1893, l'abbé Saunière
obtient une bourse de l’évêché
pour monter à Paris et faire déchiffrer
les manuscrits.
En trois semaines, le curé de Rennes-le-Château passe le plus clair de son temps au Louvre. Il y achète trois reproductions de tableaux, apparemment sans lien : Les Bergers d'Arcadie, de Nicolas Poussin, le Portrait de saint Antoine, de David Teniers, et le Portrait du pape Célestin V, d'un artiste inconnu.
Saint-Antoine peint par Teniers. © Ziolo-André Held De
retour à Rennes, le jeune curé reprend
son travail de restauration. Avec quelques jeunes
gens du village, il entreprend de soulever une
autre dalle, face à l'autel. La face cachée
se révèle sculptée, dans
un style archaïque daté du VIe ou
du VIIe siècle. Usée et cassée, la pierre laisse difficilement deviner les sujets.
© Castelet Une
fois la pierre levée, l'abbé Saunière
demande aux jeunes gens de creuser sur plusieurs
mètres. Au bout d'un moment, la pioche
fait sonner un objet dur. C'est alors qu'il s'enferme
seul dans son église. Après
cette découverte, l'abbé Saunière
arrête de travailler dans son église.
On le voit courir la campagne, un sac sur le dos,
en compagnie de sa gouvernante. Il revient tous
les soirs, le sac plein de cailloux choisis avec
soin. Quand on l'interroge sur son étrange
comportement, il répond qu'il a décidé
d'orner d'une grotte en pierres le minuscule jardin
qui se trouve en face de l'église.
Tour Magdala construite par l'abbé Saunière. By Micaco Autre passe-temps étrange de l'abbé : au fond du cimetière, près de l'église, il y avait deux pierres tombales, dont celle de Marie de Négri d'Albes, morte en 1781, épouse de Francis d'Hautpoul, seigneur de Rennes-le-Château. Une nuit, il les déplace à l'autre bout du cimetière et efface soigneusement les inscriptions. En vain car certains archéologues les avaient déjà relevées et nous savons aujourd'hui que l'une de ces pierres portait la même composition de monogrammes que l'un des manuscrits. Au cours des deux années suivantes, le curé de Rennes-le-Château ne cesse de voyager. Il ouvre un compte en banque à Perpignan. Un autre à Toulouse. Un autre encore à Paris et un quatrième à Budapest. Des mandats arrivent de toute l'Europe, libellés au nom de Marie Denarnaud, apparemment expédiés par différentes communautés religieuses. A
partir de 1896, l'abbé Saunière
entame un vaste programme de remise à neuf
de l'église. Presque tout a subsisté
de nos jours.
La villa Béthanie. By Micaco Alors, comment un petit abbé, pauvre dans une paroisse aussi pauvre, est-il devenu aussi riche ?
L'or ne manque pas dans la région du Razès dont Rennes-le-Château est l'ancienne capitale. Quatre civilisations se sont succédé sur ces coteaux. Pour les Celtes, l'or était un métal aux vertus magiques. Contrairement au fer, au plomb ou au cuivre, dont les mines ont également abondé dans la région, l'or sort éclatant et intact de la terre. L’or est inaltérable et c'était donc un symbole puissant du pouvoir royal. Pour les Romains, qui ont suivi les Celtes, l'or était le moyen de faire fonctionner un empire. Ce sont eux qui ont ouvert des mines dans le Razès. Elles ne survivront pas aux invasions barbares. Les Wisigoths avaient un peu la même considération pour l'or que les Celtes. Leurs souverains s'en couvraient pour manifester leur puissance. Une fois convertis au christianisme ils en recouvriront les objets du nouveau culte.
Une croix sculptée par les Wisigoths et retrouvée dans l'église de Rennes-le-Château (Source Internet) Enfin ce sont les cathares, héritiers de toute la brillante civilisation languedocienne, qui ont recueilli cet or, nerf de la guerre contre les barons venus du Nord mettre un terme à l'hérésie. Après la brutale répression qui fauche les plus hardis Occitans et tarit leur culture, les Templiers arrivent dans le pays. Eux aussi manipulent beaucoup d'or. L'histoire de ces trésors, pas toujours mythiques, commence avec les Wisigoths. Ce que les Celtes avaient produit, les Romains l'ont emporté à Rome. C'est là que les Wisigoths vont le reprendre. La capitale impériale regorge de butin. Parmi les plus belles pièces, le trésor ramené du temple de Jérusalem par Titus, après l'échec de la révolte juive : des trompettes d'argent, l'arche d'alliance, la table d'or du pain et, surtout, le menorah, célèbre chandelier à sept branches fait de 110 livres d'or fin.
Bas-relief de l'arc de triomphe de Titus, à Rome. Il montre le menorah, les trompettes d'argent et sans doute l'arche sainte du peuple juif. Ca trésor a disparu. A t-il été retrouvé par les Templiers et caché à Rennes-le-Château ? By Nicholas Thompson Au XIIe siècle, Bertrand de Blanchefort, un de leurs grands maîtres, fait venir d'Allemagne des travailleurs pour exploiter les mines d'or des alentours de Rennes. Quoi d'étonnant, alors, à ce que des histoires de trésors enterrés circulent dans toute la région. Au début du siècle, on a retrouvé, près de Rennes, une dalle en or : près de 20 kg de métal précieux, constitués de monnaies fondues, pour la plupart arabes. Un peu plus tard, on découvre une autre dalle, de 50 kg. En 1928, les restes d'une grande statue en or sont mis à jour au bord d'un cours d'eau, en aval de Rennes.
En 1099, les croisés s'emparent de la Ville sainte des Juifs et des Arabes. En 1120, neuf chevaliers fondent un ordre, celui des Pauvres Chevaliers du Christ et du Temple de Jérusalem. Ce sont les futurs Templiers. Ils campent dans l'ancienne mosquée al-Aqsa, construite par les Arabes sur l'emplacement du temple de Salomon.
Mosquée al-Aqsa. En s'installant dans cette mosquée, les Templiers ont-ils retrouvés des secrets ? By Delayed gratification Très vite, leurs pouvoirs et leur richesse irritent les puissants de ce monde. En 1307, le roi de France accuse les Templiers d'hérésie et confisque leurs biens. Les plus grands dignitaires de l'Ordre sont brûlés sur la place publique. Toutefois, une partie des trésors des Templiers parvient à échapper à Philippe IV le Bel et se perd dans la nature. Comme, plusieurs dizaines d'années auparavant, le trésor des cathares.
Jacques de Molay, grand-maître de l'ordre des Templiers qui est mort sur un bûcher sur l'ordre de Philippe IV le Bel (Source Internet) La piste revient donc, une fois de plus, dans la région de Rennes-le-Château, où Bertrand de Blanchefort, premier grand maître des Templiers, avait une place forte. Le menorah, qu'il ait été ramené ici par les Wisigoths ou par les Templiers, qui l'auraient retrouvé à Jérusalem, serait un indice.
Les
dépenses fastueuses et l’étrange
comportement de l’abbé Saunière
font rebondir ce mystère. Outre
le monogramme identique à celui des manuscrits
retrouvés dans la colonne wisigothe, une
des dalles de pierre porte la célèbre
devise latine Et in Arcadia ego « Je suis
aussi en Arcadie ». Au cours de son premier voyage à Paris, l'abbé Saunière avait très longuement visité le Louvre et acheté trois reproductions de tableaux. Dont Les Bergers d Arcadie, de Nicolas Poussin, où un des personnages de la scène montre du doigt les mots gravés sur la surface du tombeau: Et in Arcadia ego.
Les Bergers d Arcadie, de Nicolas Poussin (Source Internet) A une dizaine de kilomètres de Rennes-le-Château, sur un promontoire rocheux qui borde la route, on trouve le même type de tombeau. Le paysage du tableau de Poussin ressemble étrangement à celui du territoire de la paroisse d'Arques.
Quatre autres mots latins se trouvent sur la pierre tombale : Reddis, Regis, Cellis, Arcis. On peut les lire latéralement : Reddis Regis et Cellis Arcis, ou verticalement : Reddis Cellis et Regis Arcis. Le sens général de ce latin grossier est confus. Celui de chacun des mots est plus précis : -
Reddis, soit de Rhedea, le nom romain de Rennes
; soit « qui reste » ; Curieusement, sur un tableau du Christ descendu de sa Croix, offert à l'église de Rennes par un descendant de Blanchefort, la couronne d'épines a la forme caractéristique d'une araignée.
Retranscription de la pierre tombale de Marie de Négri d'Albes. Les mots sont coupés et recèlent d'après les spécialistes de nombreuses erreurs . © F.O.T Library Pour rester dans l'étrange, il faut signaler que ce Blanchefort est un parent de la morte que recouvrait la pierre tombale grattée par l'abbé Saunière.
L'abbé Saunière a représenté certaines terres de Fleury dans un grand bas-relief de plâtre et de bois mis en place au-dessus du confessionnal au cours de la grande rénovation de l'église. Sous ce bas-relief, un texte intrigue : Venez à moi, vous qui êtes accablés, je vous donnerai le repos ». D'autres formules énigmatiques ont été découvertes dans l'inscription qui figure sous le portrait de Madeleine, fait par Béranger Saunière lui-même. Ce bas-relief nous montre Marie-Madeleine à genoux, les doigts croisés, le regard fixé sur une croix grossière. Près d'elle, un crâne humain et un livre ouvert.
Bas-relief peint par l'abbé Saunière. © Ziolo-André Held Au-dessous, l'abbé Saunière a repris un verset extrait d'un des manuscrits de la colonne sculptée par les Wisigoths : JÉSU.
MEDÉLA. VULNÉRUM + SPES. UNA. POENITENTIUM.
PER. Traduit rapidement, ce verset signifie " Jésus qui m'enlève ma peine, espoir du pécheur, par la grâce des larmes de Madeleine, enlève-nous nos péchés ». En attirant l'attention sur les accents irréguliers portés sur certaines lettres, et qui ne pouvaient pas exister en latin, Gérard de Sède a noté quatre syllabes, chargées selon lui d'une double signification -
JE : pour jais ». Une mine de jais, abandonnée,
existe dans les environs de Rennes. Mais tous ces sites ont-ils un lien avec l'étrange fortune de l'abbé Saunière ? On peut en douter, tout en trouvant étrange une telle coïncidence.
Tout
comme les pierres tombales, les papiers retrouvés
fourmillent d'erreurs, qui ne peuvent être
que délibérées... «
Bergère, aucune tentation. Ce rébus bien complexe semble n’avoir aucun sens et les tentatives d’explication par Gérard de Sède sont vraiment tirées par les cheveux.
En s'intéressant au démon qui monte la garde, près de la porte de l'église de Rennes- le-Château, d'autres coïncidences nous attendent. Cet Asmodée est surmonté de quatre anges, dont les pieds supportent la devise « Par ce signe, tu vaincras ». Traduite plus finement, cette devise affirme : « Par ce signe, tu te rendras maître de lui ».
Asmodée de Rennes-le-Château. By Kartsik Quel
signe font les anges? A première vue, ils
se signent de la main droite. En les observant
plus attentivement, on s'aperçoit que celui
qui est le plus élevé a la main
gauche sur sa poitrine, tandis que la droite touche
sa tête: c'est le « signe d'Asmodée
», celui qui ceint la tête de bouc
des Baphomets que l'on trouve dans les rituels
templiers, l'étoile à cinq pointes...
Ci-dessous,
vous pouvez voir un pentagramme qui a été
dessiné par certains spécialistes
qui ont étudié ce mystère.
By Andy Hay Entre
le château de Blanchefort et le château
des Templiers, il existe un angle de 36°.
L'angle interne de l'étoile à cinq
branches. Au
centre de ce pentagramme, le petit mont de Coume-Sourde.
En 1928, on y a déterré une tablette
de pierre gravée qui portait clairement
les éléments essentiels du pentagramme,
l'abréviation P.S. Praecum (qui se retrouve
sur une pierre tombale) et la phrase latine qui,
traduite, se lit : « Au milieu de la ligne,
là où M coupe la petite ligne ».
Retranscription de la tablette de pierre gravée retrouvée en 1928. © F.O.T Library Justement, en reliant les erreurs les plus grossières de ces inscriptions, on s'aperçoit qu'elles se coupent à... 36°. De plus, l'extrémité d'une de ces lignes est marquée par le M isolé de Marie. Tous
ces axes de progression traversent des terrains
difficiles d'accès, à travers des
lits de cours d'eau et des maquis serrés.
Enorme pierre blanche qui marque la cinquième pointe du pentagramme Il est possible que, dans cet ensemble de grottes, Béranger Saunière ait retrouvé un fabuleux trésor. Curieusement, seuls deux des quatre manuscrits retrouvés à Rennes ont été publiés. Les deux autres contenaient sans doute des précisions sur la localisation du trésor, celles que se transmettaient les Blanchefort de génération en génération.
En restaurant l'autel de son église, l'abbé Saunière a retrouvé une des pièces manquantes de ce puzzle. Quelle était la pièce indispensable à la découverte du trésor ? Un autre document ? Le tombeau d'Arques, peint par Poussin ? Et de quel trésor s'agissait-il, celui des Templiers, celui des cathares ou celui des Wisigoths ? L'abbé Saunière est mort en emportant son secret. On ne sait même pas en réalité s'il a retrouvé le trésor. En effet, les plus sceptiques avancent l'hypothèse que l'argent proviendrait des dons; générosité en relation avec ce fameux document manquant. Cela semble peut crédible dans la mesure où l'abbé Saunière est devenu très riche en quelques semaines. Certains auteurs prétendent avoir résolu le mystère du trésor de Rennes-le-Château. Cependant, ils se gardent bien de donner la réponse tout en faisant allusion à de terribles révélations que l’homme, bien sûr, n’est pas prêt à entendre. Personnellement, je pense que l'on peut lire ou voir dans ces manuscrits et tous les indices ce que l'on veut vraiment voir. Les interprétations peuvent être multiples. Je pense que nous ne pourrons jamais connaître la vérité car il nous manque la pièce manquante du puzzle. Cette pièce, l'abbé Saunière l'avait sûrement trouvé mais il s'est bien gardé de la faire parvenir jusqu'à nous. Pourquoi ? Certains y voient la volonté de ne pas révêler une terrible vérité qui ébranlerait les fondements de nos croyances. Peut-être ne doit-on y voir que la volonté de ne pas partager un trésor ? Après tout, si vous, vous trouviez un trésor ? Iriez-vous le crier sur les toits, au risque de ne pas en toucher un sou ?
Ce fameux mystère de Rennes-le-Château ne serait en réalité qu'une banale affaire de trafic de messes payantes organisées par l'abbé Saunière. On sait qu'à sa mort, c'est sa gouvernante qui a hérité de l'argent et des papiers personnels. Ses notes manuscrites expliquant l'origine de ses revenus auraient été authentifiées. Cette dernière version qui pourrait résoudre toute cette affaire est expliquée sur ce site. V.B (18.01.2007)
Gerard
de Sede, Le Trésor maudit de Rennes-le-Chateau,
1967 Toutes les photos sont sous licence creative commons sauf autre mention |





















