Sans
savoir pourquoi, on se servit jusqu’au 17e
siècle de la torpille ou raie électrique
pour supprimer de nombreux maux.
En effet, la torpille est l’ancêtre
des traitements médicaux par l’électricité.
Parmi les nombreuses espèces de raies,
il existe 35 espèces de raies électriques.
Morphologiquement semblables aux autres raies,
elles ont la capacité de produire une décharge
électrique de 50 à 200 volts et
jusqu’à 50 ampères.
La torpille et la médecine
L’histoire
qui suit est authentique et a été
rapportée par un médecin romain,
Scribonius Largus. Il est le premier à
avoir évoqué le pouvoir thérapeutique
de la décharge de la torpille. Un autre
médecin, Aetius, le décrira également
en l’an 456 à propos de la goutte.
L’anecdote
se passe sous le règne de l’Empereur
Tibère, en l’an 36 de notre ère.
Antéros
est l’esclave favori de Tibère. Il
vient d’ailleurs de l’affranchir.
Voilà le dialogue qui a été
rapporté :
«
Dis-moi, Antéros, tu ne boites pas aujourd’hui
?
- Non, Divin Empereur, et j’en suis moi-même
étonné…
- Et ta goutte au pied ?
- Disparue, Divin Empereur…
- Comment cela ? Raconte !
- Je me promenais ce matin sur la plage, lorsque
par mégarde, mon pied goutteux toucha une
torpedo échouée depuis peu de temps
sur le rivage. Ah ! Par Jupiter, quelle secousse
! Je ressentis comme une commotion éclaire,
puis plus rien… Encore mal assuré,
je poursuivis ma marche et, Ô surprise,
ma douleur goutteuse avait complètement
cessé. Je marche sans aucune douleur, moi
qui ne pouvais pas faire un pas sans souffrir.
»
L’effet
paralysant narcotique de ce poisson vis-à-vis
d’autres poissons avait déjà
été remarqué par quelques
auteurs de l’Antiquité, Aristote
et Platon en particulier.
Jusqu’au
17e siècle, la torpille a été
utilisée dans de nombreuses applications
médicales. Par exemple, elle a été
utilisée pour diminuer les maux de tête,
par application du poisson vivant au sommet du
crâne.
Le "bain électrique".
L'électricité était introduite
par deux électrodes dans le corps du patient
étendu dans la baignoire
Appliqué
sur les endroits douloureux, ce poisson produisait
une décharge électrique de faible
puissance.
Puis, des chercheurs vont multiplier des expériences.
Pas à pas, l’électricité
a fait son apparition comme moyen de diagnostic
et de traitement.
Dans les années
30, les électrochocs utilisés dans
le traitement des maladies mentales se déroulaient
dans des conditions barbares
Au
milieu du 18e siècle, il y a un extraordinaire
engouement pour la cure électrique. Elle
est utilisée dans le traitement de presque
toutes les maladies, de l’épilepsie,
en passant par le rhume, la peste, le paludisme
ou la surdité.
Appareil électro-médical
portatif de Trouvé, datant de 1890
De
notre torpille au pacemaker, il y a eu beaucoup
de chemin parcouru depuis.
Caractéristiques de la raie électrique
Cette
raie cache sous son apparence paisible une arme
redoutable, constituée par deux organes
électriques situés à l’avant
du corps, entre la tête et la nageoire pectorale.
Ces
curieux organes sont faits de milliers de petits
prismes verticaux pressés les uns contre
les autres.
Au microscope, on constate que ces prismes sont
constitués chacun d’une dizaine de
disques superposés avec un pôle positif
et un pôle négatif.
La
batterie des jeunes torpilles fonctionne dès
leur naissance. La décharge du poisson
adulte est suffisante pour actionner une sonnette
ou allumer une lampe.
Une
fois leurs réserves électriques
épuisées, les raies électriques
doivent attendre plusieurs jours pour les reconstituer.
Les
35 espèces de raies électriques
vivent dans toutes les mers tempérées
et tropicales du globe. Parmi elles, la plus grande
est Torpedo nobiliana qui mesure 1,50 m et vit
dans l’Atlantique Nord. La plus petite est
Narcine tasmaniensis avec ses 45 cm de long qui
vit dans les eaux australiennes.
Citons
également, la raie marbrée (Torpedo
marmorata), la torpille ocellée (Torpedo
torpedo) que l’on trouve surtout dans l’océan
Atlantique, la petite torpille (Narcine brasiliensis)
qui vit au fond des mers limpides, partout où
le fond est sablonneux ou la torpille noire (Torpedo
nobiliana).
Les
raies électriques se nourrissent de poissons,
de crustacés et de mollusques. Grâce
à leur arme secrète, elles engourdissent
leurs proies pour pouvoir les dévorer.
La
décharge électrique de ces raies
est insuffisante pour commotionner fortement un
homme. Cependant, il est déconseillé
de les prendre à la main car la secousse
peut quand même être violente. Nous
sommes cependant très loin de la décharge
de l’anguille électrique qui peut
dépasser 500 volts.