Prisonniers
américains au Viêt-Nam ?
La guerre du Viêt-Nam restera pour longtemps
un démon difficile à exorciser pour
les Etats-Unis. 17 ans après la fin de
cette « sale guerre », en 1975, le
Pentagone estime à 2 273 le nombre de soldats
dont la trace n’a pas été
retrouvée.
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119 cas de MIA ont été présentés aux autorités vietnamiennes en 1987. Dans les années qui suivent, le Viêt-Nam a essayé avec plus ou moins de bonne volonté de régler cette question. Ce doute du peuple américain était en effet l’un des obstacles au rapprochement entre les deux pays. Certains officiels américains pensent que, au pire, une
dizaine d’américains ont pu rester prisonniers au Viêt-Nam,
au Laos et au Cambodge après 1975. Ils pensent également
que ces hommes sont morts dans les geôles. Par contre, l’opinion américaine a une toute autre opinion sur ce problème. Un sondage Time/CNN de 1991 fait ressortir que 60% des personnes interrogées pensent que de nombreux soldats américains sont toujours captifs. La photo de 1990 a permis d’avancer trois noms : les trois hommes identifiés seraient le colonel J.L Robertson, le major A.L. Lundy Jr et le lieutenant J.Stevens. Ces hommes ont disparu entre 1966 et 1970.
Au cours de l’été 1991, une autre photographie
prétendument récente d’un MIA, le capitaine
Donald G. Carr, fait les gros titres de la presse américaine.
J.Robertson a disparu à 36 ans. Il apparaîtrait à gauche sur la photo de 1990 Mais, le colonel Jack Bailey, responsable d’Operation Rescue, se montre incapable de fournir des preuves supplémentaires, ni même de produire le moindre informateur.
Un membre des Special Forces, troupes spéciales entraînées par la CIA, a fait le récit suivant, au retour de quinze années passées dans les prisons du Viêt-Nam du Nord : « Pendant que j’étais prisonnier à Hanoi, j’ai entendu parler d’un certain nombre de prisonniers de guerre américain. J’ai entendu leurs voix et j’ai entendu les cadres dire qu’il s’agissait de pilotes abattus qu’on était en train de rééduquer. Ils étaient gardés à part. » Transféré, en 1978, de Hanoi à Thanh Hoa,
le témoin affirme y avoir vu une trentaine de POW, enfermés
dans trois camps différents. « Les POW que j’ai vu étaient maigres et couverts de gale. Ils marchaient difficilement, mais, on les forçait à ramasser du bois dans la forêt. Ils tombaient souvent. Parfois, leurs gardes les battaient. »
Tout s’achète et tout se vend, y compris la souffrance humaine. L’industrie du MIA comme l’appelle le Times lui-même est une affaire très lucrative aux Etats-Unis. Elle est alimentée par la production périodique de photos de blancs ou de noirs censés être prisonniers de tribus de la jungle ou de camps secrets vietnamiens. Jusqu’à maintenant, personne n’a pu prouver
que ces hommes étaient vraiment des MIA. Par contre, la plupart
des clichés se sont finalement révélés
être des photographies d’indigènes aux airs vaguement
européens.
Campagne publicitaire en 1970 financée par l'industriel H.R Perot Le peu d’empressement du gouvernement américain à
entreprendre des recherches sérieuses a permis à des
organisations privées de se créer. Ces organisations
sont financées par les dons des familles notamment.
Entre le témoignage d’un homme qui n’avait aucune raison de mentir et des pratiques mercantiles douteuses, il est très difficile de se faire une opinion sur ce problème. Que des soldats américains aient été fait prisonniers au Viêt-Nam, c’est certain. Mais, sur les 1 172 hommes qui ont disparu, combien sont restés captifs ? Les rapports entre le Viêt-Nam et les Etats-Unis sont restés
très tendus jusqu’en juillet 1995, année de
la normalisation des rapports entre les deux pays. Le gouvernement américain n’a jamais fait preuve d’une véritable volonté pour crever cet abcès. Alors que les relations diplomatiques ont enfin été rétablies, aucun des deux pays n’a le moindre intérêt à revenir sur ce douloureux dossier. Nous ne saurons probablement jamais combien d’hommes ont fini leur vie dans les geôles vietnamiennes en espérant un secours qui n’est jamais venu. V.B (31.07.2005) |

