Rappel des faits
Le
détenu, accusé d’acte de cannibalisme,
est un homme de 35 ans qui purgeait une peine
de cinq ans de prison pour viol avec violence.
Il souffrait de schizophrénie et était
potentiellement dangereux.
La
victime, âgée de 31 ans, a été
retrouvée morte mercredi dans sa cellule
avec une plaie au thorax. Il lui manquait une
partie du poumon et des muscles intercostaux.
Une enquête est en cours pour déterminer
les circonstances de ce drame, survenu en présence
d'un troisième détenu, qui n'est
pas intervenu.
Sur place, une casserole a été retrouvée.
Le meurtrier présumé a déclaré
aux enquêteurs qu'elle avait servi à
cuisiner les organes sur un petit réchaud,
notamment un morceau de coeur qu'il dit avoir
consommé, a rapporté l'avocat.
Des expertises sont en cours afin de "vérifier
si tout ce qu'il a dit est vrai", a-t-il
dit.
De
précédentes expertises psychiatriques
avaient, selon lui, permis d'établir que
l'homme souffrait de "schizophrénie"
et présentait "des antécédents
psychiatriques importants".
"Il était potentiellement dangereux.
Il était capable d'être normal, mais
dès qu'il y avait un évènement
particulier, il était capable d'avoir des
pulsions et de passer à l'acte", a
dit l'avocat.
Il
y a un an, à sa sortie d'une incarcération,
ses parents adoptifs avaient adressé un
courrier à la préfecture de Seine-maritime
"pour le faire interner", a-t-il souligné.
Pénalisation et psychiatrie
Certaines
écoles contemporaines de psychiatrie ont
eu leur part dans la pénalisation des malades
mentaux. Pour elles, le procès permettrait
de « responsabiliser » les personnes
atteintes de certaines formes de pathologies mentales
et constituerait un élément de la
thérapie.
La
réorganisation des structures de prise
en charge psychiatrique semble toutefois avoir
joué un rôle déterminant sous
l'effet conjugué, notamment de la mise
à disposition de psychotropes actifs (neuroleptiques
et antidépresseurs) et de la remise en
cause de l'« hôpital-asile »
comme lieu de soins.
Au cours des vingt dernières années,
les grands hôpitaux psychiatriques ont laissé
place à des petites unités au sein
des villes. Le nombre de lits a connu une réduction
drastique et la durée des séjours
hospitaliers a beaucoup diminué.
Il
est évident que le dispositif actuel ne
répond pas de manière satisfaisante
à la situation particulière des
personnes dangereuses atteintes de troubles mentaux.
Les
constats de la commission d'enquête sénatoriale
sur les prisons conservent leur actualité
: « paradoxe terrible, la réforme
du code pénal et la nouvelle « pratique
» des psychiatres ont abouti à un
résultat inattendu : de plus en plus de
malades mentaux sont aujourd'hui incarcérés.
Les
psychiatres jouent aujourd'hui un rôle considérable
dans le système judiciaire et pénitentiaire
: ils peuvent établir l'irresponsabilité
de l'accusé ; une fois emprisonné,
ils donnent différents avis sur les placements
en quartier disciplinaire et sur les hospitalisations
d'office.
Pourtant, on constate la limite de ce système
par la pluralité des diagnostics des psychiatres
qui ne sont que rarement d’accord entre
eux.
Les
cas de cannibalisme sont très rares. Une
autre affaire avait également défrayé
la chronique par l’atrocité des faits
mais également en mettant en cause les
invraisemblances du système judiciaire
français.
L’affaire du japonais anthropophage
Cette
affaire s’est déroulée entre
1981 et 1984.
Au moment des faits, l’article 64 du code
de procédure pénale datant de 1838
stipulait : « il n'y a ni crime, ni délit
lorsque le prévenu est en état de
démence au temps de l'action, ou lorsqu'il
a été contraint par une force à
laquelle il n'a pu résister ».
Cet
article a été remanié. Le
législateur de 1992 a introduit une double
innovation avec notamment l'article 122-1 du nouveau
code pénal.
Le
samedi 13 juin 1981, des promeneurs découvrent
dans le bois de Boulogne, à Paris, deux
valises abandonnées qui contiennent le
corps dépecé d'une jeune femme.
La police identifie rapidement la victime : Renée
Hartevelt, de nationalité néerlandaise;
et elle arrête deux jours plus tard le présumé
coupable, Issei Sagawa, un étudiant japonais
de 32 ans, résidant à Paris, et
qui passe aussitôt aux aveux.
Le meurtre est clairement celui d'un fou; mais
rien, dans le passé d'Issei Sagawa, ne
permet à priori de comprendre cette crise
de démence aussi sanguinaire que brutale.

Issei Sagawa
Sagawa
tombe amoureux de Renée Hartevelt et l’invite
un soir. Comme elle refuse ses avances, il la
tue d'une balle de carabine 22 long rifle dans
la tête.
Après le meurtre, Sagawa dépèce
le corps de sa victime, enferme certains morceaux
du cadavre dans son congélateur et enveloppe
les autres dans du papier journal qu'il place
dans les deux valises retrouvées au bois.
Aux policiers qui l'interrogent, peu après
son arrestation, il avoue avoir mangé quelques
morceaux de viande.
Le
criminel, maintenu en prison, attend son jugement.
Il ne peut être accusé d'anthropophagie.
En effet, le Code pénal français,
dans un article sur les actes de barbarie, ne
définit ce crime que lorsque l'ingestion
de chair humaine s'est faite sur une personne
encore en vie.
Mais
le jugement d'Issei Sagawa n'a finalement pas
lieu. Les psychiatres qui examinent le meurtrier
le déclarent en effet irresponsable, diagnostiquant
chez lui les séquelles d'une encéphalite
intervenue lorsqu'il avait l'âge de un an
et qui le rendent susceptible de graves crises
de folie.
L’article 64, en vigueur à l’époque,
s’applique dans son cas. En conséquence,
la justice française abandonne toute charge
contre le meurtrier de Renée Hartevelt,
qu'une décision administrative fait interner
à l'hôpital psychiatrique de Villejuif.
Là, le jeune homme reprend une vie presque
normale. Il continue à s'abandonner à
sa passion pour la littérature.
En
1983, il publie même un roman inspiré
par ses délires et le meurtre qu'il a accompli,
intitulé Lettres de Sagawa. Cet ouvrage,
aussi réaliste que macabre, reçoit,
au Japon, la plus haute distinction littéraire
de l'année, le prix Akatugawa...
Le
21 mai 1984, une décision du préfet
de police de Paris autorise Issei Sagawa à
quitter la France pour un établissement
psychiatrique japonais. Mais, à l'hôpital
psychiatrique de Tokyo, les psychiatres japonais
n'ont pas sur ce cas le même point de vue
que leurs homologues français. Ils ne retrouvent
pas les traces d'anomalies au cerveau et ne peuvent
diagnostiquer aucune véritable maladie
mentale.
Comme, d'autre part, le comportement d'Issei Sagawa
à l'hôpital est jugé «
normal », la décision de relâcher
le patient est prise. Le 13 août 1985, celui
qui a dépecé et mangé quatre
ans plus tôt la chair de Renée Hartevelt
sort de l'hôpital pour être hébergé
dans sa famille.
Depuis, il vit en liberté, bien tranquillement,
au Japon.
Bilan sur les prisons en France
Le
rapport de commission d'enquête n° 449
(1999-2000) de MM. Jean-Jacques HYEST et Guy-Pierre
CABANEL, fait au nom de la commission d'enquête,
déposé le 29 juin 2000 fait état
d’un bilan déplorable sur les conditions
de détention en France.
Il
est important de bien souligner ces problèmes
pour comprendre l’impossibilité actuelle
de traiter comme on le devrait les criminels tenus
pour irresponsables. Ce bilan s’est largement
alourdi depuis et aucune solution n’a été
apportée.
Vous pouvez retrouver l’intégralité
de ce rapport sur le site
du Sénat
En
quelques chiffres, on peut appréhender
la situation plus que déplorable :
La
population carcérale en France a doublé
de 1975 à 1995
Cette population carcérale diminue lentement
mais seulement du fait d'un fort allongement de
la durée des peines
En 1999, 23,6 % de la population carcérale
est d'origine étrangère soit le
quart de la population
Les délinquants sexuels, les malades mentaux
et les toxicomanes représentent les trois
principales composantes de la population des prisons
françaises et posent de redoutables problèmes
de gestion aux personnels pénitentiaires
Les " malades mentaux " représentent
aujourd'hui près de 30 % de la population
carcérale : une telle proportion s'explique
principalement par une réforme du code
pénal et par une évolution inquiétante
de la psychiatrie en France
V.B
(07.01.2007)
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