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Porc-épic

L’un des plus gros rongeurs est le porc-épic. C’est également l’animal terrestre qui possède les plus grands piquants.
En Afrique, le porc-épic (Hystrix galeata) est craint par tous les prédateurs.
Présents sur la majorité des continents, les porcs-épics sont rangés en deux grandes familles bien distinctes : celle des Hystricidae regroupe les espèces vivant dans l'Ancien Monde (Afrique, Asie, Europe), et la famille des Erethizontidae , les spécimens du Nouveau Monde (Amérique).

Le porc-épic : un rongeur

Les porcs-épics font partie du grand ordre des rongeurs, et du sous-ordre des caviomorphes, c'est-à-dire des rongeurs dont l'apparence est proche du cobaye.
À l'image de mammifères issus d'autres groupes, hérissons ou échidnés, les porcs-épics ont développé un système de défense face aux prédateurs consistant en la modification des soies en épines rigides.

Longtemps réunies dans un seul groupe, les deux familles sont aujourd'hui séparées : au-delà d'une robe pleine de piquants et de leurs moeurs nocturnes partagées, de nombreuses et profondes différences les séparent.

Porc-épic

Porc-épic . (CC BY-SA 3.0)

Les porcs-épics de l'Ancien Monde se répartissent à travers l'Afrique, l'Asie et l'Europe méridionale. Plutôt trapus, ils sont avant tout terrestres, même si certains savent nager et peuvent grimper aux arbres.

Comme les espèces américaines, ils vivent la nuit et n'aiment pas la lumière. On les divise en deux sous-familles : les Athérurinés (à queue longue) et les Hystricinés (à queue courte).

L’origine des porcs-épics

L'origine des porcs-épics du Nouveau Monde n'a pas encore été totalement élucidée. Certes, les plus vieux fossiles de caviomorphes américains, trouvés en Bolivie, sont datés de l'Oligocène inférieur, mais la provenance exacte de ces rongeurs reste inconnue.

Porc-épic Nord-américain

Porc-épic nord-américain (Erethizon dorsatum) . © dinosoria

L'hypothèse la plus probable est celle d'une origine africaine : vers 45 millions d'années avant notre ère, durant l'Éocène moyen, des rongeurs auraient réussi à traverser l'Atlantique sur des radeaux de fortune tels que des troncs d'arbres arrachés, pour coloniser l'Amérique du Sud puis celle du Nord lors du rattachement des deux continents. Des parasites intestinaux semblables à ceux connus en Afrique et trouvés sur des caviomorphes sud-américains renforcent cette théorie.

Squelette d'un porc-épic

Squelette d'un porc-épic africain (© Élisabeth Smith)

Le porc-épic américain

Les porcs-épics du Nouveau Monde occupent la quasi-totalité du continent américain. On les retrouve aussi bien dans les forêts de type boréal du Grand Nord que sur les hauts plateaux des Andes.

Porc-épic nord américain

Porc-épic nord américain . © dinosoria

II existe dix espèces réparties en quatre genres de porcs-épics du Nouveau Monde. Les deux formes à la fois les plus connues et les plus répandues sont les coendous sud-américains (genre Coendou) et l'ourson coquau, unique porc-épic nord-américain, mais couvrant une zone allant de l'Alaska au nord du Mexique (genre Erethizon).

Porc-épic

Porc-épic. By g-na . (CC BY-NC-ND 3.0)

Les porcs-épics du Nouveau Monde ont en commun un mode de vie arboricole. Ainsi, en dépit d'un corps assez lourd , la moyenne est inférieure à 7 kilos, mais certains spécimens atteignent plus du double, les porcs-épics américains possèdent des outils adaptés aux déplacements dans les arbres :

De grandes griffes puissantes leur permettent de grimper facilement aux troncs (4 à l’avant et 5 à l’arrière)
La plante de leurs larges pieds est formée de coussinets plissés, fortement adhérents, qui leur confèrent agilité et équilibre dans les branches

Ourson coquau

Ourson coquau . By dvs . (CC BY-NC-ND 3.0)

Comme tous les porcs-épics, ces espèces possèdent une ouïe très fine et un excellent odorat, mais sont quasiment myopes.

Anecdotes sur le porc-épic

Un ordre du porc-épic a existé en France, fondé en 1394 par Louis de France, duc d'Orléans. L'emblème représentatif du porc-épic servit ainsi de décoration honorifique, portée en sautoir à l'extrémité d'une chaîne en or. On pouvait y lire gravée la devise « De près et de loin ».

En Amérique, les tribus indiennes utilisaient les piquants du porc-épic en guise de décoration. Ils les laissaient d’abord s'assouplir dans l'eau avant de les teindre. La chair tendre de l'animal leur permettait par ailleurs de se nourrir en période de disette. À ce titre, le porc-épic était considéré avec beaucoup de respect.

Porc-épic

Porc-épic. © Emme Interactive

Dans l'île de Sumatra, en Indonésie, les porcs-épics ont appris à côtoyer les éléphants. En effet, ils suivent ces derniers dans des grottes aux parois friables, où les pachydermes extraient des blocs de roches à coups de dos ou de défenses, puis les piétinent pour les réduire en petits morceaux. Ces concentrés de sels minéraux, sodium et potassium, font la joie des rongeurs avisés qui savent profiter de cette aide providentielle.

Porc-épic

Porc-épic dans la neige. By Chaletlaforet . (CC BY-NC-ND 3.0)

L'un des plus vieux porcs-épics venait de Malaisie, où il vécut 27 ans en captivité. Un cousin d'Afrique, également issu d'un zoo, avait atteint 21 ans. À l'état sauvage, le porc-épic à crête et l'ourson coquau peuvent vivre 18 ans. Captif, un coendou a vécu 17 ans.

Réputé pour la succulence de sa chair dès son introduction par les Romains, le porc-épic à crête vit ses piquants utilisés, en Europe, de nombreuses manières. Encore aujourd'hui, ils servent de flotteurs que les pêcheurs apprécient pour leur légèreté et de leur résistance.

Porc-épic

Porc-épic. © Emme Interactive

Le porc-épic à crête d'Europe vient en fait d'Afrique. II fait partie de l'espèce la plus commune dans les zoos.
Importé par les Romains, Hystrix cristata ne fut en fait introduit que dans le sud de l'Italie et en Sicile, ainsi qu'en Albanie et en Grèce.

Poils et piquants du porc-épic

Généralement, la majeure partie du corps est couverte d'épines en forme de stylets ; raides et aplatis, ces poils rigides ont une pointe acérée et des cannelures longitudinales.

Un porc-épic peut posséder jusqu’à 30 000 piquants. Ces pointes très aiguisées atteignent 30 cm de long.

pointes d'un porc-épic

Zoom sur les pointes d'un porc-épic. By Steven Erat . (CC BY-NC-ND 3.0)

Le dos et la croupe sont les plus fournis et la défense se pratique en présentant le postérieur. Les piquants se détachent facilement pour mieux pénétrer dans la peau des adversaires. Ils sont pourvus de petits crochets qui, une fois entrés dans la peau, s’ouvrent et font progresser la pointe dans la chair à la vitesse d’un millimètre à l’heure. Ils peuvent finir par atteindre un organe vital.

Le ventre est dépourvu de défense et n’est recouvert que de soies raides. Il constitue le point le plus vulnérable.

Tous ces piquants sont mélangés à de longs poils de jarre.

Porc-épic

Porc-épic. By Biomimetica . (CC BY-NC-ND 3.0)

La souplesse des soies leur confère un rôle plutôt sensoriel telles des vibrisses tactiles utiles aux déplacements nocturnes.

La crinière est une touffe de longs poils ornant le haut du crâne, et dont l'érection en cas d'attaque renforce l'effet dissuasif de l'ensemble.

Porc-épic

Porc-épic. © dinosoria

Enfin, les soies les plus admirables sont les capsules sonores que l'on trouve en petit nombre à l'extrémité de la queue. Ces poils ont une pointe creuse et gonflée qui, en s'entrechoquant aux autres, produit un bruit annonçant au prédateur tout le danger qu'il encourt.

Bruit des poils qui s'entrechoquent

Tous les porcs-épics ne présentent pas la même structure de piquants. Les pics peuvent avoir l'apparence d'un poinçon à la pointe dure et acérée ou celle d'un petit clou, voire d'un enchevêtrement de barbelés. Dissimulés par les longues soies, ils peuvent paraître inexistants... mais attention, ils sont bien là!

Stratégie de défense du porc-épic

La stratégie de défense des porcs-épics repose avant tout sur la dissuasion, mais lorsque l'intrus ne déguerpit pas, il faut alors contre-attaquer. Après avoir poussé force grognements, gratté furieusement le sol avec ses pattes, le porc-épic se déplace alors à reculons ou latéralement, tout en lançant sa queue musculeuse et hérissée vers son adversaire.

Porc-épic africain albinos

Porc-épic africain albinos . By Dwaas76 . (CC BY-NC-ND 3.0)

Si elles atteignent leur but, les épines peuvent causer des dégâts importants et même entraîner la mort : un carnivore fouetté en pleine tête risque un oeil crevé ou une gueule si chargée d'épines qu'il lui deviendra impossible d'avaler toute nourriture... parfois jusqu'à l'inanition.

Porc-épic

Porc-épic. By Scubadive 67 . (CC BY-NC-ND 3.0)

Pour venir à bout d'un porc-épic, il faut le retourner et l'attaquer au ventre, c'est-à-dire à l'endroit le moins protégé.

La martre est, avec le glouton et certains rapaces, l'ennemi le plus redoutable du porc-épic nord-américain. Des piquants ont été retrouvés dans des crottes de jaguars, ce qui suggère que ces félins sud-américains peuvent digérer un coendou sans que leur estomac et leurs intestins en souffrent.
En Afrique, on a également retrouvé des marques de blessures infligées par des porcs-épics à de gros prédateurs tels des lions ou des léopards.

Les porcs-épics de l'Ancien Monde : des terriers en commun

Les porcs-épics de l'Ancien Monde ont une conception sociale de l'habitat qu'ils partagent avec leurs congénères. Le porc-épic d'Afrique du Sud, notamment, vit en colonie. Une dizaine d'individus peuvent partager un même terrier et ses réseaux. On a ainsi déjà trouvé un tunnel long de dix-huit mètres, creusé à 1,50 m sous terre, menant à une chambre carrée à usage individuel de plus de 1 m² pour 50 cm de hauteur.

Porc-épic sud-américain du Cap

Porc-épic sud-américain du Cap (Hystrix africaeaustralis). © dinosoria

S'ils vont généralement chercher la nourriture seuls, les membres d'un tel clan se divisent le travail de fabrication des tunnels, garde-manger et autres «travaux d'intérieur». Leurs tunnels peuvent être utilisés pendant des dizaines d'années et assurent, surtout en zone désertique, un taux d'humidité constant.

Crane d'un porc-épic

Crâne du porc-épic nord-américain (© Élisabeth Smith)

Seule la famine pousse les porcs-épics bâtisseurs de terriers à quitter leur antre. Ils n'hésitent pas à réaliser des raids alimentaires d'une vingtaine de kilomètres, énorme distance pour un petit animal terrestre.
L'aptitude du porc-épic sud-africain à vivre en groupe se cumule avec un don d'adaptation étonnant. Sa résistance lui permet de vivre jusqu'à 15 ans dans un environnement très difficile.

Porc-épic à crête

Porc-épic à crête (Hystrix cristata) . By Joachim S.Muller . (CC BY-NC-ND 3.0)

Les porcs-épics possèdent un gros cerveau et une bonne mémoire. Comme d'autres rongeurs tels que le rat ou le castor, ils manifestent un degré d'intelligence certain et savent s'adapter à un environnement nouveau.

Régime alimentaire du porc-épic

Son régime alimentaire varié illustre la souplesse d'adaptation du porc-épic. Tous les porcs-épics se nourrissent principalement de plantes : feuilles, bourgeons, fruits, menus branchages, pousses, racines et tubercules... tout leur semble bon et même l'écorce.
Les porcs-épics ont une dentition qui se prête remarquablement bien à ce type de régime : les quatre incisives orange du porc-épic nord-américain, longues d'environ 2,5 cm, sont de véritables ciseaux à bois capables de découper rapidement toute matière fibreuse et rugueuse.

Dégats causés par un porc-épic

En tant que rongeur, le porc-épic est souvent considéré comme une espèce nuisible . By J.S .Bouchard . (CC BY-NC-ND 3.0)

À l'instar de tous les rongeurs, le porc-épic est en effet un animal dont les dents sont à croissance continue.

Crane porc-épic africain

Crâne du porc-épic africain (© Élisabeth Smith)

Le coendou, essentiellement phyllophage, fait quelques exceptions en cas de disette et donne la chasse à de petits lézards ou des insectes, fort abondants dans son royaume. Quelques porcs-épics de l'Ancien Monde ont été observés en train de se délecter de carcasses abandonnées, mais ce cas semble exceptionnel car d'ordinaire, les porcs-épics se contentent de ronger des os.

Porc-épic

By Mary Harrsch . (CC BY-NC-ND 3.0)

Le porc-épic nord-américain est quant à lui attiré par le sel comme par un aimant. Le moindre objet laissé par un être humain qui a sué et donc déposé dessus une infime quantité de sel devient une friandise.

La reproduction du porc-épic

La différence essentielle entre les deux familles réside dans le caractère asocial des porcs-épics américains par rapports à ceux de l’Ancien Monde.

Porcs-épics américains

La cour que le mâle offre à sa partenaire consiste en une série de danses énergiques ponctuées de cris et de gémissements. Le point d'orgue de cette sarabande amoureuse est une séance d'arrosage d'urine.

Au terme de cette période de séduction, cette dernière s'offre à son galant, mais le repoussera immédiatement après l'accouplement.

Le nourrisson naîtra à la bonne saison, entre les mois d'avril et de juin. Contrepartie d'une gestation longue : chez toutes les espèces, les nouveau-nés font preuve d'une précocité remarquable.
Les petits porcs-épics ont les yeux ouverts et marchent dès la naissance. Même si leurs piquants sont encore doux, ils ont déjà le réflexe d'une attitude défensive. Au bout de quelques jours seulement, ils sont déjà capables de monter aux arbres.

Leur croissance est très rapide : à la naissance, ils pèsent entre 450 et 600 grammes.

Les petits tètent le lait de leur mère durant près de deux mois. À l'état sauvage, le nourrisson peut quasiment survivre seul avec le régime alimentaire d'un adulte au bout de deux semaines, se nourrissant déjà de feuilles ou de racines. Cette capacité à survivre dès le plus jeune âge explique un taux de mortalité infantile faible.

Porcs-épics de l’Ancien Monde

Les petits porcs-épics viennent au monde dans le terrier familial, dans une chambre tapissée d'herbes ; ils pèsent alors 300 g environ. Ils peuvent se nourrir comme des adultes au bout d'une dizaine de jours, mais continuent à téter le sein de leur mère pendant 4 à 5 mois.

Bébé porc-épic

Bébé porc-épic. By Duncan . (CC BY-NC-ND 3.0)

Élevés en colonie, les jeunes porcs-épics font l'objet de tous les soins et chaque membre du clan est concerné par cette tâche. Les mâles s'occupent des éventuels agresseurs, qu'ils repoussent avec la plus grande énergie, et les deux parents accompagnent leurs enfants dans la quête de nourriture jusqu'à l'âge de six mois!

La femelle a un cycle de réceptivité oscillant entre 28 et 36 jours. C'est elle qui prend l'initiative vis-à-vis du mâle. Le ou les deux nourrissons, puisqu'une femelle sur trois met bas à des jumeaux, naissent au bout de 100 jours environ.

Classification : Animalia. Mammalia. Rodentia. Hystricognatha

V.Battaglia (20.09.2006)

Hérisson . Échidnés

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