Les dix plaies d’Egypte
« ….toutes les eaux qui sont dans le fleuve se chargèrent
en sang »
« …les grenouilles montèrent et recouvrirent
l’Egypte »
« …toute la poussière du sol se changea en moustiques
»
« …des taons en grand nombre entrèrent […]
dans tout le pays d’Egypte »
« …tous les troupeaux des égyptiens moururent
»
« …gens et bêtes furent couverts d’ulcères
bourgeonnant en pustules »
« …Yahvé fit tomber la grêle sur le pays
d’Egypte »
« …les sauterelles […] couvrirent toute la surface
du pays… »
« …il y eut d’épaisses ténèbres…
»
« …tous les premiers-nés mourront dans le pays
d’Egypte… »
Extraits du Livre de l’Exode, chapitres 7 à
12. Bible de Jérusalem, traduction des dominicains de l’Ecole
biblique. Editions Fleurus/Cerf
L’éruption du Santorin
Vers 1 500 avant notre ère, la Méditerranée
connaît la plus grande catastrophe de son histoire. Le volcan
de Théra, l’actuel Santorin, dans l’archipel
des Cyclades, entre en éruption, provoquant une véritable
catastrophe dans toute la côte méditerranéenne.
On a relié cette éruption volcanique à la
disparition de la civilisation crétoise.

Une partie du rebord du Santorin
Dans la mer Egée, l’éruption cause de graves
dommages. De nombreuses régions ont été plongées
dans l’obscurité pendant des heures, voire des jours.
Enfin, les nuages volcaniques ont entraîné des changements
climatiques.
Les effets secondaires possibles de cette gigantesque éruption
ressemblent beaucoup aux dix plaies relatées dans la Bible.
Deux géologues curieux
Il y a quelques années, Gilles Lericolais, géologue
français en poste à l’Ifremer et William Ryan,
géologues américain de New York, étudiaient
le faciès stratigraphique du bassin de la mer Noire. Ils
ont ainsi mis en évidence le remplissage rapide de ce bassin
il y a 7 500 ans.
La Méditerranée y aurait déversé son
trop-plein.
Il se pourrait que cette catastrophe ait inspiré le mythe
du Déluge.
Les deux hommes s’intéressèrent aux relations
qui pouvaient exister entre les grands mythes fondateurs et la géologie.
C’est ainsi qu’ils en vinrent à la conclusion
que l’éruption du volcan avait pu engendrer les 10
plaies.
Les conséquences d’une éruption
volcanique
L’éruption s’est produite à environ 700
km au nord-ouest des rivages méditerranéens de l’Egypte.
Le Santorin éructa une trentaine de kilomètres carrés
de cendres et de lave. Des explosions aussi importantes ne se produisent
que deux ou trois fois par siècle maximum.
La plus importante éruption du 20e siècle était
beaucoup moins catastrophique. Elle se produisit en 1991 avec l’éruption
du Pinatubo, aux Philippines.
Néanmoins, le Pinatubo envoya dans l’atmosphère
des tonnes de cendres qui accomplirent plusieurs rotations autour
de la Terre.
Cette éruption eut un impact sur le climat à l’échelon
mondial.

Eruption du Pinatubo en 1991
Selon les calculs des scientifiques, cendres et particules s’expulsèrent
du Santorin à la vitesse du son. Elles formèrent une
colonne qui se dressa sur 36 km avant de s’étaler en
direction du sud-est, guidée par les vents dominants vers
la Crète et l’Egypte.
L’effondrement progressif du cratère permit à
l’eau de mer de s’engouffrer, provoquant plusieurs explosions
violentes qui sculptèrent une caldeira béante de 8
km de diamètre.

Eruption du Pinatubo. Projections
de cendres sur Manille qui créent une nuit artificielle
L’explosion engendra un immense tsunami qui se répandit
en cercles concentriques dans une large partie du bassin méditerranéen.
Nul ne sait si ces vagues géantes atteignirent l’Egypte.
Par contre, les relevés stratigraphiques du sédimentologue
Daniel Stanley ont prouvé que les cendres du Santorin avaient
bien atteints le delta du Nil.
On a en effet retrouvé des téphras, particules volatiles
de nature volcanique, d’âge et de composition chimique
identique à celles du Santorin.
La première plaie d’Egypte
« ….toutes les eaux qui sont dans le fleuve se chargèrent
en sang »
Les téphras seraient responsables de la première
plaie. D’après Gilles Lericolais, on retrouve autour
du Santorin bon nombre d’ignimbrites, des roches formées
par l’accumulation de débris de laves acides telles
que les rhyolites, qui donnent à certaines plages de l’île
une teinte carmin.

Brésil. Rivière couleur
sang qui coule dans le parc national de la Chapada Diamantina. Cette
couleur est due à l'oxydation, par l'eau, des roches riches
en minerai de fer
L’autre hypothèse serait que la teneur élevée
des particules volcaniques en acide sulfurique aurait pu oxyder
les roches ferreuses du lit du fleuve et donner à l’eau
des reflets de rouille.
La deuxième plaie
« …les grenouilles montèrent et recouvrirent
l’Egypte »
Jean Lescure, spécialiste des anoures explique :
« Deux raisons peuvent pousser les amphibiens à se
regrouper par milliers. La reproduction et l’augmentation
soudaine du taux d’humidité de l’air.
Dans les pays semi-désertiques, après une longue saison
sèche, les amphibiens sortent pour aller se reproduire dans
les points d’eau.
Ils sortent des trous du sol dans lesquels ils s’étaient
enfouis pour avoir un peu d’humidité. Invisibles quelques
jours auparavant, ils envahissent villages et habitations pour rejoindre
leur lieu de reproduction.
A cette époque lointaine, les amphibiens étaient
beaucoup plus nombreux le long du Nil. Le phénomène
aurait pu avoir une ampleur exceptionnelle aux yeux de la population.
La troisième et la quatrième plaie
« …toute la poussière du sol se changea en moustiques
»
« …des taons en grand nombre entrèrent […]
dans tout le pays d’Egypte »
Le troisième et quatrième fléau rentrent
dans le même cadre que celui des amphibiens. Mouches et moustiques
profitent également de la pluviosité pour pulluler
dans les pays chauds.
Si l’éruption du Santorin a engendré des pluies
exceptionnelles, certaines espèces animales en ont certainement
tiré profit pour se reproduire.
On sait également qu’un changement climatique brutal
peut « déranger » certaines espèces qui
se regroupent pour fuir.
La cinquième et la dixième plaie
« …tous les troupeaux des égyptiens moururent
»
« …tous les premiers-nés mourront dans le pays
d’Egypte… »
L’augmentation soudaine d’insectes parasites comme
les moustiques et les mouches est certainement lié au taux
de mortalité important du bétail et des nouveaux-nés.

Cameroun, 1986. 1 800 personnes ainsi
que tous les animaux aux alentours sont morts asphyxiés en
quelques minutes. Soit, il s'agit des émanations du lac Nyos
dues à l'explosion des réserves de gaz du lac; soit,
il s'agit d'une éruption gazeuse d'origine volcanique
Deux épidémiologistes américains, John Marr
et Curtis Malloy, privilégient deux espèces très
communes :
- Stomoxys calcitrans pour les mouches
- Culex antennatus pour les moustiques
La première peut inoculer au bétail diverses maladies
comme le charbon. La seconde, hématophage également,
se délecte de la compagnie des hommes et véhicule
de nombreuses maladies virales.
La mort du bétail qui frappe à la fois chevaux, ânes,
chameaux, bœufs, chèvres et moutons peut être
attribuée à de nombreux parasites.
Un des coupables pourrait bien être un moucheron, Culicoïdes
canithorax. Cet insecte peut transmettre deux virus vecteurs de
la maladie africaine du cheval et de la maladie de la langue bleue.
Ces maladies touchent tous les animaux domestiques sauf le chameau.

Culicoides impunctatus
D’une manière générale, la famille des
cératopogonides compte de nombreuses espèces susceptibles
de véhiculer d’autres maladies virales.
Les nouveaux-nés sont particulièrement fragiles.
Il n’est donc pas étonnant que ce furent les principales
victimes, à une époque, où la mortalité
infantile était déjà très importante.
Il n’est nullement prouvé que seuls les enfants de
sexe masculin aient été touchés par ces épidémies.
La sixième plaie
« …gens et bêtes furent couverts d’ulcères
bourgeonnant en pustules »
Les ulcères qui se développèrent sur certaines
personnes et animaux ont pu être provoqués par n’importe
quelle myase.
Ce terme désigne toutes les maladies externes et tous les
désordres des tissus causés par des larves de diptères
(insectes).
Elles s’accompagnent de lésions ayant l’aspect
de furoncles.
Il existe également des maladies parasitaires transmises
par certains insectes comme la leishmaniose cutanée qui provoque
de graves lésions de la peau.
La septième plaie
« …Yahvé fit tomber la grêle sur le pays
d’Egypte »
Lors de l’éruption du mont Saint-Helens, en 1980,
il y eut un orage de grêle.

Australie. 1999. Une pluie de grêle
s'abat sur Sydeny. Les grêlons étaient aussi gros qu'une
balle de tennis
En cas d’éruption, il peut arriver que les grêlons
ne soient pas constitués de glace mais de lapilli (cendres
acrétionnées).
La huitième plaie
« …les sauterelles […] couvrirent toute la surface
du pays… »
On connaît bien aujourd’hui les invasions du criquet
pèlerin. La plus importante des aires de regroupement de
cette espèce se situe autour de la mer Rouge.

Mauritanie, 1994. Invasion de criquets
Une perturbation météorologique importante peut
déclancher une invasion de criquets qui pourra durer 20 ans.
La neuvième plaie
« …il y eut d’épaisses ténèbres…
»
Les particules volcaniques qui atteignirent la stratosphère
ont formé le plus important nuage de poussières émis
par un volcan dans l’est de la Méditerranée
durant tout le IIe millénaire avant notre ère.
Ce nuage plongea cette région dans l’obscurité
pendant plusieurs jours.

Philippines, 1991. Manille est plongé
dans l'obscurité suite à l'éruption du Pinatubo
Catastrophe naturelle et épidémies
Une éruption volcanique de provoque pas d’épidémies.
Par contre, elle provoque des changements au sein d’une société.
L’hygiène se dégrade, faute d’eau propre
par exemple, et des maladies comme le choléra apparaissent
très vite.
Actuellement, en Egypte, de nombreuses maladies peuvent se développer
à cause de la pluie et du vent et surtout d’une très
mauvaise hygiène.
Citons le paludisme, la schistosomiase, la leishmaniose, la fièvre
de la vallée du Rift, l’encéphalite du Nil occidental,
le typhus …
Les retombées d’un volcan apportent des pluies chargées
d’acide qui rendent l’eau potable toxique.
La mer s’ouvre devant le peuple hébreu
Au chapitre 14 du livre de l’Exode, les hébreux se
dirigent vers une étendue d’eau située dans
le prolongement de la mer Rouge. Les Egyptiens de l’Antiquité
appelaient cette étendue la Grande Noire.
Elle se situe à l’emplacement actuel des lacs Menzaleh,
Timsah et Amers.
Les flots de la mer des Roseaux (et non ceux de la mer Rouge) s’ouvrent
devant Moïse et son peuple et se referment sur Pharaon et son
armée.
A l’aide d’un modèle reproduisant le bassin
de la mer Rouge et la Grande Noire qui englobe la mer des Roseaux,
Doron Nof (Floride) et Nathan Paldor (Israël) ont montré
que des vents modérés pourraient avoir rendu franchissable
cette étendue d’eau de faible profondeur.
En soufflant plusieurs heures durant dans le golfe de Suez, ils
auraient pu repousser les eaux en un mur de 2,5 m de haut ; mur
qui se serait effondré au moindre changement de direction
du vent.
La religion et la science
Il existe de nombreux miracles bibliques que la science a tenté
d’expliquer, parfois avec succès.
Le récit des débuts de l’Exode pourraient être
donc du, selon les scientifiques, à un enchaînement
de faits assez exceptionnels dont l’origine serait l’éruption
du Santorin.
Quelles que soient nos croyances, il est intéressant de
constater que la science ne nie pas le bien-fondé des évènements
mais qu’au contraire, elle confirme qu’ils ont très
bien pu exister.
Le mythe du Déluge fait partie de ces mythes bibliques,
aujourd’hui reconnu par de nombreux scientifiques.
L’éruption du Santorin serait l’évènement
géologique le plus ancien dont l’humanité et
les trois religions du Livre auraient gardé le souvenir.
V.B (01.09.2005)
Bibliographie principale
Mémoire de l’humanité Editions Larousse. Article
du magazine Science & Vie N°1016
Dossiers complémentaires
Le mythe
du Déluge
Les
Volcans
< Histoire
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