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La dernière peste d’Occident 

Peste noire à Marseille

Le 20 juin 1720, à Marseille, une femme s’effondre dans la rue, une pustule noire au coin de la lèvre. Cette mort anonyme annonce le retour du plus grand fléau du Moyen Âge : la peste. La maladie trouve un terrain très favorable dans cette ville surpeuplée et à l’hygiène déplorable. Ces tristes conditions sanitaires vont faire exploser l'épidémie.
Pour la dernière fois, la peste va frapper massivement l’Europe.

Des négligences mortelles

Le 25 mai 1720, le Grand-Saint-Antoine est arrivé dans le port de Marseille, chargé de balles de coton en provenance de Smyrne et de Tripoli.
À bord, des marins sont déjà morts. En effet, les marchandises sont infestées de puces qui transmettent le bacille de la peste.
Au Proche-Orient, la peste est endémique. Les armateurs marseillais la considèrent comme un risque calculé.

La Peste

Peste, famine et guerre ; la mort emporte les vivants d'une danse macabre

Depuis 65 ans, Marseille était épargné par ce fléau grâce à un système rigoureux de quarantaines de tous les navires suspects.
Mais, au début du 18e siècle, la vigilance se relâche : les intendants de la Santé sont achetés par les milieux marchands.
Ainsi, la marchandise est déchargée et les marins se promènent librement dans la ville. Les puces suivent.

Un laxisme totalement inconscient

En juillet, les premiers cas se multiplient dans le quartier populaire de la ville. Les autorités qui craignent un arrêt du trafic portuaire minimisent les morts et parlent de cas isolés. Ils adressent une circulaire aux autres ports d’Europe pour affirmer que Marseille n’est pas pestiférée.
Pourtant, 100 personnes meurent chaque jour.
Certains médecins vont jusqu’à affirmer que le mal ne touche que les organismes affaiblis et les esprits moroses !

Il s’agit en fait de la peste sous sa forme bubonique. La maladie se propage par les puces qui sont très à l’aise dans une ville réputée comme particulièrement sale.
La piqûre du parasite provoque un empoisonnement du sang qui aboutit à une septicémie. Il ne faut que quelques heures à trois jours maximum pour que le malade décède.

La ville de Marseille coupée du monde

Les plus riches s’enfuient et vont s’installer dans leur résidence à la campagne. Les chanoines de Saint-Victor se barricadent dans leur monastère et sont épargnés par la peste.
Marseille est totalement isolée et toute activité cesse à l’intérieur de la ville. Cette inactivité plonge dans la misère ceux qui n’ont pas encore été touchés par la maladie.

Au mois d’août, alors qu’il meurt plus de 500 personnes par jour, on ne ramasse même plus les cadavres qui pourrissent dans les rues en pleine chaleur.

La peste à Marseille en 1720

La peste à Marseille en 1720 (peinture du 18e siècle)

Ce n’est qu’en octobre que la maladie commence à céder du terrain, mais à ce moment-là 40 000 personnes sont mortes.
Le fléau est sorti de la ville et frappe Toulon et Aix en 1721. Toute la Provence est touchée. Les autorités isolent cette province en installant des cordons militaires pour éviter la propagation à tout le pays.

Les épidémies du 18e siècle

La peste disparaît en Europe après 1721. Mais, d’autres maladies tout aussi redoutables sévissent tout au long du siècle :

  • La variole dont meurt Louis XV
  • Le typhus
  • La diphtérie
  • La dysenterie qui fait 175 000 morts en 1779
  • Le paludisme qui est endémique sur toutes les régions du littoral infestées par les moustiques
  • La tuberculose qui provoquera de nombreux décès jusqu’au 20e siècle

Les médecins décrivent également de multiples fièvres malignes qui frappent les populations à la campagne. Le peuple vit et meurt sans avoir la moindre notion d’hygiène.

Concernant la transmission de la peste, rappelons que le rat n'est pas le seul vecteur de cette maladie. L'écureuil est également susceptible de la transmettre.

V.Battaglia (09.2004)

La Peste au Moyen Age

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