Le froid s’abat sur la France
En 1693 et 1694, près de 1,7 millions de Français
meurent, autant que durant la Première guerre mondiale.
Les 25 ans qui vont de 1690 à la mort de Louis XIV constituent
la face sombre du règne du Roi Soleil.
Les guerres s’enchaînent mais les pertes militaires
ne sont rien à côté de la famine qui règne
dans le pays.
Hivers glaciaux et été pluvieux plongent la France
dans le désarroi.
Paysans et pauvres se lancent sur les routes, mendiant et espérant
trouver en ville de la nourriture.
Pour ne pas mourir de faim, on cueille des glands et des fougères
pour en faire une sorte de pain. Mais, ces expédients meurtriers
achèvent de tuer une population déjà affaiblie.
Les animaux meurent aussi car on ne peut plus les nourrir.
Les charognes de chiens, de chevaux et autres animaux sont consommées
malgré leur état avancé de putréfaction.
Suicides et anthropophagie ne sont pas rares.
Durant l’été 1694, la chaleur accélère
la décomposition des milliers de cadavres qui jonchent les
routes. Des épidémies, dont la typhoïde, se propagent.
L’hiver de 1709-1710 est également resté dans
les mémoires. Le vin a gelé jusque dans le verre du
roi.
Le froid atteint -25°C en campagne. Cet hiver a entraîné
la mort de 200 000 à 300 000 personnes par le froid et la
faim.
La mort blanche dans le monde
En Angleterre, la Tamise a été fréquemment
prise par les glaces pendant ce refroidissement. A partir de 1608,
on y organise les « fêtes de la glace » sur les
eaux gelées. Mais, si en ville, les nobles et bourgeois s’en
amusent, en campagne, les paysans meurent.

Peinture du 17e siècle représentant
des Londoniens qui assistent à une "Fête de la
glace"
En Amérique du Nord, en 1816, la neige tomba en plein été.
Plusieurs vagues de froid venant de l’Arctique firent d’énormes
dégâts.
La même année, il faisait 26,7°C à Williamstown
(Massachusetts) le 5 juin. Le 6 au matin, il ne faisait plus que
7,2°C et la température continua à chuter.
Le 7 juin, il neigea.
Les causes du petit âge glaciaire
En 1913, un météorologue américain établit
un rapport entre le froid de 1816 et une série d’éruptions
volcaniques, notamment celle du Tambora en Indonésie actuelle.
L’éruption de ce volcan en 1815 a été
la plus importante de l’histoire.
Elle éjecta près de 200 milliards de tonnes de cendres
dans la haute atmosphère. La circulation de la poussière
et des gaz entraîna dans le monde un changement climatique
général.
L’année 1816 est connue comme « l’année
sans été ». En effet, le voile épais
a suffit à arrêter une partie des rayons du soleil.

Plus récemment, les experts ont constaté que les
périodes froides coïncident avec des périodes
où les tâches solaires sont rares. L’activité
solaire semble être alors à son minimum.

Protubérances et éruptions
solaires vues en rayons X par le satellite Yohkoh
Une autre théorie met en avant les cycles orbitaux. Le climatologue
M. Milankovitch identifia trois fluctuations cycliques pouvant agir
sur le climat :
L’excentricité de l’orbite
terrestre : l’orbite terrestre passe du cercle à
l’ellipse tous les 100 000 ans. La distance du soleil à
la Terre varie alors.
L’inclinaison de l’axe : il
peut varier de 3° selon un cycle de 42 000 ans.
La précession des équinoxes :
elle est due à la rotation de l’axe de la Terre selon
un cycle de 25 800 ans.
Les dates que M. Milankovitch a obtenues coïncident avec les
différents âges glaciaires.
Le réchauffement climatique actuel n’est pas uniquement
dû à l’élévation du taux dans l’atmosphère
des gaz à effet de serre.
N’oublions pas que la Terre ne fait que sortir du petit âge
glaciaire. Cependant, ces cycles ne doivent pas nous faire oublier
nos responsabilités vis-à-vis des générations
futures.
Véronique Battaglia (02.2005)
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