Une déportation massive
A la fin de la Seconde Guerre mondiale, de nombreux britanniques
confient leurs enfants à des orphelinats. Cette démarche
est temporaire, le temps pour toutes ces familles de retrouver un
toit et un travail.
Mais, quand les parents reviennent chercher leurs enfants, la direction
affirme qu’ils ont été adoptés par de
riches familles.
En réalité, ces enfants ont été incorporés
dans des contingents d’orphelins afin d’être envoyés
dans l’Empire.
L’objectif est de peupler ces pays avec un « cheptel
de bonne souche blanche et britannique ».
On estime que 130 000 enfants ont été déportés
entre 1947 et 1967 par la Grande-Bretagne dans ses colonies : Canada,
Rhodésie, Nouvelle-Zélande et Australie.
La plupart sont de vrais orphelins mais environ 10 000 ont été
envoyés outre-mer sans qu’on demande le consentement
à leur famille.
35 organisations comme Barnados, l’Armée du Salut
ou l’Eglise catholique organisent ces déplacements
d’enfants. Le gouvernement britannique apporte son soutien
financier à ce vaste trafic.

La charette, ou le départ
des enfants vers l'Australie (scène du film les Orphelins
de Liverpool)
Officiellement, les orphelins doivent être accueillis par
des orphelinats. Mais, à leur arrivés, ces structures
ne sont pas encore construites.
Aussi, les enfants sont-ils employés comme main d’œuvre.
De nombreux témoignages ont été recueillis
depuis. Les anciens orphelins envoyés à Blindoon en
Australie ont témoigné du travail harassant, des mauvais
traitements, du fouet et des abus sexuels.
D’autres, trop traumatisés, se sont suicidés
ou ont sombré dans la folie.
Cet orphelinat était dirigé par le frère Keany.
Le scandale Britannique
Ce n’est qu’en 1986 que le scandale a éclaté.
On doit la vérité à Margaret Humphreys, une
assistante sociale.
Elle mène alors une recherche personnelle sur ses origines.
En réponse à l’un de ses questionnaires, elle
reçoit une lettre d’une femme qui vit en Australie.
Cette dernière lui dit ne rien connaître de son passé
car elle a été déportée à l’âge
de 4 ans.
Intriguée, l’assistante sociale enquête et découvre
une vingtaine de cas similaires.
Elle fonde alors, en 1987, une association « The Child Migrant’s
Trust » et adresse régulièrement au gouvernement
britannique un rapport sur la situation de milliers de victimes
retrouvées.

Margaret Humphreys
Un procès par une victime est engagé contre le gouvernement.
L’attitude de ce dernier est ambiguë.
Il alloue à l’association des subventions pour aider
à réunir les familles brisées mais parallèlement,
Margaret Thatcher et ensuite John Major refusent d’ouvrir
une enquête publique.
La tradition d’émigration
L’objectif du gouvernement britannique était d’une
part de se débarrasser d’enfants jugés «
difficiles » et d’autre part d’assurer une représentation
majoritaire de l’Empire britannique dans ses colonies.
Cette émigration s’est faite en totale violation des
droits de l’Homme. Cependant, ce cas n’est pas unique.
Les colonies britanniques et françaises ont été
peuplées pendant tout le XIXe siècle par la «
lie » de la société : prisonniers politiques,
de droit commun, prostituées, vagabonds …

Débarquement sur un
continent inconnu (scène du film les Orphelins de
Liverpool)
Au XIXe siècle, la déportation d’orphelins
est une méthode couramment utilisée pour peupler les
colonies européennes.
La France a utilisé également cette méthode
avec l’Algérie. En 1852, à l’initiative
d’un prêtre catholique, 200 garçons de 10 à
13 ans ont été envoyés à côté
d’Alger.
Ils devaient en principe rester dans cette colonie jusqu’à
leur majorité. Mais, en 1860, 58 enfants ont fugué et
les enfants de moins de 12 ans ont été terrassés
par les fièvres et le travail.
Devant ce désastre, le gouvernement a rapatrié les enfants
rescapés. Vers 1891, un autre essai sera tenté,
tout aussi désastreux.
Ce qui choque le plus c’est que cette tradition d’émigration
a perduré jusqu’au milieu du XXe siècle en Angleterre
et que pendant 40 ans, une véritable conspiration du silence
a étouffé ce scandale.
V.B (10.2005)
Référence bibliographique principale
Les orphelins du Commonwealth, Mémoire de l'Humanité. Editions Larousse 1994
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