Oradour-sur-Glane

La Seconde Guerre mondiale peut être qualifiée de « sale » guerre, à condition bien sûr qu’une guerre puisse être propre.
Durant ces 4 ans, de nombreuses exactions ont été commises. Personne ne pourra jamais oublier le génocide des juifs. A côté de ces crimes contre l’humanité, le conflit a été jalonné localement de meurtres barbares. Le massacre d’Oradour-sur-Glane illustre parfaitement cette barbarie gratuite.

Pourquoi Oradour-sur-Glane ?

En 1944, l’organisation du maquis français est efficace. Les groupes isolés se sont regroupés en réseaux et la Résistance est approvisionnée par les parachutages britanniques. Ces résistants constituent les Forces françaises de l’intérieur (FFI). C’est une véritable armée de partisans qualifiée par les Allemands de ramassis de « bandits » et de « terroristes ».

Le 9 juin 1944, des maquisards enlèvent un officier SS. Selon des rumeurs parvenues aux Allemands, il aurait été fusillé par la Résistance dans le petit village d’Oradour-sur-Glane.

Carte postale d'Oradour-sur-Glane avant la tragédie

Le 10 juin, un détachement de la division SS Das Reich fait irruption dans le village. C’est sur la base de cette vague rumeur non fondée que le massacre va se dérouler.

Le massacre d’Oradour-sur-Glane

Les SS ont encerclé le village et rassemblé la population sur la place du marché. Un témoin, rescapé du massacre, raconte :

"Ils ont alors demandé aux hommes de se rassembler en quatre ou cinq groupes. Chacun de ces groupes a ensuite été emmené dans une grange, dont les Allemands ont bouclé toutes les portes.
Les femmes et les enfants ont été conduits dans l’église qui a été verrouillée. Il était environ 2h de l’après-midi."

"Les maisons ont toutes été incendiées l’une après l’autre après avoir été fouillées."

Les restes méconnaissables des victimes (photo d'archives)

" Vers 17h, les Allemands sont revenus dans l’église. Ils ont posé une espèce de caisse sur le prie-Dieu de communion, des mèches qui brûlaient en sortaient.
L’air est très rapidement devenu irrespirable. Quelques personnes ont réussi à fuir en arrachant la porte de la sacristie. "

Citons notamment le cas de Madame Rouffanche qui parvient à s'enfuir de l'église. Elle est suivie par une autre femme et son bébé dans les bras. Malheureusement, les cris de l'enfant alertent les Allemands qui n'hésitent pas à les mitrailler. Par miracle, Mme Rouffanche a survécu.

"Puis, les Allemands ont commencé à tirer par les fenêtres de l’église. Ils sont rentrés pour achever les survivants à la mitraillette. Alors, ils ont jeté quelque chose par terre et l’église s’est mise à brûler."

Vers 18h, les SS ont arrêté un train et ont fait descendre tous ceux qui se rendaient à Oradour-sur-Glane. Ils les ont criblés de balles et ont jeté leurs corps dans le brasier.

L'église d'Oradour, après le passage des SS (photo d'archives)

Le massacre d’Oradour-sur-Glane a coûté la vie à 642 personnes, âgées de 6 mois à 85 ans.

Seules 7 personnes, un enfant, une femme et 5 hommes, ont miraculeusement réchappé au massacre et ont pu témoigner de cette tragédie.

Le procès d'Oradour-sur-Glane

Le procès, longtemps attendu des soldats ayant participé au massacre d'Oradour, débuta en janvier 1953 devant le tribunal militaire de Bordeaux.
Sur les 63 hommes, 21 comparurent devant le tribunal: 7 Allemands et 14 Alsaciens. 13 Alsaciens avaient été enrôlés de force dans la SS et 1 était volontaire.

La présence de Français suscita une vive controverse qui failli déboucher sur une nouvelle affaire Dreyfus.
Afin de ménager l’Alsace, redevenue française, le 27 janvier 1953 l'Assemblée nationale vota, par 365 contre 238 voix, l'exemption des Français de la loi de la responsabilité collective.
On fit donc la différence entre Allemands et Français. La décision fut prise que les Français ne seraient pas poursuivis au titre de la responsabilité collective mais parce qu'ils étaient 'personnellement co-auteurs ou complices', une décision qui n'apaisa guère l'Alsace et ses députés, qui étaient déjà outragés par le fait que les accusés Français devaient s'asseoir aux côtés des Allemands lors du procès.

Les soldats allemands ne firent que de la prison et les Français furent tout simplement relâchés.

Pour ne jamais oublier

Oradour-sur-Glane est aujourd'hui une ville moderne qui accueille chaque année environ 300 000 personnes venant visiter les ruines et le Centre de la Mémoire.

Le bourg actuel, construit après la Seconde Guerre mondiale, est situé à l'écart des ruines du village. En effet, après la guerre, le général de Gaulle a décidé de ne jamais reconstruire le village qui est devenu un mémorial à la douleur de la France sous le régime nazi. En 1999, le village fut consacré village martyr.

Le nouveau village d'Oradour-sur-Glane

L’un des passe-temps favori de l'Homme est de commémorer les massacres qu'il a lui-même perpétré. Il est important, effectivement, de se souvenir et de rendre hommage aux victimes. Cependant, pour les générations actuelles et futures, il serait encore mieux que le mot « guerre » soit à tout jamais aboli de notre vocabulaire.
A quoi bon organiser d’émouvantes cérémonies si nous ne sommes pas capables aujourd’hui et demain de préserver la paix dans le monde.

Philippe V. V.B (24.05.2005)

Pour en savoir plus sur le Net

Centre de la mémoire d’Oradour-sur-Glane . Le procès d'Oradour-sur-Glane

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