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Mode de vie de l'Homme de Neandertal

Contrairement à ce que l'on a cru pendant longtemps, Homo neanderthalensis n'était pas un simple chasseur, à l'allure simiesque. Génétiquement très proche d'Homo sapiens, Neandertal a su parfaitement s'adapter à son environnement.
Cet hominidé respectait ses morts et, bien avant Homo sapiens, a utilisé les pigments pour exprimer sa créativité.

Organisation sociale

Neandertal était nomade, mais également sédentaire. Comme Cro-Magnon, il a su aménager l'entrée des grottes pour s'y installer.
Dans la grotte de Cantabrie, en Espagne, on a découvert les restes d'un aménagement. Cet abri de 10 m de diamètre a été étudié par l'Institut national de recherche archéologique préventive (INRAP). Neandertal faisait preuve d'une organisation matérielle très rationnelle : feu à l'entrée, paillasse au fond et zones de travail au centre et sur les côtés.

Homme de Neandertal

Reconstitution d'un homme de Neandertal . (Musée en Allemagne). By Jacob Enos

Les néandertaliens atteignaient la puberté plus rapidement que les Hommes modernes. Cela implique que leur apprentissage était moins long.
C’est ce qu’ont révélé les dents fossiles qui conservent l’historique complet de la croissance.

L’homme de Neandertal atteignait donc sa maturité sexuelle plusieurs années avant l’Homme moderne.
Cette maturité précoce avait obligatoirement une incidence importante sur l’organisation sociale.

Ces hommes dépendaient entièrement de la casse des mammifères. Les végétaux constituaient un aliment d’appoint. En effet, aucune meule n’a été à ce jour retrouvée.

La répartition des tâches était donc très différente de celle des Hommes modernes. Tous devaient chasser, y compris les femmes et les enfants. Cette activité était très dangereuse. Les fractures et cicatrices sur les os sont là pour le prouver.

Reconstitution mode de vie de l'homme de Neandertal

Reconstitution du mode de vie de l'homme de Neandertal. By Jeff Kubina

L’organisation des Hommes modernes se différenciait par une répartition des tâches due à une alimentation plus variée.
Tandis que les hommes chassaient le gros gibier, les femmes et les enfants s’occupaient du petit gibier et de la collecte des végétaux.
Tâches et risques étaient donc partagés ce qui profitait obligatoirement aux femmes et aux enfants, et donc à la reproduction et à la longévité de l’espèce.

Homme de Cro-Magnon

Crâne d'homme de Cro-Magnon découvert en France. © dinosoria.com

L’homme de Neandertal vivait au sein d’une structure familiale élargie. La patrilocalité (le couple vit chez le mari) était déjà la règle chez les néandertaliens.
En 2011, une équipe dirigée par Carles Lalueza-Fox a étudié six adultes et leurs enfants, découverts dans la grotte d'El Sidron, en Espagne.
Leur ADN mitochondrial a révélé leur parenté : trois hommes et une femme appartenaient à la même lignée, les deux autres femmes à deux autres lignées différentes.
Apparemment, les clans opéraient des échanges de femmes afin d'assurer leur descendance.

Homme de Neandertal

Reconstitution d'un homme de Neandertal d'après les fossiles. Cleveland Museum of Natural History). By Hairymuseummatt

Par contre, l’Homme moderne vivait au sein d’un groupe plus important.
Les interactions sociales profitent aux enfants qui bénéficient d’un meilleur apprentissage. De plus, un groupe peut mieux se prémunir des dangers.
La longévité moyenne est accrue ce qui facilite la transmission des connaissances entre les générations.

Rites funéraires

L’homme de Neandertal enterrait ses morts. Certaines sépultures ont été authentifiées. On peut citer notamment la sépulture de la Chapelle-aux-Saints en France et celle de Kébara en Israël (60 000 ans.

On ne sait pas si les néandertaliens avaient une religion. Le fait d’enterrer ses morts peut tout simplement indiquer un respect pour les défunts sans qu’aucune croyance n’y soit associée.

À Kebara, la boîte crânienne d'un défunt a été prélevée. S'agissait-il d'un rituel symbolique ?

Homo neanderthalensis

Homo neanderthalensis. © dinosoria.com

Certains sites, comme celui de Shamidar en Irak daté de 70 000 ans, laissent à penser que Neandertal apportait des offrandes à ses morts. On a retrouvé en grande quantité du pollen de fleurs dans certaines tombes.
Cependant, tous les spécialistes ne sont pas d'accord sur ce point.
Les objets et végétaux retrouvés étaient-ils des offrandes ou de simples objets de décoration ?

Il semble également qu’il soignait ses blessés. C’est du moins ce que laisse supposer un squelette aux multiples fractures, dont les blessures avaient été guéries et cicatrisées.

Chasse

Les néandertaliens furent les premiers humains à s’adapter réellement au climat nordique. Ils parcouraient de longues distances en établissant des campements temporaires.
Ils chassaient le gros gibier, les cerfs et les rennes notamment.

Ils vivaient dans des grottes ou sous des abris rocheux, mais également dans des huttes armées de baliveaux, d’os et de défenses de mammouths, couvertes de peaux.

Mammouth

L'homme de Neandertal chassait le mammouth. By Jim Linwood

Neandertal n'était pas un charognard, mais un véritable chasseur. Les os fossilisés de ses proies prouvent qu'il était capable de piéger, dans des marais ou des culs-de-sac, de grosses proies comme les aurochs, les ours, les mammouths ou les rennes.

Sur l'île de Jersey, les scientifiques ont retrouvé des fossiles qui prouvent que l’homme de Neandertal était un bon chasseur.

Megaceros

Le mégacéros (Megaloceros giganteus) était un cerf de très grande taille qui a disparu à la fin de la dernière glaciation. © dinosoria.com

Ils ont découvert d'énormes quantités d'ossements de rhinocéros laineux et de mammouths. Ces fossiles étaient bien rangés ce qui suppose une intervention humaine.
Au même endroit ont été déterrées des pierres polies pour le dépeçage ainsi que des dents de néandertaliens.
Nous n'avons aucune certitude, mais le scénario le plus probable est le suivant :

Les néandertaliens, qui maîtrisaient le feu, devaient tendre des embuscades sur le haut des falaises aux animaux. Ils les obligeaient à fuir et à se précipiter du haut de ces falaises.

Hyene des cavernes

L’hyène des cavernes (Crocuta crocuta spelaea) était beaucoup plus grande que l’hyène tachetée actuelle. Elle a disparu d’Europe vers la fin de la dernière glaciation. © dinosoria.com

Dans le sud-ouest de la France, plusieurs habitats néandertaliens ont livré de grandes quantités d’ossements de bisons, notamment à Coudoulous (Lot) et à Mauran (Haute-Garonne), où des outils de pierre ont été mis au jour parmi les milliers d’ossements correspondant à des centaines de bisons. L’analyse des ossements a montré que ces bisons étaient chassés en grand nombre par les Néandertaliens, certains groupes se spécialisant dans leur chasse.

Outils et créativité

Les néandertaliens étaient très habiles dans la taille des outils de silex moustériens et levalloisiens.
L’outillage de pierre des néandertaliens est nommé « moustérien » du nom du Moustier. Il est confectionné à partir d’un noyau de silex. Ils obtenaient ainsi des racloirs, des pointes et des couteaux.

Outils de silex des néandertaliens

Outils de silex moustériens. © dinosoria.com

Les derniers néandertaliens fabriquaient des parures constituées d’os incisés ou de dents striées d’une rainure pour être suspendues.

D’après les découvertes effectuées au Pech de l’Azé, en Dordogne, l’homme de Neandertal utilisait un pigment noir, à base de dioxyde de manganèse, pour des décorations corporelles.
Ces tatouages démontrent que notre cousin souhaitait, lui aussi, exprimer sa créativité, mais également son individualité.
Ce désir est très proche de celui de nos contemporains qui se façonnent une personnalité à travers des tatouages ou des piercings.

Parure de l'homme de Neandertal

Parures d'Arcy-sur-Cure [Yonne]. © dinosoria.com

De nombreux objets retrouvés confirment leur ingéniosité.

Comme Cro-Magon, Homo neanderthalensis utilisait les pigments pour décorer des objets. En janvier 2010, une équipe dirigée par Joäo Zilhäo, a démontré que Neandertal maîtrisait l'art symbolique 10 000 ans avant l'arrivée d'Homo sapiens.
Les sites de Cueva de los Aviones et Cueva Anton, au Portugal, ont révélé l'usage de pigments ocre associés à celui de coquillages qui étaient taillés ou percés pour servir de pendentifs.
Un pecten a été peint sur une face de l'un des coquillages.
Certaines coquilles semblent avoir servi pour transporter des pigments sous forme de poudre. Les pigments étaient également utilisés sur des peaux et des vêtements.

L’homme de Neandertal et le cannibalisme

On commença à supposer que l’homme de Neandertal était parfois cannibale quand on découvrit en 1899 des ossements en Croatie.

On en a eu la confirmation au 20e siècle quand on a mis au jour les restes de 6 néandertaliens, débités comme du gibier.
Les os et le crâne ont été fracassés avec une pierre et une enclume pour extraire la moelle et la cervelle.
La chair a été soigneusement découpée, de la même manière que les cerfs retrouvés à proximité.

La grotte El Sidrón a livré près de 150 ossements de néandertaliens. Il a fallu 6 ans pour qu’en 2000 les résultats des analyses soient connus.
Ces individus sont morts de mort violente il y a environ 43 000 ans.

Squelette d'un jeune neandertalien

Squelette d'un jeune néandertalien. By Ideonexus

Depuis 8 ans, les restes d’au moins 9 néandertaliens d’âges divers ont été exhumés de cette grotte.
Leurs os présentent des fractures et des coupures qui ont été faites par des outils. D’après les spécialistes, leurs congénères cherchaient le cerveau et la moelle des os allongés.
Ces individus ont bien été victimes du cannibalisme.

L’anthropophagie n’était pas rare chez les néandertaliens. Est-ce la famine qui poussait ces hommes à manger leurs congénères ? S’agissait-il d’un rituel ?

V. Battaglia [08.07.2012]

Pourquoi l'homme de Neandertal a t-il disparu ? .      Homo neanderthalensis

Références

INRAP. Découpe d’un bison pour retrouver les gestes et les techniques de l’Homme de Néandertal
Carles Lalueza-Fox . Paleogenomics Lab
João Zilhão. Symbolic use of marine shells and mineral pigments by Iberian Neandertals
Les Néandertaliens : Biologie et cultures. Bernard Vandermeersch, Bruno Maureille et Yves Coppens. Comité des travaux historiques et scientifiques 2007
Neanderthal : Une autre humanité. Marylène Patou-Mathis. Librairie Académique Perrin 2008

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