La fin de Napoléon
Après
sa défaite de 1814 face à l'Europe
coalisée, Napoléon est exilé
à l'île d'Elbe, proche des côtes
toscanes. II s'en échappe le 1er mars 1815.
Profitant des maladresses des royalistes, nouveaux
maîtres de la France, et des dissensions
entre les vainqueurs, il reprend le pouvoir à
Paris. Mais il est usé, il ne croit plus
en son étoile, ses meilleurs généraux
sont morts.
Anglais et Prussiens le battent une dernière
fois à Waterloo, le 18 juin 1815. À
Paris, on le force à abdiquer, et une nouvelle
paix ramène la France à ses frontières
de 1792.

Le sacre de Napoléon
Ier par Pie VII et le couronnement de l'impératrice
Joséphine, dans la cathédrale Notre-Dame
de Paris, le 2 décembre 1804. Peinture
à l'huile de Louis David . (Musée
du Louvre, Paris.). By Farmer Chris Licence
L'Empereur
déchu se rend aux Anglais, espérant
en leur magnanimité. Ils l'exilent dans
une île perdue de l'océan Atlantique,
proche du tropique du Capricorne, à 1 900
kilomètres de l'Afrique et 2 900 du Brésil
: Sainte-Hélène, bloc volcanique
de 16 kilomètres sur 11, où il ne
doit pas sortir d'un périmètre plus
restreint encore. Trois mille officiers et hommes
de troupe l'y surveillent.
Il lui reste alors 6 ans à vivre.
II
y arrive le 15 octobre 1815 et y meurt le 5 mai
1821.

Lieu de détention
de l'Empereur. By Isaac Newton Licence
L’île
qui lui sert de prison est insalubre, la chaleur
y est lourde, la pluie et les brouillards fréquents.
Le geôlier, sir Hudson Lowe (1769-1844),
est un médiocre hanté par la fuite
possible de Napoléon. Pour l’empêcher,
il prend les mesures les plus tatillonnes et les
plus vexatoires. Napoléon est coupé
de tous les êtres qui lui sont chers : Marie-Louise,
qu’il attendra en vain, son fils prisonnier
de l’Autriche, sa mère Letizia. Sa
vie se déroule au milieu des disputes qui
opposent Mme de Montholon et Mme Bertrand, femmes
des généraux qui l’ont suivi
à Sainte-Hélène.

Napoléon
au Musée de Londres. .By Mharrsch Licence
Emmanuel
de Las Cases (1766-1842), chambellan, à
qui il dicte ses Mémoires, doit le quitter
en 1816.
Mais,
l’empereur déchu devient le héros
de la France et de l’Europe révolutionnaires,
le martyr de la Sainte-Alliance des rois qui opprime
les peuples.
Assez paradoxalement, lui qui avait toujours combattu
le libéralisme en devient l’emblème.
Les arguments sur l’empoisonnement
Voici
un extrait du rapport d’autopsie de l’Empereur
effectuée par François Antommarchi.
9°)...j'ai observé que l'adhérence
de la face concave du lobe gauche du foie formait
un trou du diamètre d'environ trois lignes
(soit 6 millimètres 3/4) dans la face antérieure
de l’estomac, près de son extrémité
droite.
10°) Ayant ouvert l'estomac derrière
sa grande courbure, j'ai observé qu'il
était rempli en partie d'une substance
liquide noirâtre, d'une odeur piquante et
désagréable.
11°) Ayant ôté le dit liquide,
j'ai observé un ulcère cancéreux
fort étendu qui occupait spécialement
la partie supérieure de la face interne
de l'estomac et s'étendait de l'orifice
du cardia jusqu'à environ un pouce du pylorum.
12°) Sur le bord de cet ulcère vers
le pylorum, j'ai reconnu le trou ci-dessus produit
par la corrosion ulcéreuse des parois de
l'estomac.
13°) Les parois ulcéreuses de l'estomac
étaient considérablement gonflées
et endurcies...»
Comme
on peut le constater, ce rapport parle d'une large
ulcération de l'estomac ayant dégénéré
en un cancer.

Tombe de Napoléon.
By Webmink Licence
Forshufvud,
en 1961, oublie l'ulcère, qui n'est pas
la cause directe du décès, et se
concentre sur le cancer pour l'écarter
promptement. Une tumeur maligne aurait fait maigrir
considérablement sa victime, or la couche
de graisse, sur le ventre du cadavre de Napoléon,
avait encore près de cinq centimètres.
En
revanche, il arrive que les victimes d'une intoxication
arsenicale lente prennent du poids ; à
faible dose, le poison a longtemps été
utilisé comme stimulant. De plus, un médecin
anglais souligne la quasi-absence de poils sur
le corps de l'Empereur, ce qui peut être
aussi un symptôme d'un empoisonnement à
l'arsenic; tout comme le bon état de conservation
du corps en 1840, lorsqu'il est exhumé
pour être ramené en France.
Mais, il est vrai que ses entrailles avaient été
retirées, donc qu'il avait subi un début
d'embaumement.

Trône impérial
à Fontainebleau. By Greg e Licence
Fort
de ces indices, le dentiste suédois attribue
à l'arsenic tous les problèmes de
santé de Napoléon : d’une
crise étrange, proche de l'épilepsie,
en 1805, en passant par ses douleurs d’estomac
jusqu’à son eczéma à
l'île d'Elbe et ses difficultés urinaires
à Waterloo.
Certes,
à chaque fois, le détail des troubles
peut faire penser à un empoisonnement,
mais bien d'autres explications médicales
sont possibles
Soulignons
que Forshufvud n’est pas le premier à
défendre la théorie de l’empoisonnement.
Avant lui, René Maury, s’est également
basé sur certains rapports médicaux
pour affirmer que cette mort n’est pas naturelle.

Buste de Napoléon.
By Crashworks Licence
Forshufvud,
de plus, revient aux conclusions de l'autopsie,
qui signalent que l'estomac de Napoléon
était plein d'une sorte de marc de café.
II conclut à une hémorragie mortelle,
liée à la corrosion de toute la
paroi stomacale, caractéristique de tous
les empoisonnements au mercure.
Il
suppose donc qu'après des années
d'intoxication à l'arsenic l'assassin est
passé à un autre poison. Il s'agirait
très précisément du cyanure
de mercure, produit en effet redoutable, formé
dans l'estomac même du malade par la rencontre
entre un médicament, le calomel, prescrit
à fortes doses dans l'espoir de lui dégager
les intestins, et une boisson effectivement consommée
par l'Empereur, un sirop d'orgeat à base
d'amandes amères. Faute d'orgeat et d'amandes
amères, du simple sel de cuisine aurait
pu produire la même réaction.

By James
Licence
Reste
à trouver un coupable, et un mobile. Les
Anglais n'avaient guère accès à
leur prisonnier, peu de ses compagnons sont restés
avec lui du début à la fin. Le grand
maréchal Bertrand est unanimement mis hors
de cause.
Reste
le général Montholon, qui aurait
suivi Napoléon pour fuir ses créanciers,
pour servir aussi d'agent à la monarchie
française restaurée, laquelle ne
pouvait se sentir tranquille tant que Napoléon
vivait, et pour se faire coucher sur un intéressant
testament.
On
peut ajouter que d'autres, d'ailleurs sans la
moindre preuve, ont glosé sur les relations
entre Napoléon et l'épouse du général.
Ce vaudeville a pu dégénérer
en drame.

Napoléon
passant le col du Grand Saint Bernard, Musée
baroque, Vienne. By Dalbera Licence
L'ennui,
c'est que Montholon n'a jamais abjuré son
bonapartisme. Suivant le neveu, après l'oncle,
dans leurs heures les plus noires, il a même
été, plus tard, compagnon de captivité
du futur Napoléon III. De plus, il n'a
pas approché l'Empereur avant 1815 et ne
peut donc être le mystérieux empoisonneur
qui sévissait alors depuis dix ans.
Pourquoi tant d’arsenic ?
Il
y a plusieurs explications possibles pour expliquer
les traces d’arsenic dans les cheveux.
Alain
Decaux a proposé une solution, en tous
points satisfaisante. On a vu que l'arsenic, à
petites doses, était prescrit comme stimulant.
Les nécessités de sa vie ont pu
contraindre Napoléon à en user,
à en abuser, quitte à en subir parfois
les effets secondaires C'est cet arsenic que les
savants anglais ont mis en évidence...
C'est simple, trop peut-être, mais plus
convaincant que des hypothèses exigeant
de nombreux poisons, et de nombreux empoisonneurs.

Statue de
Napoléon à Ajaccio, Corse. By Feuillu
Licence
On
peut également envisager que l’arsenic
a pu venir des aliments ou de l'eau minérale
qui en contiennent naturellement.
La dernière étude sur le
« mystère » Napoléon
Une
équipe de médecins, de pathologistes
et de gastro-entérologues de plusieurs
pays ont étudié tous les rapports
d’autopsie ainsi que les témoignages
de ceux qui étaient présents durant
les dernières semaines de la vie de l’Empereur.

Passage de la Berezina
par l'armée française, fin novembre
1812, pendant la campagne de Russie. Gravure de
Johann Adam Klein d'après Franz von Habermann.
(Institut de France, bibliothèque Thiers,
Paris.). © Terra Nova
Ils
ont ensuite utilisé une base de données
de pathologies connues. Ainsi, ils ont identifié
la maladie dont souffrait Napoléon.
Pour eux, il n’y a aucun doute. L’Empereur
est mort d’une importante hémorragie
gastrique qui est la conséquence directe
d’un cancer de l’estomac.
Ce cancer, non soigné, s’est développé
à la suite d’un ulcère qui
lui-même était le fruit d’une
gastrite chronique.
Il
n’y a donc aucun mystère autour de
la mort de Napoléon, pas plus de main criminelle
que de complot.
V.B
(06.03.2007)
Références
bibliographiques
Les
grandes énigmes, éditions Larousse.
Les plus célèbres mystères
de l'histoire, Sélection du Reader's Digest.
Science & Vie N°1074
< Enigmes
de notre Histoire
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