Acheter un serpent ou une mygale est devenu très
à la mode. Reptiles et arachnides ont ainsi
été baptisés « nouveaux
animaux de compagnie » ou NAC.
L’engouement du public est tel que l’on
se doit de se poser certaines questions sur les
motifs d’un tel achat et surtout sur ses
conséquences.
En effet, les incidents se multiplient. La détention
par des particuliers d’animaux dangereux
fait bien l’objet d’une réglementation
mais cette dernière comporte apparemment
des lacunes au niveau des contrôles.
Qu’est-ce qu’un NAC ?
La liste des NAC est assez longue. Elle comporte des animaux connus
comme les rongeurs (chinchillas, furets, souris, hamsters...) mais
également des espèces beaucoup plus exotiques tels
les reptiles (iguanes, serpents) ou des arachnides comme les scorpions
ou les araignées.
Le marché des NAC poursuit son ascension et cela comprend,
outre l’achat de l’animal, tous les accessoires et matériels
nécessaires à leur maintien en captivité.
Vétérinaires et laboratoires pharmaceutiques ne sont
pas en reste ; ils se spécialisent de plus en plus dans ce
domaine.
Les caméléons sont
particulièrement protégés
On assiste donc à la mise en place d’un véritable
marché comparable à celui existant pour les chiens
et les chats.
Le terme NAC est-il approprié ? En effet, peut-on qualifier
ces animaux d’ »animaux de compagnie » ? On peut
en douter. D’ailleurs le certificat obligatoire s’intitule
Certificat de Capacité pour l’élevage d’espèces
non domestiques.
Cette appellation est plus proche de la réalité.
Animal de compagnie ou besoin d’exotisme
?
Comme je l’ai souligné dans mon dossier consacré
au hamster, un rongeur est un animal en général peu
sociable avec l’homme. Ce sont, pour la plupart, des animaux
solitaires et nocturnes.
Acheter un hamster pour un enfant n’est donc pas le meilleur
choix.
Le rat, qui a beaucoup moins de succès auprès du public,
s’avère beaucoup plus apte à entretenir une
relation « affective » avec l’homme.
Certains sont des aficionados du furet mais leur élevage
s’avère délicat et réclame des conditions
très particulières.
Il est important quel que soit l’achat de connaître
le mode de vie de l’animal dans son milieu naturel.
Cela devient primordial quand il s’agit d’espèces
potentiellement dangereuses.
Le qualificatif d’animal de compagnie n’est vraiment
pas approprié quand il s’agit de reptiles ou d’arachnides.
D’ailleurs, l’augmentation des achats est avant tout
du à un désir de changement ou d’originalité.
Couleuvre royale à diadème
(Spalerosophis atriceps) qui est assez méconnue en terrariophilie
mais qu'assez facile à maintenir en captivité
Un reptile ne s’apprivoise pas et je ne parle même
pas de domestication. Bien sûr, les anciens Egyptiens qui
étaient les champions de la domestication ont tenté
de domestiquer des couleuvres pour se débarrasser des rongeurs.
Mais, ils se sont heurtés à une déconvenue
concernant les reptiles qu’il s’agisse de serpents ou
de crocodiles.
Il y aura toujours un gouffre entre animal à sang froid
et animal à sang chaud. Il est intéressant de constater
que dès leur plus jeune âge, les singes comme les hommes
paniquent à la vue d’un serpent.
Cette phobie est atavique et propre à tous les primates.
Depuis toujours, l’un est la proie de l’autre et vice
versa.
Serpent des blés (Elaphe guttata)
qui est l'un des serpents les plus représentés en
terrariophilie
Dans les crises de delirium, le cerveau des malades produit des
« zoopsies ». Ce sont des hallucinations qui représentent
de petits animaux incontrôlables et dégoûtants
comme les rats, les araignées ou les serpents.
Toutes nos peurs plongent en fait dans les racines de notre propre
histoire et de nos rapports avec les animaux.
Ces répulsions semblent aujourd’hui périmées
pour une partie de la population. En l’an 2000, l’achat
de NAC en France représentait 5% de la population totale
d’animaux de compagnie.
La réglementation pour la détention
de NAC
En France, un certificat de capacité est obligatoire pour
la vente mais également, dans certains cas, pour la détention
de ces animaux non domestiques.
Un arrêté est sorti pour définir les quantités
et types d’espèces qui peuvent être détenues
par les particuliers. Il détermine également les espèces
que peuvent vendre les animaleries.
Il y est notamment précisé les espèces pour
lesquelles le certificat de capacité est obligatoire, dés
le premier spécimen.
La liste est longue et vous pouvez la consulter sur le site de Legifrance.
Toutes les espèces classées en annexe A de la
Communauté Européenne comme le Boa Constrictor Occidentalis
Les boïdés dont la taille adulte est égale
ou supérieure à 3 mètres, comme Python Molurus,
Python Sebae, Python Reticulatus, Morelia Amethistina
Les varans dont la taille adulte est supérieure ou égale
à 2 mètres
Toutes les mygales
Tous les scorpions
Une grande partie des tortues d’eaux détenues
en captivité
Les Crocodiliens
Le maintien en captivité des reptiles n’est pas interdit.
Seuls les transports et le commerce sont soumis à document
C.I.T.E.S par exemple, pour les espèces protégées
par la Convention de Washington.
Python royal (Python regius) qui
est le boïdé le plus commun en terrarium
Il est nécessaire de pouvoir justifier l’origine licite
de ces animaux. En cas de contrôle, il appartient au propriétaire
de fournir la preuve que l’animal en question a bien été
acheté dans un magasin qui répertorie chaque espèce
dans un registre d’entrées/sorties dans lequel seront
écrits les noms, origines et numéros de CITES (pour
les animaux qui proviennent hors UE le plus souvent) des animaux
achetés ou cédés. Un numéro CITES n’est
pas obligatoire pour la vente d’animaux effectuée à
l’intérieur de l’Union Européenne.
Varan des savanes (Varanus exanthematicus)
mesure entre 80 et 130 cm. C'est un animal diurne et calme
Un particulier n’est pas obligé de posséder
un certificat de capacité pour tous les animaux, les rongeurs
par exemple ne sont pas concernés. Quand c’est le cas,
la mention "certificat obligatoire" devra être indiquée
avec la fiche de l’animal.
Par contre, le vendeur doit posséder ce certificat pour chaque
espèce détenue et vendue.
Le site de la CITES répertorie la majorité des espèces
concernées. Site
de la CITES
La loi française est-elle trop stricte
?
Si l’on prend la loi à la lettre, toute personne détenant
une mygale, un scorpion, un serpent ou tout autre animal non domestique
devient responsable de fait d’un établissement d’élevage
et par conséquent de l’entretien de l’animal
élevé, et se trouve dans l’obligation légale
d’obtenir le certificat de capacité pour l’entretien
de cet animal.
Les Directions des Services Vétérinaires sont directement
responsables du contrôle des établissements détenant
des animaux non domestiques.
Dans les faits, si vous détenez à titre privé,
à votre domicile, des mygales et scorpions, hors de la vue
et de l’accès du public, il n’existe aucun moyen
de contrôle direct chez vous et sans votre accord pour votre
élevage
Cependant, la vente, l’échange, la cession à
titre gratuit ou le transport sont des activités réglementées
qui peuvent être contrôlées ou vérifiées
par les autorités.
Gecko léopard (Eublepharis
macularius) est le lézard le plus facile et le plus couramment
maintenu en captivité
Les Directions des Services Vétérinaires peuvent
vous « dispenser » à leur niveau de l’obligation
d’ouvrir un établissement, de passer le certificat
de capacité et de remplir ces registres lorsque votre élevage
est restreint et strictement privé. Il est fortement recommandé
de leur demander de vous notifier PAR ECRIT cette exemption. Ce
sera votre seul justificatif de bonne foi en cas de poursuites par
des services indépendants (police, gendarmerie, douanes).
Les restrictions à la détention de NAC déchaînent
les passions et les professionnels manifestent bien sûr leur
mécontentement face à une réglementation jugée
trop stricte.
Pourtant, depuis 4 ou 5 ans, les centres anti-poison enregistrent
des records en matière d'envenimation par animaux de compagnie.
Il y a déjà eu des cas de mort par étouffement
de propriétaires qui ne savaient pas que leur bébé
serpent atteindrait les 8 mètres.
De plus, les cas d’animaux potentiellement dangereux abandonnés
dans la nature se multiplient. Il serait dangereux que ces abandons
se généralisent car imaginez quelles seraient les
conséquences pour l’écosystème mais aussi
pour l’homme si ces animaux venaient à se reproduire.
Iguana iguana ou Iguane vert. Ce
lézard est souvent conseillé aux débutant.
Pourtant, adulte, certains individus sont particulièrement
agressifs. Cela peut-être d'autant plus dangereux que sa taille
peut atteindre 2 m (120 à 160 cm en moyenne)
Nous savons bien qu’un marché parallèle et
non légal se met en place comme cela se pratique déjà
pour les chiens.
Ce trafic illégal porte atteinte aux professionnels responsables.
Malheureusement, le plus gros problème à venir est
l’insuffisance des contrôles.
Il est fort à parier que dans les années à
venir, n’importe qui pourra se procurer n’importe quoi
ce qui intensifiera obligatoirement les risques d’accidents.
Exemple récent d’un NAC abandonné
dans la nature
Déjà l’hiver dernier, un serpent de très
grande taille avait été aperçu par plusieurs
témoins dans l’ouest de l’Hérault. Le
26 août 2005, sur une zone industrielle entre Béziers
et Servian, le serpent a laissé des traces de mue.
Le vétérinaire des sapeurs-pompiers a déclaré
qu’il s’agissait d’un gros serpent, encore juvénile,
d’environ 1,50 m.
Ce serait peut-être un boa ou un python. Les mues ont été
expédiées au zoo de Lunaret pour expertise.
Boa constrictor imperator qui est
très répandu en captivité
D’après les gendarmes, le serpent serait actuellement
prisonnier dans un réseau d’eau pluviale. Les accès
à la canalisation ont été colmatés.
Malgré tous les efforts, le serpent n’a pu être
délogé de sa cachette.
Quand on sait qu’un serpent peut rester plusieurs mois sans
s’alimenter, l’attente risque d’être longue.
On envisage donc de confier cette tâche à une entreprise
privée.
La bonne question est de savoir d’où vient ce serpent.
Il est fort probable qu’il s’agit une fois de plus d’un
de ces « nouveaux animaux de compagnie » abandonné
dans la nature par ses propriétaires.
La loi ne peut rien contre l’irresponsabilité
Bon nombre de personnes se découvrent une passion pour ces
animaux, à titre privé ou commercial, sans être
toujours en mesure de l’assumer correctement.
Le renforcement de la législation et des contrôles
était donc aussi inévitable que nécessaire.
En effet, l’achat de tels animaux implique le sens de la
responsabilité de la part de leurs propriétaires.
Quand on voit le nombre d’abandons de chiens et de chats,
on peut se demander si la majorité est responsable et digne
de posséder un animal quel qu’il soit.
Si une partie de la population achète un animal en prenant
conscience de s’engager pour de longues années, l’autre
partie jette après usage sans aucun remord l’animal
devenu gênant.
Agame barbu d'Australie (Pogona vitticeps)
mesure entre 40 et 50 cm. C'est un lézard assez sociable
et très territorial
Je ne fais pas un procès aux professionnels sérieux
mais si il y a quelques années ce marché était
celui de passionnés, aujourd’hui, c’est devenu
un commerce comme un autre qui est pratiqué par des «
vendeurs » pas toujours spécialisés.
Que dire de la vente de NAC dans des magasins de bricolage comme
j’ai pu le constater dernièrement ?
Le meilleur conseil que l’on puisse donner à ceux
qui se laisseraient tenter par ce type d’achat est de suivre
un stage, comme ceux proposés par le Centre de Formation
en Terrariophilie (C.F.T).
Ce centre propose aux amateurs comme aux futurs professionnels d’améliorer
leurs connaissances pour commercialiser ou simplement élever
leurs reptiles, arachnides et amphibiens. Site
du C.F.T
Une meilleure connaissance de ces animaux est sans aucun doute
la clef de la réussite. Les connaître, c’est
les respecter et à terme cela permet d’établir
un bon équilibre entre l’Homme et l’Animal.
L’avenir des NAC passe par le développement d’une
terrariophilie pratiquée par des personnes, amateurs ou non,
compétentes et responsables.