La destruction du monde selon la mythologie
égyptienne
Après
la création du monde physique et de l’être
humain, les dieux se multiplient et entretiennent
des liens étroits, comparables à
ceux des douze dieux de l’olympe dans la
mythologie grecque.
Cette
fois encore, l’homme est devenu orgueilleux
et pense qu’il est l’égal des
dieux. Trop infatué de lui-même,
il ignore les mises en garde et devient avare
d’offrandes.
Rê,
chef de tous les dieux, réunit ces derniers
afin de décider d’une punition. Ils
décident d’envoyer sur terre la déesse
à tête de lionne, Sekhmet, qui symbolise
la vigueur du soleil.

Rê
Ne
craignant pas de tuer des hommes, Sekhmet se livre
à un effroyable carnage et boit le sang
de ses victimes.
Les
dieux s’inquiètent de la fin proche
de l’humanité mais n’arrivent
pas à endiguer la fougue de cette déesse
vengeresse.
Pour
sauver ce qui peut encore l’être,
ils inondent un champ d’un liquide rouge
sang. Attiré par ce liquide, Sekhmet le
boit jusqu’à la dernière goutte
et s’effondre « saoulée »
par cette boisson concoctée à base
de bière.

Sekhmet. (University
of Pennsylvania Museum of Archaeology and Anthropology).
By Mharrsch Licence
Mais
lorsqu’elle se réveille de son coma
éthylique, l’humanité est
sauvée et les hommes ont compris une leçon
: ne jamais négliger les dieux.
Dans
la mythologie égyptienne, le mythe du déluge
est, si je peux dire, légèrement
« aviné ». Cependant, les motifs
de l’inondation sont les mêmes que
pour les autres mythes : l’homme ne répond
plus aux attentes de ceux qui les ont créés.
C’est son orgueil qui le mène à
une quasi-destruction.
La fin du monde selon la mythologie nordique
Pour
les peuples nordiques, nul ne peut échapper
à son destin. Le concept de Ragnarök
(mort des dieux) est lié à cette
idée.
La destruction du monde est donc inéluctable.

Odin, Frøya
et les dieux nordiques. By Mixmaster Licence
Ragnarök
doit être annoncé par trois années
de guerre suivies d’un terrible hiver de
trois ans, sans été.
Un immense tremblement de terre brisera alors
tous les liens. Fenrir le loup se retrouvera délivré
de ses chaînes ainsi que son père
Loki.
Jormungand, le serpent cosmique, provoquera un
immense raz de marée qui inondera la terre
entière.
Les eaux tourbillonnantes emporteront le bateau
Naglfar rempli de géants.

Ce relief montre
Fenrir engloutissant Odin le jour de Ragnarök
Fenrir
et Jormungand marcheront vers la plaine de Vigrid,
lieu de l’ultime bataille, tous comme les
dieux, conduits par Odin.
Odin
sera tué par le loup Fenrir et Thor succombera
à ses blessures après avoir tué
le serpent cosmique, Jormungand.
A
l’issue de ce combat final, des flammes,
de la fumée et de la vapeur s’élèveront
et le ciel s’obscurcira.
Les étoiles disparaîtront et la terre
sombrera dans la mer.

Broche représentant
Jormungand
Cependant,
Ragnarök ne constituera pas la fin du monde.
En effet, le monde ressurgira, vert et fertile
et ce sera l’avènement d’un
nouvel âge.
Le
monde des humains sera repeuplé par deux
personnes, Lif et Lifthrasir. L’homme bénéficiera
donc d’un nouveau départ et le cycle
pourra recommencer.
La
mythologie nordique fait référence
au déluge mais également à
l’arche de Noé et au repeuplement
de la terre grâce à un couple épargné
par les dieux.
Le déluge selon la mythologie chinoise
Il
existe quatre versions principales du mythe du
déluge. Dans la première, le dieu-ouvrier
Gong-Gong remue les eaux du monde entier à
tel point qu’elles se précipitent
contre la barrière du ciel.
Le
mythe de la double catastrophe du feu et du déluge
met en vedette la déesse Nugua, qui met
un terme au désastre.

Peinture symbolisant
Nugua qui intervient, quand le déluge menace,
pour réparer le cosmos
La
version majeure narre comment le héros
Yu maîtrise les eaux. Des créatures
surnaturelles, le dragon aquatique et la tortue,
l’aident dans sa mission.
Après avoir canalisé les flots,
il partage le monde en neuf régions et
devient ainsi le fondateur de la dynastie mythique
des Hia, la première de l’âge
d’or.

Dragon aquatique.
By Steve E Licence
Si
le mythe du déluge est omniprésent
dans la fin du monde et sa renaissance, par contre,
la mythologie chinoise ne fait pas référence
à une punition divine, ni à un nouveau
départ grâce à quelques survivants
qui bénéficient de la faveur des
dieux.

Statue du dieu-ciel
On
retrouve bien par contre, cette notion du retour
à l’ordre naturelle après
les catastrophes universelles ainsi que le concept
de l’âge d’or.
Les mythes du déluge dans la mythologie
amérindienne
Selon
la mythologie du peuple cañari de l’Equateur,
deux frères échappent à un
déluge en se réfugiant en haut d’une
montagne, l’Huacaynan.
Lorsque le niveau des eaux baisse, les deux frères
doivent survivre. Un jour qu’ils rentrent
sans avoir pu trouver la moindre nourriture, ils
voient un repas dans leur hutte accompagné
de chicha (bière de maïs).
Ce miracle se reproduit 10 jours d’affilée.
Le frère aîné décide
alors de se cacher pour savoir qui leur laisse
cette nourriture.
Il voit alors deux aras préparer le repas.
Les deux oiseaux ont des visages de femme. Ils
essayent de les attraper mais les oiseaux s’envolent
et ne reviennent plus pendant trois jours.
Le
frère cadet se cache, à son tour,
pour observer les curieux oiseaux. Alors que les
oiseaux reviennent, il arrive à attrape
le plus petit.
Cet
étrange couple
vit de nombreuses années ensemble et a
six enfants.
Le
mythe nous raconte que les Cañari descendent
de ces enfants. La montagne, symbole de fertilité,
est sacrée.
Ce
mythe mélange les métaphores de
l’humanité et du monde animal qui
exprime un thème andin universel.
La mythologie andine et le panthéon incas
particulièrement étaient gouvernés
par de puissants dieux qui demeuraient au sommet
de pics montagneux.
Ils envoyaient pluie, grêle, foudre ou sécheresse
pour tourmenter les hommes. Le seul moyen d’apaiser
leur colère était de leur faire
des offrandes ou des sacrifices.
Le déluge dans la mythologie grecque
Il
existe plusieurs versions du mythe de déluge
chez les Grecs.
La
version la plus aboutie du mythe du déluge
nous vient du poète Ovide, un Romain qui
a vécu au Ier siècle avant notre
ère.
Selon
ce mythe, Zeus descendit sur Terre pour vérifier
si les hommes étaient encore contrôlables.
Il rendit visite au tyran Lycaon et se fit invité
à dîner. Le peuple s’inclina
devant ce dieu mais Lycaon ne lui voua aucune
vénération.

Zeus (British Museum).
By Gruntzooki Licence
Il
tua un prisonnier de guerre, un homme du peuple
des Molosses et le fit cuire. Il le servit comme
repas à Zeus. Il se dit que si cet invité
était un faux dieu, il ne remarquerait
pas qu’il mangeait de la chaire humaine.
Manque de chance pour lui, Zeus en vrai dieu désintégra
aussitôt Lycaon et son palais puis retourna
sur l’Olympe.
Très
en colère, Zeus demanda à Poséidon,
dieu de la Mer, de créer un gigantesque
ras de marée pour submerger la Terre.
Poséidon créa donc un colossal orage
et la pluie ne cessa de tomber pendant neuf jours
et neuf nuits.
Ce déluge noya l’humanité
toute entière.

Poséidon.
By Tgigrceny (Montpellier) Licence
Cependant,
seul le sommet du mont Parnasse dépassait
encore des eaux. Alors, Prométhée
qui avait protégé sa famille dit
à son fils Deucalion de construire une
arche en bois, de la remplir de nourriture, puis
d’y faire monter son épouse Pyrrha,
la fille d’Epiméthée et de
Pandore.
Le
couple accosta au sommet du Parnasse. Enfin, les
eaux se retirèrent et ils purent descendre
pour se rendre jusqu’à un temple.
Là, ils entendirent une voix leur ordonner
de se voiler la face et de jeter les os de leur
mère derrière eux.
Cet
acte aurait été un sacrilège.
Le couple réfléchit, se disant qu’aucun
dieu, ne pouvait exiger d’eux une telle
chose.
Ils comprirent alors que leur mère était
Gaïa, la Terre. Donc, ses « os »
étaient des pierres. Ils jetèrent
donc quelques pierres et celles-ci se transformèrent
en hommes et en femmes qui purent repeupler la
terre.
Il
y a bien sûr, une ressemblance frappante
entre le mythe grec et le mythe biblique.
Mythologie babylonienne : Le déluge
de Ninive (11e tablette de l’épopée
de Gilgamesh)
La
Mésopotamie (Irak actuelle) est la source
de nombreux mythes qui comptent parmi les plus
anciens que l’on connaisse.
Le
récit est conté à Gilgamesh
par le héros Utanapishtim. Les similitudes
avec le déluge biblique sont frappantes.
L’épopée de Gilgamesh date
de plus de 4 000 ans avant notre ère.

Gilgamesh (British
Museum) By Litmuse Licence
Utanapishtim,
citoyen de la cité babylonienne de Shuruppak,
reçoit un message secret du dieu Ea l'avertissant
que les dieux sont sur le point de noyer la terre
sous un déluge.

Empreinte d'un
sceau-cylindre sumérien représentant
un jugement d'Ea
Ea
ordonne à Utanapishtim de construire un
bateau.
Sur
le vaisseau terminé, Utanapishtim embarque
de l'or et de l'argent, les membres de sa famille
et un représentant de chaque espèce
animale. À l'heure dite, les digues se
rompent et la pluie tombe. La tempête est
si terrible que même les dieux en sont effrayés.

Utanapishtim
sur son bateau
Au
septième jour, les eaux se retirent et
Utanapishtim constate que son bateau s'est échoué.
Il libère la colombe et l'hirondelle mais
celles-ci reviennent au bateau. Seul le corbeau
consent à s'installer sur la terre ferme.
Utanapishtim fait débarquer sa famille
et célèbre son salut par un sacrifice
au cours duquel il verse des libations et brûle
de l'encens.

11e tablette de
l’épopée de Gilgamesh. By
Atonal Licence
Attirés
par l'agréable senteur, les dieux se rassemblent
autour d'Utanapishtim et de sa victime. Lorsque
vient la déesse-mère, elle pleure
la destruction de ses créatures et jure
de ne jamais oublier. Elle accuse Enlil de la
destruction presque totale de l'humanité.
Enlil est furieux qu'une famille humaine ait réussi
à échapper au déluge, mais
Ea lui avoue qu'il a organisé lui-même
le périple d'Utanapishtim.
Apaisé,
Enlil bénit le héros et son épouse
et leur accorde la vie éternelle.
La mythologie biblique et le déluge
Dieu
voit que l’homme ne pense qu'au mal et se
repent de l'avoir créé. II décide
d'effacer de la surface de la terre tous les hommes
et les animaux. Seul Noé, homme juste et
parfait, trouve grâce à ses yeux.
Dieu
dit à Noé qu'il a résolu
de faire périr tous les hommes en les soumettant
à un déluge qui détruira
tout sur la terre. II commande à Noé
de construire une arche en bois de pin, d'y aménager
des cellules et d'en enduire la coque de poix,
puis il lui ordonne de monter à bord de
l'arche en compagnie de sa femme, de ses fils,
d'un couple d'animaux de chaque espèce,
et d'assez de vivres pour les nourrir tous.

Le Déluge,
fresque de Paolo Uccello. Licence
Noé
fait ce que Dieu lui a commandé. Sept jours
plus tard, les eaux du déluge s'abattent
sur la terre pendant quarante jours et quarante
nuits. Les eaux soulèvent l'arche et submergent
tout, tuant les créatures restées
sur terre. Après quelque temps, Dieu se
souvient de Noé et de l'arche. II ferme
les sources de l'abîme et les écluses
des cieux, et la pluie cesse de tomber. Lentement,
les eaux se retirent de la terre.
Après
quarante jours, Noé libère la colombe
mais, ne trouvant aucun endroit pour se poser,
elle revient sur l'arche. Après sept jours,
il envoie à nouveau l'oiseau, qui revient
le bec chargé d'un rameau d'olivier. Sept
jours plus tard, Noé libère à
nouveau la colombe, qui cette fois ne revient
pas.

Mosaïque de
la basilique Saint-Marc, à Venise, qui
illustre le Déluge
Noé
comprend que la surface de la terre a séché
et Dieu lui commande de sortir de l'arche avec
sa femme, ses fils et tous les animaux.
Noé construit un autel et sacrifie à
Dieu plusieurs des bêtes pures et des oiseaux
purs. Sentant une odeur agréable, Dieu
décide de ne plus maudire la terre pour
le salut de l'homme car c'est dans le coeur de
l'homme que réside le mal.
II bénit Noé et ses fils et décrète
que les animaux doivent vivre dans la crainte
de l'homme, puis il fait apparaître un arc-en-ciel
dans le ciel.
Que doit-on en conclure ?
Il
semble y avoir un mythe original qui s’est
propagé à travers le monde. Les
mythes expliquent souvent des phénomènes
naturels qui ont réellement existé.
Ils symbolisent également l’anxiété
et les peurs propres à l’homme.
Des
mythologies aussi éloignées géographiquement
que celles de la Grèce et du Japon comportent
des similitudes. Pourquoi ?
Dans
toutes les cultures, quatre grandes questions,
sont posées et les mythes tentent de répondre
aux interrogations des hommes :
- La
création du monde
- La cosmogonie : description du monde, des étoiles,
du ciel et des Enfers
- Les origines de l’humanité
- La fin du monde et surtout celle de l’humanité
Ces
questions sont aujourd’hui traitées
de manière scientifique mais le progrès
est loin d’avoir résolu toutes ces
énigmes.
On
ne peut que penser que la coïncidence est
étrange. Comment des cultures ont-elles
pu posséder des mythes aussi ressemblants.
Il
serait tentant de penser qu’un savoir universel
réside dans la mémoire humaine ;
savoir qui nous viendrait d’un lointain
héritage.
Cette théorie nous ramène à
une première humanité qui aurait
disparu pour laisser un maigre héritage
aux rares survivants.
Les
esprits plus rationnels penchent tout simplement
pour une communication orale d’un mythe
du fait que l’homme, de tous temps, a toujours
voyagé.
Avant l’invention de l’écriture,
l’homme communiquait. Il y a-t-il eu emprunt
de ces mythes qui sont venus se greffer sur les
croyances locales ?
Quelle
que soit nos convictions dans ce domaine, une
question reste posée : d’où
le mythe original provient-il ?
V.B
(10.12.2006)
Références bibliographiques
Encyclopédie
de la mythologie, Parragon 2004. L’univers
de la mythologie grecque, Gründ 2004. Vikings,
la bataille de la fin des temps, Gründ 2002
Dossier complémentaire
sur le déluge
Le
Mythe du Déluge (expliqué
par la science)
< Mythologie.
Religion
|