Comparatif
entre les mythologies concernant la fin du monde
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Après la création du monde physique et de l’être humain, les dieux se multiplient et entretiennent des liens étroits, comparables à ceux des douze dieux de l’olympe dans la mythologie grecque. Cette fois encore, l’homme est devenu orgueilleux et pense qu’il est l’égal des dieux. Trop infatué de lui-même, il ignore les mises en garde et devient avare d’offrandes. Rê, chef de tous les dieux, réunit ces derniers afin de décider d’une punition. Ils décident d’envoyer sur terre la déesse à tête de lionne, Sekhmet, qui symbolise la vigueur du soleil.
Rê. © dinosoria.com Ne craignant pas de tuer des hommes, Sekhmet se livre à un effroyable carnage et boit le sang de ses victimes. Les dieux s’inquiètent de la fin proche de l’humanité mais n’arrivent pas à endiguer la fougue de cette déesse vengeresse. Pour sauver ce qui peut encore l’être, ils inondent un champ d’un liquide rouge sang. Attiré par ce liquide, Sekhmet le boit jusqu’à la dernière goutte et s’effondre « saoulée » par cette boisson concoctée à base de bière.
Mais lorsqu’elle se réveille de son coma éthylique, l’humanité est sauvée et les hommes ont compris une leçon : ne jamais négliger les dieux. Dans la mythologie égyptienne, le mythe du déluge est, si je peux dire, légèrement « aviné ». Cependant, les motifs de l’inondation sont les mêmes que pour les autres mythes : l’homme ne répond plus aux attentes de ceux qui les ont créés. C’est son orgueil qui le mène à une quasi-destruction.
Pour
les peuples nordiques, nul ne peut échapper
à son destin. Le concept de Ragnarök
(mort des dieux) est lié à cette
idée.
Odin, Frøya et les dieux nordiques. By Mixmaster Licence Ragnarök
doit être annoncé par trois années
de guerre suivies d’un terrible hiver de
trois ans, sans été.
Ce relief montre Fenrir engloutissant Odin le jour de Ragnarök Fenrir et Jormungand marcheront vers la plaine de Vigrid, lieu de l’ultime bataille, tous comme les dieux, conduits par Odin. Odin sera tué par le loup Fenrir et Thor succombera à ses blessures après avoir tué le serpent cosmique, Jormungand. A
l’issue de ce combat final, des flammes,
de la fumée et de la vapeur s’élèveront
et le ciel s’obscurcira.
Broche représentant Jormungand Cependant, Ragnarök ne constituera pas la fin du monde. En effet, le monde ressurgira, vert et fertile et ce sera l’avènement d’un nouvel âge. Le monde des humains sera repeuplé par deux personnes, Lif et Lifthrasir. L’homme bénéficiera donc d’un nouveau départ et le cycle pourra recommencer. La mythologie nordique fait référence au déluge mais également à l’arche de Noé et au repeuplement de la terre grâce à un couple épargné par les dieux.
Il existe quatre versions principales du mythe du déluge. Dans la première, le dieu-ouvrier Gong-Gong remue les eaux du monde entier à tel point qu’elles se précipitent contre la barrière du ciel. Le mythe de la double catastrophe du feu et du déluge met en vedette la déesse Nugua, qui met un terme au désastre.
Peinture symbolisant Nugua qui intervient, quand le déluge menace, pour réparer le cosmos La
version majeure narre comment le héros
Yu maîtrise les eaux. Des créatures
surnaturelles, le dragon aquatique et la tortue,
l’aident dans sa mission. Si le mythe du déluge est omniprésent dans la fin du monde et sa renaissance, par contre, la mythologie chinoise ne fait pas référence à une punition divine, ni à un nouveau départ grâce à quelques survivants qui bénéficient de la faveur des dieux.
Statue du dieu-ciel On retrouve bien par contre, cette notion du retour à l’ordre naturelle après les catastrophes universelles ainsi que le concept de l’âge d’or.
Selon
la mythologie du peuple cañari de l’Equateur,
deux frères échappent à un
déluge en se réfugiant en haut d’une
montagne, l’Huacaynan. Le frère cadet se cache, à son tour, pour observer les curieux oiseaux. Alors que les oiseaux reviennent, il arrive à attrape le plus petit. Cet étrange couple vit de nombreuses années ensemble et a six enfants. Le mythe nous raconte que les Cañari descendent de ces enfants. La montagne, symbole de fertilité, est sacrée. Ce
mythe mélange les métaphores de
l’humanité et du monde animal qui
exprime un thème andin universel.
Il existe plusieurs versions du mythe de déluge chez les Grecs. La version la plus aboutie du mythe du déluge nous vient du poète Ovide, un Romain qui a vécu au Ier siècle avant notre ère. Selon
ce mythe, Zeus descendit sur Terre pour vérifier
si les hommes étaient encore contrôlables.
Zeus . By Pro-Zak. Licence Il
tua un prisonnier de guerre, un homme du peuple
des Molosses et le fit cuire. Il le servit comme
repas à Zeus. Il se dit que si cet invité
était un faux dieu, il ne remarquerait
pas qu’il mangeait de la chaire humaine. Très
en colère, Zeus demanda à Poséidon,
dieu de la Mer, de créer un gigantesque
ras de marée pour submerger la Terre.
Sculpture de Poséidon. By Arte Molto Brotta 2. Licence Cependant, seul le sommet du mont Parnasse dépassait encore des eaux. Alors, Prométhée qui avait protégé sa famille dit à son fils Deucalion de construire une arche en bois, de la remplir de nourriture, puis d’y faire monter son épouse Pyrrha, la fille d’Epiméthée et de Pandore. Le
couple accosta au sommet du Parnasse. Enfin, les
eaux se retirèrent et ils purent descendre
pour se rendre jusqu’à un temple. Cet
acte aurait été un sacrilège.
Le couple réfléchit, se disant qu’aucun
dieu, ne pouvait exiger d’eux une telle
chose. Il y a bien sûr, une ressemblance frappante entre le mythe grec et le mythe biblique.
La Mésopotamie (Irak actuelle) est la source de nombreux mythes qui comptent parmi les plus anciens que l’on connaisse. Le
récit est conté à Gilgamesh
par le héros Utanapishtim. Les similitudes
avec le déluge biblique sont frappantes.
Gilgamesh (British Museum) By Litmuse Licence Utanapishtim, citoyen de la cité babylonienne de Shuruppak, reçoit un message secret du dieu Ea l'avertissant que les dieux sont sur le point de noyer la terre sous un déluge.
Empreinte d'un sceau-cylindre sumérien représentant un jugement d'Ea Ea ordonne à Utanapishtim de construire un bateau. Sur le vaisseau terminé, Utanapishtim embarque de l'or et de l'argent, les membres de sa famille et un représentant de chaque espèce animale. À l'heure dite, les digues se rompent et la pluie tombe. La tempête est si terrible que même les dieux en sont effrayés.
Utanapishtim sur son bateau Au septième jour, les eaux se retirent et Utanapishtim constate que son bateau s'est échoué. Il libère la colombe et l'hirondelle mais celles-ci reviennent au bateau. Seul le corbeau consent à s'installer sur la terre ferme. Utanapishtim fait débarquer sa famille et célèbre son salut par un sacrifice au cours duquel il verse des libations et brûle de l'encens.
11e tablette de l’épopée de Gilgamesh. By Atonal Licence Attirés par l'agréable senteur, les dieux se rassemblent autour d'Utanapishtim et de sa victime. Lorsque vient la déesse-mère, elle pleure la destruction de ses créatures et jure de ne jamais oublier. Elle accuse Enlil de la destruction presque totale de l'humanité. Enlil est furieux qu'une famille humaine ait réussi à échapper au déluge, mais Ea lui avoue qu'il a organisé lui-même le périple d'Utanapishtim. Apaisé, Enlil bénit le héros et son épouse et leur accorde la vie éternelle.
Dieu voit que l’homme ne pense qu'au mal et se repent de l'avoir créé. II décide d'effacer de la surface de la terre tous les hommes et les animaux. Seul Noé, homme juste et parfait, trouve grâce à ses yeux. Dieu dit à Noé qu'il a résolu de faire périr tous les hommes en les soumettant à un déluge qui détruira tout sur la terre. II commande à Noé de construire une arche en bois de pin, d'y aménager des cellules et d'en enduire la coque de poix, puis il lui ordonne de monter à bord de l'arche en compagnie de sa femme, de ses fils, d'un couple d'animaux de chaque espèce, et d'assez de vivres pour les nourrir tous.
Le Déluge, fresque de Paolo Uccello. Licence Noé fait ce que Dieu lui a commandé. Sept jours plus tard, les eaux du déluge s'abattent sur la terre pendant quarante jours et quarante nuits. Les eaux soulèvent l'arche et submergent tout, tuant les créatures restées sur terre. Après quelque temps, Dieu se souvient de Noé et de l'arche. II ferme les sources de l'abîme et les écluses des cieux, et la pluie cesse de tomber. Lentement, les eaux se retirent de la terre. Après quarante jours, Noé libère la colombe mais, ne trouvant aucun endroit pour se poser, elle revient sur l'arche. Après sept jours, il envoie à nouveau l'oiseau, qui revient le bec chargé d'un rameau d'olivier. Sept jours plus tard, Noé libère à nouveau la colombe, qui cette fois ne revient pas.
Mosaïque de la basilique Saint-Marc, à Venise, qui illustre le Déluge Noé
comprend que la surface de la terre a séché
et Dieu lui commande de sortir de l'arche avec
sa femme, ses fils et tous les animaux. II bénit Noé et ses fils et décrète que les animaux doivent vivre dans la crainte de l'homme, puis il fait apparaître un arc-en-ciel dans le ciel.
Il
semble y avoir un mythe original qui s’est
propagé à travers le monde. Les
mythes expliquent souvent des phénomènes
naturels qui ont réellement existé. Des mythologies aussi éloignées géographiquement que celles de la Grèce et du Japon comportent des similitudes. Pourquoi ? Dans toutes les cultures, quatre grandes questions, sont posées et les mythes tentent de répondre aux interrogations des hommes :
Ces questions sont aujourd’hui traitées de manière scientifique mais le progrès est loin d’avoir résolu toutes ces énigmes. On ne peut que penser que la coïncidence est étrange. Comment des cultures ont-elles pu posséder des mythes aussi ressemblants. Il
serait tentant de penser qu’un savoir universel
réside dans la mémoire humaine ;
savoir qui nous viendrait d’un lointain
héritage. Les
esprits plus rationnels penchent tout simplement
pour une communication orale d’un mythe
du fait que l’homme, de tous temps, a toujours
voyagé. Quelle que soit nos convictions dans ce domaine, une question reste posée : d’où le mythe original provient-il ? V.B (10.12.2006)
Encyclopédie de la mythologie, Parragon 2004. L’univers de la mythologie grecque, Gründ 2004. Vikings, la bataille de la fin des temps, Gründ 2002
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