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Morse

Odobenus, mot grec signifiant « celui qui marche sur les dents », fait allusion à la façon dont le morse (Odobenus rosmarus) se hisse sur la glace grâce à ses défenses.
Excessivement chassé par les explorateurs du Grand Nord, puis par les trafiquants d’ivoire, le morse est en danger d’extinction.
Incroyable animal aux allures préhistoriques, le morse tente pourtant de survivre dans toutes les mers arctiques.

Les ancêtres du morse

L’origine des " pinnipèdes" (aujourd'hui ordre des Carnivora) est localisée dans le Pacifique Nord.
On pense que les éléphants de mer et les morses ont des ancêtres communs avec les ours.

Dans le sous-ordre des Caniformia, le morse est aujourd’hui l’unique représentant de la famille des Odobenidae.
Le morse est apparenté aux otaries et non aux phoques, comme l’attestent ses membres postérieurs robustes et articulés.

Morse préhistorique

Squelette d'un morse du Pléistocène. By Oliverk . (CC BY-NC-ND 3.0)

Il y a environ 25 millions d’années, des carnivores terrestres proches de l’ours, les énaliarctidés, adoptèrent près du littoral une vie partagée entre la terre et l’eau. Leur structure dentaire permet de leur affilier tant les otaries que les morses.

Au Pliocène inférieur, il y a 5 millions d’années, au moins cinq genres de morses vivaient sur la côte nord du Pacifique.
Les premiers morses, tel l’Imagotaria, avaient un aspect très proche des lions de mer actuels.

Morse préhistorique

Squelette d'un morse du Pléistocène. By Oliverk . (CC BY-NC-ND 3.0)

Certains morses purent traverser le bras de mer qui séparait l’Amérique du Nord de l’Amérique du Sud, au Miocène supérieur, il y a 8 millions d’années.

Au Pliocène inférieur, 3 millions d’années plus tard, ils avaient migré vers le nord de l’Atlantique. Colonisant ce nouvel océan, ils prospérèrent bientôt jusqu’aux eaux arctiques, et ce n’est qu’il y a 300 000 ans qu’ils revinrent peupler le Pacifique, via le détroit de Béring.

Aujourd’hui, on distingue deux sous-espèces :

  • Morse du Pacifique (Odobenus rosmarus divergens) qui vit dans les mers de Béring, des Tchouktches et de Laptev
  • Morse de l’Atlantique (Odobenus rosmarus rosmarus) qui vit dans les régions côtières du nord-est du Canada et du Groenland

O. r. laptevi, une troisième sous-espèce n'est pas reconnue par la plupart des auteurs.

Portrait du morse

Massif, le morse mâle peut atteindre près de 4 m de long pour un poids qui varie de 400 kg à 1,7 tonnes. La femelle est plus petite.

Outre les défenses, l’anatomie du morse se caractérise par un épiderme particulier. D'une épaisseur moyenne de 3 cm, la peau du morse est fendillée d'un réseau de sillons et de replis où les parasites sont nombreux à venir se nicher.

Odobenus rosmarus

Odobenus rosmarus . © dinosoria.com

Recouvrant une couche de lard calorigène, cet épiderme à l'aspect granuleux est parsemé de poils drus formant un véritable duvet qui se clairseme à mesure que l'animal vieillit. La propriété la plus étonnante de cette peau est une vascularisation importante en capillaires sanguins qui, lorsque l'animal s'expose au soleil, font affluer le sang et rosir le corps de l'animal tout entier. Quel contraste avec la masse grise sortie de l'eau glacée quelques instants plus tôt !

Colonie de morses

Colonie de morses. © dinosoria.com

Le régime alimentaire du morse est à base de mollusques bivalves, palourdes, coques et autres moules, fort nombreuses sur les fonds peu profonds des mers boréales. Pour repérer cette nourriture dans des eaux ténébreuses, notamment en hiver, le morse utilise principalement son museau comme instrument de fouissage. Le dessus du nez, renforcé d'un cuir épais, racle les sols boueux, et les vibrisses très sensibles, plantées en nombre à l'extrémité du museau, plus de 400, détectent efficacement les coquillages dont il n'a plus qu'à aspirer la chair.

Morse

Morse. By Pneff . (CC BY-NC-ND 3.0)

Lorsqu'il s'attaque à des invertébrés tels que crabes, concombres de mer ou poulpes, le morse produit un souffle puissant qui pulse l'eau comme une trombe et déblaie les sédiments masquant ses proies.

La vie sociale du morse

Les morses sont des animaux très sociables, et ils adorent s'entasser les uns sur les autres, sans distinction de sexe et par centaines, sur les rivages ou la banquise. Ce sont des animaux particulièrement grégaires.

Morse

Les morses sont sociables. © dinosoria.com

La solidarité des morses entre eux est légendaire: des guetteurs alertent la colonie en cas de danger, et si un congénère isolé est d'aventure attaqué par un ours polaire, tous les adultes viennent à sa rescousse !

Cri du Morse

Pourtant, dans les grands rassemblements, les places centrales sont très disputées, et seuls les gros mâles pourront réellement y prétendre. Mais attention, la perte accidentelle d'une défense signifiera la fin des privilèges statutaires liés à cet attribut.

Les défenses du morse

Les défenses sont en fait des canines supérieures dont la croissance est continue.

Une longueur de défenses respectable confère au morse une position dominante.
Les confrontations de statut sont fréquentes. Dans ce cas là, les défenses servent d’armes de combat.

Les défenses sont portées par les deux sexes et peuvent atteindre plus d’ un mètre de long chez les mâles. La moyenne est de 50 cm. C’est à partir de 6 mois que leur croissance débute.

Odobenus rosmarus

Morse. © dinosoria.com

Ces défenses ont un rôle social mais sont également utiles à l’animal. Prenant appui sur ses défenses plantées dans la banquise, le morse peut se hisser hors de l'eau.
De plus, creusant la banquise afin d'obtenir un trou d'aération, le morse y plante ensuite ses dents et se maintient ainsi accroché pendant la sieste.
Ses défenses fouillent également la vase pour débusquer les divers coquillages dont il se nourrit.

Odobenus rosmarus

Odobenus rosmarus. By James Moberg . (CC BY-NC-ND 3.0)

Enfin, les longues défenses du morse constituent des armes redoutables contre l'orque. Certains chasseurs ayant blessé quelques-uns de ces animaux pourraient certainement témoigner de leur efficacité et de la fureur qui peut s'emparer alors de l'animal. Il est alors capable de faire chavirer une petite embarcation.

Malheureusement pour lui, ses longues canines d’ivoire ont attisé la cupidité des hommes, ce qui lui a valu d’être quasiment exterminé.

Reproduction du morse

Rôdant près des rivages où s'amassent les femelles, le mâle s'efforce de les attirer dans l'eau où l'accouplement aura lieu. Le morse donne à cet effet un véritable concert acoustique. Immergeant sa tête, il produit d'abord sous l'eau des sons à la résonance étouffée. Puis, émergeant la tête à nouveau, il émet une série de cliquetis grâce à deux poches d'air logées dans les joues qui se gonflent et amplifient ses appels.

Bébé morse

Un jeune de moins de 6 mois. By Cmiper . (CC BY-NC-ND 3.0)

Les femelles mettent bas tous les deux ans. La gestation dure 15 à 16 mois dont 4 à 5 mois de nidation différée.
Chaque portée compte un à deux petits qui naissent entre le mois d’avril et le mois de juin.

La longévité d’un morse en liberté est de 20 à 25 ans.

Le morse en danger

Véritable providence pour les Esquimaux, à qui il procure peau, graisse et nourriture, le morse a beau se cantonner aux régions polaires, rien n'y fait: il continue d'être chassé pour ses grandes défenses d'ivoire, les plus grandes et les plus pures après celles de l'éléphant.

Morse

Le morse est en danger. © dinosoria.com

Bien que la population de morses du Pacifique soit stable (200 000 individus environ), cette espèce est au bord du déclin.
Les morses de l’Atlantique, eux, ont été chassés jusqu’à une quasi-extinction.
Avec persévérance, les populations se sont plus ou moins reconstituées à plusieurs reprises. Ce n’est plus le cas aujourd’hui car le taux de mortalité naturelle a augmenté tandis que le taux de natalité a diminué.

Colonie de morses

Groupe de morses. © dinosoria.com

Le morse a été un élément vital de la culture et de la survie des Esquimaux, qui mangeaient sa chair, construisaient tentes et kayaks avec sa peau, s'éclairaient avec sa graisse, faisaient des outils de ses tendons et de ses os (au même titre que le fut le bison pour les Indiens).

Si les populations sont au seuil de l’extinction, c’est à cause de la chasse intensive menée par les trafiquants d’ivoire.

Classification: Animalia. Chordata. Vertebrata. Mammalia. Carnivora. Odobenidae. Odobenus

V.Battaglia (04.01.2007)

L'Arctique

Références

Mammifères marins. Proxima 2001 . Larousse des Animaux. Larousse 2006. Le morse. Collection Marshall Cavendish 1994

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