Création de monstres d’hier et d’aujourd’hui Naître avec une difformité est sans doute l’une des pires choses qui soit. Nos standards de beauté excluent tout ce que nous considérons comme « monstrueux ».
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Les puissants aimaient s’entourer de difformes et surtout de nains. Le peuple était lui-aussi avide de monstruosités.
Les nains ont été les premiers à être « fabriqués » durant le Bas-Empire romain. Des vendeurs de nains ont réalisé de véritables fortunes avec ce marché sordide. Le moyen le plus couramment utilisé était de rendre les nouveau-nés rachitiques avec une nourriture très pauvre. Comme c’est encore pratiqué en Afrique ou dans certaines tribus d’Amérique du Sud, les contraintes physiques étaient employées pour empêcher l’enfant de grandir avec notamment de très longs emprisonnements dans des boîtes. D’autres supplices étaient pratiqués et beaucoup d’enfants mourraient. Ceux qui survivaient étaient vendus à prix d’or.
Un nain photographié au Japon en 1901. © Herbert Panting Cette fascination pour les nains a perduré pendant de nombreux siècles. Au XVIIe siècle, en Italie, les alchimistes recherchaient des potions pour en fabriquer. On a retrouvé un recueil « scientifique » très sérieux du XVIIe siècle dans lequel d’éminents docteurs donnent des méthodes pour obtenir des hommes difformes. En Chine, la création de nains remonte à la nuit des temps. Chaque spécialiste avait sa recette qu’il gardait jalousement.
L’Homme qui rit est un roman de Victor Hugo. Cet ouvrage est inspiré de faits réels. V. Hugo parle d’hommes qu’il appelle Comprapequenos ou Comprachicos. Cette étrange histoire met en scène Ursus, un vieil homme qui vit dans une roulotte. Ursus a adopté Gwynplaine et Dea. Le premier est un garçon dont le visage est défiguré par un sourire permanent. Les Dacianos sont également appelés par certains historiens les Hindustanis. Ces tribus nomades ont fui vers l’Ouest et ont apporté avec eux leurs rites dont la fabrication de monstres. Les Dacianos se sont implantés en Europe au XVIIe siècle en plusieurs groupes, en Allemagne, en France, en Angleterre et en Espagne. Plusieurs auteurs du XVIIe siècle font référence aux mutilations et à la « production » de monstres de ces groupes dont le Docteur Carlos Garica dans son ouvrage La Desus de nada de les bienus agenas (1619). Il est à souligner que le Joker, personnage de la bande dessinée Batman, est directement inspiré du personnage du roman de Victor Hugo.
Les Dacianos anglais se sont spécialisés dans une autre mutilation destinée à fournir des « coqs » à la cour d’Angleterre. Les sources de cette tradition sordide remontent au début du Moyen Âge et perdura jusqu’au règne de George II (1683-1760). Il était de tradition d’avoir à la cour un coq humain qui criait toutes les heures. Fonctionnaire du palais, ce « coq » était rétribué. Cette imitation était rendue possible par une intervention sur le larynx qui enlevait la parole et ne rendait possible que le cri du coq.
En Europe, durant tout le Moyen Âge et jusqu’au XIXe siècle, les infirmes et estropiés artificiels fleurissent dans toutes les villes. Ce monde très bien organisé est décrit par Victor Hugo dans Notre-Dame de Paris. La Cour des miracles désignait des quartiers dans lesquels ne vivaient que des mendiants. Criminels, voleurs et mendiants s’étaient organisés en une véritable société secrète qui possédait ses propres règles, sa langue et sa hiérarchie. Afin de rendre les mendiants plus pitoyables, des mutilations étaient effectuées sur les enfants. Jusqu’au XIXe siècle, on a assisté à une véritable « fabrication » de culs-de-jatte. En France, en 1777, 120 000 personnes à Paris vivent de mendicité. Les parents n’hésitent pas à employer tous les moyens dont par exemple la castration chez les garçons dans l’espoir de vendre les enfants à l’Eglise pour être employés comme chanteurs dans les chorales. Le Fief d’Alby a été détruit en 1784 par un édit royal. Au XIXe siècle, les mutilations s’effectuent surtout en Espagne. Les enfants mutilés sont ensuite vendus dans les autres pays pour faire la mendicité. La fabrication d’enfants infirmes a continué en Inde et en Afrique noire jusqu’au milieu du XXe siècle.
Aujourd’hui, on ne parle plus de fabrication de monstres mais de recherche scientifique. Les animaux ont bien sûr fait les frais de ces recherches.
A quoi peut bien servir ce genre d'expérience ? (Capture d'écran d'après le film sur l'expérience) Les « exploits » génétiques sont nombreux :
En 2003, Une équipe de chercheurs conduite par un professeur de l'Ecole Normale Supérieure de Lyon (ENS) est parvenue à faire pousser des dents aux poules après transplantation de cellules souches dentaires de souris.
Veau à deux têtes . By Cyborglibrarian La xénogreffe fait l’objet de débats houleux. Il s’agit d’une greffe d’organes ou de tissus animaux chez l’homme. Plusieurs tentatives ont déjà été effectuées mais sans grand succès. En 1984, un bébé baptisé Fay qui souffrait d’une malformation cardiaque s’est vu greffer un cœur de babouin aux Etats-Unis. Aujourd’hui, on sait que la transplantation d’organes d’animaux chez l’humain peut favoriser la transmission d’infections comme le sida. A l’inverse, au début du XXIe siècle, des chercheurs américains et suisses ont réussi à créer des souris possédant des chromosomes humains. Les transplantations d’organes entiers débouchent pour le moment à la mort du patient. Par contre, depuis plusieurs décennies, les valves de cœur de porcs sont utilisées en chirurgie cardiaque. A chaque nouvelle expérience, pour justifier l’absence d’éthique, les chercheurs nous parlent d’un « espoir pour l’humanité ». Mais, quel espoir ? Alors que nous sommes incapables de préserver notre planète et que de plus en plus d’espèces sont en voie d’extinction, nous jouons aux apprentis sorciers dans des laboratoires pour créer des monstres hybrides. Est-ce l’avenir que nous réservons à nos enfants ? Un monde sans beauté mais peuplé de monstres que nous aurons nous-mêmes créés ? V. Battaglia (27.08.2008)
Xénogreffe sur le site de l’UNESCO |




