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Création de monstres d’hier et d’aujourd’hui

Naître avec une difformité est sans doute la pire chose qui soit. Nos standards de beauté excluent tout ce que nous considérons comme « monstrueux ».
Autrefois, le terme « monstre » était communément employé. Aujourd’hui, nous préférons parler d’anomalie génétique.
Les « hommes différents » ne sont plus exposés dans des foires, mais cachés du regard de la société dans des institutions.
L’homme a volontairement créé des « monstres » dans le passé. Aujourd’hui, au nom de la science, les chercheurs créent également des monstres en laboratoire.

Pourquoi créer des monstres ?

Les puissants aimaient s’entourer de difformes et surtout de nains. Le peuple était lui aussi avide de monstruosités.
Les exploiteurs d’infirmités ne pouvaient plus satisfaire la demande.
Il a donc fallu en créer de manière artificielle pour satisfaire ce goût malsain.

" Fabrication" de nains

Les nains ont été les premiers à être ‘fabriqués’ durant le Bas-Empire romain. Des vendeurs de nains ont réalisé de véritables fortunes avec ce marché sordide.
Ces marchands envoyaient des hommes acheter des nouveau-nés dans la classe pauvre puis les confiaient à des nourrices très spéciales.

Le moyen le plus couramment utilisé était de rendre les nouveau-nés rachitiques avec une nourriture très pauvre.
À un âge plus avancé, on les lavait chaque jour avec un alcool spécial pour ‘crisper fibres et cartilages’.
Il est à préciser que les chiens miniatures carlins ont été fabriqués de la même manière quelques siècles plus tard.

Comme c’est encore pratiqué en Afrique ou dans certaines tribus d’Amérique du Sud, les contraintes physiques étaient employées pour empêcher l’enfant de grandir avec notamment de très longs emprisonnements dans des boîtes.
L’utilisation des boîtes est mentionnée par le philosophe romain du IIIe siècle, Lirigin, dans son ouvrage De Sublimus.

D’autres supplices étaient pratiqués et beaucoup d’enfants mourraient. Ceux qui survivaient étaient vendus à prix d’or.

Nain

Un nain photographié au Japon en 1901. © Herbert Panting

Cette fascination pour les nains a perduré pendant de nombreux siècles. Au XVIIe siècle, en Italie, les alchimistes recherchaient des potions pour en fabriquer.

On a retrouvé un recueil ‘scientifique’ très sérieux du XVIIe siècle dans lequel d’éminents docteurs donnent des méthodes pour obtenir des hommes difformes.

En Chine, la création de nains remonte à la nuit des temps. Chaque spécialiste avait sa recette qu’il gardait jalousement.
Là encore, ce sont de très jeunes enfants qui ont fait les frais de cette folie. Les Chinois ont été encore plus loin en proposant des nains de formes variées selon les goûts des acheteurs.
Les enfants étaient enfermés pendant des années dans des récipients divers tels des vases sans fond et grossissaient, mais sans grandir.
Les chairs comprimées épousaient les aspérités des récipients ce qui permettaient d’obtenir un ‘monstre’ sur mesure et unique.

L’Homme qui rit

L’Homme qui rit est un roman de Victor Hugo. Cet ouvrage est inspiré de faits réels. V. Hugo parle d’hommes qu’il appelle Comprapequenos ou Comprachicos.
Il s’agit en fait des Dacianos, des peuples originaires d’Inde qui ont fui au XVe siècle devant les Mongols.

Cette étrange histoire met en scène Ursus, un vieil homme qui vit dans une roulotte. Ursus a adopté Gwynplaine et Dea. Le premier est un garçon dont le visage est défiguré par un sourire permanent.
Cette mutilation lui a été faite par les Comprachicos. Dea est une jeune fille aveugle. Les deux jeunes gens tombent amoureux, mais l’un n’ose avouer son amour à cause de son infirmité et l’autre ne peut voir cette disgrâce physique.

Les Dacianos sont également appelés par certains historiens les Hindustanis. Ces tribus nomades ont fui vers l’Ouest et ont apporté leurs rites, dont la fabrication de monstres.
Il y a eu par la suite une certaine confusion entre les Bohémiens et les Dacianos dans l’esprit populaire.

Les Dacianos se sont implantés en Europe au XVIIe siècle en plusieurs groupes, en Allemagne, en France, en Angleterre et en Espagne.

Plusieurs auteurs du XVIIe siècle font référence aux mutilations et à la ‘production’ de monstres de ces groupes dont le Docteur Carlos Garica dans son ouvrage La Desus de nada de les bienus agenas (1619).
Il semblerait que rois et nobles ont fait appel aux Dacianos pour se procurer des monstres sur mesure.
Ils se sont particulièrement spécialisés dans une mutilation appelée ‘denatsate’ qui consiste à fendre la joue de la bouche aux oreilles puis à enlever les chairs qui recouvrent la bouche après avoir coupé le nez.
C’est le faciès grimaçant décrit par Victor Hugo.

Il est à souligner que le Joker, personnage de la bande dessinée Batman, est directement inspiré du personnage du roman de Victor Hugo.

Le coq du roi

Les Dacianos anglais se sont spécialisés dans une autre mutilation destinée à fournir des ‘coqs’ à la cour d’Angleterre.

Les sources de cette tradition sordide remontent au début du Moyen Âge. Elle a perduré jusqu’au règne de George II (1683-1760).

Il était de tradition d’avoir à la cour un coq humain qui criait toutes les heures. Fonctionnaire du palais, ce ‘coq’ était rétribué.

Cette imitation était rendue possible par une intervention sur le larynx qui enlevait la parole et ne rendait possible que le cri du coq.
Cette charge fut supprimée sous le règne de George II qui fit exécuter le ‘coq’.

Monstres et mendicité

En Europe, durant tout le Moyen Âge et jusqu’au XIXe siècle, les infirmes et estropiés artificiels fleurissent dans toutes les villes.

Ce monde très bien organisé est décrit par Victor Hugo dans Notre-Dame de Paris. La Cour des Miracles désignait des quartiers dans lesquels ne vivaient que des mendiants.
Presque toutes les grandes villes possédaient une Cour des Miracles, dont Paris qui en comptait douze.
La Grande Cour des Miracles, Fief d’Alby, entre la rue du Caire et la rue Réaumur, dans l’actuel IIe arrondissement (Le Sentier) est la plus célèbre.

Criminels, voleurs et mendiants s’étaient organisés en une véritable société secrète qui possédait ses propres règles, sa langue et sa hiérarchie.

Afin de rendre les mendiants plus pitoyables, des mutilations étaient effectuées sur les enfants. Jusqu’au XIXe siècle, on a assisté à une véritable ‘fabrication’ de culs-de-jatte.

En France, en 1777, 120 000 personnes à Paris vivent de mendicité. Les parents n’hésitent pas à employer tous les moyens dont par exemple la castration chez les garçons dans l’espoir de vendre les enfants à l’Église pour être employés comme chanteurs dans les chorales.

Le Fief d’Alby a été détruit en 1784 par un édit royal.

Au XIXe siècle, les mutilations s’effectuent surtout en Espagne. Les enfants mutilés sont ensuite vendus dans les autres pays pour faire la mendicité.
Chaque année, une véritable invasion d’estropiés a lieu à Paris. En 1837, le Ministère de l’Intérieur a essayé de mettre fin à ce trafic et de stopper les 400 culs-de-jatte qui franchissaient chaque année les Pyrénées.

La fabrication d’enfants infirmes a continué en Inde et en Afrique noire jusqu’au milieu du XXe siècle.

Les monstres d’aujourd’hui et de demain

Aujourd’hui, on ne parle plus de fabrication de monstres, mais de recherche scientifique. Les animaux ont bien sûr fait les frais de ces recherches.
On se souvient encore de ce berger allemand à qui le professeur Domichov avait greffé une deuxième tête à la base du cou, celle d’un petit chien spitz. Cette "grande réussite" scientifique a fait le tour du monde.

Chien à deux têtes

À quoi peut bien servir ce genre d'expérience ? (Capture d'écran d'après le film sur l'expérience)

Les ‘exploits’ génétiques sont nombreux :

  • Un chat affublé d’un arrière-train de lapin
  • Lapin à une seule oreille ou dépourvu d'oreilles
  • Chevaux miniatures
  • Volaille sans plume pour éviter la corvée d’enlever les plumes aux éleveurs

En 2003, une équipe de chercheurs conduite par un professeur de l'École Normale Supérieure de Lyon (ENS) est parvenue à faire pousser des dents aux poules après transplantation de cellules souches dentaires de souris.

Veau à deux têtes

Veau à deux têtes. By Cyborglibrarian

La xénogreffe fait l’objet de débats houleux. Il s’agit d’une greffe d’organes ou de tissus animaux chez l’homme.

Plusieurs tentatives ont déjà été effectuées, mais sans grand succès. En 1984, un bébé baptisé Fay qui souffrait d’une malformation cardiaque s’est vu greffer un cœur de babouin aux États-Unis.
La petite fille est morte 20 jours après la transplantation.

Aujourd’hui, on sait que la transplantation d’organes d’animaux chez l’humain peut favoriser la transmission d’infections comme le sida.

À l’inverse, au début du XXIe siècle, des chercheurs américains et suisses ont réussi à créer des souris possédant des chromosomes humains.

Les transplantations d’organes entiers débouchent pour le moment à la mort du patient. Par contre, depuis plusieurs décennies, les valves de cœur de porcs sont utilisées en chirurgie cardiaque.
De même, des tissus d'origine porcine sont employés en médecine.

À chaque nouvelle expérience, pour justifier l’absence d’éthique, les chercheurs nous parlent d’un ‘espoir pour l’humanité’.

Mais, quel espoir ?

Alors que nous sommes incapables de préserver notre planète et que de plus en plus d’espèces sont en voie d’extinction, nous jouons aux apprentis sorciers dans des laboratoires pour créer des monstres hybrides.
Des sommes colossales sont englouties dans des expériences qui rendront sans doute célèbres certains chercheurs, mais n’apporteront pas à l’humanité le moindre espoir de vaincre la famine ou la pauvreté.

Est-ce l’avenir que nous réservons à nos enfants ? Un monde sans beauté, mais peuplé de monstres que nous aurons nous-mêmes créés ?

V. Battaglia (27.08.2008)

Elephant Man

Liens externes

Xénogreffe sur le site de l’UNESCO
Article sur la fabrication de poules avec des dents

< Mystères de l'être humain. Anomalies physiques