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La naissance du monothéisme

Un Dieu unique, tout-puissant, exclusif, créateur et Maître de l’univers : tel est la base du monothéisme.
Mais, comment le monothéisme a-t-il fini par s’imposer aux premiers Hébreux et pourquoi justement à eux ?

Dieu et l’histoire

Il n’est pas facile pour l’historien de départager, dans le récit biblique, les données objectives de celles qui le sont moins. Si la Bible raconte bien une histoire, c’est loin d’être un livre d’histoire.
C’est l’archéologie qui fournit les apports les plus précieux infirmant ou corroborant le récit biblique.

Comment et pourquoi, une petite peuplade orientale surgie dans l’ombre de la puissance babylonienne entreprend-elle une révolution religieuse aussi radicale ?
En effet, le monothéisme va créer une véritable révolution mentale, sociale et politique dans le monde entier.

L’ensemble d’écrits que nous appelons « Bible », d’après les mots grecs ta biblia signifiant « les livres » constitue la principale source écrite pour la connaissance du peuple hébreu et de la naissance du monothéisme.

Les Hébreux sont issus de pasteurs nomades émigrés de Mésopotamie vers le pays de Canaan.

Selon la Bible, les Hébreux descendent d’un patriarche, Abraham, qui, entre 2000 et 1700 avant notre ère, reçut l’ordre de quitter la Mésopotamie (Genèse, XII, 5).
Il n’est pas certain qu’Abraham a existé. Son nom a peut-être été recréé à partir du mot « hébreu » pour donner à ce peuple un ancêtre mythique.

Les sources non bibliques confirment le déplacement de patriarches, ces ancêtres dont parle la Genèse, depuis la cité d’Our en Mésopotamie jusqu’en pays de Canaan.

Abraham

À l’origine, il y a « l’alliance » conclue par Dieu avec Abraham. Ce dernier va quitter Our, en Chaldée, suite à l’injonction divine : » Eloigne-toi de ton pays, de ton lieu natal et de la maison paternelle, et va au pays que je t’indiquerai. » (Genèse 12 : 1).

Abraham va entreprendre un immense voyage vers le pays de Canaan.

Abraham est issu d’un clan polythéiste d’Our en Chaldée. Abraham est âgé et désespère d’avoir un fils. Sa femme, Saraï (Sara), elle aussi âgée, lui donne sa servante, qui enfante Ismaël, l’ancêtre des Arabes.

Abraham a 109 ans quand, après s’être fait circoncire, avec les membres de sa tribu, il reçoit la visite d’anges sous la forme de trois hommes. Ces derniers lui annoncent qu’il aura un second fils de sa femme, mais aussi que Sodome, ville de tous les péchés, sera détruite.

Voulant éprouver la foi d’Abraham, Dieu commande qu’il sacrifie ce fils tant attendu, Isaac. Devant l’obéissance d’Abraham, il arrête son bras.

Abraham

Abraham prêt à sacrifier son fils

Le test est réussi. Abraham est désigné comme le « Père des croyants ».

De lui, le premier Hébreu et le premier des trois « Patriarches », sont issus Isaac, son fils Jacob et les douze fils de celui-ci, qui seront les héros des douze tribus d’Israël.

La Bible appelle « patriarches » les premiers descendants d’Adam et Ève, célèbres pour l’âge fabuleux que chacun d’eux a atteint.

C’est le point de départ, consigné comme fait d’histoire, d’un peuple et de sa religion.

Le contexte évoque le début du deuxième millénaire, plus précisément le règne de Hammourabi à Babylone, dont le célèbre code semble avoir influencé la législation biblique.

Dès cette époque lointaine, les principaux traits du monothéisme hébraïque sont en place.

Les migrations d’Abraham et de son clan sont celles de nombreux peuples du Croissant fertile, cherchant de meilleurs pâturages pour leurs troupeaux.

Un monothéisme d’exclusion

À début, l’existence d’un Dieu unique n’exclut pas forcément la persistance d’autres divinités. En effet, c’est la religion qui donne aux Hébreux leur identité. Au début, ils sont simplement « monolâtres », n’adorant qu’un seul Dieu, mais tolérant ceux des autres peuples.

Ils deviennent monothéistes dès la fin du IIe millénaire. Dès l’origine, c’est un monothéisme d’exclusion.
Le « Dieu jaloux » des Hébreux ne tolère pas de divinités concurrentes.

Ce Dieu unique est immatériel et inaccessible. On ne peut donc le mettre en images et son nom même est imprononçable.
Désigné par le tétragramme Yahvé, il est « Celui qui est ».

Un peuple élu

Le monothéisme hébraïque a pour cadre une terre particulière, la terre de Canaan, promise à Abraham et à sa descendance.
Il a également pour fondement une alliance éternelle que Dieu noue avec son peuple élu. Cette élection impose plus de contraintes que de privilèges.

Cette Alliance est une alliance de combat. C’est dans la lutte, dans le terrible corps à corps avec l’ange, que Jacob, le troisième Patriarche, a mérité de prendre le nom d’Israël, littéralement : « Celui qui a eu raison de Dieu ».

L’histoire du peuple hébreu est placée sous le double signe de l’exode et de l’exil :

  • Exode d’Abraham de Chaldée jusqu’au pays de Canaan
  • Exode des Hébreux d’Égypte vers la Terre promise, sous la conduite de Moïse
  • Plus tard, les Hébreux vivront l’exil à Babylone

Le monothéisme est un projet universel. Dieu est le Dieu de tous les hommes, pas seulement le Dieu des Hébreux.
La transcendance de Dieu gomme les différences entre les hommes et les rend égaux.

Comme l’a si justement fait remarquer Ernest Renan, c’est le monothéisme hébraïque qui permet l’éclosion d’une justice véritablement universelle.

V.Battaglia (10.04.2006)

Bibliographie principale

Atlas des religions, édition Plon Mame
L’Histoire du Monde, édition Larousse. 1994

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