L’Egypte est sans conteste la terre des
momies. Pourtant, les premiers embaumeurs ne sont
pas égyptiens. Dans le monde entier, des
cultures ont pratiqué la momification.
En Amérique du Sud, on a embaumé
les corps pendant au moins 6 500 ans, bien plus
longtemps que dans le reste du monde.
Les premiers à créer des momies
furent les Chinchorros, un peuple chilien, qui
vidait les corps avant de les remodeler.
L’Amérique du Sud est le lieu de
naissance de la momification et l’un des
derniers endroits où l’on perpétua
cette tradition.
On y trouve aussi bien des momies naturelles qu’artificielles.
Momie naturelle
L’Amérique du Sud possède un climat qui a facilité
la conservation de momies naturelles. Le long
des côtes du Pérou et du Chili, le
climat est chaud et sec toute l’année.
De ce fait, les corps séchaient lentement
et au bout du processus ne restait qu’une
peau tendue sur les os.
Au sommet des montagnes, il fait sec et il gèle en permanence.
Les corps ne décomposent donc pas.
Congelés, ils laissent apparaître chaque détail
de l’anatomie intérieure et extérieure.
Les Incas sacrifiaient des enfants à leurs dieux et l’on
a retrouvé certaines vicitmes qui sont devenues des momies
naturelles.
Ce rituel s’appelait « capacocha ». En 1995, on
a découvert le corps congelé d’une de ces jeunes
victimes qu’on a baptisé « Juanita », la
Vierge des glaces.
Elle fut tuée au sommet du mont Ampato au Pérou.
Elle a peut-être été frappée à
la tête ou droguée puis laissée sur place où
elle est morte gelée.
Enveloppée de tissus, l’enfant avait été
enterrée avec des statuettes en or et en argent, des pots
en terre glaise et des sacs de maïs.
Outre les sacrifices effectués, les Incas momifiaient les
corps de leurs empereurs. Ces momies étaient exposées
lors des fêtes. On les faisait « défiler »
dans les rues comme des morts vivants.
Leur présence était la preuve de la toute puissance
de l’empereur dans le passé comme dans le présent.
Malheureusement, les espagnols ont détruit la plupart des
momies du Pérou.
Les premières momies
Les momies chinchorros sont connues des archéologues depuis
1917.
Ce n’est cependant qu’en 1983 que la plus grande découverte
fut effectuée. Cette année là, des ouvriers
ont mis au jour un cimetière. On y déterra 96 momies.
La plus ancienne remonte à 7000 ans, soit 5000 ans avant
notre ère.
C’est donc devenue la plus ancienne momie connue jusqu’à
présent.
Momie chinchorros recouverte d'argile
Les Chinchorros étaient des pêcheurs qui vivaient
le long de la côte nord du Chili. Chinchorro est un ancien
mot espagnol qui signifie « filet de pêche ».
On ignore en fait comment ce peuple s’appelait réellement.
Le nom provient de la plage où l’on a retrouvé
des vestiges de leur culture.
L’écriture n’existant pas, ils ne nous ont laissé
comme vestiges que leurs momies qui sont les plus vieilles du monde.
On sait que ce peuple a ainsi conservé leurs morts jusqu’en
1 700 avant notre ère environ. A partir de là, ils
commencèrent à réaliser des fardos c’est-à-dire
des ballots funéraires.
Fardo funéraire du Pérou
La technique d’embaument de ce peuple est unique. En effet,
ils incisaient l’abdomen, ôtaient les viscères
puis enlevaient la peau et la chair des os.
Ils conservaient uniquement la peau.
Ils extrayaient le cerveau. Jusque là, rien d’extraordinaire.
C’est le processus de reconstitution du corps qui est unique.
Ils redonnaient sa forme initiale au corps en se servant de bâtons
pour renforcer la colonne vertébrale, les jambes et les bras.
Ils appliquaient ensuite sur les os une épaisse couche d’argile
et de fibres végétales pour remodeler la silhouette.
La reconstitution achevée, ils tendaient la peau du mort,
mise de côté, en complétant si besoin avec de
la peau d’otarie.
Momies Chinchorros
Les embaumeurs enduisaient la peau d’une mince couche de
pâte à base de cendres qui durcissait au séchage.
La momie n’avait plus qu’à être peinte
et parée de quelques atouts pour lui donner une apparence
« vivante ».
Les momies étaient peintes en noir ou en rouge selon les
époques. Elles portaient des perruques faites de cheveux
humains, des casques ou des masques.
Les momies chinchorros n’étaient pas enterrées
tout de suite. Elles étaient d’abord exposées
un certain temps puis on les plaçait dans des tombes.
Les fardos funéraires et la culture de
Paracas
Vers 400 avant notre ère, dans le sud du Pérou, la
mode fut aux fardos. Cette pratique dura plus de 1 000 ans.
Le principe consistait à conserver le corps par des moyens
naturels. On laissait les organes en place. Les genoux étaient
repliés contre la poitrine, puis le corps était lié
à l’aide de cordes et de couches de tissu pour former
une masse compacte.
Une fausse tête était placée au-dessus de ce
cocon de tissus.
Les fardos étaient composés de couches successives
de pièces de tissu appelées "mantos". Leur
nombre était peut-être proportionnel à l'importance
du défunt.
Au fil du temps, le tissu absorbait les substances liquides et
le corps se desséchait.
C’est en 1925 qu’on a découvert, sur une presqu’île
désertique de la côte sud du Pérou, l’un
des plus surprenants trésors de l’Amérique précolombienne.
Ce trésor est constitué de milliers de pièces
de tissu. Ces pièces appartiennent à une civilisation
baptisée Paracas du nom du lieu de la découverte.
Certains tissus datent de 1 400 avant notre ère.
Manto funéraire. Vers 600-100
avant notre ère. (Musée national d'archéologie,
Lima)
Tous les textiles de Paracas proviennent de chambres funéraires.
Ces dernières abritent des corps momifiés qui ont
été trouvés en position fœtale, bras croisés
sur la poitrine.
Toutes les momies sont enveloppées dans de la toile et du
tissu.
L’examen des crânes a révélé,
dans de nombreux cas, des traces de trépanation ainsi que
des déformations de la tête, qui est souvent en forme
de « pain de sucre ».
Le démaillotage des fardos a montré que les corps
avaient été habillés de vêtements ainsi
que d’immenses pièces de tissu mesurant jusqu’à
20 mètres de long et 6 mètres de large.
Momie couverte de bijoux en or et
en os. 200 ans avant notre ère (Musée de l'or du Pérou,
Lima)
Les fibres utilisées sont le coton et la laine de camélidés,
notamment l’alpaga et la vigogne, des cousins du lama.
Cela démontre d’ailleurs qu’à cette époque
il existait déjà des échanges commerciaux entre
les régions côtières et la montagne, ces animaux
vivant sur les hauts plateaux andins.
Jarre funéraire. Vers 200-700
ans avant notre ère. (Musée national d'archéologie,
Lima)
Les corps étaient ensevelis avec de nombreux objets du quotidien
et des produits alimentaires. On retrouve là des rites très
proches de ceux pratiqués en Egypte.