La culture moche
Les Moches se sont établis dans des vallées
fluviales, le long de la côte aride au nord
du Pérou. L’agriculture et la pêche
nourrissaient une importante population. Cette
société très hiérarchisée,
bâtissait des canaux d’irrigation,
des pyramides et des palais.
Malgré l’absence d’un système
écriture, les Moches ont témoigné
de leur art dans de beaux vases en céramique,
des laines élaborées, des peintures
murales et de nombreux objets en cuivre, en or
et en argent.

Poterie provenant
de la côte nord du Pérou. Art des
Moches ; 400-700 après notre ère
(British Museum, Londres)
On ne sait pas si les Moches ont fondé
un Etat centralisé avec une capitale ou
si leur organisation reposait sur une confédération
de plusieurs seigneuries.
On sait par contre que la noblesse concentrait
tout le pouvoir. Le sommet de la hiérarchie
était occupé par un chef, peut-être
un roi.

Vase portrait d'un
chef Moche
L’agriculture constituait la principale
ressource. La population se devait de participer
à la construction des grands ouvrages publics.
Ces participations volontaires ont d’ailleurs
contribué à l’essor de la
civilisation. Les Moches ont ainsi réalisé
des ouvrages hydrauliques grandioses.
Les Moches cultivaient des céréales,
des légumes, du coton, du tabac et la coca.
Ils élevaient des chiens, des cochons d’Inde
et des lamas.

La pêche était une autre source
importante d’approvisionnement. Les pêcheurs
utilisaient les totoras, des groupes d’embarcations
individuelles, liées entre elles par des
cordes en fibre végétale.
La chasse n’était par contre pratiquée
que par la noblesse.
L’examen des objets retrouvés dans
les tombes a confirmé l’utilisation
de cosmétiques, de miroirs, de peignes
ou de pinces à épiler.

Pinces à
épiler en or de facture moche (Lima, musée
de l'Or)
La sépulture de Sipán
En février 1987, en creusant un tumulus
sacré, des pilleurs de tombes ont mis au
jour un incroyable trésor funéraire.
Une querelle ayant éclaté entre
les voleurs, l’un deux dénonça
ses complices. C’est ainsi que les archéologues
ont pu déblayer les restes de la tombe
saccagée.

Les huacas de Sipán
étaient, à l'origine, de hautes
pyramides de briques (© National Geographic)
Cette huaca ou pyramide sacrée allait
leur révéler de nombreuses surprises.
A l’origine, les huacas de Sipán
étaient de hautes pyramides de brique,
lieux où se déroulaient les rites
sacrificiels et où se trouvaient les tombes
royales.
Aujourd’hui, il ne reste plus
que d’immenses tumulus.
A l’intérieur de la tombe pillée
se trouvait le squelette d’un homme coiffé
d’un casque de cuivre et protégé
par un bouclier.
Des étendards de coton recouvraient le
corps. Ils étaient décorés
de cuivre plaqué or.

© Walter
Alva/Bruning Museum
La sépulture de Sipán est la plus
magnifique tombe jamais découverte aux
Amériques.
Dans la chambre funéraire, des cercueils
de roseau abritaient deux hommes, deux femmes
et un chien. Au centre, se trouvait le cercueil
de bois où reposait l’homme en l’honneur
duquel cette sépulture avait été
érigée.
Il mourut vers 40 ans. C’était un
seigneur guerrier chaussé de sandales d’argent.
Dans sa main droite, il tenait un sceptre d’or
et, dans la gauche, un sceptre d’argent.
Il était entouré d’objets
en or et en argent.

Figurine à
la coiffe en forme de hibou. L'homme le plus âgé,
retrouvé dans la troisième tombe,
portait un ornement de nez de 11 cm de haut, identique
à celui de la figurine (Bruning Museum)
Des hommes sacrifiés entouraient le seigneur
guerrier. On ne sait pas si les femmes étaient
des concubines. En revanche, elles étaient
mortes de puis longtemps quand elles ont été
placées dans la tombe.
Par la suite, on trouva deux autres sépultures
autour du tumulus.
Le site de Dos Cabezas : des
tombes de géants
Entre 1997 et 1999, une équipe d’archéologues
a localisé trois sépultures à
Dos Cabezas, dans la partie basse de la vallée
de Jequetepeque, près de Sipán.

Le noble Moche
du tombeau 3. Il a été enfoui avec
de nombreuses offrandes: une bouteille en forme
d'oiseau, une tête de lama et des jarres
(© National Geographic)
Des tombes miniatures étaient accolés
à chaque tombe. Les petits compartiments
près de la tombe étaient calqués
sur le modèle des chambres funéraires.
Cette caractéristique est totalement unique.

Tombeau 3
(1999) 1/ Tombe miniature contenant des
céramiques, une tête de lama et une
figurine en cuivre 2/ Jeune servante de 15 ans
sûrement sacrifiée 3/ Homme enveloppé
de bandelettes 4/ Enfant âgé de 9
ans 5/ Bouteille en céramique 6/ Bouteille
en forme d'oiseau 7/ Marque du fabricant des briques

Excavation
Tombeau 2 (1998) 8/ Figurine en cuivre
9/ Bouteille en forme de condor 10/ Tête
de lama 11/ Cinq pots 12/ Lama en offrande 13/
Corps 14/ Jeune garçon de 15 ans enterré
sous le personnage principal 15/ Bouteille en
céramique
A l’extérieur de chaque chambre
funéraire, une petite statue en cuivre
représentait l’occupant du tombeau.

Bec de chouette
en or. C'est l'un des cinq objets en or retrouvés
dans la bouche de l'occupant du tombeau 2 (©
National Geographic)
Chez les Moches, la taille des hommes variait
de 1,47 m à 1,67 m. Or, les trois habitants
des tombeaux atteignaient entre 1,75 m et 1,82
m. Ils étaient âgés de 18
à 22 ans et sont probablement morts à
un mois d’intervalle.

Visage menaçant
d'une figure sur une bouteille en céramique
du tombeau 2 (© National Geographic)
L’archéologue Alana Cordy-Collins
pense que ces hommes devaient souffrir d’une
maladie similaire aux syndromes de Marfan, un
désordre génétique à
l’origine de l’allongement et de l’amincissement
des os.

(© National
Geographic)
Outre l’occupant principal, chaque tombeau
contenait une jeune femme et une tête ou
une carcasse de lama.

Animal non identifié
en céramique du tombeau 2 (© National
Geographic)
Dans le tombeau 2, l’homme a été
enterré avec une chauve-souris en céramique.
Les chauves-souris constituaient d’importants
symboles pour les Moches. Elles apparaissent souvent
dans les descriptions de sacrifices humains.

(© National
Geographic)
Plus de 350 sépultures ont été
mis au jour mais les tombeaux de Dos Cabezas sont
uniques.
Rituels et sacrifices
De nombreuses céramiques mettent en scène
des sacrifices, des rites funéraires et
des épisodes guerriers.
Certaines illustrations relatent les batailles
entre les peuples des vallées fluviales.
Ceux-ci s’opposaient en une série
de combats singuliers, le but n’étant
pas de tuer mais d’assommer l’adversaire.
Le vainqueur déshabillait son ennemi, lui
bandait les yeux et pouvait alors exhiber son
prisonnier.
Enfin, les hommes capturés étaient
sacrifiés. Lors d’une grande cérémonie
religieuse, un prêtre leur coupait la gorge
et recueillait le sang dans une coupelle. Le contenu
était offert au chef.

Poterie symbolisant
le sacrifice humain (© Museum für Volkerkunde,
Berlin)
On démembrait alors les corps des victimes
sacrificielles, on attachait leurs têtes
et leurs membres à des cordes et on les
suspendait comme trophées.
Lutter pour survivre
Les catastrophes naturelles, El Niño,
tremblements de terre, éruptions volcaniques,
sécheresses et inondations, ont toujours
fait partie de l’histoire sud-américaine.
La mer était d’ailleurs au cœur
de la culture mochica. Le courant de Humboldt,
qui longe les côtes du Pérou du sud
au nord, favorise la multiplication des fruits
de mer. Ce courant permet des pêches uniques
au monde.

Seigneur guerrier.
Cette mosaïque de coquillage, d'or et de
turquoise, décorait une bijou d'oreille
retrouvé dans la première tombe
de Sipán (© Museum für Volkerkunde,
Berlin)
Mais, entre 562 et 594, une période de
grande sécheresse s’abattit sur le
pays mochica. La famine et la maladie décimèrent
la population. D’immenses dunes côtières
se formèrent, repoussant les survivants
à l’intérieur des terres.
Il fallut créer de nouveaux systèmes
d’irrigation.

Poterie moche à
effigie (antérieure au VIIe siècle),
provenant du nord du Pérou. (Musée
des Beaux-Arts de Dallas)
Les guerres, qui se limitaient autrefois à
des combats rituels, prirent une ampleur meurtrière.
L’enjeu était de préserver
les ressources naturelles de sa propre communauté.
Des fortifications s’élevèrent.
En 800, cette lutte pour la survie avait divisé
le territoire mochica en plusieurs principautés.
L’unité culturelle qui liait les
royaumes de la vallée du fleuve appartenait
désormais au passé.
V.B (20.05.2006)
Références bibliographiques
Civilisations disparues, éditions Nov’edit.
Les grandes civilisations disparues, Sélection
du Reader’s Digest. Magazine National Geographic,
mars 2001.
< Archéologie.
Monument
|