Mésopotamie ancienne

Vers la fin du IVe millénaire des évènements capitaux se produisent en Mésopotamie : le développement d’une agriculture irriguée, l’organisation de cités et, surtout, la naissance de l’écriture.
La Mésopotamie n’est qu’une large vallée, drainée par le Tigre et l’Euphrate, que le géographe grec Polybe a justement baptisé « le pays d’entre les fleuves. »
Les premières civilisations sont nées en Mésopotamie et en parallèle, au bord du Nil, en Egypte.
C’est dans les grandes vallées alluviales de ce croissant fertile que vont se structurer des empires et va s’élaborer un système de signes destiné aux échanges commerciaux.
Apparue d’abord en Mésopotamie et en Egypte, l’écriture permet pour la première fois de nommer les hommes et dater les évènements.

 

Les premiers Mésopotamiens

Située au cœur du Moyen-Orient, dans une plaine en bordure du désert arabique, la Mésopotamie n’était pas l’endroit idéal pour fonder l’une des premières civilisations.
Pourtant, c’est sur cette terre brûlée par le vent du désert que vont se développer l’agriculture puis le commerce, la médecine ou l’astronomie

Grâce à l’ingéniosité humaine, les eaux du Tigre et de l’Euphrate vont transformer cette vallée morte en une vallée extraordinairement fertile.
La crue des fleuves est très irrégulière. Les Mésopotamiens canalisèrent les eaux des fleuves afin d’irriguer les cultures de céréales.

Euphrate

Euphrate aujourd'hui. By Houic . (CC BY-NC-ND 3.0)

Ils construisent un système complexe de canaux pour amener l’eau des fleuves tout au long de l’année et évacuer vers des réservoirs le trop plein des crues du printemps.
Grâce à ce laborieux travail, ils peuvent espérer deux récoltes par an.

C’est vers 3 500 ans avant notre ère que l’arrivée des Sémites et des Sumériens amorce les grands changements.

Les Sémites arrivent du nord-ouest et s’installent depuis le nord de la vallée jusqu’à environ l’actuelle Bagdad.
On les appelle les Akkadiens.

Tigre. Rivière

Tigre. By Charles Fred . (CC BY-NC-ND 3.0)

On ne sait pas exactement d’où viennent les Sumériens ; peut-être d’Asie Centrale ou peut-être ont-ils traversé  la mer d’Egypte.
Le mythe des Sept Sages décrit l’arrivée de sept monstres, venant des flots du golfe Persique et qui auraient appris aux habitants « la culture, l’écriture, les sciences, les techniques, la fondation des villes, l’agriculture … »

Les fouilles ont révélé un peuple de gens de petite taille, trapus avec des cheveux noirs, un nez droit, le front légèrement fuyant et les yeux un peu bridés.

mesopotamie

Statut du IIIe millénaire avant notre ère. By Mary Harrsch . (CC BY-NC-ND 3.0)

Ils sont vêtus de tissus de laine fine. Les hommes portent une jupe de laine et laissent le torse nu.
Beaucoup d’entre eux semblent avoir le crâne rasé.

Les premiers scribes mésopotamiens inscrivent sur des tablettes en argile des pictogrammes à l’aide de roseaux pointus.
Ce système graphique est l’ancêtre de l’écriture cunéiforme.

Ecriture cuneiforme

Tablette gravée de caractères cunéiformes. (Assyrie. 865-860 avant notre ère). By Andrew Scott

Ces premiers signes d’écriture répondent à des besoins pratiques : comptabiliser les têtes de bétail ou les sacs de grains.

Les cités-Etats (vers 3000-2350 avant J.-C.)

Cette période est dite « Dynastique archaïque. »

Ce sont les premières tablettes écrites, vers 3 200 avant notre ère, qui nous permettent de mieux connaître cette civilisation.
Grâce à ces écrits, on sait que la Mésopotamie était un pays morcelé en une trentaine de cités-Etats.
Les plus importantes cités-Etats sont : Kish, Our, Ourouk et Lagash.

Our

Ruines du temple d'Our. By Campin'Guy . (CC BY-NC-ND 3.0)

Ces cités sont dirigées par  un roi héréditaire qui est vicaire (ensi) du dieu de la cité. C’est également le chef des guerriers.
Le pouvoir sacerdotal est très puissant car ce sont les prêtres qui gèrent les possessions de la divinité.
Parfois, comme à Lagash, un prince est évincé du trône par un prêtre.

statut de Lagash

Statue représentant un prince de la cité de Lagash. By Resio . (CC BY-NC-ND 3.0)

Déjà à cette époque, le peuple paye un impôt. A la même époque, le souverain cesse d’habiter le temple et on construit les premiers palais.
C’est une manière concrète de différencier les biens dépendants des dieux de ceux qui appartiennent au roi.

La seule ambition de ces souverains est d’imposer aux autres cités leur souveraineté. C’est pourquoi la guerre est un thème artistique si omniprésent.

Stèle des Vautours

Stèle des Vautours. (vers 2450 avant notre ère. Musée du Louvre, Paris) By Eric Gaba .(CC BY-NC-ND 3.0)

Les techniques d’attaque sont décrites sur certaines stèles comme la célèbre stèle des Vautours.
Cette stèle illustre la défaite de 36 000 guerriers de la cité d’Oumma. On y voit le roi Eannatoum marché à la tête de la phalange de Lagash.
Les guerriers piétinent les soldats vaincus.

Une face plus  mythologique représente le dieu de la cité victorieuse, Ningirsu, s'emparant des ennemis de Lagash.

Stèle des Vautours

Stèle des Vautours. (vers 2450 avant notre ère. Musée du Louvre, Paris) By Eric Gaba .(CC BY-NC-ND 3.0)

Précédant la lourde phalange armée de piques, le vicaire et les grands, montés sur des chars à quatre roues tirés par des ânes sauvages, se précipitent sur l’armée adverse.
Si l’ennemi recule, il est poursuivi et la ville est pillée.

La Liste royale, qui est une des plus anciennes inscriptions, consigne les noms des différents rois :

  • Sire Enme Baragisi, souverain de Kish
  • Meskalamdug, roi d’Our vers 2 550
  • Our-Nanshé, roi de Lagash vers 2 500
  • Gilgamesh, roi mythique d’Ourouk vers 2 650

Les rois doivent également assurer la prospérité de leur cité. Agriculture et artisanat apportent la richesse en Mésopotamie et les échanges commerciaux sont intenses.

statuettes mésopotamiennes

Statuettes datant de 4500-4000 avant notre ère provenant d'Our. By Mary Harrsch . (CC BY-NC-ND 3.0)

La Mésopotamie est une terre argileuse et marécageuse. Les pierres dures, le bois et les minerais en sont absentes.
Les cités stockent les surplus de grain, de dattes et d’huile pour les échanger contre les biens dont elles ont besoin.

Ebih-il

Ebih-il, intendant du temple de la déesse Innana-Ishtar à Mari (vers 2400 avant notre ère. Musée du Louvre, Paris). By Villamota . (CC BY-NC-ND 3.0)

Les marchands descendent les fleuves sur des radeaux ou conduisent des caravanes d’ânes à travers la Syrie jusqu’à la côte méditerranéenne.
D’autres, sur de petits voiliers, naviguent dans le golfe Persique et longent la mer Arabique.

Les négociants rapportent les matières premières indispensables aux constructions mais également des objets précieux dont certains ont été retrouvés dans les tombes royales d’Our.

Un clergé tout puissant

Les tablettes nous révèlent l’importance de la religion. Chaque cité reconnaît comme souverain une grande divinité que le sort lui a assignée le jour de la naissance du monde.

Porteurs d'offrandes

Porteurs d'offrandes (début du IIIe millénaire. Musée de Bagdad). By Woodiefish . (CC BY-NC-ND 3.0)

Ces dieux sont très semblables aux hommes mais s’en distinguent par leur intelligence et l’immortalité.
Chaque dieu est chargé d’une fonction liée à la marche du monde. Le panthéon mésopotamien est très riche mais assez mal connu. Parmi les principaux dieux:

  • Anu/An, le Ciel
  • Enlil, le dieu de l'Air, souverain des dieux
  • Enki/Ea, dieu de l'Abîme
  • Nanna/Sîn, le dieu-lune
  • Utu/Shamash, le dieu-soleil
  • Ninhursag, déesse-mère
  • Inanna/Ishtar, la déesse de l'Amour et de la Guerre
  • Ishkur/Adad/Addu, le dieu de l'Orage
  • Ninurta, divinité guerrière
  • Ereshkigal et Nergal, le couple régnant sur les Enfers
  • Nabû, dieu de la sagesse et de l'écriture

C’est par l’intermédiaire des prêtres que les dieux communiquent leurs désirs : riches repas quotidiens, vêtements, bijoux, temples ou chants.

poterie

Urne peinte polychrome (vers 2700 avant notre ère. Musée de Bagdad) . By Woodiefish . (CC BY-NC-ND 3.0)

Les dieux n’imposent aucune contrainte mais si les hommes n’exécutent pas les rites et ne font pas don d’offrandes, de terribles catastrophes se produisent comme des inondations, la sécheresse ou le pillage par d’autres cités.
Comme ces catastrophes naturelles sont fréquentes et que les cités-Etats sont en conflits permanents, le peuple veille à honorer leurs dieux.
Les prêtres profitent bien sûr largement de cette peur.

Au début, les temples sont de dimensions modestes puis au fil du temps, ils deviendront les fameuses ziggourats.

V.Battaglia (05.11.2007)

Naissance de l'écriture . La cité d’Our et les tombes royales

Références bibliographiques

Les premières civilisations : la Mésopotamie. L’histoire du Monde N°2 ; éditions Larousse 1993
Splendeurs des civilisations perdues, éditions Gründ 1998
Encyclopédie de la mythologie, éditions Parragon 2004

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