Le début d’un combat
Né
en 1929, à Atlanta, Martin Luther King
est issu d’une famille bourgeoise. À
dix-huit ans, il décide de devenir pasteur,
comme son père, dans l’Église
baptiste.
Bien
qu’il n’ait pas connu la pauvreté,
il est très tôt confronté
à la discrimination raciale. Mais, il est
convaincu qu’il faut appliquer les principes
chrétiens aux problèmes sociaux
et se préoccuper des âmes aussi bien
que des conditions économiques et sociales
qui agissent sur elles.

Martin Luther King
en 1964. Licence
Grand admirateur de Gandhi, c’est un pacifiste
dans l’âme. Sa lutte courageuse est
celle de l’amour contre le mal. La non-violence
est pour lui le seul moyen d’atteindre l’objectif.
En 1954, il est revenu dans le Sud. On lui a confié
la direction d’une paroisse à Montgomery,
dans l’Alabama, une ville de 120 000 habitants
dont 50 000 Noirs.
À la fin de 1955, une passagère
noire, Rosa Parks, refuse de se plier aux règles
de la ségrégation qui règne
dans les autobus.
Elle s’assoit à une place réservée
aux Blancs. Elle est aussitôt arrêtée.
Cette fois, la communauté noire décide
de réagir.

Licence
L’activité politique du révérend
Martin Luther King commence alors avec le boycott
des autobus d’Alabama.
Les dons et les encouragements affluent de partout.
Les Noirs de la ville marchent à pied ou
mettent en place leurs propres moyens de transport
; ils refusent d’acheter chez les commerçants
qui leur sont hostiles ; ils ne répondent
pas aux provocations à la violence du Ku
Klux Klan.

Ecole réservée
aux Noirs en 1917 en Oklahoma. Licence
Après un boycottage d’un an, les
tribunaux fédéraux déclarent
illégale la ségrégation dans
les transports. La victoire est acquise, grâce
à la non-violence et avec l’appui
des libéraux blancs.
La lutte pour l’égalité
des droits civiques
Dès 1957, Martin Luther King réunit
les pasteurs noirs du Sud dans une « Southern
Christian Leadership Conference ».
Peu à peu, la Cour suprême impose
l’ouverture à tous des piscines,
des plages, des cafétérias, des
églises.

Martin Luther King
et Malcom X en mars 1964. Licence
Le mouvement acquiert une force supplémentaire
avec l’arrivée au pouvoir du président
Kennedy. En 1963, Martin Luther King mène
une dure campagne contre la ségrégation
à Birmingham, dans l’Alabama. En
même temps, il organise une marche sur Washington
pour pousser un Congrès réticent
à voter la loi sur les droits civiques.

Marche pour l'égalité
en 1963. Licence
S’adressant à plus de 200 000 personnes
présentes et à des millions de téléspectateurs,
il déclare :
« J’ai encore un rêve. Mon rêve
fait partie du rêve américain. Je
rêve qu’un jour notre pays se décidera
à appliquer véritablement ses principes,
d’après lesquels nous tenons ces
vérités pour évidentes que
les hommes sont nés égaux. »
Cette
déclaration touche le cœur de nombreux
américains et le révérend
connaît alors une grande popularité.
En 1964, il reçoit le prix Nobel de la
paix et le président Johnson fait voter
deux lois sur les droits civiques, qui posent
les fondements de sa « Grande Société
».
L’opposition du Black Power
La
non-violence préconisée par Martin
Luther King ne fait pas l’unanimité
au sein de la communauté noire.
Après plusieurs siècles d’esclavage
et de ségrégation, les jeunes noirs
des ghettos veulent tout et tout de suite.

Marche à
Washington en 1963. Licence
Une émeute éclate en 1965 dans le
ghetto de Los Angeles à Watts et se propage
en 1966-1967 dans les autres ghettos.
Auprès des partisans du « Black Power
», King jouit d’un grand prestige
mais fait figure de modéré.
Face aux violences, les libéraux blancs
sont décontenancés et prennent peur,
tandis que la majorité silencieuse adopte
une attitude plus rigide à l’égard
des Noirs.
Les combats de Martin Luther King
En 1967, le révérend manifeste son
hostilité vis-à-vis de la guerre
du Viêt Nam. Mais, cette prise de position
est loin de faire l’unanimité. Les
Blancs libéraux aussi bien que la bourgeoisie
noire ne le suivent pas.
Le 4 avril 1968, il est à Memphis pour
apporter son soutien aux éboueurs, tous
noirs, qui sont en grève. Il est assassiné
sur le balcon de son hôtel, officiellement
par James Earl Ray.
Dès que l’on apprend dans les ghettos
l’assassinat de King, des émeutes
se déclenchent.

Emeutes après
l'assassinat. Licence
Le déplacement à Memphis était
la dernière étape avant la «
Marche des pauvres gens » qu’il devait
organiser à Washington. Ce projet inquiétait
beaucoup le FBI qui craignait des émeutes.
J.Edgar Hoover, le directeur du FBI, se méfiait
de ce révérend noir. Il l’avait
surnommé Zorro et le considérait
comme un communiste.
Le FBI avait déjà fait plusieurs
tentatives pour saborder le mouvement en salissant
la vie privée de son leader. Le révérend
était sous surveillance constante et sa
ligne téléphonique sur écoute.
L’assassinat de Martin Luther King
Le leader noir est abattu le 4 avril 1968, alors
qu’il se trouve au balcon du motel Lorraine,
à Memphis.
Peu après le meurtre, Ray est arrêté.
La police prétend qu’il a agit seul.
Il aurait abattu le révérend d‘une
balle de fusil, en tirant d’une chambre
d’hôtel.
Ray proclame son innocence mais son avocat lui
conseille de plaider coupable s’il veut
éviter la chaise électrique.

Licence
Les indices sont accablants. Ray accepte et il
est condamné à 99 ans de prison.
Il se rétracte trois jours après
le verdict mais n’obtiendra jamais la révision
de son procès.
De nombreuses contradictions et zones d’ombre
subsistent dans cette affaire. Tout d’abord,
les différentes analyses balistiques, y
compris celle de 1997, n’ont jamais pu démontrer
que la balle avait été tirée
avec le fusil de Ray.

Motel Lorraine
aujourd'hui. By Bwalsh Licence
Dans cette affaire il n’existe qu’un
seul témoin oculaire, Charles Stephens,
et son témoignage est plus que douteux.
En premier lieu, il est très imprécis,
parlant d’un homme de petite taille (Ray
mesure 1,80 m) qu’il aurait vu de dos.
Charles Stephens est un alcoolique qui a laissé
plusieurs milliers de dollars de dettes dans les
nombreux bars qu’il fréquente.
Comme par magie, ses dettes sont effacées
et il retrouve alors la mémoire, en désignant
Ray comme coupable.
Il est à souligner qu’il reviendra
d’ailleurs sur son témoignage devant
les caméras de la télévision.
Son épouse, également présente
le jour du meurtre, a toujours contesté
ce témoignage. Elle est rapidement placée
dans un hôpital psychiatrique.

Hôtel d'où
Ray aurait tiré. By Veniaxcrusis Licence
Plusieurs
témoins affirment avoir remarqué
des mouvements dans le bosquet situé en
face du balcon. Un journaliste du New York Times,
qui résidait au motel Lorraine, soutient
avoir vu de la fumée sortir du bosquet.
Mystérieusement, les arbustes incriminés
seront arrachés dans la nuit.
Initialement,
le pasteur ne devait pas se trouver au premier
étage du motel mais au rez-de-chaussée.
La veille du meurtre, un homme prétendant
appartenir à l’équipe de sécurité,
avait demandé au directeur de changer le
pasteur de chambre. Cet homme n’a jamais
été retrouvé.
Le jour du meurtre, l’escorte policière
du pasteur a été réduite
de 8 à 2 hommes. Sur l’ordre de qui
?
En 1976, la Chambre des représentants du
Congrès américain désigne
une commission qui doit enquêter sur cette
affaire. Elle entérine la culpabilité
de Ray mais conclut qu’il n’a peut-être
pas agit seul.
Elle clôt le dossier et interdit l’accès
aux archives pendant 50 ans, soit jusqu’en
2029. Pourquoi ?

Quelques secondes
après le coup de feu fatal. Licence
Depuis,
il y a eut plusieurs rebondissements mais aucune
preuve n’est venue étayer l’hypothèse
d’un complot.
Le gouvernement américain avec l’aide
du FBI a-t-il fomenté l’assassinat
du pasteur ? Le FBI a-t-il agit seul ?
En juin 2000, une nouvelle enquête gouvernementale
a conclu à la culpabilité de Ray
en concluant qu’il avait agit seul.
Autant dire que les avis sont très divisés.
Les circonstances exactes de la mort de Martin
Luther King sont beaucoup trop confuses pour que
l’on ne se pose pas de questions. D’autant
plus que les motifs de Ray n’ont jamais
été déterminés. Il
n’appartenait à aucun mouvement politique.
Cette affaire nous rappelle bien sûr l’assassinat
de John Kennedy. Il faudra attendre 2029 pour
avoir connaissance de tous les documents relatifs
à l’affaire. Et encore, rien ne dit
que ces archives nous permettront de connaître
la vérité.
V.B
(23.05.2007)
Références bibliographiques
Révolution Non Violente; Martin Luther King. Payot 2006
Historia N° 664. 2002
L'assassinat De Martin Luther King. Collection Marshall Cavendish
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