Des prophéties peu réalistes
La
première prophétie, sans nom d'auteur,
est un recueil manuscrit conservé à
la bibliothèque de l'Arsenal à Paris.
Elle commence au pape Pie II (1458-1464) et fixe
la fin du monde au septième successeur
de Sixte-Quint, soit au pape Grégoire XV,
qui mourut en 1623 !

Le
pape Grégoire XV
Le
second recueil, dit de Scaliger, contient deux
vaticinations forts obscures datant du XIIIe siècle
et donne comme dernier pape, Urbain VI, qui régna
de 1378 á 1389.
La
dernière enfin, due à un certain
Joannini et imprimée à Venise en
1600, est aussi fantaisiste que les deux premières.
Leurs
auteurs, d'ailleurs, étaient prudents,
et l'un d'eux n'hésitait pas à terminer
ainsi sa prédiction :
«
Au surplus le Seigneur, qui tient entre ses mains
les étoiles mêmes du firmament, est
assez puissant pour changer d'avis, s'il lui plaît.
»
Avec
de pareilles réserves, on évite
ainsi tout risque d'erreur...
La prophétie de Malachie
Les
prédictions de saint Malachie paraissent
être d'une autre veine. Leur succès
peut sans doute s'expliquer par le fait qu'elles
assignent, comme date de la fin du monde, les
années voisines de l'an 2000.
Cette
prophétie, en outre, n'étant pas
encore accomplie, puisqu'il reste un ou deux papes,
en comptant le pape actuel.
Il y a effectivement controverse ou plutôt
écart d’interprétation selon
que l’on considère que la 112e «
sentence » qui annonce le Jugement dernier
se réfère au dernier Pape ou n’est
que la conclusion de la prédiction.

Malachie
(Peinture italienne du Xe siècle)
Toutes
ces raisons sont certainement pour beaucoup dans
l'intérêt qu'elle a suscité
et suscite encore de nos jours.
Mais il faut reconnaître également
que nombre de ces prophéties sur les papes
demeurent troublantes tant elles semblent coïncider,
souvent à la perfection, avec la réalité
historique de leur règne.
Avant
d'aborder l'étude de ce texte proprement
dit, voyons qui fut son véritable auteur.
Qui était Malachie ?
Malachie
naquit en 1094, en Irlande, dans la ville d'Armagh.
Jeune encore il voulut devenir prêtre et
se mit sous la direction d'un pieux ermite, Ismar.
L'évêque
d'Armagh, frappé de sa sainteté,
lui conféra la prêtrise. Il réforma
ensuite les monastères d'Irlande, y rétablit
la discipline, ce qui lui valut à trente
ans d'accéder á l'épiscopat.
Quelques
années plus tard il devenait archevêque
d'Armagh et primat d'Irlande, la plus haute dignité
ecclésiastique du pays.
Malachie s'employa à surveiller les moeurs
de son clergé, à évangéliser
les campagnes, puis, jugeant son rôle terminé,
il se démit de ses charges et se retira,
par humilité, dans un petit diocèse,
celui de Down.
En
1139, il fit le voyage de Rome, visita au passage
Clairvaux, où il se lia d'amitié
avec saint Bernard, fut reçu avec les plus
grands honneurs par le pape Innocent II et revint
en Irlande poursuivre son apostolat.
En
1148 il revint en France pour y saluer le pape
Eugène III, qui devait s'y rendre, et eut
la consolation de mourir entre les bras de saint
Bernard, qui, plus tard, écrivit sa vie
pour l'édification de ses frères.
Or,
le saint parle des dons prophétiques de
son ami.
Les disciplines, écrit-il, reconnurent
que Malachie avait l'esprit de prophétie.
Si nous faisons bien attention au petit nombre
de faits cités, prophéties, révélations,
punitions d'impies, grâces de guérison,
conversions des coeurs, résurrections des
morts, rien ne lui a manqué. Dieu qui l'aimait
l'a orné de toutes ces gloires. »
Voilà
donc attestés les dons de voyance de Malachie
par un témoin irrécusable. Est-ce
à dire qu'il est bien l'auteur de la prophétie
sur les papes ? Beaucoup l'ont cru, d'autres l'on
contesté.
Qui a écrit la prophétie
sur les Papes ?
Ce
qui est certain, c'est que nul n'en entendit parler
avant 1595, date de sa première publication,
c'est-à-dire prés de cinq siècles
et demi après sa mort !
Il
semble bien extraordinaire qu'un écrit
de cette importance soit demeuré si longtemps
inconnu.
L'ouvrage de 1595 est dû à un moine
bénédictin de Douai, Arnold de Wyon,
né en 1554, et qui se retira dans une abbaye
de Mantoue à la suite des troubles politiques
et des guerres survenues en Flandre.
Il
était déjà l'auteur de savants
traités sur l'histoire de son ordre lorsqu'il
fit paraître en 1595 son Lignum vitae (Arbre
de vie) dédié á Philippe
II d'Espagne et qui était une énumération
des bénédictins élevés
á l'épiscopat.
Après
avoir rapporté les divers épisodes
de la vie de l'un d'eux, saint Malachie, il ajoute
:
«
Il écrivit quelques opuscules. Je n'en
ai rien vu jusqu'à ce jour, si ce n'est
une certaine prophétie sur les souverains
pontifes. Comme elle est courte, qu'elle n'a pas
encore été imprimée, á
ma connaissance, et que beaucoup désirent
la posséder, j'en ai rapporté ici
le texte. »
Suivent
alors cent onze petites devises allant du pape
Célestin Il (1143-1144) á un texte
annonçant le jugement dernier et la fin
du monde sous le pontificat d'un certain Pierre
le Romain, qui pourrait être le 112e pape
après Célestin II.
Rappelons
que le souverain pontife actuel est le 111e de
la liste de saint Malachie. Benoît XVI est-il
le dernier pape c’est-à-dire ce fameux
Pierre de Rome ? Ou la conclusion de la prophétie
décrit le dernier pontificat ?, auquel
cas, Pierre de Rome n’a pas encore été
élu.
Controverse sur l’authenticité
des prophéties de Malachie
Les soixante-quatorze premières devises
jusqu'à Urbain VII (1590) étaient
suivies d'un court commentaire explicatif dû
à un érudit dominicain espagnol,
Alphonse Ciacconius, spécialiste de l'histoire
des papes.
Certains
critiques ont avancé que c'est lui qui
aurait écrit le texte en entier et qui
aurait abusé la bonne foi d'Arnold de Wyon.
Le but : influencer les cardinaux réunis
en conclave après la mort d'Urbain VII
pour leur faire élire l'évêque
d'Orvieto, ami de Ciacconius, le cardinal Simoncelli,
en lui donnant comme devise : De antiquitate urbis
(de la ville ancienne), c'est-à-dire Orvieto
(Urbs vetus : la ville ancienne).

Le
trône de Pierre, au Vatican
C'est
possible, mais non certain ; en effet, Simoncelli
ne fut pas élu, et dans ces conditions
on peut s'interroger sur les raisons qui auraient
poussé ces érudits à publier
cinq ans après une prophétie de
circonstance et qui avait par surcroît échoué.
De
plus, il est indéniable que la prophétie
des papes, dés sa parution, s'étant
répandue dans toute l'Europe où
elle suscita le plus grand intérêt,
fit alors l'objet de recherches et d'études
de la part de savants de tout ordre, dont la plupart
crurent á son authenticité.
Ouvrage
réellement dû á l'archevêque
d'Armagh ou bien texte fabriqué á
la fin du XVIe siécle ? Il semble difficile
de trancher tant que des preuves formelles ne
seront pas apportées dans un sens ou dans
l'autre.
Ce qui, par contre, demeure le plus intéressant,
c'est l'étude de la dernière partie
de la prophétie, celle qui se rapporte
aux papes élus après l'impression
du volume en 1595.
Après
cette date, en effet, aucune falsification n'est
possible : on ne peut plus dés lors supposer
l'intervention d'un mauvais plaisant fabriquant
ses prédictions après coup.
V.B
(8.08.2006)
Partie
II: La
fin des papes selon Malachie
Références bibliographiques
Inexpliqué
49, Les prophéties de saint Malachie. Inexpliqué
52, la fin des Papes selon saint Malachie
<
Prophéties. Prédictions
. Prémonition . Voyance |