La première république
islamique
A Médine, le Prophète s’efface
derrière l’homme politique. La communauté
s’organise, et Mahomet donne à la
cité ses lois sociales et juridiques.
C’est la naissance de la première
république islamique.
Yathrib prend le nom de Madimat al-Nabi, la ville
du Prophète ou Médine.
Ce chef religieux devient un chef de guerre.
Il signe avec les autres groupes un pacte, appelé
« Constitution de Médine »,
que certains considèrent comme un traité
international exemplaire pour l’époque.
Afin de consolider son pouvoir et le jeune Etat
musulman, Mahomet attaque à plusieurs reprises
des tribus juives.

Mahomet, représenté
par une flamme, et les premiers califes, ses succésseurs
directs (Miniature persane, Bibliothèque
nationale, Paris)
Parallèlement, entre 619 et 629, il contracte
11 mariages et prend deux concubines, la juive
Raihana Bint Zaid, et Maria, une copte (chrétienne)
d’Egypte.
Dans la plupart des cas, mis à part l’exception
d’Aïcha, la « Bien-aimée
», Mahomet conclut, grâce à
ses épouses, des alliances politiques.
La nouvelle communauté combat pour sa
foi et les minorités juives et chrétiennes
sont converties ou éliminées de
la région.
Les batailles contre les habitants de La Mecque
se succèdent. Il gagne le combat de Badr
(624) mais subit une cuisante défaite à
Ohoud (625).
Il prend sa revanche à la « bataille
du fossé » en 627, fossé qui
a été creusé pour protéger
Médine.

Mosquée
d'Islamabad, capitale du Pakistan (Photo ©
R. Gordon)
Le 11 janvier 630, Mahomet entre victorieux à
La Mecque. Il fait aussitôt détruire
les idoles et donne un sens nouveau aux anciens
symboles.
La Kaaba devient la « maison de Dieu »
et les rites du pèlerinage musulman remplacent
ceux des païens.
Il créé la umma qui institue aide
et protection entre les musulmans. Le jihad «
combat contre soi-même pour devenir meilleur
selon la volonté de Dieu » se transforme
en guerre sainte contre les infidèles et
abolit la razzia.
La nouvelle religion
L’influence du Prophète grandit
dans la péninsule arabique dans les années
630-631. A cette date, Mahomet revient à
La Mecque pour y effectuer le pèlerinage
de « l’adieu ».

Grande Mosquée
de la Mecque. Au centre, la Kaaba. La Kaaba est
un sanctuaire cubique dans lesquel est scellée
la Pierre noire. Les pèlerins doivent en
faire sept fois le tour. La Pierre noire a été
apportée par l'ange Gabriel. Initialement
immaculée, elle est censée avoir
été noircie par le péché
humain
De cette époque date la dernière
révélation, la dernière sourate
: »Aujourd’hui, j’ai parfait
votre religion, j’ai accompli sur vous ma
grâce et il me plaît que l’islam
soit votre foi. »
De retour à Médine, il est pris
de fièvre et meurt le 8 juin 632, dans
les bras d’Aïcha, son épouse
préférée.
Depuis sa mort, le pèlerinage se déroule
du 7 au 13 du mois dhu al-hijra, le dernier de
l’année hégirienne.

Avant la prière,
les musulmans se livrent à des ablutions
rituelles pour se purifier (XVe siècle,
Bibliothèque nationale, Le Caire)
Chaque musulman a l’obligation d’effectuer,
au moins une fois dans sa vie, le pélérinage.
Il y répète pieusement les gestes
du Prophète, drapé de deux pièces
d’étoffe blanche sans couture, symbolisant
la pureté et l’égalité
des croyants devant Dieu.

Clé de la
Kaaba. C'est l'un des nombreux objets porte-bonheur
liés au pélerinage à la Mecque
(XVe siècle, Musée du Louvre, Paris)
La loi islamique classe les activités
humaines en cinq catégories :
- Activités autorisées
- Activités recommandées
- Activités obligatoires
- Activités detestables
- Activités interdites
Par exemple, le mariage est un devoir. Le Coran
tolère que l’homme ait quatre épouses.
Il peut les répudier mais la femme conserve
alors la dot (mahr).
L’adultère est interdit et le châtiment
réservé aux deux coupables est de
100 coups de fouet.
Celui qui aura fait une fausse accusation sans
produire les quatre témoins prévus
par le Livre doit être puni de 80 coups
de fouet. De nombreuses sociétés
ont conservé l’ancienne coutume de
la lapidation.
En cas de vol, le Coran ordonne de trancher la
main du coupable.
Le port du voile, pour les femmes, est recommandé
mais non obligatoire.
Le musulman est également soumis à
des restrictions alimentaires. Il ne doit pas
manger de porc, ni de viande d’un animal
déjà mort ou qui n’aura pas
été égorgé pour être
vidé de son sang.
Le Coran ne prévoit pas de sanctions pour
l’interdiction de boire du vin ou des boissons
fermentées. En revanche, les interdictions
de la sunna sont plus catégoriques, et
les juristes-théologiens ont prévu
80 coups de fouet.
Les bijoux précieux sont défendus
aux hommes, mais pas les parfums, dont le Prophète
était grand amateur.
Toutes les actions nobles, manger, écrire
…, sont réservées à
la main droite, les autres à la gauche.
La figuration d’Allah et de Mahomet est
totalement interdite. C’est pourquoi, l’islam
apporte un soin particulier aux manuscrits. Le
calligraphe concentre tout son art sur les lettres
et les couleurs.
Les cinq piliers de l’islam
Tout musulman est astreint à cinq obligations,
également appelées « piliers
» ou arkan. Ces cinq obligations sont les
suivantes :
La profession de foi (chahada)
qui s’exprime ainsi : « J’atteste
qu’il n’y a de Dieu qu’Allah
et que Mahomet est son Prophète. »
La récitation de cette formule en public,
prononcée trois fois de suite, constitue
l’acte de conversion à l’islam.
La prière (salat)
: les cinq prières rituelles portent le
nom de l’heure à laquelle elles doivent
être récitées. Les musulmans
doivent d’abord se mettre en état
de pureté rituelle par des ablutions.
La prière communautaire s’effectue
dans une mosquée chaque vendredi.
Le jeûne (siyam)
dure tout le mois du Ramadan, le neuvième
mois de l’année islamique. Il doit
être absolu de l’aube à la
tombée de la nuit.
L’aumône (zakat)
est un impôt religieux payé par les
riches. Payer l’aumône légale
signifie que l’homme n’est que le
dépositaire des biens d’ici-bas ;
seul Dieu en est le propriétaire.
Le pèlerinage de La
Mecque (al Haji) qui est un acte essentiel
du culte islamique. Tout croyant doit le faire
au moins une fois dans sa vie s’il en a
les moyens.
La Mecque, qui se trouve en Arabie Saoudite, est
un territoire interdit à tout non-musulman.
Le Coran
La religion musulmane ne comporte ni sacrément,
ni clergé. Les dogmes, peu nombreux, disent
aux fidèles ce qu’il faut croire,
tandis que la charia (voie à suivre), ou
loi islamique, lui prescrit ce qu’il doit
faire pour être un bon musulman.
La charia est fondée sur le Coran, sur
la sunna (tradition), recueil des « faits
et dits » (hadith) du Prophète, et
sur le fiqh, droit musulman, qui est en fait la
science religieuse élaborée par
des juristes-théologiens.
Coran de l’arabe al-Quraan, « la
lecture » ou, plus précisément,
« la récitation déclamatoire
»), représente pour tous les musulmans
le texte sacré par excellence.
Il est en effet la parole de Dieu devenue Livre.

Le Coran. L'alphabet
s'écrit de droite à gauche et ne
comporte que des consonnes et des demi-consonnes
(XVIe siècle, Bibliothèque de l'Arsenal,
Paris)
Les compagnons du Prophète apprenaient
par cœur les révélations au
fur et à mesure que ce dernier les leur
transmettait. Ils les transcrivaient également
sur des pierres plates, des omoplates de chameau
et des morceaux de cuir.
En 652, le calife Uthman, troisième successeur
du Prophète, donna l’ordre de réunir
tous les textes. Cette version, considérée
comme définitive, est toujours en vigueur
dans le monde musulman.
L’importance accordée par les musulmans
au texte sacré explique la place qu’occupent
la calligraphie, l’enluminure et la reliure
des corans dans l’art islamique. Seul le
décor abstrait y est admis, à l’exclusion
de toute représentation de la vie.
Le Coran est composé de 114 sourates (chapitres),
elles-mêmes divisées en 6 243 versets,
ou ayats. Les versets sont classés selon
un ordre de longueur décroissante. On peut
les regrouper chronologiquement selon quatre périodes
successives :
L’apostolat du Prophète. Le thème
du premier groupe est la purification, la charité,
l’unicité divine, le rejet du paganisme,
la création et la résurrection.
Le thème du deuxième groupe est
la réaffirmation de l’unicité
divine, la lutte contre le polythéisme,
le prophétisme de Mahomet, les récompenses
et châtiments dans l’au-delà.
Les troisième et quatrième groupes
comprennent les révélations faites
à Médine, à une époque
où le Prophète élargit et
organise solidement la communauté : Mahomet
reprend et accentue les thèmes essentiels
de toute sa prédication. La « liminaire
», ou fatiha, est la plus courte et la plus
dense invocation au Seigneur, que tout musulman
connaît par cœur.
Le musulman doit croire aux anges, aux prophètes,
aux livres révélés et au
jugement dernier.
Les anges sont faits de lumière et n’ont
pas de sexe. Les prophètes, supérieurs
aux hommes, sont des hommes envoyés par
Dieu pour révéler ou rappeler la
religion.
Certains, comme Moïse avec la Torah et Jésus
avec l’Evangile, sont porteurs de livres
révélés. C’est pourquoi
juifs et chrétiens sont appelés
« gens du Livre » dans le Coran.
On y retrouve les prophètes de la Bible,
notamment Noé, Abraham, Moïse, David,
Salomon, Joseph ou Elie.

Coran miniature,
Collection privée
Jésus (Issa ou Aïssa) est tenu pour
un très grand prophète par ce qu’il
a accomplit des miracles. Il occupe une place
privilégiée dans le Coran. C’est
également le cas de la Vierge Marie (Maryam).
Mais, pour l’islam, Jésus n’est
pas le fils de Dieu et il n’est pas mort
sur la croix.
Chrétiens et juifs ont dénaturé
leur révélation, et Mahomet, envoyé
pour la corriger, est considéré
par les musulmans comme le « sceau des prophètes
», le dernier de la lignée.
Le jugement dernier est longuement abordé
dans le Coran. Les créatures seront nues,
debout devant Dieu, brûlées par le
soleil. Chacune présentera le livre du
compte de ses actions, lesquelles seront pesées
sur une balance.
Mahomet intercédera en faveur des pécheurs
mais ne pourra pas tous les sauver.
Les bons iront au paradis, la Janna (le Jardin),
les autres seront condamnés au feu éternel,
Nar, qui désigne l’enfer.
Les élus du paradis disposeront de houris,
jeunes filles vierges, ainsi que de mets et de
boissons délicieux.
En 632, quand meurt Mahomet, l’influence
de la nouvelle religion se limite à l’Arabie.
Pourtant, dès cette année-là,
l’empire musulman va rapidement s’étendre.
Pourquoi les Arabes ont-ils abandonné leur
désert pour conquérir le monde ?
La puissance de la foi est-elle une explication
suffisante ? Les historiens s’interrogent
encore.
V.B (04.05.2006)
Dossier complémentaire
La
naissance de l’Islam. Mahomet, le Prophète
Références bibliographiques
Mahomet, la naissance de l’islam, éditions
Larousse. Atlas des Religions, Plon Mame
< Religion.
Croyances. Sectes
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