Maccarthysme

Entre 1950 et 1954, en pleine période de « guerre froide », une véritable chasse aux sorcières sévit aux Etats-Unis, sur l’initiative du sénateur Joseph McCarthy. Cette campagne contre les communistes est si effroyable que le maccarthysme reste encore aujourd’hui le symbole de l’intolérance et de la peur aveugle.
Car le maccarthysme est bien né de la peur de l’Union soviétique et n’a jamais reposé sur le moindre fondement rationnel.
Durant quatre années, des catégories entières de la population ont été dénoncées et arrêtées, chacun étant considéré comme un ennemi potentiel de l’Etat.
Comment un obscur petit sénateur du Wisconsin, inconnu jusqu’alors, a-t-il pu plonger la première puissance mondiale dans un tel obscurantisme ?

 

 

La naissance du maccarthysme

Le 19 février 1950, à l’occasion d’une conférence, le sénateur J. McCarthy s’attaque avec virulence au communisme. A ses yeux, le communisme représente un danger mondial mais également un fléau au sein même des institutions américaines.
Il affirme que des espions communistes se sont infiltrés dans l’Administration et occupent des postes clefs au sein même du gouvernement.

Il encourage donc tous les Américains à mener une croisade pour démasquer ces traîtres qui mettent en péril la vie de la Nation.

Contre toute attente, ce discours farfelu et sans aucun fondement va se répandre dans toute l’Amérique.

Le maccarthysme est né. Il va plonger les Etats-Unis dans une véritable fièvre de dénonciations et calomnies.

Qui était Joseph McCarthy ?

Irlandais d’origine et catholique, McCarthy est un sénateur républicain. Réputé comme un bon vivant, c’est également un joueur et un grand buveur.
Mais, cet homme qui a fait trembler l’Amérique pendant quatre ans est également un menteur qui a inventé de toutes pièces une biographie le mettant à son avantage.

En 1950, quand il fait son discours qui a déterminé la suite des évènements, son mandat arrive à expiration. Il n’est pas du tout certain d’être réélu et met donc en œuvre une stratégie purement politicienne.
Jusqu’à présent, McCarthy ne s’était jamais intéressé aux éventuelles infiltrations communistes.

J. McCarthy. (DP)

Il est fort probable que cette campagne s’est inspirée de certaines déclarations. Dès 1946, le président Truman avait ordonné une enquête sur les sympathies politiques des fonctionnaires. A partir de 1947, de nombreux fonctionnaires ont d’ailleurs été renvoyés pour leurs opinions subversives.
McCarthy n’a fait que reprendre à son compte cette hantise de l’après-guerre et cette peur bien ancrée de l’U.R.S.S.

Mais, à partir de 1950, la constitution américaine est en grand danger car n’importe quel citoyen peut être arrêté sur simple dénonciation.

La chasse aux sorcières

Départements d’Etats, Sénat, Chambre des représentants et Commissions diverses mettent en place des listes noires de citoyens potentiellement suspects.
Ces gens-là sont soit licenciés, soit inscrits sur une liste de ceux qu’il ne faut pas embaucher.

Cette fièvre s’étend dans toute l’Amérique. Ne pas participer à cette chasse aux sorcières serait considéré comme un manque de patriotisme.

Mais il n’y a pas que dans le secteur public que le maccarthysme sévit. Le monde du cinéma est particulièrement touché.
Un certain Ronald Reagan, président du syndicat des acteurs, se montre très actif dans la recherche des communistes infiltrés.

De grands noms du 7e Art participent avec frénésie à cette campagne dont notamment Cecil.B. De Mille, Elia Kazan, Ginger Rogers ou Gary Cooper.

Charlie Chaplin est obligé de s’exiler en Europe ainsi que Jules Dassin.

Le monde littéraire est bien évidemment une cible privilégiée. Tous les écrivains de gauche sont alors obligés de rendre des comptes.

D’une manière générale, tous les secteurs sont touchés et chacun prie pour ne pas être ajouté aux listes noires qui circulent.

Si au début, cette campagne concernait les communistes, rapidement on pourchasse également les homosexuels et les drogués.
Calomnies et délations sont devenues un sport national.

La « Terreur Rouge » ne prendra fin que lorsque le Sénat censurera enfin McCarthy en décembre 1954. Il sera alors définitivement écarté de la politique. Il mourra en 1957.

Les conséquences du maccarthysme

Deux personnes ont payé de leur vie cette frénésie hystérique ; ce sont Ethel et Julius Rosenberg. Le couple, accusé d’espionnage au bénéfice de l’U.R.S.S, est condamné à la chaise électrique en 1953.

Le couple Rosenberg était-il coupable ? Le couple a été accusé d’avoir livré à l’U.R.S.S de secrets concernant la bombe atomique.
En réalité, il semblerait, qu’effectivement, le couple a bien livré des secrets militaires, mais très secondaires, dans le domaine de l’électronique.

Ethel et Julius Rosenberg. (DP)

Il semblerait également qu’Ethel n’ait pas participé activement et n’a jamais donné aucun renseignement. Elle était simplement au courant des activités de son mari.

Dans les milieux politiques, 26 mesures d’expulsion ont été appliquées. Près de 4 millions de fonctionnaires ont fait l’objet d’une surveillance et bon nombre d’entre eux ont préféré démissionner.

Dans tous les milieux, y compris ouvriers, des milliers de personnes ont perdu leur emploi. Aujourd’hui encore, l’Amérique n’a pas oublié cette période trouble, devenue synonyme de dictature au nom de la sécurité nationale.

V.B (13.05.2007)

Références bibliographiques

La Chasse Aux Sorcieres - Le Maccarthysme; Toinet Marie-France. Editions Complexe 1997
L'histoire N° 27 : Le Maccarthysme 1980
Cinema 71 N° 160 : Jean Rouch - Le Maccarthysme - Cinema Et Idéologie 1971

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