L’homme et le loup
Bien que le loup soit probablement le premier animal à
avoir été domestiqué, il a toujours entretenu
des relations difficiles avec l’homme.
« Le grand méchant loup », « Marcher
à pas de loup », « Hurler avec les loups
», « Avoir une faim de loup ».
Toutes ces expressions prouvent combien cet animal est présent
dans notre imaginaire. Longtemps il a hanté l’esprit
des hommes au point de devenir un animal mythique.

Mais, c’est sans doute au Moyen Âge, entre le
VIIe et le XIIe siècle, que les relations entre le
loup et l’homme, en se multipliant, se chargent du poids
symbolique le plus important.
L’hiver, le froid, la neige, la misère, la guerre
et la forêt omniprésente sont associés
au loup. La société vit alors à la campagne
dans sa grande majorité. La présence de loups
est considérée comme un révélateur
des difficultés et de l’impuissance des hommes
à construire un monde égalitaire.
Dans la morale judéo-chrétienne, le loup incarne
le principe du mal. Il symbolise le diable qui dévore
les corps pour s’approprier les âmes.
Lycanthropes et loups-garous ont signé un pacte avec
le démon et ils sont craints tout autant que les sorciers.

Loup arctique. By Amigadave
Au Moyen Âge, les rares protecteurs des loups sont
des saints, seuls capables de transformer le mal en bien et
de chasser le démon de l’animal pour en faire
l’instrument de Dieu.
La peur du monde sauvage
A une époque où l’Eglise chrétienne
est toute puissante, les forêts sont des lieux en marge
de la loi humaine. Impénétrables, obscures,
elles sont le refuge de forces nuisibles.
L’iconographie médiévale y met en scène
des hommes sauvages, des ermites, des hors-la-loi ou des chevaliers
légendaires, retournant à la vie dans la nature
pour s’initier aux pratiques magiques ou retrouver une
vaillance oubliée.

By Christina Robinson
Le mot même de foresta, apparu au VIIe siècle,
désigne à l’origine une zone plus ou moins
boisée, exclue des usages communs, à la seule
disposition du roi ou du prince.
Cette forêt constitue une réserve de bêtes
sauvages destinées au sport favori des nobles : la
chasse.
Sangliers, cerfs ou daims sont protégés dans
de véritables parcs à gibier tandis que le loup,
considéré comme nuisible, est éliminé.
Mais, sur le continent, les loups, qui ont quitté
leur habitat naturel des steppes et des grandes plaines eurasiatiques,
trouvent refuge dans les forêts, à l’abri
de l’homme.
Au Ixe siècle, les hordes de loups sont ainsi en pleine
recrudescence. Ils n’hésitent pas à attaquer
le bétail ou les hommes pour survivre.
Ainsi, Charlemagne édicte des mesures pour essayer
de lutter contre la prolifération de ces animaux. Les
réglementations carolingiennes sont à l’origine
de l’institution lointaine des battues contre les bêtes
sauvages, la « louveterie royale », qui sera créée
au début du XIVe siècle.

Ci-dessus: Le loup de Gubbio: un loup apprivoisé qui devient le protecteur des enfants (illustration de E.Burnand). Au XIIIe siècle, saint François d'Assise soumet par la croix un loup qui menace la ville de Gubbio. Il le convainc de laisser les habitants en paix à condition que ceux-ci le nourrissent
Mais, ces mesures n’empêchent pas l’arrivée
en 846 des loups en Aquitaine.
300 loups déferlent sur l’Aquitaine
Progressant par vagues successives depuis l’est, les
hordes de loups remplacent les hordes de Barbares dans l’esprit
du peuple.
Réputés mangeurs d’hommes, et même
de cadavres, celui que l’on nomme le « tigre de
l’Occident » cristallise toutes les angoisses
d’une époque particulièrement difficile.
L’hiver est très froid en cette année
846 et la faim tenaille aussi bien les hommes que les animaux.
En Aquitaine, des hordes de loups affamés sortent des
forêts. Les témoins les décrivent avançant
en colonnes, y compris sur les routes. Les gens réagissent
comme en face d’un envahisseur et se terrent chez eux.
En réalité, ces hordes de loups ont fait bien
plus de peur que de mal. Il est vrai que quand la faim les
tenaille vraiment, ils peuvent s’attaquer à des
animaux ou des hommes isolés.

Loups photographiés dans le parc de Yellowstone. By Will.sebastian
Dans quelques circonstances extrêmes, les lieux peuplés
par les humains ne suffisent plus à repousser les loups.
En 1438-1439, durant l’un des plus terribles hivers
que l’Europe ait connus, des groupes de loups sont entrés
dans Paris où ils ont semé la terreur.
V.B (26.09.2005)
- Ancêtres. Répartition et classification des loups
- Canis lupus : le loup gris
- Canis lupus rufus : le loup rouge ou loup roux
- Canis lupus arctos : le loup arctique
- L’histoire des loups de Yellowstone
- Lycanthropie : la peur du loup-garou
- Des loups envahissent l’Aquitaine
< Histoire
|