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Liban

Petit pays de 10 400 km² sur la côte méditerranéenne, le Liban fut longtemps surnommé « la petite Suisse du Proche-Orient » du fait de la prospérité de son économie. Mais les divergences politiques entre les multiples communautés chrétiennes et musulmanes ont conduit à une guerre civile de 15 ans qui a ruiné le Liban.
En 1990, après le retour de la paix et le départ de l’armée syrienne, le Liban avait retrouvé une fragile prospérité.
La guerre qui oppose actuellement Israël au Hezbollah, une organisation islamique radicale, détruit le peu d’espoir qu’il restait de voir les différentes communautés de cohabiter.

Le Liban : une mosaïque de communautés

Le Liban ou République libanaise est un État d’Asie occidentale, faisant partie du Moyen-Orient.
Ce pays est ouvert sur la Méditerranée à l’ouest ; entouré au nord et à l’est par la Syrie ; il partage au sud une frontière avec Israël.

Le Liban est une mosaïque de vingt communautés ethniques et religieuses dont le passé douloureux a favorisé les replis identitaires. Longtemps majoritaires, les chrétiens ont vu leur proportion diminuer au sein de la population totale et sont aujourd’hui moins nombreux que les musulmans. Ils restent dominés par les maronites (au nombre de 700 000) auxquels s’ajoutent les Grecs orthodoxes, les Arméniens, les chaldéens, les protestants, les jacobites, les nestoriens, etc.

Plaine de la Béqaa . Site de l'auteur

Quant aux musulmans, les plus nombreux sont les sunnites, suivis par les chiites (dont la proportion s’accroît), les Druzes, sans oublier les Alawites et les ismaéliens.

Ces communautés coexistent sur la base du système du Millet, hérité de l’Empire ottoman, qui repose sur le communautarisme et l’autonomie du statut personnel.

Berger et son troupeau dans la plaine de la Beqaa, au Liban

Le système politique est basé sur une République parlementaire. Le Liban est divisé en six gouvernorats (mohafazat). Mais, l’autorité du gouvernement libanais ne s’étend pas sur l’ensemble du territoire.
Le Hezbollah contrôle une importante zone méridionale, occupée encore récemment par Israël.

L’histoire du Liban

Héritier de la Phénicie, point de convergence des civilisations de la Mésopotamie, de l’Égypte et de la Grèce, le Liban devient romain et byzantin avant d’être conquis par l’islam au milieu du VIIe siècle.

Éternel refuge des minorités, il est constitué d’une mosaïque de communautés religieuses, chrétiennes et musulmanes, et devient, durant les croisades, le siège d’un royaume chrétien.

Golan

L’autorité de l’islam y est rétablie, à la fin du XIIIe s, par les Mamelouks d’Égypte. Le Liban connaît ensuite, à partir du début du XVIe s, une longue période de domination ottomane.

La conquête du pays par Méhémet-Ali (1831), qui agit en véritable despote, provoque un sursaut national qui marque la véritable naissance de la nation libanaise.

À la suite d’un massacre des maronites (une des principales communautés chrétiennes du pays), un corps expéditionnaire français débarque en 1860 et fait prévaloir des accords internationaux, qui, en 1861, garantissent l’autonomie du « Mont-Liban » à l’intérieur de l’Empire ottoman.

Vallée de la Qadisha

Après la Première Guerre mondiale, la France reçoit en 1920 un mandat sur la Syrie et le « Grand-Liban ».

Reconnue en 1936, l’indépendance libanaise sous mandat français est proclamée en 1941 et devient effective en 1945, après la Seconde Guerre mondiale. Après l’évacuation du pays par les troupes françaises et britanniques, un système présidentiel et parlementaire « confessionnaliste » se met en place, instaurant le partage des pouvoirs entre les diverses communautés :

  • La présidence de la République est attribuée à un maronite
  • Celle du gouvernement à un musulman sunnite
  • La présidence de l’Assemblée à un chiite

Dans le même temps, le Liban noue des relations privilégiées avec la France mais doit faire face à une rupture de son alliance avec la Syrie et, après le premier conflit israélo-arabe, à l’arrivée massive de réfugiés palestiniens.

La forêt de cèdres de Tannourine au Nord Liban. Site de l'auteur

Ce petit pays montagneux et pauvre va donc devenir le lieu privilégié des affrontements incessants du Moyen-Orient, qui vont aggraver ses problèmes internes. Des troubles interconfessionnels éclatent en mai 1958 et provoquent un débarquement américain en juillet.

Sous les présidences de Camille Chamoun (1952-1958), du général Fouad Chehab (1958-1964) et de Charles Hélou (1964-1970), qui tentent successivement de renforcer l’autorité de l’État, la réorganisation administrative et le développement économique qui sont entrepris entraînent une croissance de 7 % par an.
Le Liban bénéficie du boom pétrolier au point d’être qualifié de « Suisse du Moyen-Orient ».

Beyrouth avant la guerre

Mais, après la guerre israélo-arabe de 1967, un nouvel afflux de 140 000 réfugiés palestiniens bouscule le fragile équilibre démographique entre chrétiens et musulmans, qui fondait la séparation des pouvoirs.

Environ 500 000 Palestiniens, à 80 % sunnites, sont désormais installés au Liban et y créent des groupes de combat.

Le 28 décembre 1968, un raid israélien détruit l’aviation civile libanaise sur l’aéroport de Beyrouth et la présence palestinienne devient l’enjeu majeur de la politique intérieure, provoquant des émeutes et une crise ministérielle.

Entre 1970 et 1975, les crises politiques et sociales se multiplient. Des chefs palestiniens sont exécutés par Israël à Beyrouth (avril 1973), les miliciens palestiniens et l’armée libanaise s’affrontent, et le Liban rejoint le camp arabe dans la quatrième guerre israélo-arabe (octobre 1973).

La guerre du Liban (1975-1990)

En fait, il ne s’agit pas d’un seul conflit, mais de plusieurs, qui s’interpénètrent, et dans lesquels les causes externes interfèrent sur les différends internes pour les aggraver et créer une situation si inextricable qu’elle va même donner naissance au vocable de « libanisation ».

La première phase (1975-1976)

La première phase de cette guerre débute, en avril 1975, par un affrontement entre les Palestiniens et les Phalanges.
La fracture se fait entre les conservateurs chrétiens, dirigés par les phalangistes, et ce que l’on appelle alors la gauche libanaise, constituée des Palestiniens, des Druzes, des baassistes, des communistes et des musulmans, tant sunnites que chiites.
Les combats sont très meurtriers : le 6 décembre 1975, les phalangistes abattent 150 à 200 musulmans et rasent des camps palestiniens. La ville de Beyrouth est coupée en deux, chrétiens à l’est, musulmans à l’ouest.

Les phalangistes font appel à la Syrie, qui envoie des troupes en mai 1976. Celles-ci entrent dans Beyrouth en novembre.

Liban en 1976 ( © Paris Match)

La deuxième phase (1977-1981)

La deuxième phase s’ouvre avec l’assassinat du leader druze Kamal Joumblatt (mars 1977). Les alliances ont changé. La Syrie se réconcilie avec les Palestiniens et la gauche libanaise, tandis que les chrétiens glissent progressivement vers Israël, qui les aide à attaquer les Palestiniens dans le Sud.

En février-mars 1978, Israël envahit le Liban-Sud pour y créer une « ceinture de sécurité » de 850 km². Sommé de se retirer par la résolution 425 de l’O.N.U, Israël confie, en partant, les territoires composant la « ceinture de sécurité » aux forces du commandant Haddad, passé sous contrôle israélien ; celui-ci proclame l’État du Liban libre chrétien (avril 1979) et constitue l’armée du Liban du Sud (A.L.S.) équipée par Israël.

Les affrontements directs et indirects entre les Syriens et les Israéliens dominent cette phase de la guerre. Le clan maronite des Frangié est massacré (1978-1980), les populations sont déplacées et soumises à des bombardements meurtriers, tandis que les phalangistes éliminent les autres milices chrétiennes.

Le 21 juillet 1981, le Conseil de sécurité de l’O.N.U. exige un cessez-le-feu, qui sera négocié indirectement entre Palestiniens et Israéliens.

La troisième phase (1982-1983)

La troisième phase est marquée par le rôle politique et militaire croissant des Phalanges et par l’opération israélienne « Paix en Galilée », lors de laquelle, en juin 1982, Israël envahit le Liban avec 100 000 hommes, avant de conclure, après de violents combats et le blocus de Beyrouth, soumise aux bombardements, un cessez-le-feu avec la Syrie.

Élu président de la République en août, Bachir Gemayel, chef des milices chrétiennes, est assassiné en septembre.

Beyrouth en 1982

L’armée israélienne pénètre alors à Beyrouth-Ouest et autorise les phalangistes à pénétrer dans les camps palestiniens de Sabra et Chatila, ou ils massacrent 1 500 réfugiés.

La Syrie s’impose au camp arabe, au sein duquel émerge une nouvelle milice chiite, le Hezbollah, pro-iranien.

La quatrième phase (1983-1985)

La quatrième phase de la guerre est marquée par la recrudescence des combats entre milices et factions rivales.

La population chrétienne quitte en masse la montagne, les attentats anti-israéliens se multiplient.

Cette période voit la montée des milices chiites pro-syriennes (Amal) et pro-iraniennes (Hezbollah), qui vont bientôt se combattre ; les prises d’otages d'occidentaux se développent.

L'attentat de Beyrouth de 1983 à fait 250 morts dont 191 Américains et 58 Français © Paris Match

Le pays est en proie à l’anarchie (règlements de compte, exodes, massacres). La gravité de la situation militaire contraint Amine Gemayel à accepter les conditions syriennes.

Sous l’égide de la Syrie, les chefs des grandes communautés politiques et militaires acceptent de constituer un gouvernement d’union nationale (mai 1984).

Mais ce gouvernement consacre en fait la division du pays en fiefs gérés par les milices, qui font main basse sur l’économie libanaise, et qui, par des rackets, des pillages, l’organisation du trafic de drogue et les aides étrangères qu’elles reçoivent, acquièrent une puissance financière énorme.

La cinquième phase (1985-1989)

La cinquième phase voit se développer la guerre que se livrent la milice chiite pro-syrienne Amal et les Palestiniens, réimplantés à Beyrouth et dans le Sud, pour le contrôle des camps du sud de la capitale. Ces combats, qui font 20 000 morts de juin 1985 à juin 1988, se terminent par une nouvelle reddition de l’O.L.P.

La fin de la guerre (1989-1990)

De mars à décembre 1989, le général Michel Aoun, soutenu par l’Iraq et par de nombreux chrétiens, lance contre la présence armée syrienne une guerre de libération nationale.

L’armée libanaise se scinde en deux et achève de détruire Beyrouth en d’incessants bombardements.

Le 5 novembre 1989, l’accord de Taif préconise un cessez-le-feu, le démantèlement des milices et le retrait des troupes syriennes jusqu’à la Bekaa.

Beyrouth en 2003

L’accord de Taif affirme la restauration de l’autorité de l’État jusqu’aux frontières libanaises ce qui implique la fin de l’occupation israélienne et l’interdiction de toute annexion de tout ou partie de son territoire par l’un des ses voisins.

Conformément à l’accord, une élection présidentielle a lieu le 13 novembre.

Les combats recommencent entre Amal et le Hezbollah, comme entre les milices chrétiennes et l’armée libanaise. Opposé à l’accord de Taif, qui favorise les sunnites, le général Aoun poursuit la lutte contre le nouveau régime.
Écrasé en octobre 1990 par l’armée libanaise et l’armée syrienne à la faveur de la guerre du Golfe, le général Aoun désavoué, quitte en août 1991 le Liban pour la France.

Les conséquences de la guerre

Une deuxième République est proclamée, le 21 septembre 1990, et l’État libanais tente de rétablir son autorité.

Il hérite d’un pays exsangue : entre 150 000 et 200 000 morts, 18 000 disparus, 200 000 blessés, plus de un million de personnes déplacées, 20 à 30 milliards de dollars de destructions et de dégâts.

Honnies par la population, les milices sont progressivement désarmées, à l’exception de celles du Hezbollah et de Amal. Ces dernières se déplacent vers le sud pour tenir tête aux Israéliens et à l’Armée du Liban-Sud.

Affiche de propagande du Hezbollah. Site de l'auteur

Les grands perdants du conflit sont les chrétiens.

Entre 1992 et 1995, les indices attestent de la reprise de la croissance et des investissements, surtout dans la construction, grâce à des aides diverses (américaines, arabes, ou venant de la diaspora libanaise).

Mais, à partir de 1995, la spirale de l’endettement domine. 30 % des Libanais vivent au-dessous du seuil de pauvreté et la situation sociale devient explosive en raison d’un taux de chômage de 20 % dans un pays qui accueille désormais 800 000 travailleurs immigrés dont 500 000 Syriens.

Ces tensions d’ordre économique s’accompagnent d’une exacerbation du communautarisme.

L’une des conséquences les plus graves de la guerre du Liban est le repli de chaque communauté dans son territoire.

Le Liban, un pays déstructuré

Dès l’automne 2000, le Liban est à nouveau fragilisé par l’escalade de la violence israélo-palestinienne et l’arrivée d’Ariel Sharon au pouvoir en Israël. Dans ce contexte difficile, la question des réfugiés palestiniens présents sur le territoire libanais redevient particulièrement brûlante.

Beyrouth en juillet 2006 (Source Internet)

Au cours de l’année 2001, Israël riposte par des bombardements aux attaques menées par le Hezbollah.

En juin, la Syrie procède au redéploiement partiel de ses troupes stationnées à Beyrouth et dans sa banlieue, ainsi que dans certains secteurs de la montagne libanaise.

Exode des civils en juillet 2006 (photo © Marianne N°483)

Les différents changements de gouvernement et le retrait des troupes syriennes n’ont pas apporté la paix tant espérée.

Le nouveau conflit qui oppose les Israéliens aux membres du Hezbollah a mis fin à la volonté d’un peuple pluriconfessionnel de vivre ensemble.

V.B (2.08.2006)

Le Hezbollah

Références bibliographiques

Atlas des religions, ed. Plon Mame. Encyclopédie Larousse, 2005. Le Liban, ed.Atlas 2005

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