Le Liban : une mosaïque de communautés
Le
Liban ou République libanaise est un État
d’Asie occidentale, faisant partie du Moyen-Orient.
Ce pays est ouvert sur la Méditerranée
à l’ouest ; entouré au nord
et à l’est par la Syrie ; il partage
au sud une frontière avec Israël.
Le
Liban est une mosaïque de vingt communautés
ethniques et religieuses dont le passé
douloureux a favorisé les replis identitaires.
Longtemps majoritaires, les chrétiens ont
vu leur proportion diminuer au sein de la population
totale et sont aujourd’hui moins nombreux
que les musulmans. Ils restent dominés
par les maronites (au nombre de 700 000) auxquels
s’ajoutent les Grecs orthodoxes, les Arméniens,
les chaldéens, les protestants, les jacobites,
les nestoriens, etc.

Plaine
de la Béqaa . Site
de l'auteur
Quant
aux musulmans, les plus nombreux sont les sunnites,
suivis par les chiites (dont la proportion s’accroît),
les Druzes, sans oublier les Alawites et les ismaéliens.
Ces
communautés coexistent sur la base du système
du Millet, hérité de l’Empire
ottoman, qui repose sur le communautarisme et
l’autonomie du statut personnel.

Berger
et son troupeau dans la plaine de la Beqaa, au
Liban
Le
système politique est basé sur une
République parlementaire. Le Liban est
divisé en six gouvernorats (mohafazat).
Mais, l’autorité du gouvernement
libanais ne s’étend pas sur l’ensemble
du territoire.
Le Hezbollah contrôle une importante zone
méridionale, occupée encore récemment
par Israël.
L’histoire du Liban
Héritier
de la Phénicie, point de convergence des
civilisations de la Mésopotamie, de l’Égypte
et de la Grèce, le Liban devient romain
et byzantin avant d’être conquis par
l’islam au milieu du VIIe siècle.
Éternel
refuge des minorités, il est constitué
d’une mosaïque de communautés
religieuses, chrétiennes et musulmanes,
et devient, durant les croisades, le siège
d’un royaume chrétien.

Golan
L’autorité
de l’islam y est rétablie, à
la fin du XIIIe s, par les Mamelouks d’Égypte.
Le Liban connaît ensuite, à partir
du début du XVIe s, une longue période
de domination ottomane.
La
conquête du pays par Méhémet-Ali
(1831), qui agit en véritable despote,
provoque un sursaut national qui marque la véritable
naissance de la nation libanaise.
À
la suite d’un massacre des maronites (une
des principales communautés chrétiennes
du pays), un corps expéditionnaire français
débarque en 1860 et fait prévaloir
des accords internationaux, qui, en 1861, garantissent
l’autonomie du « Mont-Liban »
à l’intérieur de l’Empire
ottoman.

Vallée
de la Qadisha
Après
la Première Guerre mondiale, la France
reçoit en 1920 un mandat sur la Syrie et
le « Grand-Liban ».
Reconnue
en 1936, l’indépendance libanaise
sous mandat français est proclamée
en 1941 et devient effective en 1945, après
la Seconde Guerre mondiale. Après l’évacuation
du pays par les troupes françaises et britanniques,
un système présidentiel et parlementaire
« confessionnaliste » se met en place,
instaurant le partage des pouvoirs entre les diverses
communautés :
- La
présidence de la République est
attribuée à un maronite
- Celle du gouvernement à un musulman sunnite
- La présidence de l’Assemblée
à un chiite
Dans
le même temps, le Liban noue des relations
privilégiées avec la France mais
doit faire face à une rupture de son alliance
avec la Syrie et, après le premier conflit
israélo-arabe, à l’arrivée
massive de réfugiés palestiniens.

La
forêt de cèdres de Tannourine au
Nord Liban. Site
de l'auteur
Ce
petit pays montagneux et pauvre va donc devenir
le lieu privilégié des affrontements
incessants du Moyen-Orient, qui vont aggraver
ses problèmes internes. Des troubles interconfessionnels
éclatent en mai 1958 et provoquent un débarquement
américain en juillet.
Sous
les présidences de Camille Chamoun (1952-1958),
du général Fouad Chehab (1958-1964)
et de Charles Hélou (1964-1970), qui tentent
successivement de renforcer l’autorité
de l’État, la réorganisation
administrative et le développement économique
qui sont entrepris entraînent une croissance
de 7 % par an.
Le Liban bénéficie du boom pétrolier
au point d’être qualifié de
« Suisse du Moyen-Orient ».

Beyrouth
avant la guerre
Mais, après la guerre israélo-arabe
de 1967, un nouvel afflux de 140 000 réfugiés
palestiniens bouscule le fragile équilibre
démographique entre chrétiens et
musulmans, qui fondait la séparation des
pouvoirs.
Environ
500 000 Palestiniens, à 80 % sunnites,
sont désormais installés au Liban
et y créent des groupes de combat.
Le
28 décembre 1968, un raid israélien
détruit l’aviation civile libanaise
sur l’aéroport de Beyrouth et la
présence palestinienne devient l’enjeu
majeur de la politique intérieure, provoquant
des émeutes et une crise ministérielle.
Entre
1970 et 1975, les crises politiques et sociales
se multiplient. Des chefs palestiniens sont exécutés
par Israël à Beyrouth (avril 1973),
les miliciens palestiniens et l’armée
libanaise s’affrontent, et le Liban rejoint
le camp arabe dans la quatrième guerre
israélo-arabe (octobre 1973).
La guerre du Liban (1975-1990)
En
fait, il ne s’agit pas d’un seul conflit,
mais de plusieurs, qui s’interpénètrent,
et dans lesquels les causes externes interfèrent
sur les différends internes pour les aggraver
et créer une situation si inextricable
qu’elle va même donner naissance au
vocable de « libanisation ».
La première phase (1975-1976)
La
première phase de cette guerre débute,
en avril 1975, par un affrontement entre les Palestiniens
et les Phalanges.
La fracture se fait entre les conservateurs chrétiens,
dirigés par les phalangistes, et ce que
l’on appelle alors la gauche libanaise,
constituée des Palestiniens, des Druzes,
des baassistes, des communistes et des musulmans,
tant sunnites que chiites.
Les combats sont très meurtriers : le 6
décembre 1975, les phalangistes abattent
150 à 200 musulmans et rasent des camps
palestiniens. La ville de Beyrouth est coupée en deux,
chrétiens à l’est, musulmans
à l’ouest.
Les
phalangistes font appel à la Syrie, qui
envoie des troupes en mai 1976. Celles-ci entrent
dans Beyrouth en novembre.

Liban
en 1976 ( © Paris Match)
La deuxième phase (1977-1981)
La
deuxième phase s’ouvre avec l’assassinat
du leader druze Kamal Joumblatt (mars 1977). Les
alliances ont changé. La Syrie se réconcilie
avec les Palestiniens et la gauche libanaise,
tandis que les chrétiens glissent progressivement
vers Israël, qui les aide à attaquer
les Palestiniens dans le Sud.
En
février-mars 1978, Israël envahit
le Liban-Sud pour y créer une « ceinture
de sécurité » de 850 km².
Sommé de se retirer par la résolution
425 de l’O.N.U, Israël confie, en partant,
les territoires composant la « ceinture
de sécurité » aux forces du
commandant Haddad, passé sous contrôle
israélien ; celui-ci proclame l’État
du Liban libre chrétien (avril 1979) et
constitue l’armée du Liban du Sud
(A.L.S.) équipée par Israël.
Les
affrontements directs et indirects entre les Syriens
et les Israéliens dominent cette phase
de la guerre. Le clan maronite des Frangié
est massacré (1978-1980), les populations
sont déplacées et soumises à
des bombardements meurtriers, tandis que les phalangistes
éliminent les autres milices chrétiennes.
Le
21 juillet 1981, le Conseil de sécurité
de l’O.N.U. exige un cessez-le-feu, qui
sera négocié indirectement entre
Palestiniens et Israéliens.
La troisième phase (1982-1983)
La
troisième phase est marquée par
le rôle politique et militaire croissant
des Phalanges et par l’opération
israélienne « Paix en Galilée
», lors de laquelle, en juin 1982, Israël
envahit le Liban avec 100 000 hommes, avant de
conclure, après de violents combats et
le blocus de Beyrouth, soumise aux bombardements,
un cessez-le-feu avec la Syrie.
Élu
président de la République en août,
Bachir Gemayel, chef des milices chrétiennes,
est assassiné en septembre.

Beyrouth
en 1982 (Source internet)
L’armée
israélienne pénètre alors
à Beyrouth-Ouest et autorise les phalangistes
à pénétrer dans les camps
palestiniens de Sabra et Chatila, ou ils massacrent
1 500 réfugiés.
La
Syrie s’impose au camp arabe, au sein duquel
émerge une nouvelle milice chiite, le Hezbollah,
pro-iranien.
La quatrième phase (1983-1985)
La
quatrième phase de la guerre est marquée
par la recrudescence des combats entre milices
et factions rivales.
La
population chrétienne quitte en masse la
montagne, les attentats anti-israéliens
se multiplient.
Cette
période voit la montée des milices
chiites pro-syriennes (Amal) et pro-iraniennes
(Hezbollah), qui vont bientôt se combattre
; les prises d’otages d'occidentaux se développent.

L'attentat
de Beyrouth de 1983 à fait 250 morts dont
191 Américains et 58 Français
© Paris Match
Le pays est en proie à l’anarchie
(règlements de compte, exodes, massacres).
La gravité de la situation militaire contraint
Amine Gemayel à accepter les conditions
syriennes.
Sous
l’égide de la Syrie, les chefs des
grandes communautés politiques et militaires
acceptent de constituer un gouvernement d’union
nationale (mai 1984).
Mais
ce gouvernement consacre en fait la division du
pays en fiefs gérés par les milices,
qui font main basse sur l’économie
libanaise, et qui, par des rackets, des pillages,
l’organisation du trafic de drogue et les
aides étrangères qu’elles
reçoivent, acquièrent une puissance
financière énorme.
La cinquième phase (1985-1989)
La
cinquième phase voit se développer
la guerre que se livrent la milice chiite pro-syrienne
Amal et les Palestiniens, réimplantés
à Beyrouth et dans le Sud, pour le contrôle
des camps du sud de la capitale. Ces combats,
qui font 20 000 morts de juin 1985 à juin
1988, se terminent par une nouvelle reddition
de l’O.L.P.
La fin de la guerre (1989-1990)
De
mars à décembre 1989, le général
Michel Aoun, soutenu par l’Iraq et par de
nombreux chrétiens, lance contre la présence
armée syrienne une guerre de libération
nationale.
L’armée
libanaise se scinde en deux et achève de
détruire Beyrouth en d’incessants
bombardements.
Le
5 novembre 1989, l’accord de Taif préconise
un cessez-le-feu, le démantèlement
des milices et le retrait des troupes syriennes
jusqu’à la Bekaa.

Beyrouth
en 2003
L’accord
de Taif affirme la restauration de l’autorité
de l’État jusqu’aux frontières
libanaises ce qui implique la fin de l’occupation
israélienne et l’interdiction de
toute annexion de tout ou partie de son territoire
par l’un des ses voisins.
Conformément
à l’accord, une élection présidentielle
a lieu le 13 novembre.
Les
combats recommencent entre Amal et le Hezbollah,
comme entre les milices chrétiennes et
l’armée libanaise. Opposé
à l’accord de Taif, qui favorise
les sunnites, le général Aoun poursuit
la lutte contre le nouveau régime.
Écrasé en octobre 1990 par l’armée
libanaise et l’armée syrienne à
la faveur de la guerre du Golfe, le général
Aoun désavoué, quitte en août
1991 le Liban pour la France.
Les conséquences de la guerre
Une
deuxième République est proclamée,
le 21 septembre 1990, et l’État libanais
tente de rétablir son autorité.
Il
hérite d’un pays exsangue : entre
150 000 et 200 000 morts, 18 000 disparus, 200
000 blessés, plus de un million de personnes
déplacées, 20 à 30 milliards
de dollars de destructions et de dégâts.
Honnies
par la population, les milices sont progressivement
désarmées, à l’exception
de celles du Hezbollah et de Amal. Ces dernières
se déplacent vers le sud pour tenir tête
aux Israéliens et à l’Armée
du Liban-Sud.

Affiche
de propagande du Hezbollah. Site
de l'auteur
Les
grands perdants du conflit sont les chrétiens.
Entre
1992 et 1995, les indices attestent de la reprise
de la croissance et des investissements, surtout
dans la construction, grâce à des
aides diverses (américaines, arabes, ou
venant de la diaspora libanaise).
Mais,
à partir de 1995, la spirale de l’endettement
domine. 30 % des Libanais vivent au-dessous du
seuil de pauvreté et la situation
sociale devient explosive en raison d’un
taux de chômage de 20 % dans un pays qui
accueille désormais 800 000 travailleurs
immigrés dont 500 000 Syriens.
Ces
tensions d’ordre économique s’accompagnent
d’une exacerbation du communautarisme.
L’une
des conséquences les plus graves de la
guerre du Liban est le repli de chaque communauté
dans son territoire.
Le Liban, un pays déstructuré
Dès
l’automne 2000, le Liban est à nouveau
fragilisé par l’escalade de la violence
israélo-palestinienne et l’arrivée
d’Ariel Sharon au pouvoir en Israël.
Dans ce contexte difficile, la question des réfugiés
palestiniens présents sur le territoire
libanais redevient particulièrement brûlante.

Beyrouth
en juillet 2006 (Source Internet)
Au
cours de l’année 2001, Israël
riposte par des bombardements aux attaques
menées par le Hezbollah.
En
juin, la Syrie procède au redéploiement
partiel de ses troupes stationnées à
Beyrouth et dans sa banlieue, ainsi que dans certains
secteurs de la montagne libanaise.

Exode
des civils en juillet 2006 (photo © Marianne
N°483)
Les
différents changements de gouvernement
et le retrait des troupes syriennes n’ont
pas apporté la paix tant espérée.
Le
nouveau conflit qui oppose les Israéliens
aux membres du Hezbollah a mis fin à la
volonté d’un peuple pluriconfessionnel
de vivre ensemble.
V.B
(2.08.2006)
Références bibliographiques
Atlas
des religions, ed. Plon Mame. Encyclopédie
Larousse, 2005. Le Liban, ed.Atlas 2005
Dossier
complémentaire
Le
Hezbollah
< Histoire
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