Chauvet et Lascaux: D'où provient l'art préhistorique ? La découverte de la grotte
Chauvet, âgée de plus de 30 000 ans,
a révolutionné notre connaissance
de la préhistoire. Elle a aussi remis en
cause bien des théories sur l'apparition
de l'art.
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Longtemps, le plus célèbre site orné de la préhistoire est resté Lascaux. Du fait de son âge - 17 000 ans - et aussi pour l'extraordinaire finesse de ses peintures. C'est pourquoi cette caverne de Dordogne, dans le centre de la France, a eu droit aux plus grands égards.
Aurochs de Lascaux Pour l'expert comme pour le profane, c'est un spectacle inoubliable. Chaque animal semble naître de la roche.
Dans la grotte de Lascaux, certaines figures atteignent 5 m de haut Le dos d'un cheval épouse une faille de calcite, le muscle d'un bison se découpe sur une tranche, le cou d'un taureau suit le contour d'une bosse, les pattes d'un autre sont esquissées dans les creux.
Les artistes de Lascaux ont exploité le moindre accident de la paroi, donnant aux peintures un relief singulier. Dans un élan dramatique, les troupeaux semblent se mettre en branle à la lueur scintillante des bougies, animant la roche rugueuse de la caverne. Une des parois de Lascaux représente un
homme aux bras écartés, terrassé par un bison.
Blessé, l'animal perd ses viscères.
Les découvertes successives des peintures d'Arcis-sur- Cure, dans l'Yonne, en 1990, de la grotte Cosquer, au bord de la Méditerranée, en 1991, et de la grotte Chauvet en Ardèche en 1994 ont totalement bouleversé nos connaissances.
Une des 300 peintures de la grotte Chauvet On sait aujourd'hui que l'art des cavernes est
bien plus ancien que ne le pensait Leroi-Gourhan: en utilisant la
technique de datation au carbone 14, l'équipe de Jean Clottes
a pu établir que les peintures de Chauvet remontaient à
une période comprise entre - 30000 ans et - 28 000 ans.
À côté de nombreuses empreintes de mains et de signes abstraits, la grotte Chauvet recèle un extraordinaire bestiaire de près de trois cent cinquante animaux.
Une troupe de rhinocéros Les bêtes dangereuses (mammouths et rhinocéros laineux principalement, ours des cavernes, lions, hyènes, panthères) sont les plus nombreuses, mais on trouve également des chevaux, des bisons, des rennes, des aurochs, des bouquetins, quelques cerfs et mégacéros - une espèce de cerf géant aujourd'hui éteinte - et même un hibou.
Il ne s'agit pas, cependant, d'une représentation
réaliste de la nature, puisqu'il y manque de nombreuses espèces
alors très courantes - lapins, renards, oiseaux... Il est bien difficile de savoir quelle était la fonction de ces peintures, qui ne peuvent être reliées ni à des textes écrits ni à des témoignages oraux. Mais quelques points paraissent établis. Ainsi, la grotte de Chauvet a été peu fréquentée. Il ne s'agissait donc pas d'un sanctuaire destiné à un culte de masse. On n'y trouve guère que les traces des artistes eux-mêmes et les empreintes d'un enfant, peut-être accompagné d'un chien, qui remontent à - 25 000 ans. D'autre part, à Lascaux, dont la décoration a été réalisée 15 000 ans après celle de Chauvet, les panneaux principaux sont consacrés aux grands herbivores (aurochs, bisons, chevaux et un seul renne), qui sont souvent représentés en couples, alors que les carnivores sont relégués dans les diverticules de la grotte.
Les chevaux au galop de la grotte de Lascaux présentent un corps disproportionné par rapport aux pattes
La vieille idée que des millénaires ont été nécessaires à la gestation de l'art est donc dépassée. Les chercheurs, qui avaient cru jusque-là déceler une évolution dans la qualité artistique des peintures rupestres, ont admis que celles de la grotte Chauvet - les plus anciennes, donc - sont aussi parmi les plus élaborées.
Une des représentations de la salle des Taureaux à Lascaux Dessins naturalistes, détourage des animaux,
jeux de perspective ou d'estompes révèlent une grande
maîtrise artistique. Le talent de leurs auteurs était
tel qu'ils savaient non seulement donner du relief à leurs
créatures, mais aussi suggérer le mouvement.
Dans le monde, on connaît à ce jour plus de deux cents grottes préhistoriques ornées; 85 % d'entre elles se situent dans le sud de la France (surtout en Dordogne, dans le Lot, en Haute-Garonne) et dans le nord de l'Espagne. Cette extraordinaire concentration demeure une énigme. Est-elle due à la présence de cavités naturelles dans ces régions ? Mais on en trouve ailleurs, qui n'ont pas été habitées ou décorées, par exemple dans les Alpes, dans les Balkans... Est-elle due à la stabilité du sol, qui a conservé les grottes intactes, alors que, dans d'autres régions (par exemple l'Italie, où on en trouve une dizaine), elles ont pu souffrir de l'érosion ou des séismes ? Est-elle le vestige d'une civilisation spécifique à cette zone, alors que des groupes humains différents auraient choisi d'autres formes d'art, d'autres supports, comme les statuettes d'ivoire? Ou bien s'agit-il du hasard des découvertes, l'Europe de l'Ouest étant parcourue par de nombreux spéléologues, ce qui n'est pas encore le cas de régions comme la Sibérie, où l'on a pourtant trouvé deux grottes de style voisin? V.B (06.2004) |








