Histoire < Histoire moderne < Landru

Landru

Nul doute que la Première Guerre mondiale a servi de « paravent » aux meurtres de Landru. Avec le carnage de 1914-1918, de nombreuses femmes se retrouvent veuves et cherchent à se remarier.
Landru n’était certes qu’un vulgaire criminel et un escroc, mais c’était également un fin psychologue quand il s’agissait des femmes. Celui que l’on a surnommé « le Barbe-Bleue de Gambais » a su profiter du contexte pour mettre en œuvre un plan machiavélique.
Intelligent, méthodique et sans aucune pitié, Henri Désiré Landru, malgré l’atrocité de ses meurtres est devenu une véritable vedette lors de son procès.

L’arrestation de Landru

Tout commence lorsque, en mars 1918, le maire de Gambais (aujourd’hui dans les Yvelines), reçoit la lettre d’une dame qui se plaint de ne plus avoir de nouvelles de sa sœur, Madame Colomb, censée résider au village, chez un Monsieur Fremyet.

Mais, aucun Fremyet n’habite à Gambais. Peu de temps après, une autre personne, Melle Lacoste, écrit elle aussi au maire de Gambais.
Sa sœur, Mme Buisson, a disparu, elle aussi, en compagnie du même M. Fremyet.

Le hasard fait que, le 9 avril 1919, Melle Lacoste reconnaît dans un rayon du grand magasin parisien « la Samaritaine » le fameux M. Fremyet. Sa sœur lui avait envoyé une photo de son futur « mari ».

Femmes tuées par Landru

Six des dix femmes tuées par Landru

Elle se précipite aussitôt à la police. Par l'intermédiaire du magasin, on retrouve le nom et l'adresse du client, un certain M. Guillet.
Le 11 avril, Guillet, alias Fremyet, et de son véritable nom Henri Désiré Landru, est arrêté dans l'appartement qu'il partage avec sa maîtresse, rue de Rochechouart.
Dans la demeure de cet honorable père de quatre enfants ainsi que dans un garage qu'il loue à Clichy, la police fait des découvertes étonnantes : des vêtements de femme, de la lingerie, des perruques, des valises, du mobilier et une cantine contenant des pièces d'identité, un fichier de 283 noms de femmes classés par ordre alphabétique et des carnets de comptes minutieusement tenus à jour.
Malgré un interrogatoire serré qui dure plus de vingt heures, Landru garde le silence. La découverte dans la cuisinière de sa maison de Gambais de restes d'os humains carbonisés ne le trouble pas davantage. Comme il le répète de façon sarcastique au juge d'instruction : « C'est à vous de prouver... »

Le parcours de Landru

Le refus de Landru de « collaborer » à l'enquête, malgré les preuves qui s'accumulent, ralentit considérablement l'instruction ; celle-ci tient en haleine les Français deux ans et demi durant.

Avant 1914, Landru a déjà connu la prison pour de petites escroqueries. Né le 12 avril 1869, Landru est le fils d'un chauffeur et d'une couturière.
Malgré son milieu modeste, il a bénéficié d’une bonne éducation à l'école des Frères à Paris.

Instable, il change constamment de métier pour finalement créer une fabrique de bicyclettes à pétrole. Escroc ingénieux, il n’hésite pas à organiser une vaste campagne de publicité pour vendre ses bicyclettes en exigeant pour toute commande un acompte.
Les clients ne verront jamais leur deux-roues bien évidemment.

Malgré plusieurs condamnations, il continue à organiser ses escroqueries. En 1909, il commence à s’intéresser aux riches veuves. Cette fois, il se contente, après avoir fait passer une annonce matrimoniale, d’empocher les bijoux et de disparaître.
Il sera retrouvé et condamné à 3 ans de prison ferme. Est-ce cette condamnation assez lourde qui lui a fait penser qu’il valait mieux ne pas laisser de témoins derrière lui ?

Landru

Landru à son procès (domaine public)

L’ironie du sort veut que ce sont les psychiatres qui lui ont permis de retrouver sa liberté plus tôt que prévu.
Landru souffrait-il d’une maladie mentale ? Difficile à dire, car le rapport de l’époque est plutôt sibyllin et évoque parfaitement la méconnaissance des médecins de ce début de 20e siècle.

Toujours est-il qu’il ne renonce nullement à sa vie d’escroc et qu’aussitôt sorti, il achète un garage qu’il revend en oubliant de payer le premier vendeur.

La justice de l’époque était beaucoup plus dure qu’aujourd’hui. En tant que multirécidiviste, Landru est non seulement condamné à 4 ans de prison pour cette nouvelle escroquerie, mais en plus, sa peine est alourdie de ce que l’on appelait alors la peine accessoire de relégation.
En clair, il est condamné à perpétuité au bagne et envoyé en Guyane.

Mais, cette fois, Landru ne s’est pas laissé arrêter et a pris la fuite. Il sait qu’il ne peut plus se permettre la moindre erreur.
Est-ce la perspective de finir au bagne qui a transformé ce petit escroc en assassin ? Sans témoin, pas d’identification.
Où a-t-il pensé tout simplement qu’il n’avait plus rien à perdre ? Il aurait pu tout simplement disparaître et se faire oublier.
Mais, apparemment, cet homme était incapable de vivre autrement qu’en échafaudant des plans pour escroquer son prochain.
Mais, à partir de 1915, il va franchir le pas qui le mènera à l’échafaud.

Les crimes de Landru

Reprenant son idée de 1909, Landru fait passer des petites annonces dans les journaux, à la rubrique matrimoniale : « Monsieur sérieux, ayant petit capital, désire épouser veuve ou femme incomprise, entre 35 et 45 ans, bien sous tous rapports, situation en rapport. »

Bien entendu, l'appât fonctionne à merveille et, de 1914 à 1919, Landru, tout en continuant à mener une honnête vie de père de famille, met sur pied une organisation minutieuse.

Adoptant plus de 90 pseudonymes, louant simultanément 7 appartements et 2 garages à Paris, 4 appartements et 2 garde-meubles en banlieue, sans compter ses 2 maisons de Vernouillet et de Gambais, Landru fait, par l'intermédiaire des annonces matrimoniales, la connaissance de près de 300 femmes.

Victimes de Landru

4 autres victimes de Landru

Avec un soin méticuleux, il rédige des dizaines de lettres de réponse, dresse un fichier méthodique de ses « conquêtes », notant aussi bien des détails physiques que la situation familiale et la fortune de toutes ces femmes.

II possède ainsi chez lui des dizaines de dossiers classés avec des désignations précises : « A répondre de suite », « Sans suite », « Rien à faire » et, enfin, les initiales « S.F. » (sans fortune), qui éliminent immédiatement la candidate.
Car le dessein de Landru est évidemment de se procurer des « revenus ». Lorsqu'une de ses « fiancées » lui semble financièrement intéressante, il l'emmène passer une journée à la campagne dans sa maison de Gambais. Dix d'entre elles (plus le fils de la première) ne reviendront jamais de ces escapades amoureuses, tandis que le voisinage se plaint d'être empesté par la fumée noire que dégage la chaudière de la maison de « M. Dupont ».

La cuisinière de Landru

La cuisinière qui a servi de pièce à conviction. Bibliothèque Nationale, Paris

Le plus extraordinaire est la disproportion entre les difficultés écrasantes que doit surmonter Landru pour assurer la bonne marche de son organisation et les sommes finalement assez modestes que lui rapportent ses crimes : un peu plus de 30 000 francs, auxquels il faut ajouter le mobilier et les quelques bijoux de ses victimes. Tout juste de quoi entretenir sa famille et couvrir les frais d'investissement.

Les dix femmes assassinées par Landru sont :

  • Jeanne Cuchet : 39 ans, veuve, couturière, disparue en janvier 1915
  • Line Laborde : 47 ans, veuve, sans travail, disparue en juin 1915
  • Marie-Angélique Guillin : 52 ans, veuve, rentière, disparue en août 1915
  • Berthe-Anne Héon : 55 ans, veuve, sans travail, disparue en décembre 1915
  • Anna Collomb : 39 ans, veuve, dactylo, disparue en décembre 1916
  • Lyane Jaume : 36 ans, en instance de divorce, couturière, disparue en mars 1917
  • Andrée Babelay : 19 ans, célibataire, domestique, disparue en avril 1917
  • Célestine Buisson : 44 ans, veuve, femme de ménage, disparue en novembre 1917
  • Annette Pascal : 36 ans, divorcée, sans travail, disparue en avril 1918
  • Marie-Thérèse Marchadier 39 ans, célibataire, prostituée, disparue en janvier 1919

La onzième victime est André Cuchet, âgé de 17 ans, fils de Jeanne Cuchet la première victime.

Un procès à sensation

Interrogé par la police pour la première fois en avril 1919, le procès ne débutera que le 7 novembre 1921. Pendant tout le temps de l'instruction, Landru devient une vedette qui fascine les Français.

Aux élections législatives de 1919, près de 4 000 bulletins de vote portent le nom de « Landru »
Aussi est-ce dans une atmosphère d'intense surexcitation que s'ouvre enfin, devant la cour d'assises de Versailles, le procès du « sieur de Gambais », devenu une sorte de mythe vivant.
On remarque dans l'assistance des ministres, l'écrivain Colette, Mistinguett, la demi-mondaine Polaire et même des princes.

Certains ont payé jusqu’à 50 francs (anciens francs) pour entrer. Le prétoire s’est transformé en lieu de réunion mondaine où les élégantes viennent faire admirer leurs toilettes.
Assisté par un prestigieux avocat, maître de Moro-Giafferi, Landru ne se départit à aucun moment de son système de défense : il est escroc, mais pas assassin. À chaque question du président Gilbert, il a des réponses toutes prêtes, dont l'ironie fait la joie du public.

Il ne montre pas le moindre remord et n’hésite pas à ironiser sur le sort de ses victimes avec des répliques comme celle-ci :
« Si les femmes que j'ai connues ont quelque chose à me reprocher, elles n'ont qu'à déposer plainte ! »

Les indices sont accablants :

  • Fichiers des victimes
  • Listes des prix des billets de chemin de fer Paris-Gambais, dans lesquelles on trouve toujours mention de deux « allers » et d'un seul « retour »
  • L’incroyable bazar des objets appartenant à des femmes disparues et trouvés dans les garages et les hangars loués par Landru
  • Les os calcinés ramassés dans la cuisinière de Gambais. Cette cuisinière paraît d’ailleurs bien petite aux experts pour y brûler des corps humains

Pourtant, Landru plaisante comme si de rien n’était. Lorsque la question se fait finalement plus précise, il se contente de répondre, d'un ton outragé : « Ma vie privée ne regarde que moi ! »

Il joue sur le fait qu’aucune preuve décisive n’a pu être apportée. De plus, la justice n’a aucune certitude sur la manière dont il pouvait faire disparaître les cadavres.
On a supposé qu’il dépeçait ses victimes avant de faire brûler les morceaux.

Mme Fernande Segret, qui lui a échappé par miracle, persiste à croire à son innocence. Si l’on en juge par les photos, Landru n’avait pourtant rien d’un don Juan. Par contre, c’était un personnage méticuleux, un bon orateur ainsi qu’un être cynique et ergoteur.

Après le réquisitoire de l'avocat général Godefroy, il s'excuse : « je regrette de ne pas avoir plusieurs têtes à vous offrir !»

La condamnation de Landru

Malgré la défense talentueuse de maître de Moro-Giafferi, Landru est condamné à mort après trois semaines de procès. Son recours en grâce est rejeté par le président de la République Alexandre Millerand. Il est guillotiné à la prison Saint-Pierre à 6 h 5 du matin le vendredi 25 février 1922.
A l’avocat général Beguin, qui lui recommande le courage, Landru répond avec toujours autant de cynisme :
« On n’exhorte pas un innocent au courage. Son innocence lui suffit. »

Sa dernière volonté lui a été refusée. Il voulait se laver les pieds, mais on craignait un suicide. Son avocat a essayé de lui arracher la vérité, mais en vain.
« Désolé, maître, c’est mon petit bagage ! » a-t-il répondu.

Il a toujours existé une fascination morbide et malsaine vis-à-vis des criminels. Le 19 février 1921, une vente aux enchères des biens de Landru a attiré une foule énorme.
Le poêle qui a servi à brûler les victimes a été adjugé pour 46 francs, soit une somme assez considérable pour l’époque.
Pourtant, Landru n’était qu’un assassin qui a profité odieusement des jours sombres de la guerre pour tuer et voler des femmes seules et désemparées.

V.Battaglia (21.04.2007)

Qui était vraiment Raspoutine ? . Gilles de Rais

Références bibliographiques

L'affaire Landru, Sagnier Christine ; éditions De Vecchi 2000
Monsieur Landru, Gonzalez Christian ; éditions Scènes de Crimes 2007
Historia N° 705 : Landru, Contre Enquète Sur Un Tueur En Série 2005

< Histoire du 20e siècle