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Juif de Palestine et fondateur du christianisme, la vie de Jésus est assez mal connue. Les documents non chrétiens sur Jésus de Nazareth sont peu nombreux ; il en va de même pour la plupart des fondateurs de religion, Moïse, Bouddha ou Mahomet. Ils existent cependant des preuves qui suffisent pour rassurer ceux qui auraient pu douter de l’existence même de Jésus. Les historiens sérieux sont unanimes à affirmer sans hésitation que Jésus a bien existé.

Comment connaissons-nous Jésus ?

Trois auteurs latins mentionnent indirectement l’existence de Jésus, sans fournir d’autre précision que sa crucifixion sous l’empereur Tibère ; ainsi, en plus de Suétone (en 120), Pline le Jeune signale dans une lettre à l’empereur Trajan (en 110) que les chrétiens « chantent des hymnes au Christ comme à un dieu ».

Jésus Christ. Arrivée à Jérusalem

L'arrivée de Jésus à Jérusalem. Giotto. 1300

L’historien Tacite (en 116) dit à leur propos : « Ce nom leur vient de Christ, qui avait été, sous le règne de Tibère, livré au supplice par Ponce Pilate » (Annales, XV, 44).

Christ

Christ. Sculpture sur bois ; art bourguignon, première moitié du XIIe siècle. (Musée du Louvre, Paris.)

En 93, l’historien Flavius Josèphe (37-97) raconte le martyre de Jacques, « un frère de ce Jésus qu’on appelle le Christ » (Antiquités juives, XX, 200), et, dans un texte qui, par la suite, a été surchargé par les chrétiens de notations apologétiques, mais dont on a pu reconstituer l’original, il rapporte que Jésus a groupé des disciples et que ceux-ci disent l’avoir vu vivant après sa mort.

En dehors du Nouveau Testament les textes chrétiens n’apportent guère de renseignements valables.

La Résurrection

La Résurrection (1586), par le Greco. Peinture à l'huile. (Musée du Prado, Madrid.)

L’apocryphe découvert en Haute-Égypte à Nag Hamadi en 1945, mal intitulé Évangile de Thomas, pourrait offrir un texte des paroles attribuées à Jésus qui, parfois, serait plus ancien que le texte des Évangiles.

Jésus devant Ponce-Pilate

Jésus devant Ponce-Pilate. Duccio di Buoninsegna (1308-1311)

Les textes non évangéliques du Nouveau Testament ne sont pas d’un très grand secours non plus. Les Actes des Apôtres ainsi que les lettres de Paul, de Jean ou de Pierre se réfèrent sans doute volontiers à la personne de Jésus, à son enseignement et à son sacrifice sur la croix ; mais en dehors de ces faits majeurs, ils ne rapportent aucun détail de sa vie terrestre.

Les Evangiles

Les quatre Évangiles constituent donc la seule source abondante sur Jésus. Ces petits livrets, écrits en grec, s’étendant sur quelque 200 pages, nous sont parvenus dans des conditions manuscrites meilleures que toute autre œuvre littéraire du passé.

Les symboles des évangélistes: l'Homme pour Matthieu

Les symboles des évangélistes: l'Homme pour Matthieu, le plus humain des évangélistes ( IX siècle. Bibliothèque nationale, Paris.)

Le terme « évangile » (en grec, » bonne nouvelle ») désigne à la fois le message de Jésus et des apôtres et les écrits qui le consignent. Apparaissent aussi des recueils de
« Dits » et de « Signes », rassemblant les traditions diffusées oralement par les apôtres.

Luc. Les Evangiles

Luc, assis sur un banc, écrit sur un rouleau qu'il tient sur ses genoux. Luc est l'auteur du troisième Évangile, écrit après la chute de Jérusalem, entre 70 et 90, et qui s'adresse plutôt à des païens qu'aux juifs.
(Xe siècle. Osterreichische Nationalbibliothek, Vienne)

L'Église a retenu quatre Évangiles : celui de Marc, celui de Matthieu, celui de Luc et celui de Jean.

L'Évangile de Marc est le plus court et sans doute le plus ancien. Le récit de Matthieu est une suite de « Dits », organisés en grands discours, tandis que Luc tente d'établir une trame chronologique et de faire oeuvre d'historien.

Les symboles des évangélistes. le Lion, animal du désert, pour Marc

Les symboles des évangélistes. le Lion, animal du désert, pour Marc, qui commence par une évocation du désert ( IX siècle. Bibliothèque nationale, Paris.)

À côté de ces trois textes «synoptiques » (du grec signifiant « qu'on peut lire ensemble »), l'Évangile de Jean sélectionne des éléments particuliers de l'enseignement de Jésus dans une perspective philosophique issue du judaïsme hellénisé.
Toutes les attributions à des auteurs précis sont arbitraires, mais chaque Évangile résulte de l'élaboration de la Tradition par une communauté particulière : romaine (pour Marc), d'Antioche (pour Matthieu), grecque (pour Luc), peut-être essénienne (pour Jean).

L'Évangile de Matthieu

Ange au début d’un Évangile du VIIIe siècle. L'Évangile de Matthieu, l'un des trois Évangiles dits « synoptiques », est le plus « historique » ; il s'adresse surtout aux chrétiens convertis du judaïsme.
(Codex Aureus. VIIIe siècle. Kungl. Biblioteket, Stockholm)

La collection Bodmer compte deux codex du IVe Évangile qui datent de la fin du IIe s. et il existe un papyrus reproduisant en recto-verso de quelques versets de Jean, XVIII, 31-33 et 37-38, qui date de l’an 125, pour ne point parler de l’identification toute récente d’un papyrus de Qumran, datant du Ier s, qui pourrait reproduire Marc, VI, 52-53.

Les Evangiles de Jean

Les symboles des évangélistes : l'Aigle, animal des cieux, pour Jean, parce qu'on lui attribue aussi les visions de l'Apocalypse, dernier livre du Nouveau Testament. ( IX siècle. Bibliothèque nationale, Paris.)

Des Évangiles, le plus ancien est celui de Marc rédigé, peut-être à Rome, vers l’année 67. La parution des Évangiles de Matthieu et de Luc a pour marges extrêmes les années 75 et 95.

L’Évangile de Jean est daté des environs de l’an 100.

Les Evangiles de Luc

Les symboles des évangélistes : le Taureau pour Luc ( IX siècle. Bibliothèque nationale, Paris.)

Ils racontent tous ce qu’a fait Jésus depuis son baptême au Jourdain jusqu’à sa mort et sa résurrection ; mais ils varient considérablement dans la présentation du sens et des détails, allant parfois jusqu’à d’apparentes contradictions dans l’ordre de la chronologie ou de la topographie.

Saint Luc

Ci-dessus: Luc. Bon écrivain, médecin renommé, il est aussi l'auteur des Actes des Apôtres qui, avec les Épîtres écrites par Paul, Pierre, Jacques, Jude et Jean, sont un témoignage sur la vie des premières communautés chrétiennes. Luc est symbolisé par un taureau, animal du sacrifice.
(Fin du Xe siècle. Bayerische Staatsbibliothek, Munich.)

En effet, ils ne veulent pas être des « biographies » au sens moderne du mot ; ce sont des livrets rédigés par des croyants pour susciter ou entretenir la foi en Jésus. Il s’ensuit que l’historien rencontre de grandes difficultés pour découvrir, derrière le souci de rendre actuelle la vie de Jésus, les événements tels qu’ils se sont passés.

Jésus Christ

La Crucifixion Mond de Raphaël. (1502-1503), National Gallery, Londres

Ces sources ont été élaborées au cours des quelque trente ou quarante années qui séparent les textes de l’époque où vécut et mourut Jésus ; paroles et gestes du Christ ont été très tôt communiqués en des traditions dont on peut reconnaître souvent la valeur historique indéniable.

V.Battaglia (12.08.2006)

 

Références

Les Évangiles Les Quatre : Matthieu Marc Luc Jean. Desclée de Brouwer 2005
Claire Levasseur & Richard Lebeau. Atlas des Hébreux : La Bible face à l'histoire, 1200 av. J.-C. - 135 apr. J.-C. Autrement 2003
Mireille Hadas-Lebel. Entre la Bible et l'Histoire : Le Peuple hébreu. Gallimard 1997