Comment connaissons-nous Jésus
?
Trois
auteurs latins mentionnent indirectement l’existence
de Jésus, sans fournir d’autre précision
que sa crucifixion sous l’empereur Tibère
; ainsi, en plus de Suétone (en 120), Pline
le Jeune signale dans une lettre à l’empereur
Trajan (en 110) que les chrétiens «
chantent des hymnes au Christ comme à un
dieu », et l’historien Tacite (en
116) dit à leur propos : « Ce nom
leur vient de Christ, qui avait été,
sous le règne de Tibère, livré
au supplice par Ponce Pilate » (Annales,
XV, 44).

Christ. Sculpture
sur bois ; art bourguignon, première moitié
du XIIe siècle. (Musée du Louvre,
Paris.)
En
93, l’historien Flavius Josèphe (37-97)
raconte le martyre de Jacques, « un frère
de ce Jésus qu’on appelle le Christ
» (Antiquités juives, XX, 200), et,
dans un texte qui, par la suite, a été
surchargé par les chrétiens de notations
apologétiques, mais dont on a pu reconstituer
l’original, il rapporte que Jésus
a groupé des disciples et que ceux-ci disent
l’avoir vu vivant après sa mort.
En
dehors du Nouveau Testament les textes chrétiens
n’apportent guère de renseignements
valables.

La Résurrection
(1586), par le Greco. Peinture à l'huile.
(Musée du Prado, Madrid.)
L’apocryphe
découvert en Haute-Égypte à
Nag Hamadi en 1945, mal intitulé Évangile
de Thomas, pourrait offrir un texte des paroles
attribuées à Jésus qui, parfois,
serait plus ancien que le texte des Évangiles.
Les
textes non évangéliques du Nouveau
Testament ne sont pas d’un très grand
secours non plus. Les Actes des Apôtres
ainsi que les lettres de Paul, de Jean ou de Pierre
se réfèrent sans doute volontiers
à la personne de Jésus, à
son enseignement et à son sacrifice sur
la croix ; mais en dehors de ces faits majeurs,
ils ne rapportent aucun détail de sa vie
terrestre.
Les Evangiles
Les
quatre Évangiles constituent donc la seule
source abondante sur Jésus. Ces petits
livrets, écrits en grec, s’étendant
sur quelque 200 pages, nous sont parvenus dans
des conditions manuscrites meilleures que toute
autre œuvre littéraire du passé.

Les symboles des
évangéliste: l'Homme pour Matthieu,
le plus humain des évangélistes
( IX siècle. Bibliothèque nationale,
Paris.)
Le
terme « évangile » (en grec,
» bonne nouvelle ») désigne
à la fois le message de Jésus et
des apôtres et les écrits qui le
consignent. Apparaissent aussi des recueils de
« Dits » et de « Signes »,
rassemblant les traditions diffusées oralement
par les apôtres.
(Ci-dessous).
Luc, assis sur un banc, écrit sur un rouleau
qu'il tient sur ses genoux. Luc est l'auteur du
troisième Évangile, écrit
après la chute de Jérusalem, entre
70 et 90, et qui s'adresse plutôt à
des païens qu'aux juifs.
(Xe siècle. Osterreichische Nationalbibliothek,
Vienne)

L'Église
a retenu quatre Évangiles : celui de Marc,
celui de Matthieu, celui de Luc et celui de Jean.
L'Évangile
de Marc est le plus court et sans doute le plus
ancien. Le récit de Matthieu est une suite
de « Dits », organisés en grands
discours, tandis que Luc tente d'établir
une trame chronologique et de faire oeuvre d'historien.

Les symboles des
évangélistes. le Lion, animal du
désert, pour Marc, qui commence par une
évocation du désert ( IX siècle.
Bibliothèque nationale, Paris.)
À
côté de ces trois textes «synoptiques
» (du grec signifiant « qu'on peut
lire ensemble »), l'Évangile de Jean
sélectionne des éléments
particuliers de l'enseignement de Jésus
dans une perspective philosophique issue du judaïsme
hellénisé.
Toutes les attributions à des auteurs précis
sont arbitraires, mais chaque Évangile
résulte de l'élaboration de la Tradition
par une communauté particulière
: romaine (pour Marc), d'Antioche (pour Matthieu),
grecque (pour Luc), peut-être essénienne
(pour Jean).

Ange au début
d’un Évangile du VIIIe siècle.
L'Évangile de Matthieu, l'un des trois
Évangiles dits « synoptiques »,
est le plus « historique » ; il s'adresse
surtout aux chrétiens convertis du judaïsme.
(Codex Aureus. VIIIe siècle. Kungl. Biblioteket,
Stockholm)
La
collection Bodmer compte deux codex du IVe Évangile
qui datent de la fin du IIe s. et il existe un
papyrus reproduisant en recto-verso de quelques
versets de Jean, XVIII, 31-33 et 37-38, qui date
de l’an 125, pour ne point parler de l’identification
toute récente d’un papyrus de Qumran,
datant du Ier s, qui pourrait reproduire Marc,
VI, 52-53.

Les symboles des
évangélistes : l'Aigle, animal des
cieux, pour Jean, parce qu'on lui attribue aussi
les visions de l'Apocalypse, dernier livre du
Nouveau Testament. ( IX siècle. Bibliothèque
nationale, Paris.)
Des
Évangiles, le plus ancien est celui de
Marc, rédigé, peut-être à
Rome, vers l’année 67. La parution
des Évangiles de Matthieu et de Luc a pour
marges extrêmes les années 75 et
95.
L’Évangile
de Jean est daté des environs de l’an
100.

Les symboles des
évangélistes : le Taureau pour Luc
( IX siècle. Bibliothèque nationale,
Paris.)
Ils
racontent tous ce qu’a fait Jésus
depuis son baptême au Jourdain jusqu’à
sa mort et sa résurrection ; mais ils varient
considérablement dans la présentation
du sens et des détails, allant parfois
jusqu’à d’apparentes contradictions
dans l’ordre de la chronologie ou de la
topographie.

Ci-dessus: Luc. Bon
écrivain, médecin renommé,
il est aussi l'auteur des Actes des Apôtres
qui, avec les Épîtres écrites
par Paul, Pierre, Jacques, Jude et jean, sont
un témoignage sur la vie des premières
communautés chrétiennes. Luc est
symbolisé par un taureau, animal du sacrifice.
(Fin du Xe siècle. Bayerische Staatsbibliothek,
Munich.)
En
effet, ils ne veulent pas être des «
biographies » au sens moderne du mot ; ce
sont des livrets rédigés par des
croyants pour susciter ou entretenir la foi en
Jésus. Il s’ensuit que l’historien
rencontre de grandes difficultés pour découvrir,
derrière le souci de rendre actuelle la
vie de Jésus, les événements
tels qu’ils se sont passés.
Ces
sources ont été élaborées
au cours des quelque trente ou quarante années
qui séparent les textes de l’époque
ou vécut et mourut Jésus ; paroles
et gestes du Christ ont été très
tôt communiqués en des traditions
dont on peut reconnaître souvent la valeur
historique indéniable.
V.B
(12.08.2006)
Dossier
complémentaire
La
naissance du christianisme
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