Qui était Jean Moulin ?
Lorsque
éclate la Seconde Guerre mondiale, Jean
Moulin, né en 1899, est un jeune préfet
de 41 ans.
Il
tient tête aux occupants en refusant de
signer un document qui met injustement en cause
les troupes sénégalaises. Il tente
même de se suicider pour échapper
au déshonneur qu'aurait impliqué
le fait de se soumettre.
Il est révoqué le 11 novembre 1940
et gagne Marseille où il rencontre Henri
Frenay, qui vient de créer la première
organisation de résistance dans le Sud,
le Mouvement de libération nationale. Moulin
s'embarque pour Londres et rejoint de Gaulle.

Jean
Moulin (© Keystone)
On
ne connaît pas la teneur précise
de l'entretien des deux hommes, mais il est certain
qu'ils s'apprécient et s'accordent sur
l'essentiel: le souci de la grandeur de la France,
l'attachement au service de l'État. De
Gaulle fait alors de Moulin l'intermédiaire
entre la Résistance extérieure,
la France libre installée à Londres,
et les nombreux mouvements de résistance
intérieure qui se développent en
France.
Pour
ceux restés sur le continent, la France
libre est une voix, celle de Radio Londres qui,
de 1940 à 1944, diffuse tous les soirs
de 20 à 22 heures. Des émissions
sont destinées au grand public : informations
ou propagande, mais d'autres diffusent des «
messages personnels » codés qui permettent
de communiquer avec la Résistance française.

De
Gaulle à Londres (©
Keystone)
Dans
la France occupée de 1940, peu nombreux
sont ceux qui osent s'opposer aux Allemands. Les
actions sont encore ponctuelles et individuelles,
et, si quelques tracts sont diffusés clandestinement,
on ne peut pas encore parler de dissidence organisée.
Mais, petit à petit, de 1940 à 1942,
des réseaux voient le jour.
Premier
discours enregistré du Général
De Gaulle à Londres, le 22 mai 1940
(© BBC)
Depuis
Londres, Moulin travaille sur les possibilités
d'organisation de réseaux. Depuis 1940,
des filières se créent sous des
impulsions diverses : aide aux prisonniers évadés,
aux juifs persécutés, passages en
zone non occupée. ..
En
juin 1941, la rupture du pacte germano-soviétique
décide de nombreux communistes à
passer à l'action. Mais ces initiatives
ne sont ni coordonnées, ni structurées.
Moulin
a bien compris que pour que l'action soit efficace,
il faut unifier la Résistance. Il doit
surmonter de nombreux obstacles, en particulier
la volonté qu'ont les mouvements de résistance
de préserver leur autonomie. Il se fait
parachuter en zone sud en 1942 et prend contact
avec les différents chefs de mouvements.
Au
printemps 1943, la mission de Moulin est largement
accomplie, puisqu'il a finalement réussi,
dès janvier, à faire fusionner les
trois principales organisations de la zone Sud
(Combat, Libération et Franc Tireur) au
sein des MUR (Mouvements unis de résistance).
Et c'est sous son impulsion que se réunit
pour la première fois, le 27 mai 1943,
le CNR (Conseil national de la Résistance),
qui comprend des représentants des partis
politiques traditionnels (interdits par Vichy)
aussi bien que des mouvements de résistance
(y compris des communistes).
Les
mouvements ainsi fédérés
bénéficient d'une administration
commune. Ils votent en échange une motion
de fidélité au général
de Gaulle.
L'action de la Résistance
En
février 1943, la création par le
gouvernement de Vichy du S.T.O. (Service du travail
obligatoire) bouleverse la Résistance.
Des milliers de jeunes Français qui refusent
d’aller travailler en Allemagne, rejoignent
les mouvements.

Traqués,
les résistants paient de leur vie leur
engagement (© Coll. Viollet)
Vercors
crée dans le secret les Éditions
de Minuit et publie le Silence de la mer, un roman
mettant en scène la résistance passive
d'une famille confrontée à l'occupant.
Circulant sous le manteau, l'ouvrage rencontre
un succès fulgurant.
Une Armée secrète dirigée
par le général Delestraint intensifie
les actions de sabotage.
Des régions entières d'accès
géographiquement difficile sont tenues
par la Résistance, et les armées
du Reich ne peuvent y pénétrer que
par des opérations de force. Les populations
rurales soutiennent et approvisionnent les maquis.
L’arrestation de Jean Moulin
Les
délations se multiplient, étonnant
même les Allemands par leur nombre et leur
virulence. De nombreux réseaux sont décapités.
Le
9 juin 1943, le général Delestraint
est arrêté à Paris par les
Allemands. Pour désigner son remplaçant,
Jean Moulin, dit Max en hommage au poète
Max Jacob , convoque le 21 juin les responsables
de la Résistance en zone Sud, dans une
villa de la banlieue lyonnaise, à Caluire.

La
villa de Caluire (© Keystone)
La
réunion est évidemment secrète.
Or, peu de temps avant qu'elle ne commence, les
Allemands font irruption dans la maison et arrêtent,
outre Jean Moulin, les représentants des
mouvements de résistance, qui seront incarcérés
à la prison de Montluc.
Parmi eux se trouve René Hardy, membre
de Combat, présent à la réunion
sans y avoir été convoqué
et qui, quelques jours plus tôt, a été
interpellé puis relâché par
la Gestapo.
Après
avoir été interrogé et atrocement
torturé par Klaus Barbie, chef de la Gestapo
à Lyon, Jean Moulin meurt en juillet, près
de Francfort, lors de son transfert en Allemagne.
Qui a trahi Jean Moulin ?
De
nombreuses hypothèses ont été
avancées pour expliquer la trahison de
Caluire. Moulin a en effet très certainement
été trahi car sa véritable
identité n’était pas connue
des allemands.
La
piste la plus plausible, retenue par les meilleurs
spécialistes de la question tels Jean-Pierre
Azéma et Daniel Cordier, reste la responsabilité,
au moins indirecte, de René Hardy.
Le
rapport Flora, rédigé en juillet
1943 par des responsables de la sécurité
du Reich, décrit Hardy comme un homme «
retourné », c'est-à-dire dont
l'identité a été découverte
par les services allemands.
Il est au moins coupable de ne pas avoir informé
ses camarades de son arrestation par la Gestapo.
Pourtant, après la Libération, il
sera par deux fois jugé et innocenté.

Le
19 décembre 1964, André Malraux
rend hommage à Jean Moulin lors du transfert
de ses cendres au Panthéon (© Paris-Match)
D'autres
noms ont été avancés plus
récemment, comme celui de Raymond Aubrac,
de Libération-Sud; mais cette accusation,
lancée par Jacques Vergès, l'avocat
de Barbie au procès de 1987, n'a jamais
reçu le moindre début de preuve,
et les historiens les plus sérieux l'ont
écartée.
En
fait, il semble que Jean Moulin soit tombé
dans les filets de la police allemande en raison
des imprudences de certains responsables de Combat
plutôt qu'à la suite d'une dénonciation
pure et simple.
Vidéo
de l'hommage à Jean Moulin (©
Pathé Archives)
L'engrenage
a sans doute commencé avec l'arrestation
de Delestraint. Selon Jean-Pierre Azéma,
c'est probablement un responsable de Combat, Pierre
Guillain de Bénouville, qui a envoyé
Hardy à la réunion de Caluire, alors
que ce dernier lui avait confié avoir été
arrêté et relâché par
Barbie.
Bénouville pensait sans doute qu'Hardy
serait plus apte qu'Henri Aubry, un autre membre
de Combat, à affronter Jean Moulin dans
le bras de fer de plus en plus difficile entre
ce mouvement, soucieux de son indépendance,
et l'envoyé de De Gaulle.
Le
temps aidant, les historiens déconstruisent
les mythes qui entourent cette période.
Ils mettent mieux en lumière les divisions
très importantes entre organisations de
la Résistance. C'est sans doute à
ces divergences que l'arrestation et la mort de
Jean Moulin sont imputables.
V.B
(18.08.2006)
Sources bibliographiques
La
Mémoire de l’Humanité, les
Grands évènements de l’Histoire
de France ; éditions Larousse 1991. Les
plus célèbres mystères de
l’histoire, Sélection du Reader’s
Digest 2002
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